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Eric Boëda - Thèmes de recherche

PROJET DE RECHERCHE 2008-2013

Notre projet de recherche s’articule autour de trois axes :

- un axe théorique qui s’attache à comprendre les changements techniques de la pré-histoire à nos jours en s’appuyant sur les régularités qu’offre une lecture sur le temps long. Nous essayons de rechercher les liens entre passé et présent à travers le couple homme/technique. S’agirait-il d’une co-évolution, où certes l’homme est le moteur mais où la technique, analysée sous un angle structural, serait même faite de lignées évoluant par cycles régis selon des « lois » d’évolution universelle faisant le lien entre le passé et le présent, entre une pré-histoire et une histoire ? Le temps long que nous offre la pré-histoire est l’occasion de mettre en évidence la diversité et l’instabilité des cultures techniques, en montrant avant tout leur potentiel à (ne pas) se transformer. La technologie s’oppose ainsi à une conception positiviste de l’objectivité que propose l’approche archiviste, naturaliste, dominante dans notre discipline. Cette façon de pré-construire le passé prophétise le devenir pour expliquer l’actuel selon une évolution linéaire régie par la notion de progrès universel, pouvant amener à interpréter les différences comme des déviances. Or, notre domaine c’est l’analyse de l’instabilité culturelle sur le temps long et à travers des espaces différents, à partir du fait technique, un outil d’analyse transversal capable de rendre compte en partie des mécanismes du changement.

- Un axe qui va de la théorie à la pratique. Nous travaillons au Brésil, en Syrie et en Chine sur des périodes chronologiques qui couvrent les deux derniers millions d’années. Dans chacun de ces pays, nous développons, en collaboration avec des partenaires locaux, des thèmes de recherches en s’appuyant sur des études de collections et sur les résultats de nos propres fouilles. Pour l’essentiel, notre travail consiste, grâce à l’expertise technologique, à montrer que l’histoire technique depuis 2 Ma n’est pas le fait d’un universalisme réducteur mais, bien au contraire, le témoin de différences et de changements d’une histoire complexe régi par l’altérité. C’est ainsi que nous soulevons le problème des phénomènes d’invention, d’innovation et de diffusion, en dehors de tout paradigme anthropologico/biologique. Le maître mot de notre recherche est l’altérité.

- Un axe publication. Si nous publions régulièrement les principales découvertes dans des revues de rang A, au bout de vingt ans de recherches, nous aimerions pouvoir publier des synthèses. Nous avons en projet trois livres. Le premier est un manuel sur la méthodologie et les idées. Le second est un livre de vulgarisation scientifique sur les phénomènes de migrations durant la préhistoire qui pourraient s’intituler « Mythes et réalités en Préhistoire ». Les troisième et quatrième ouvrages seraient les synthèses des sites que nous avons fouillés.

1 - Axe théorique

Cet axe porte sur la reconnaissance des systèmes techniques lithiques de la préhistoire depuis trois millions d’années. Les matières minérales étant les seules matières travaillées par l’Homme à nous parvenir sur le temps long, nous sommes contraints de nous limiter à ce matériau.
  Le choix de la technique comme axe de recherche tient au fait que nous la croyons constitutive de l’évolution des sociétés humaines. Interface entre l’Homme et l’environnement, la technique est ce par quoi l’homme accède en partie à la maîtrise de celui-ci.
  Notre réflexion emprunte à la pensée de Mauss, Block, Lefèvre, Leroi-Gourhan, Simondon, Hottois, Morel et Stiegler, et essaie de mener une réflexion sur le fait technique sur le temps long.
  Repenser l’évolution des techniques sur une durée de trois millions d’années pourrait paraître insensé ! Mais pourquoi devrions-nous nous limiter aux périodes historiques et actuelles ? Pourquoi n’existerait-il pas qu’une histoire des techniques, une et indivisible ?
  Comment la pensée dichotomique actuelle entre une pré-histoire - pré-technique - et une histoire - pleinement technique -, reposant sur un postulat rendant dépendante toute évolution technique au biologique, nous permettrait-elle de comprendre le rapport de l’Homme à la technique, si ce n’est, en déniant à la technique « pré-historique » tout facteur co-évolutif avec celui-ci ? Comme si la technique était hors du champ de la culture, une technique sans logos, une technique extérieure à la « constitutivité » de l’humain.
  Habitué à travailler sur des industries de tous âges et provenant de tous les continents, nous nous sommes très vite rendus compte de l’existence de convergences techniques entre différents points du monde à des époques très différentes, sans lien spatio-temporel ni biologique possible. Cela nous a conduit à repenser le rôle de la technique comme un possible co-facteur de l’évolution humaine. Comment la technique peut-elle influencer le cours de l’évolution humaine sachant que seul l’homme en est l’acteur, le décideur ?
  Pour pouvoir y répondre, nous nous sommes d’abord interrogés sur la façon dont nous abordons ce sujet. Autrement dit : De quoi parlons-nous ? Quel est l’héritage intellectuel de notre discipline ?
  Cette démarche épistémologique nous a amené à développer ce que nous appellerions une technologie du changement, par complémentarité à une technologie événementielle. Classiquement abordée par le biais de la synchronie, la préhistoire des techniques s’est surtout attachée à comprendre les connaissances et savoirs techniques mis en jeu par les différentes populations, suivant l’objectif d’une sociologie comparative inspirée de Durkheim. Excepté raconter l’histoire d’un groupe culturel, voire d’une aire culturelle, soit sur quelques milliers d’années, la mise en perspective diachronique sur un temps aussi long devenait très difficile, faute d’outils conceptuels. La notion de tendance, utilisée par Leroi-Gourhan, ne peut être efficiente que sur le temps court, de l’ordre du millénaire. Certains préhistoriens ont essayé d’aborder la diachronie, mais essentiellement sous le biais d’une approche évolutionniste d’esprit naturaliste, telle une classification linnéenne, qui plus est d’essence universelle : tel objet devenant synonyme de telle période, donc de tel stade évolutif que l’on soit asiatique, africain ou européen.

