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Marie Soressi - Thèmes de recherche

Thèmes de recherche

  Je suis fascinée par le fait que nous ne soyons plus qu’un seul même groupe humain aujourd’hui sur terre, alors que le genre humain a été diversifié pendant plus de deux millions d’années.

  Ma recherche porte principalement sur la nature et sur les relations qu’entretiennent modernité biologique et culturelle au Pléistocène. Quels facteurs ont conduit à la disparition des Néandertaliens, alors qu’ils étaient pourtant établis en Europe depuis plus de 300 000 ans ? Quelle(s) facette(s) du comportement des premiers hommes anatomiquement modernes et des Néandertaliens ont conduit à ce bouleversement majeur de l’histoire européenne ?



Je contribue à produire de nouvelles données en combinant recherche de terrain et de laboratoire , recherches qui portent sur plusieurs aires géographiques et périodes chronologiques :
- le cœur et la fin du Moustérien au Pléistocène supérieur en Europe de l'Ouest (Moustérien de tradition acheuléenne, Moustérien de type Quina notamment)
- la transition Paléolithique moyen/supérieur en Europe de l'Ouest (Châtelperronien notamment)
- la fin du MSA en Afrique du Sud (Still Bay notamment).
Mes analyses portent sur l'industrie lithique mais aussi sur les pigments.


Parcours de recherche

Au cours d’un post-doctorat en Afrique du sud en 2003, j’ai analysé plusieurs collections lithiques du Middle Stone Age des stades isotopiques 4 et 5, en particulier celle de Blombos, gisement qui a livré des parures, des pigments et de l’industrie osseuse parmi les plus anciennes au monde. Après un second stage post-doctoral au département d’évolution humaine du Max Planck Institute en Allemagne de 2004 à 2007, j’ai intégré l’INRAP, plus importante structure de recherche archéologique française et l’un des tous premiers opérateurs d’archéologie préventive. Ma mission concerne principalement le Paléolithique dans le centre de la France. Je participe au diagnostique de nouveaux gisements et je conduis des opérations de fouille à la fois sur des sites en grotte servant de référence mais aussi sur des sites de plein air nouvellement découverts et menacés par des travaux d’aménagement.



  Pendant ma thèse (Soressi, 2002 : disponible en téléchargement sur la page Publications), j’ai travaillé sur les comportements des derniers néandertaliens avant tout contact possible avec les Hommes anatomiquement modernes en Europe de l’Ouest. Je me suis focalisée sur la technologie lithique des sites de référence bien datés du Moustérien de tradition acheuléenne (MTA). J’ai argumenté pourquoi le MTA à bifaces cordiformes du sud-ouest de la France doit effectivement être considéré comme une unité culturelle et j’ai apporté de nouveaux éléments montrant qu’il est le meilleur candidat à l’origine du Châtelperronien. En outre, la forte prédétermination et planification mise en évidence dans certains processus de taille MTA diminue le contraste parfois établi de ce point de vue entre les industries du Paléolithique moyen et du Paléolithique supérieur.



  En 1999, j’ai lancé un programme de recherche sur le gisement éponyme du MTA, Pech-de-l’Azé I en Dordogne. Ce programme a débuté par la restauration de la collection issue des dernières fouilles menées par F. Bordes sur le gisement en 1970-71. De 2004 à 2005, nous avons repris des fouilles à Pech-de-l’Azé I en collaboration avec une équipe pluridisciplinaire. La découverte de structures de combustions a conduit à l’arrêt momentané de ces fouilles, afin de mettre au point une méthode de fouille adéquate, s’appuyant sur les résultats des analyses micromorphologiques en particulier.

  De 2004 à 2007, j’ai codirigé avec Jacques Jaubert, Jean-Jacques Hublin et Shannon McPherron, les nouvelles fouilles de Chez Pinaud à Jonzac en Charente-Maritime. Ce gisement livre une longue séquence moustérienne surmontée de quelques témoignages du Paléolithique supérieur. Il s’agissait pour moi d’approfondir notre compréhension de ce gisement débutée sous l’impulsion de Jean Airvaux de 1998 à 2003.

  Enfin, depuis 2006, nous avons repris la fouille des Cottés, dans la Vienne, toujours en collaboration avec une équipe pluridisciplinaire et pluri-institutionnelle. C’est sur ce gisement qu’a été défini le Châtelperronien dit « évolué », caractérisé par la pointe des Cottés, ainsi que l’interstade des Cottés.

  Parallèlement à mes travaux de terrain, je travaille sur les collections lithiques des gisements châtelperroniens de Saint-Césaire et de Quinçay (en collaboration avec Morgan Roussel pour ce dernier). Enfin, en collaboration avec F. d’Errico, nous cherchons à comprendre les fonctions des colorants moustériens en déterminant leur mode d’acquisition et d’usage.






Terrains

  Concernant les fouilles programmées, je travaille actuellement le gisement des Cottés et nous préparons la publication des résultats des fouilles récentes de Jonzac et de Pech-de-l’Azé I.




Les Cottés

  Les Cottés, dans la Vienne, est l’un des rares gisements, peut-être le seul connu, qui livre en séquence du Châtelperronien dit « évolué » et de l’Aurignacien ancien. L’équipe de recherche est composée de chercheurs du Max Planck Institute (J.-J. Hublin, D. Richards, D. Richter, S. Talamo), de l’UMR 7041 équipe AnTet (M. Roussel, J. Primault), de l’INRAP (M. Liard, M. Soressi), de l’UMR 5199 du CNRS PACEA (S. Rigaud, J.-P. Texier), de l’UMR 5608 du CNRS TRACES (W. Rendu), de l’Université de Provence (A. Pasquini), de l’Université de Wollonging, Australie (Z. Jacobs) et de l’Université de Vrije, Amsterdam (H. Hollund). Les opérations de terrain sont financées par le Département d’Evolution Humaine du Max Planck Institute de Leipzig, par le Ministère de la Culture français et par l’Institut national de recherches archéologiques préventives.




