Ariane HUTEAU – Les sépultures princières de l’Orientalisant et les marqueurs du prestige.

« Les sépultures princières de l’Orientalisant et les marqueurs du prestige.
Étude comparée des sites villanoviano-étrusques de Véio, Verucchio et Pontecagnano (fin du viiie – première moitié du viie siècle av. n.è.) »

 

Ariane HUTEAU
Doctorante
Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne / UMR 8215 Trajectoires
Page personnelle

En tant que construction sociale et culturelle, le prestige peut être défini comme le rejaillissement de l’appartenance au groupe dominant. L’archéologie qui s’attache à l’étude des sociétés du passé à travers leurs vestiges matériels, est confrontée à un certain nombre de filtres et d’entraves lorsqu’il s’agit d’appréhender cette notion qui, contrairement à la richesse par exemple, appartient au domaine de l’immatériel. Si ce glissement du monde matériel vers l’immatériel est délicat à opérer, il est pourtant une étape indispensable à toute analyse socio-funéraire archéologique qui chercherait à atteindre les mécanismes de pensée collective et les choix culturels, à entrevoir la charpente sur laquelle repose la construction – et la différenciation – sociale.

À partir d’une étude de cas italienne, celle des nécropoles villanoviano-étrusques de la fin du Premier âge du Fer et du début de la période Orientalisante (fin du viiie siècle – première moitié du viie siècle av. n.è.), on se propose ici de s’intéresser aux supports du prestige, à ces marqueurs – plus ou moins visibles aux yeux de l’archéologue – qui entourent les membres de l’aristocratie naissante : les « princes » de l’Orientalisant. Si cette période charnière, au carrefour de la protohistoire et de la période archaïque, marque l’achèvement d’un long processus de différenciation sociale, économique et politique, les sépultures d’élite issues des différentes régions composant la « grande Étrurie », selon l’expression de Mario Torelli, vont alors déployer un mode d’expression singulier et autonome du prestige. Ainsi, selon que l’on se situe en Étrurie méridionale tyrrhénienne, en Italie médio-adriatique ou en Campanie, la tombe affichera, ou non, le prestige du « prince » et de son groupe à travers la possession, parfois ostentatoire, d’insignes de pouvoir et d’autorité, de biens exotiques, d’indicateurs de richesse, voire encore la pratique de certains rituels comme ceux de la commensalité. L’analyse comparée des sépultures d’élite des sites de Véio (Étrurie méridionale), Verucchio (Émilie-Romagne) et Pontecagnano (Campanie) devrait permettre, en révélant cette variabilité importante rencontrée d’une région à une autre, de mettre en évidence l’ancrage social et culturel inhérent à la notion de prestige. On verra que les symboles et les objets marqueurs du prestige peuvent exacerber le caractère individuel du défunt ou bien, au contraire, effacer l’individu à la faveur de son groupe d’appartenance. Enfin, on cherchera à s’interroger sur les implications socio-politiques soulevées par ces choix différentiels dans les modes de manifestation et d’incarnation du prestige.

Le Prestige, autour des formes de la différenciation sociale
10e colloque annuel de la MAE