   Nous préconisons une nouvelle façon d’aborder la diachronie des objets techniques de la préhistoire en rejoignant la démarche de Simondon qui nous invite à repenser les objets techniques à travers leur « genèse » et non plus comme une chose donnée hic et nunc.
   Il nous faut pour cela abandonner définitivement toute perception hylémorphique de l’objet et se placer dans une perception d’ordre structurelle en redonnant à la matière son rôle. La matière nous informe plus que la forme sur le devenir de l’objet.
  Pour dépasser une technologie descriptive et comparative des années 1970/80 n’agissant que sur la synchronie au profit d’une technologie de la « genèse » qui explique les changements, nous devons aborder les objets sur le plan structurel et non plus sur le plan morphologique. En effet, si la forme se donne à voir, l’objet ne se réduit pas à cette dernière, elle est seulement un des caractères structurants, aux conséquences variables. Cette recherche de caractères structurants doit s’inscrire dans une perception diachronique. Pour ce faire, nous devons nous doter d’outils d’analyse capables de déterminer des lois d’évolution permettant de reconnaître des lignées d’objets et ainsi de situer dans le temps telle où telle structure d’objet tout en rendant compte de sa spécificité. La compréhension des objets passe par la reconnaissance des lignées phylogénétiques auxquelles ils appartiennent. Un objet n’est pas tel ou tel artefact donné en un temps et en un lieu donnés, issu d’une génération spontanée, mais le fruit d’une évolution répondant à des exigences fonctionnelles mais surtout à des exigences structurelles, propres et irréductibles, dont il faut tenir compte car elles conditionnent le devenir des objets. A travers le temps, ce devenir constitue une lignée. Ainsi, la lignée regroupe l’ensemble des objets qui évoluent en répondant à une même fonction à partir d’un principe de fonctionnement stable, selon des exigences structurelles répondant à des lois propres, auxquelles les considérations autres que techniques (sociales, économiques, etc.) sont étrangères.
 
  Dans le cadre de cette réflexion, nous empruntons aux technologues de l’actuel, Simondon, Hottois et Morel, leurs observations, leurs méthodes et leurs conclusions, faisant le pari qu’il n’existe qu’une histoire des techniques de trois millions d’années à nos jours.
  En effet, il est intéressant de tester leurs observations sur le très long terme. Si l’analyse des objets préhistoriques révélait qu’ils obéissent aux mêmes lois que les objets actuels, cela confirmerait l’existence d’une évolution structurelle propre à la technique, transcendant l’espace et le temps. L’existence d’une seule et unique histoire des techniques, constituée de lignées techniques contemporaines et/ou successives indépendantes -chaque lignée étant lieu d’un cycle de transformations obéissant aux mêmes lois d’évolution- serait alors démontrée !
  Bien évidemment il faut prendre la notion de loi dans le sens métaphorique du terme et à un niveau de généralité.

  La « loi évolutive » la plus classiquement observée est celle du passage de  « l’objet abstrait » à « l’objet concret » (Simondon) ; l’objet concret étant le résultat d’une évolution qui, par une sorte de convergence interne, d’adaptation à lui-même, aboutit à la mise en synergie de ses différentes composantes. Cette synergie aboutit à une plus grande complexité structurelle et fonctionnelle et à une plus faible tolérance quant aux variations du milieu.

  Par cette approche, que nous qualifions de génétique dans le sens métaphorique du terme, la technologie devient la science inductive des schèmes opératoires. Elle vise à appréhender leur genèse, leur structure, leur dynamique et leurs interactions (Hottois G.).
  Pour devenir réelles, ces exigences structurelles ont besoin de l’Homme, qui est au centre du dispositif évolutif. C’est lui qui produit, induit, modifie, oriente, arrête. C’est lui qui leur permet d’être.
  Toutefois, la technicité des objets est régie par des « lois » d’évolution propres à la structure des objets, mais il existe une nécessaire interaction entre l’homme et la technique. Nous pouvons alors parler de co-évolution entre l’homme et la technique. L’homme crée la technique et la technique, régie par des « lois » d’évolution propres à la structure des objets, informe sur son potentiel de devenir.
  Au fur et à mesure de l’évolution, l’interaction est de plus en plus prégnante. Au point de devenir particulièrement sensible dans nos sociétés modernes. Aujourd’hui, en effet, les lignées d’objets modernes sont perceptibles à l’échelle d’une génération, voire d’un individu. Cela n’avait jamais été le cas auparavant, a fortiori durant la préhistoire où l’échelle d’une lignée était  l’échelle du millénaire, voire plus. Il est alors très intéressant de s’interroger sur les causes de cette accélération. Capacités de mémorisation et de communication sont très certainement essentielles. La mémoire est le lieu de stockage, de capitalisation et de réorganisation des données, sources d’invention. La communication, d’individu à individu par l’apprentissage, et entre groupes par les contacts et les échanges, aura un effet cumulatif, mais cet aspect est aussi fonction de la démographie.