Jonzac

  Le gisement de Chez-Pinaud à Jonzac, parfois considéré comme parmi l’un des plus important découvert ces dernières années hors travaux préventifs en France, comporte une longue séquence couvrant une bonne partie des stades isotopiques 4, 3 et probablement pro parte le stade 2. De la base au sommet, il livre plusieurs niveaux Moustérien de type Quina, Moustérien à denticulé, Moustérien de tradition acheuléenne et enfin des témoignages châtelperroniens, aurignaciens voire gravettiens.



   Les résultats des premières campagnes de fouilles menées entre 1998 et 2003 sous la direction de Jean Airvaux ont été publiés dans une monographie (éditions Préhistoire du Sud-Ouest) et dans divers articles. De 2004 à 2007, une nouvelle équipe basée sur une collaboration Université Bordeaux I/Max Planck Institue et dirigée par J. Jaubert, J-J. Hublin, S. McPherron et moi-même a poursuivis les travaux de terrain.

  Au sein de la première équipe, j’ai contribué à mettre en évidence les difficultés d’attribution du niveau 8 à l’un des techno-complexes de la fin du Paléolithique moyen ou de la transition Paléolithique moyen/supérieur (Soressi, 2004a ; Airvaux et Soressi, 2005). J’ai également décrit dans les niveaux Moustériens de type Quina une chaîne opératoire originale, voire surprenante. La production réalisée sur place consiste en effet au façonnage à la percussion tangentielle au percuteur tendre de support bifaciaux. Les supports et leurs éclats de façonnage sont, lorsqu’ils s’y prêtent, retouchés par des retouches Quina ou demi-Quina puis recyclés par percussion rentrante (Soressi, 2004b). Par ailleurs, l’étude comparée des artefacts (produits et percuteurs) d’un des niveaux Quina de Jonzac et de reproductions expérimentales a permis de démontrer pour la première fois l’usage du calcaire en tant que percuteur au Paléolithique moyen (Roussel et al., 2008). Les premières analyses isotopiques d’une dent néandertalienne et des restes de faunes des niveaux 8 à 6 de Jonzac confirment la grande consommation de viande par les Néandertaliens (Richards et al., 2008). Des analyses isotopiques sur les dents de rennes et de bison permettent de discuter des migrations de ces herbivores (Britton et al., 2011).


Figure extraite de Soressi, 2004b

  Les analyses en cours (Jaubert et al., 2008) devraient permettre de préciser  la position chronologique et les conditions de fossilisation de ces dépôts, ainsi que certains aspects comportementaux, en particulier ceux concernant les modes d’usage des outils en silex ou les méthodes de prédation.


Pech-de-l’Azé I

   Pech-de-l’Azé I fait partie d’un complexe de gisements paléolithiques mis en valeur en particulier par les travaux de F. Bordes des années 50 aux années 70. Ce gisement en entrée de grotte conserve plusieurs niveaux attribuables au Moustérien de tradition acheuléenne qui ont livré notamment le crâne et la mandibule d’un enfant néandertalien (Maureille et Soressi, 2000 ; Soressi et al., 2007) ainsi qu’un ensemble de minéraux colorants sans équivalents connus en contexte moustérien (plus de 250 blocs de dioxyde de manganèse utilisés) (Soressi et al., 2002; d’Errico and Soressi, 2002, 2006; Soressi et d'Errico, 2007).



  Nos travaux à Pech-de-l’Azé I ont pour objectif de contribuer à mieux connaitre les comportements des derniers Néandertaliens avant tout contact possible avec les premiers Hommes modernes. Il s’agit de mettre à disposition un référentiel précis dans un cadre régional bien connu permettant ensuite de mieux comprendre la phase suivante, la disparition de la population néandertalienne.

En 1999, nous avons entrepris l’analyse du matériel issu des fouilles menées par F. Bordes en 1970-71 resté jusqu’à présent inédit (14 942 pièces ont ainsi été lavées, marquées, classées par niveau et inventoriées), puis nous avons repris des fouilles programmées en 2004 et 2005. Nous pouvons désormais préciser les processus de formation du gisement et le degré de préservation des témoins archéologiques. Une approche interdisciplinaire (analyse des micromammifères, archéozoologie des mammifères et des oiseaux, cémentochronologie des grands mammifères, anthropologie physique, technologie des industries lithiques en silex et autres matériaux, études fonctionnelles des silex et des colorants) nous permet de discuter certains des comportements des Néandertaliens qui ont occupé le Pech-de-l’Azé I lors du stade isotopique 3, juste avant l’arrivée des Hommes anatomiquement modernes dans cette partie d’Europe de l’Ouest (Armand et al., 2001 ; Soressi et al., 2007 ; 2008 ; Rendu et al., 2009).



La mise en commun des résultats des différentes approches mises en œuvre suggèrent en particulier des changements dans la durée annuelle d’occupation du site au cours de la séquence, s’inscrivant dans un temps d’autant plus réduit que l’on monte dans la stratigraphe, du MTA A au MTA B. Ces changements comportementaux ont, pour certaines de leurs facettes, déjà été observés dans d’autres gisements et précisent les probables changements en l’espace de quelques milliers d’années dans l’organisation des groupes MTA, devenant de moins en moins planifié et organisé à long terme (Soressi, 2002, 2004c, 2005).















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