Anne-Christine TRÉMON – Empêcher la dispersion des ancêtres à Fort-les-Pins (Shenzhen, Chine)

« Empêcher la dispersion des ancêtres à Fort-les-Pins (Shenzhen, Chine) »

Anne-Christine TRÉMON
Enseignant-chercheur
Université de Lausanne, Institut des sciences sociales, Laboratoire d’anthropologie culturelle et sociale
Page personnelle

LE FUNÉRAIRE. Mémoire, protocoles, monuments.
11e colloque annuel de la MAE

Retour aux vidéos


Ce que le maoïsme n’avait pas réussi à obtenir, les dirigeants de la Chine actuelle s’y emploient avec la réforme funéraire qui a trouvé sa mise en application la plus brutale à Shenzhen en 1997. Au nom de l’éradication des croyances superstitieuses attachées aux ancêtres, et de la nécessité de libérer les terrains occupés par les tombes pour les plans d’urbanisation, les défunts devaient être déterrés, leurs restes crémés, et leurs cendres mises dans des urnes rangées dans des cimetières publics accrédités. Face à la menace pesant sur l’ensemble de leurs ancêtres, les habitants de Fort-les-Pins se sont employés à protéger le plus important d’entre eux, l’ancêtre fondateur de leur lignage, en construisant un immense mausolée autour de sa tombe. Ce site inauguré en 2000 offre également un espace de stockage pour les urnes de tous les ancêtres déterrés.

Durant mes séjours dans cet ancien village de la ville de Shenzhen, j’ai cherché à retracer le processus de construction du mausolée en combinant histoire orale et observation des rites qui se déroulent au mausolée. Je réfléchirai aux implications spatiales de cette opération de sauvetage, sur le plan des motivations qui ont poussé les habitants de Fort-les-Pins à agir en contournant la loi pour conserver leurs ancêtres dans le périmètre du village, et sur celui des conséquences du stockage collectif des urnes dans un même lieu en termes de focalisation des rituels autour de la tombe de l’ancêtre fondateur.