2 - De la théorie à la pratique

Notre objectif est de promouvoir une analyse globalisante, capable de rendre compte des changements techniques sur le temps long de l’histoire des outils de la pré-histoire. En mettant clairement en évidence l’existence de lignées d’objets et/ou de schèmes de production régis par des « lois d’évolution », il nous est possible d’aborder, couplés à la notion d’espace - élément constitutif de toute culture- les phénomènes d’invention, d’innovation, de diffusion, de migration et/ou de convergence.
 Pour cela nous travaillons dans des contrées différentes telles que L’Amérique du Sud, l’Asie de l’Ouest (Proche et Moyen orient), l’Asie de l’Est et l’Europe, en y développant plusieurs thèmes de recherche convergents vers un même objectif : la compréhension de la diversité de l’évolution des cultures.

Amérique du sud, Brésil : les premières occupations humaines avant 40 000 ans, mythe ou réalité ?

  En Amérique du Sud, nous travaillons depuis trois ans sur l’attestation d’une présence humaine antérieure à celle communément admise jusqu’à maintenant à 12000 ans. Pour cela nous nous appuyons sur la découverte et la fouille du site de Pedra Furada (région du Piaui, au nord/est du Brésil). Une analyse combinant une approche stratigraphique, taphonomique, comparative, expérimentale et technique ainsi que les très nombreuses datations nous ont confirmé l’existence d’industries vieilles d’au moins 40 000 ans. Ces  nouvelles données modifient complètement l’image du peuplement de l’Amérique du Sud et confirme que son histoire est complexe.


Région de Piuai

 Cette industrie est fort originale et ne ressemble en rien, à ce que l’on pouvait attendre de populations venant théoriquement d’Asie du nord-est. S’agit-il néanmoins de ces mêmes populations qui tout en migrant modifierait leur comportement technique, ou au contraire s’agit-il de migrations issues d’un autre continent ? Actuellement, aucune hypothèse sérieuse n’est envisageable. La succession de ces industries anciennes par de nouvelles appelées Itaparica, vers 12 000 ans, est tout aussi surprenante, car nous assistons à une nouvelle rupture technique, comme si nous avions affaire à une nouvelle diffusion de peuplement, qui une fois encore n’aurait pas laissé de traces en Amérique du nord. Comment expliquer que cette culture technique Itaparica se présente sous la forme finale d’une lignée technique, sans la présence de ces stades évolutifs antérieurs comme c’est classiquement le cas lorsque une culture évolue dans un même territoire ?


Pedra Furada

Ainsi, l’Amérique du Sud ne semble pas témoigner de l’histoire technique qui lui était jusqu’à maintenant assignée. S’il s’agit d’un cul-de-sac continental ? Techniquement, il n’en fourni pas les preuves. Bien au contraire, ce continent est un extraordinaire laboratoire pour étudier les phénomènes migratoires et/ou de convergence d’idées techniques. Sur ces thèmes de recherche, nous avons monté un groupe de recherche avec une équipe brésilienne dirigée par les professeurs M. Rasse (Université de Rouen) et Emilio Fogaça (Université de Goia) et le Dr. N. Guidon, que l’on souhaite financé dès 2008 par le Ministère des Affaires Etrangères, le CNPQ (Brésil), et la Fumdham (Fondation brésilienne). Nous prévoyons de reprendre les fouilles dans le Piaui à la recherche d’autres sites anciens.

Asie  de l’Ouest, Syrie : le Proche-Orient : une histoire complexe !

  En Asie de l’Ouest, nous travaillons depuis 1991 dans les bassins d’El Kowm et de Palmyre.
  La fouille du site d’Umm el Tlel que nous fouillons depuis 1991, celle du site d’El Meirah (fouillé en 1994 et 1995) et les nombreuses prospections et sondages réalisées dans les deux bassins, nous ont amené à un grand nombre de découvertes exceptionnelles, mais aussi et surtout à disposer d’une succession de plus d’une centaine de niveaux archéologiques, parfaitement conservés dans des milieux fluvio-lacustres, s’échelonnant des premières industries bifaciales (antérieures à 1.2 Ma) au début du Néolithique. Soit rien que pour le site d’Umm el Tlel une stratigraphie atteignant 22 mètres d’épaisseur. Cette séquence parfaitement datée radiométriquement, située dans un environnement  -la steppe syrienne- sensible au moindre changement climatique, et située à proximité du grand axe fluviatile qu’est l’Euphrate, offre une véritable laboratoire sur le rapport homme/environnement sur plus d’un million d’années.


