Pages personnelles > Stéphanie Bonilauri > Thèmes de recherche

Stéphanie Bonilauri - Thèmes de recherche

Thèse sur les comportements techniques et économiques des populations paléolithiques en Syrie centrale.

  Lors de ces années de recherches, nous avons tenté, par une approche globalisante - technique et tracéologique- de comprendre ce que sont les outils du Paléolithique moyen. A priori, cette question peut paraître banale, mais si nous supposons que ces hommes ont coupé, taillé, percé, raclé et tranché, nous ne savons rien de leurs outils. En effet, face à eux nous sommes bien incapables de pouvoir déterminer avec précision ce que sont ces outils (leur fonction et leur mode de fonctionnement) dans la mesure où ils ne correspondent plus à notre mémoire technique. Par ailleurs, sachant qu’un même outil peut réaliser des objectifs différents, et qu’un même objectif peut-être réalisé par des outils divers on se rend compte du désarroi dans lequel nous nous trouvons pour comprendre les assemblages lithiques, qui sont les seuls témoins laissés par ces hommes. Ainsi, parler de comportements des hommes de Neandertal ou des Homo sapiens archaïques requiert un minimum de connaissances sur ce qu’ils ont produit. L’histoire de la recherche fait que jusqu’à maintenant nous avons successivement utilisé une méthode classificatrice purement typologique qui avait pour vocation de mettre en évidence des différences. L’histoire a montré une utilisation abusive de cette méthode où l’on aboutissait à discourir de la fonction d’un outil en attribuant à ce dernier une fonction et un mode de fonctionnement, le plus souvent issus de l’idée que l’on en avait. Par la suite, le courant technologique a éliminé ce mode d’approche beaucoup trop empirique pour substituer une approche plus cognitive. Mais, les technologues se sont surtout attachés à comprendre les mécanismes de production en évitant de s’interroger sur la finalité fonctionnelle de la production. Néanmoins, si d’importants progrès ont été réalisés, il fallait un jour ou l’autre s’attaquer à la difficile question des outils, de leur fonction et de leur mode de fonctionnement.

  Notre démarche fait suite aux recherches menées par M. Lepot (1993), E. Boëda (1997) et S. Soriano (2000) relatives à l’appréhension des outillages lithiques sur des bases techno-fonctionnelles. L’analyse techno-fonctionnelle (technique et tracéologique), qui a pour objectif principal de reconnaître au travers des caractéristiques techniques de l’outillage, ses caractères fonctionnels, permet, grâce à de nouvelles grilles de lecture, d’aborder et de percevoir différemment les outils lithiques. Ces dernières démontrent que pour les périodes anciennes notamment, l’approche fonctionnelle de l’outillage peut être réalisée d’un point de vue technologique et non plus uniquement à partir des seules études tracéologiques. Dépasser le stade des identifications de fonction des outils d’après leurs caractères morphologiques (classes typologiques) pour parvenir à la logique fonctionnelle de ces derniers (fonction et fonctionnement), est ainsi envisageable.

 Notre recherche, simultanément technologique et tracéologique, axée sur des industries lithiques anciennes nécessita la prise en compte d’un site bien conservé, avec une bonne représentativité de ses séquences stratigraphiques et de ses cultures matérielles. Le site d’Umm el Tlel (bassin d’El Kowm, Syrie centrale), fouillé et co-dirigé par Eric Boëda, Sultan Muhesen et Heba Al-Sakhel, est un gisement idéal présentant de grandes potentialités archéologiques relatives aux comportements anthropiques, aux contextes culturels et environnementaux ; potentialités dues en grande partie à l’excellente conservation des couches archéologiques et des artefacts qu’elles contiennent, fait rare pour des périodes aussi reculées.

  Des analyses techno-fonctionnelles et tracéologiques ont ainsi pu être menées. Ces dernières furent réalisées sur la quasi-totalité de l’industrie lithique d’une couche du Paléolithique moyen final : la couche VI3d’. Ce niveau, daté récemment par TL à 71 000 ans, est régi par une conception Levallois du débitage orienté principalement vers l’obtention de produits triangulaires et de pointes Levallois très peu retouchées.

  Les résultats de cette recherche ont montré que pour les systèmes de production complexes tel que le Levallois, les intentions fonctionnelles sont totalement intégrées aux objectifs de la production, et qu’il apparaît actuellement incohérent de différencier d’une part les modes et schémas de production et d’autre part, la fonction et la typologie des outillages. Afin de comprendre au mieux ce que sont les outils du Paléolithique Moyen, il semble fondamental d’intégrer une notion supplémentaire, celle de l’intentionnalité de la production en termes de réalisation et d’objectifs fonctionnels. L’application de cette méthode sur l’assemblage lithique de la couche VI3d’ s’est avérée très probante puisque, d’un point de vue synchronique, nous commençons à entrevoir ce qu’est, en termes d’intentionnalité productionnelle et fonctionnelle, un produit Levallois (pointe, éclat). En outre, sur un plan démonstratif, nous disposons d’une quantité importante d’informations et de documents concernant les outillages (bruts et retouchés) de la couche VI3d’ : leur fonction, leur mode de fonctionnement mais aussi leur modalité de préhension et/ou d’emmanchement.

  Mon projet de recherche continuera dans un premier temps de porter sur les méthodes relatives à la compréhension des industries lithiques du Paléolithique Moyen et particulièrement des industries de conception Levallois. Si aujourd’hui nous connaissons parfaitement le débitage Levallois d’un point de vue technique (concept, schémas de production) nous sommes en revanche bien incapable de comprendre ce que sont d’un point de vue fonctionnel les productions Levallois : qu’est ce qu’une pointe Levallois ou encore un éclat Levallois ? A cette question s’ajoute le problème spatio-temporel de son apparition et de son développement. Les conceptions productionnelles et fonctionnelles des productions Levallois sont-elles identiques en Europe, au Proche-Orient, en Extrême Orient ou encore en Afrique ? Existe t-il des différences, des similitudes ou des convergences ? Puis fondamentalement, et ceci est valable pour tous les grands changements techniques et conceptuels, pourquoi à un moment donné (moment relatif à l’échelle de la Préhistoire) les hommes sont-ils passés d’une conception technique à une autre (du façonnage au débitage par exemple) ?    













Accueil Contact



Thèmes de recherche Programmes



Enseignement Pages personnelles







Contact





Thèmes de recherche





Curriculum Vitae





Publications