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Appel à communications – Colloque de la MAE 2014

LE FUNÉRAIRE
Mémoire, protocoles, monuments

Appel à communications pour le colloque international de la MAE (18-19-20 juin 2014) organisé par G. Delaplace (LESC) et F. Valentin (ArScAn)

Date limite de soumission : 10 janvier 2014

Les propositions de communication seront étudiées par un comité scientifique. Les contributions développant des approches interdisciplinaires et les collaborations entre chercheurs seront privilégiées. Elles doivent être adressées à : Grégory Delaplace (g.delaplace@yahoo.fr) ou Frederique Valentin (frederique.valentin@mae.u-paris10.fr) en précisant vos nom, courriel, qualité, organisme de rattachement, titre de communication, résumé en 200 mots maximum, mots-clés.

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À plus d’un titre, la question du funéraire est un lieu commun de l’archéologie, de l’histoire et de l’anthropologie. À plus d’un titre car, dans un premier sens du terme, l’étude des pratiques, idées et artefacts mobilisés par une société donnée à la mort de l’un de ses membres est un sujet classique – un topos – de ces disciplines. Les sépultures données à leurs défunts par les sociétés du passé sont parfois les seules traces à travers lesquelles il nous est possible aujourd’hui de les étudier : miroir des activités économiques et de la vie quotidienne, indice de l’organisation sociale, le funéraire a constitué de fait le lieu par excellence de la recherche archéologique depuis ses débuts. Les historiens et les anthropologues, pour leur part, ont mis à profit l’accès simultané aux vestiges et aux témoignages dont ils bénéficiaient pour étudier dans une perspective comparative « l’idéologie funéraire » (Vernant 1989) des sociétés du passé et du présent ; la forme donnée à la sépulture ainsi que les discours sur la mort et l’au-delà traduisent dans ce cas la place donnée au mort dans une société donnée.

De fait, dans un autre sens du terme, le funéraire est un « lieu commun » de ces disciplines en tant qu’il est simultanément envisagé dans des perspectives théoriques et méthodologiques différentes par l’archéologie, l’histoire et l’anthropologie. Si chacune de ces disciplines bénéficie pour ses propres recherches des résultats obtenus par les autres, ce « lieu commun » du funéraire a rarement donné lieu à des discussions partagées. Lorsque celles-ci ont eu lieu, elles ont généralement pris la forme de dialogues rapprochant ces disciplines par paires : entre archéologues et historiens (Gnoli et Vernant 1982), entre historiens et anthropologues (Gordon et Marshall 2000), ou entre archéologues et anthropologues (Humphreys 1981 ; Thévenet, Rivoal, Sellier, Valentin, à paraître).

À l’occasion de son colloque annuel, la Maison Archéologie & Ethnologie propose de relever le défi d’une discussion inédite entre archéologues, historiens et anthropologues autour des enjeux du funéraire à travers les sociétés humaines. Ce colloque proposera un nouvel état des lieux de la recherche sur cette question croisant les approches des disciplines représentées dans la Maison, tout en servant de point de départ à de nouvelles perspectives comparatives entre celles-ci.

Trois pistes de réflexion sont proposées:

Mémoire et régimes de visibilité de la sépulture

Plusieurs travaux d’anthropologie ont suggéré que les sépultures humaines n’avaient pas toujours vocation à servir de support à la mémoire des morts. De nombreuses sociétés en Amazonie (Taylor 1993) comme en Mongolie (Delaplace 2011) utilisent au contraire la sépulture comme technique d’oubli, permettant de faire disparaître toute trace du défunt et de faciliter l’effacement de son souvenir. L’idée que les morts puissent avoir vocation à être rapidement oubliés (sans être pour autant bannis) et que la monumentalité de la sépulture ne soit pas seulement fonction du prestige de son occupant donne l’occasion d’une réévaluation générale du rapport entre mort, vestiges et mémoire. Si l’on admet que la sépulture n’est pas nécessairement le lieu privilégié de célébration de la mémoire du défunt, voire que le souvenir n’est pas un impératif catégorique du funéraire, il convient alors d’étudier comment mémoire et oubli se conjuguent aux différents régimes de visibilité des sépultures et des monuments – les moins visibles n’étant pas nécessairement les moins prestigieux. Dans quelle mesure ces exemples contemporains peuvent-ils « parler » aux historiens ou aux archéologues, dont les recherches sont tributaires des traces (écrites ou construites) laissées par les sociétés du passé ?

Rituels, protocoles, manières de faire 

Si des sociétés oublient les restes de leurs morts, leur lieu de dépôt, voire les font disparaitre totalement telles certaines populations de Bali (Sebesteny 2013), en amont, le devenir du corps et de l’âme n’en est pas moins un sujet central de préocupation (Hertz 1907 ; Thomas 1985). Prise en charge et traitement du défunt dans toutes ses composantes mobilisent et engagent à des degrés divers les proches et la communauté autour d’un ensemble de gestes, protocoles et rituels inscrits dans une durée variable. Quelles relations peut-on établir entre transformation biologique du cadavre (thanatomorphose), manipulations anthropiques du corps (préparation, conservation, destruction) et rite de passage ? À quelles conditions peut-on inférer manières de faire et protocoles de leur résultat, tel qu’il est découvert par l’archéologue à l’issue d’une fouille de sépulture ? À quelles conditions les témoignages des historiens et anthropologues peuvent-ils nous informer sur les manières de faire des sociétés du passé lointain ? Dans la perspective comparative d’une analyse dynamique des traces livrées par les sépultures, on s’interrogera en particulier sur les interprétations des mises en scène sépulcrales et sur les reconstructions des séquences de gestes et leur signification.

Espaces de la mort : (dé)placer les restes humains

Le traitement du corps du défunt, ainsi que la forme donnée à la sépulture inscrivent les restes du défunt dans l’espace, de manière plus ou moins durable et localisée, avant leur oubli total ou leur inscription dans d’autres systèmes. Au-delà de la question classique de la « place des morts » à travers les sociétés humaines, que le croisement de perspectives archéologiques, historiques et anthropologiques permettra néanmoins de poser à nouveaux frais, on portera une attention particulière aux problèmes posés par des morts déplacés ou mal-placés, et d’une manière générale aux situations où la place des morts ne va plus de soi. Du déni de sépulture (de Polynice à Mohamed Merah) au déplacement des restes de personnages déchus ou au contraire réhabilités (Verdery 1999, Zempleni 2011), en passant par les interventions de l’Etat pour légiférer sur la dignité ou l’indignité du traitement des défunts et de leurs restes (Esquerre 2011), il s’agira d’apporter un éclairage nouveau sur la question de la spatialisation de la mort.