Umm el Tlel

Les changements environnementaux sont souvent considérés comme l’un des moteurs de l’évolution ou du moins comme une contrainte qui agit, voire pour certains qui régit les comportements. Or l’étude de la séquence archéologique d’Umm el Tlel montre que l’on ne peut pas apporter une réponse aussi simple et globale. Si l’on observe parfois des changements culturels associés à des changements environnementaux, ceux-ci n’influencent en rien la fonction du site qui est indépendante du type de climat et de la culture technique présente. Ce paradoxe nous laisse perplexe et sans réelle réponse. Pourquoi de nouvelles cultures se substituent à d’autres sans que l’on note une prédominance technique de l’une sur l’autre ? Lorsque l’on étend nos recherches aux deux bassins de Palmyre et d’El Kowm (10 000 km2), que l’on peut considérer comme les deux principales oasis dans cette zone semi-désertique, on se rend compte que ces populations « migrantes » ne vont pas s’implanter ailleurs, à proximité. Ceci est particulièrement visible pour les périodes moustériennes comprises entre 120000 et 40000 ans. En effet, malgré cinq années de prospection systématique, nous n’avons rencontré aucune implantation en dehors du seul bassin d’El Kowm. D’où la question : d’où viennent-ils et où vont-ils ? Avons-nous affaire à des populations nomades attachées à un type particulier de climat, se succédant en un même lieu géographique ? Nous serions, alors en présence d’un nomadisme climatique non saisonnier ! Chaque groupe se serait adapté à une niche écologique spécifique et accepterait le prix du départ lorsque celui-ci se modifie. Ce lieu serait systématiquement et aussitôt réoccupé par un autre groupe, pratiquant les mêmes activités, mais peut-être plus familiers avec cette niche écologique, car lui-même attaché à cette niche comme son prédécesseur l’était pour la niche d’avant… Les populations de périodes plus anciennes comme celles que l’on dénomme acheuléennes semblent au contraire moins « sensibles » à ces modifications climatiques, mais avec une implantation géographique plus spécifique et plus large.
   Lorsque nous portons notre attention sur la période plus tardive appelée paléolithique intermédiaire, qui se situe vers 40 000 ans, nous sommes confrontés à de nouvelles observations « comportementales ». Cette période va se caractériser par l’adoption dans tout le Proche-Orient d’un nouveau paradigme technique: le tout laminaire. On ne sait absolument pas d’où vient cette idée. Il y a encore quelques années, poussé par le mythe de l’Eve africaine, on a avancé de façon imprudente que cette idée était le fait de cette « sortie d’Afrique ». Des études récentes menées par d’éminents collègues ont montré que cette hypothèse, aussi motivante fut-elle, ne reposait que sur des a priori  et non sur des faits.  Actuellement cette question reste ouverte, et comme pour d’autres cultures antérieures que nous n’avons pas détaillées ici, il peut s’agir d’une invention locale ayant par la suite diffusée. D’une vision centripète, nous opposons donc une vision centrifuge dont le Proche-Orient serait peut-être l’épicentre.
   Sans rentrer dans le détail, cette invention du tout laminaire, signifie que tous les outils vont être réalisés aux dépens d’un support normalisé deux fois plus long que large que l’on nomme : lame. Alors qu’auparavant ces mêmes outils était fabriqués sur des supports très diversifiés, cette normalisation aura pour conséquence l’adoption d’un nouveau mode de maintien des outils tel que nous le pratiquons dans nos sociétés occidentales. Ce nouveau maintien va entraîner une nouvelle gestuelle qui elle-même sera source d’invention pour de nouveau outils. Il est très rare de pouvoir suivre ce phénomène d’acculturation -« substitution » technique ; or, dans le bassin d’El Kowm et en particulier dans le site d’Umm el Tlel, nous avons la chance de pouvoir l’observer très clairement.
   Ce nouveau paradigme gestuel va s’imposer en se substituant de façon extrêmement brutal, sans passage par des étapes progressives. En revanche, on observera des moyens de réalisation différents selon l’héritage culturel du groupe. Autrement dit on adopte de nouveaux objets, mais on les fabrique selon son propre héritage culturel, qui n’est pas adapté à ce type de production. On aurait pu imaginer que l’adoption de nouveaux outils soit associée à l’adoption de nouveaux moyens de production. Ce qui n’est pas le cas dans un premier temps. On observe donc que dans ce  bassin,  plusieurs groupes adoptent la même idée commune, en conservant leur propre moyen de production. Ce n’est qu’à partir de l’Aurignacien et de l’Ahmarien, vers 38 000 ans, que le système de production s’adapte parfaitement aux choix des outils et de leur gestuelle. Et, chose surprenante, c’est aussi à partir de ce moment que l’on verra se diffuser  hors du Proche-Orient ces nouveaux outils, vers l’ouest  jusqu’en Bretagne et vers l’Est jusqu’au Pamir.
   Il semble qu’à partir de ce moment, on entre dans une nouvelle page de l’histoire, et que grâce aux sites que nous étudions nous observons très finement le début de cette histoire.

   Nous pourrions encore prendre l’exemple de cultures plus anciennes pour démontrer la spécificité de ce Proche-Orient : telle la période dite acheuléenne. Classiquement, cette industrie très bien connue en Afrique à partir de 1.7 ma va envahir, selon le scénario de l’Out of Africa, le Proche-Orient et se diffuser dans le monde, porté par le paradigme anthropologique qui voulait que cette nouvelle industrie soit le fait d’un individu -Homo erectus- aux performances adaptatives supérieures, capable d’affronter des biotopes différents ; il serait alors le conquérant du monde. Encore en vigueur, cette théorie, qui, indépendamment de ses présupposés moraux « particuliers », ne repose sur aucun argument scientifique probant. Bien au contraire, des découvertes récentes atteste la présence de l’homme en Géorgie à 1.8 Ma,  sous une forme différente de l’Homo erectus. Ainsi grâce à ces nouvelles données, nous pouvons remettre au goût du jour bien d’autres découvertes jusqu’à maintenant « oubliées volontairement » car non conformes au dogme dominant. Sans rentrer dans le détail, il apparaît que le Proche-Orient est le théâtre d’une évolution in situ de cette industrie sur plus d’1 Ma. On y trouve tous les stades évolutifs successifs, conformément à ce que l’on doit trouver lors d’un développement local sur un très long terme et en plus avec des spécificités techniques flagrantes, témoins de particularismes régionaux forts. Un dernier point que nous emprunterons à la répartition de ces industries confirme que cette idée de migration/invasion des Homo erectus acheuléens africains est complètement subjective. En effet, il faudrait alors expliquer pourquoi on ne retrouve pas en continuité géographique ces industries en Europe centrale ni en Asie centrale, ni en Asie de l’est, mais exclusivement en Europe de l’Ouest et en Inde,  avec qui plus est un décalage chronologique de plus d’un million d’années et sous des formes premières très archaïques, comme s’il s’agissait de redécouvertes et non de migrations !

  Pour conclure sur cette partie du continent, nous dirions qu’il reste un travail considérable à effectuer, non pas forcément aux niveaux des découvertes à faire, mais essentiellement dans la relecture des matériaux déjà mis au jour en évitant cette fois d’être dominé par des paradigmes plus idéologiques que scientifiques. S’il est sain que la recherche fonctionne à partir d’hypothèses et que l’on recherche les faits pouvant les étayer, on ne doit pas sacrifier les faits non conformes à ces dernières. Le Proche-Orient est un espace géographique ouvert, à la croisée de plusieurs continents, mais cela ne signifie pas qu’il ne s’agit que d’un lieu de passage systématique et unique.
   Notre champ chronologique, particulièrement long, plus de 2 millions d’années, nous permet d’entrevoir, une histoire longue, complexe, faite de régularités et de changements qui lui sont propres. Si des similitudes évolutives sont effectives dans différentes parties du monde, cela ne signifie pas que l’on doit systématiquement faire appel à des migrations, l’histoire des techniques de la préhistoire à nos jours, nous montre que des idées identiques naissent et se développent sans qu’il y ait eu le moindre contact. A nous de repenser ces mondes techniques et de construire de nouvelles hypothèses.

Asie  de l’Est, Chine : une histoire technique qui empreinte des chemins différents.

   Dans le cadre de nos thématiques, sur les modalités d’évolution des techniques, nous nous sommes intéressés au continent est asiatique car il est tout à la fois un cul de sac géographique (excepté dans sa partie nord/est), et en continuité spatiale avec l’Asie centrale et l’Asie de l’ouest, mais dont le contact est soumis aux fortes contraintes géographiques que constituent l’Himalaya  et le désert de Gobi.
   Sur le plan chronologique,  nous couvrons une période de plus de 2 Millions d’années. Ce temps long nous permet d’évaluer les théories successives dénommées Out of Africa I, II III etc.… Pour cela nous travaillons en partenariat étroit avec l’Institut de Paléontologie et de Paléoanthropologie des Vertébrés de Pékin et de nombreux instituts provinciaux. Nous avons eu accès à de très nombreuses collections couvrant toute la période du pléistocène inférieur au pléistocène supérieur et nous avons eu la possibilité d’effectuer deux campagnes de fouilles. La première sur le site daté de 1.8 ma de Longgupo durant 4 ans et la seconde sur le site de Renzidong en 2005, daté de plus de 2 Ma.
  De façon générale, nous avons ciblé trois thèmes :
-    les premiers témoignages humains
-    les industries à bifaces : migrations ou convergences techniques ?
-    Acculturation des Homo sapiens migrants ?


Fouille de Longgupo

Les premiers témoignages humains.
    Dans le cadre des paradigmes en vigueur, l’Asie de l’est ne devrait avoir été occupée qu’à partir du million d’années, voire un peu avant en Indonésie, et cela malgré de nombreuses découvertes contradictoires faites par nos collègues chinois. Cette non prise en compte résulte en grande partie de la situation géopolitique des dernières décennies. Néanmoins, lorsque les données archéologiques ont pu être échangées, une grande différence est apparue avec l’Afrique. Différences, en grande partie due à des matières lithiques de nature et de texture différentes, rendant toute analyse basée sur l’analogie dangereuse. En conséquence, un doute s’est installé sur la véracité de ces matériaux et ceci d’autant plus qu’ils étaient chronologiquement positionné à des âges bien antérieurs à ceux qui auraient dû être. C’est dans cette atmosphère que les autorités chinoises nous ont demandé d’effectuer une relecture d’un grand nombre de ces collections, que nous avons enrichies nous-mêmes par de nouvelles fouilles. Actuellement, nous pouvons certifier qu’à deux millions d’années au moins, nous avons des « cultures lithiques » bien affirmées et différentes : dans la partie centrale de la Chine avec le site de Longgupo (1.8 Ma), sur la côte avec le site de Renzidong (plus de 2 Ma), et dans le nord avec les sites du bassin de Nihewan (1.7 Ma). Les analyses que nous avons effectuées montrent qu’il s’agit dans les trois cas de comportements techniques humains dont la finalité est de produire des outils aux tranchants différents, témoins d’activités techniques différentes. Ils diffèrent de ceux réalisés en Afrique à la même période, car les matériaux étant différents, ils ont dû trouver des solutions techniques différentes et originales par bien des aspects. Sans rentrer dans les détails, ces différences, tant entre l’Asie et l’Afrique qu’en Asie même d’un site à l’autre, montrent que les premiers hommes ont produit des panoplies d’outils identiques en termes de tranchant, mais que leur réalisation et leur production sont issues de connaissances différentes apprises et transmises. Il n’y pas qu’une façon de faire un même type d’outil. Nous pouvons parler maintenant d’orientations techniques propres à chacun de ses groupes. Ceux-ci ont évolué, pour certains, vers des industries qui continueront à être originales (au regard des industries du Proche et Moyen Orient, et sans parler de l’Afrique). Par ailleurs, si les découvertes réalisées ces dernières années attestent de la présence humaine en Asie de l’Est vers 2 Ma, cela ne signifie pas que ces populations n’aient pas une origine africaine. Pour l’instant, aucun argument n’est favorable à une origine locale, bien au contraire. En revanche, ce continent  a été colonisé bien avant les dates présupposées par le paradigme dominant du 1 Ma.


Fouille de Longgupo


Pièce lithique de Longgupo - CIV 5 base

Les industries à bifaces :  migrations ou convergences techniques ?
   L’Asie de l’est était considérée comme une zone sans biface, donc sans acheuléen. Les études et les découvertes récentes montrent que cette affirmation d’industries sans bifaces n’a plus raison d’être. En effet, on retrouve des outils que l’on dénomme bifaces en Chine et en Indonésie. Ces découvertes ont été interprétées comme le témoin de la migration d’Homo erectus africains ou proche-orientaux, étant donné que l’on retrouve ces outils aussi dans ces contrées et à des âges bien antérieurs. Or, si l’on ne cherche pas à comparer objet avec objet, mais ensemble d’objets à ensemble d’objets, on se rend alors très vite compte que ces objets bien que morphologiquement identiques ne sont pas les mêmes d’un ensemble à l’autre. Ainsi, on ne dispose d’aucun argument technique pour affirmer que les cultures acheuléennes africaine et proche-orientale ont diffusées en Asie. Peut-être que des gènes ont diffusé, mais pas nécessairement les idées.  Une relecture technique attentive en cours montre que nous avons affaire à des cultures techniques originales s’étant développées in situ. Nous sommes en présence d’une simple convergence de forme et non d’une migration massive. L’Asie de l’est montre bien le fait d’évolutions techniques originales, extrêmement intéressantes pour nous à analyser car elles reflètent la richesse, la diversité et une certaine convergence des solutions techniques trouvées par les hommes en des lieux différents. Ainsi, contrairement à une lecture des productions humaines réductrices, essentiellement typologique, cachant la diversité sous un universalisme réducteur, nous sommes bel et bien en présence dès 2 Ma de « cultures techniques » différentes, autrement dit devant l’altérité.
 
Acculturation des homo sapiens migrants ?
    Sous ce titre un peu provocateur, nous voulons souligner, qu’il existe actuellement une contradiction entre les hypothèses anthropologiques qui veulent que les Homo sapiens sapiens venus d’Afrique se soient substitués à toutes les populations autochtones dont celle d’Asie vers 100 000 ans et les données culturelles basées sur les données technologiques qui sont à l’opposé de cette hypothèse. En effet, comment expliquer dans le cadre d’un modèle de diffusion/substitution que les cultures techniques des Homo sapiens sapiens, mise en avant pour justifier de leur supériorité, débouchant sur une suprématie génétique, ne se retrouvent pas en Asie. Ces fameuses conceptions lithiques que sont le Levallois et le laminaire qui consistent en la production d’outils diversifiés témoins d’une gestuelle nouvelle et riche d’innovations sont totalement inexistantes au-delà d’une ligne passant par le Bangladesh, le pays Ouïgour et la Mongolie. Les gènes auraient diffusé sans les connaissances techniques de leurs porteurs ? En général, ce sont plutôt les idées qui peuvent circuler sans la migration de leurs auteurs par contact, rarement l’inverse.
    L’absence de bonnes matières premières pour expliquer cette situation est à rejeter, d’une part car il y en a d’excellentes et d’autre part parce que nous avons nous-mêmes réalisé sur différents matériaux chinois ces objets.
  Là encore, les hypothèses sont devenues trop tôt des certitudes, bloquant la recherche en des clans opposés. La technologie, là encore, nous montre qu’il n’y a pas de solutions toutes faites, que l’histoire de l’homme est complexe, multiple et non unique selon un modèle universel.

3 – Axe publication

   Si nous publions régulièrement, les principales découvertes dans des revues de rang A. Au bout de vingt de recherche nous aimerions pouvoir publier des synthèses. Nous avons en projet quatre livres. Le premier est un manuel sur la méthodologie et les idées. Le second est un livre de vulgarisation scientifique sur les phénomènes de migrations durant la préhistoire. Les troisième et quatrième ouvrages seraient les synthèse des sites que nous avons fouillés.

RESUME DES PUBLICATIONS LES PLUS SIGNIFICATIVES

Nous les avons regroupées en trois catégories.

REFLEXION THEORIQUE

1 - Identification des chaînes opératoires lithiques au Paléolithique inférieur et moyen. 1990, Paléo, n°2, pp.43-80. En collaboration avec J.M. Geneste et L. Meignen.
2 - Approche de la variabilité des systèmes de production lithique des industries du Paléolithique inférieur et moyen : chronique d'une variabilité attendue. Techniques et Culture 17-18, 1991 : 37-79.
3 - Paléo-technologie ou anthropologie des Techniques ? Gapenne O. et Gaussier P. (dir.), Suppléance perceptive et interface.n° spécial Arobase. Université de Rouen et Laboratoire Psy.Co. 2005, pp. 46-64. publication en ligne sur le site www.univ-rouen.fr/arobase

   Ces trois articles correspondent à une évolution de ma pensée. La formalisation est lente et difficile, mais essentielle.
  Ces articles, qui empruntent à la pensée de Mauss, Block, Lefèvre, Leroi-Gourhan, Simondon, Hottois, Morel et Stiegler, essaient de construire une réflexion sur le fait technique sur le temps long. Ils portent sur la reconnaissance des systèmes techniques lithiques de la préhistoire depuis trois millions d’années.
   Le choix de la technique comme axe de recherche tient au fait que nous la croyons constitutive de l’évolution des sociétés humaines. Interface entre l’Homme et l’environnement, la technique est ce par quoi l’homme accède en partie à la maîtrise de celui-ci.
   Repenser l’évolution des techniques sur une durée de trois millions d’années pourrait paraître insensé ! Mais pourquoi devrions nous nous limiter aux périodes historiques et actuelles ? Pourquoi n’existerait-il pas qu’une histoire des techniques : une et indivisible ?
  Comment la pensée dichotomique actuelle entre une pré-histoire - pré-technique - et une histoire - pleinement technique -, reposant sur un postulat rendant dépendante toute évolution technique au biologique, nous permet-elle de comprendre le rapport de l’Homme à la technique, si ce n’est, en déniant à la technique « pré-historique » tout facteur co-évolutif avec celui-ci ? Comme si la technique était hors champ de la culture, une technique sans logos, une technique extérieure à la « constitutivité » de l’humain.
    Nos travaux nous ont conduit à repenser le rôle de la technique comme un possible co-facteur de l’évolution humaine. En quoi la technique peut influencer le cours de l’évolution humaine sachant que seul l’homme en est l’acteur, le décideur ?

DETERMINATION DES SYSTEMES TECHNIQUES

1 - De la surface au volume : analyse des conceptions des débitages Levallois et laminaires. In : Paléolithique moyen récent et Paléolithique supérieur ancien en Europe, Actes du colloque international de Nemours, mai 1988. pp.966-968. (Mémoire du musée de Préhistoire de l'Ile de France; 3).
2 - Caractéristiques techniques des chaînes opératoires lithiques des niveaux Micoquiens de Külna (Tchécoslovaquie). Paleo - Supplément n°1 - Acte du Colloque de Miskolc, Hongrie, 1995. p.57-72.
3 - Détermination des Unités Techno-Fonctionnelles de pièces bifaciales provenant de la couche acheuléenne C’3 base du site de Barbas I. In : Les industries à outils bifaciaux du Paléolithique moyen d’Europe occidentale. Ed Cliquet D. Actes de la table ronde internationale organisée à Caen ( Basse Normandie – France) 14 et 15 octobre 1999. Liège, ERAUL 98, 2001, p.51 à75.
4 - The Intermediate Paléolithic : The First Bladelet Production 40 000 Years Ago. Anthropologie, XLIV/1, pp. 63-80. Eric Boëda et Stéphanie Bonilauri.

Livre
Le concept Levallois: variabilité des méthodes. Monographie du CRA n°9. Edition CNRS. 280 p, 1994.

   Les quatre articles et le livre sus-cités correspondent aux stades de formalisation conceptuelle des différentes données techniques provenant de l’étude de très nombreux matériels archéologiques. Ce stade repose sur une analyse technologique des artefacts lithiques, basée sur la reconnaissance des savoirs faire et des connaissances mises en œuvre par ces hominidés. Contrairement à l’idée reçue il ne suffit pas de prendre deux silex et de les taper l’un contre l’autre pour obtenir des outils. L’évolution des techniques durant la préhistoire est une chose extrêmement complexe. Les objets techniques vont évoluer à travers le temps allant vers une complexification de plus en plus grande. De la recherche d’un simple tranchant au tout début de cette histoire, l’évolution va pousser l’homme à produire des objets qu’il estime être la norme nécessaire pour satisfaire son objectif. Mais cette norme technique résulte, contrairement à ce que l’on pense, quasi essentiellement de contraintes culturelles et très peu de contraintes fonctionnelles. Ce temps de l’identification du classement nécessite une connaissance très large des industries de part le monde. Ce temps nous l’avons consacré depuis une vingtaine d’années et nous continuons à l’enrichir par nos analyses de collections dans de très nombreuses régions du globe.
   Beaucoup de nos travaux sont utilisés par nos collègues et enseignés. Ils sont également, dans certains cas, devenus des universaux comme la mise en évidence de la réalité conceptuelle du débitage Levallois.



SYNTHESE DE FOUILLE OU DE DECOUVERTES EXCEPTIONNELLES

1 - Barbas C'3 base (Dordogne). Une industrie bifaciale contemporaine des industries du Moustérien ancien : une variabilité attendue. En collaboration avec B. Kervazo, N. Mercier et H. Valladas. Quaternaria nova. Vol. VI 1996. 465-504. . Colloque de Rome 1995.
2 - Umm El Tlel (El Kowm, Syrie) : étude préliminaire des industries lithiques du Paléolithique Moyen et Supérieur; campagne 1991-1992. Cahiers de l'Euphrate n°7. 1993 pp. 47-91. En collaboration avec S. Muhesen.
3 - The use of bitumen during the Middle Paleolithic in the El Kowm Bassin - Syria. In : Neandertals and modern Humans in Western Asia. Ed. Akazawa et al.. 1998. 181-204. En collaboration avec J.Connan et S. Muhesen
4 - Différents modes d’occupation du site d’Umm el Tlel au cours du Paléolithique moyen (El Kowm, Syrie centrale). Paléorient, 27/2, (2002) p. 13-28. Boëda, E., Griggo C., Soriano-Noël, Sa.
5 - Le site de Longgupo, Chine Centrale. Eric Boëda, Yamei Hou, C. Griggo et M. Rasse (doit être déposé en Mai 2006) (déposé Anthropologie en février 2007)

  Ces cinq articles sont des synthèses partielles ou abouties correspondant aux principaux sites que nous avons fouillés, ou en cours de fouilles, depuis une vingtaine d’années, en France, en Syrie et en Chine. Nous ne présentons dans ce résumé qu’une très courte synthèse, plus de détails sont donnés dans les documents annexes.
    La fouille du site français de Barbas a livré une séquence archéologique acheuléenne en stratigraphie jusqu’alors inconnue en Aquitaine et qui a pu être datée. L’une des couches s’est avérée être relativement bien conservée et a permis, grâce à de nombreux remontages, de fournir de nombreuses informations comportementales -technique et spatiale, ce qui est rarissime pour ces périodes anciennes (stade isotopique 6/7, 175 000ans).
    La fouille du site syrien d’Umm el Tlel a commencé en 1991 et continue encore de nos jours. Il s’agit d’un site avec une séquence stratigraphique exceptionnelle couvrant toutes les périodes de la préhistoire, allant d’un acheuléen très archaïque jusqu’au néolithique PPNB, soit plus d’un million d’années, soit une centaine de couches archéologiques. La majorité des couches est préservée dans des sédiments lacustres permettant une très bonne conservation. Cette séquence a déjà fait l’objet d’une trentaine de publications dont certaines sur des découvertes exceptionnelles, comme l’utilisation du bitume vers 70-100 000 ans (article soumis à Science (février 2007). Une synthèse est en cours de préparation. Ce site nous permet de réaliser des observations synchroniques et diachroniques très fines. Des thématiques portant par exemple sur le « sédentarisme » ou le nomadisme en des temps aussi reculés que le moustérien sont abordées pour la première fois. De même, le fait de disposer de plus d’une cinquantaine de couches sur un temps très court (à l’échelle de la préhistoire), soit moins d’une dizaine de millénaires durant la période du début du dernier glaciaire vers 70 000 ans, nous permet d’observer les réactions humaines aux changements environnementaux. Dans le cadre de ce résumé nous ne pouvons pas rentrer dans le détail mais les découvertes sont passionnantes. Si le changement climatique a obligatoirement un effet sur les populations sur le temps long, sur un temps plus court, grâce à nos données, on observe une multitude de réponses, soit par des changement techniques, soit par une gestion de l’espace différente etc.
D’autres découvertes aussi importantes ont été réalisées sur ce site pour toutes les périodes représentées et constituent autant de nouvelles avancées scientifiques.


Pointe Levallois présentant des traces de bitume

   Le Site de Longgupo (Chine centrale) a été fouillé de 2003 à 2006. L’objectif était de reprendre la fouille de ce site, trop tôt et très mal fouillé pendant la révolution culturelle, mais qui avait livré des restes humaines très anciens. Les fouilles ont permis de mettre au jour vingt trois niveaux archéologiques datés entre 2 et 1,6 Ma. Le matériel est très riche et montre qu’à deux millions d’années la Chine centrale était occupée par des populations humaines techniquement évoluées. Cette découverte relance le problème de l’origine des populations en Chine. Si nous ne pouvons remettre en cause l’origine africaine de ces populations, il se pose néanmoins le problème de leur date d’arrivée. Autrefois admise vers  un million d’années, cette arrivée doit maintenant être fixée versdeux millions d’années, voire plus.














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