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Les archéologues, les anthropologues et les historiens sont, depuis quelque temps, placés devant de lourdes responsabilités, lorsque leurs travaux sont sollicités à l’appui des idéologies nationalistes les plus diverses. La célébration du baptême de Clovis — qui supposait, à l’encontre de toute réalité historique et anthropologique, une permanence de l’identité de la France — montra, s’il en était encore besoin, que ce détournement n’est pas le propre de nations plus récentes ou moins policées que la nôtre. Cette compromission est aussi celle des archéologues, lorsqu’ils évoquent — à l’appui de la préservation du patrimoine — non des nécessités de connaissance scientifique et de diffusion mais un impératif de mémoire et d’identité qui, pour des faits remontant à un ou plusieurs millénaires, est vide de sens.
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La confrontation des disciplines ainsi mobilisées oblige à revenir sur la notion de « culture », et à reconnaître que le terme est, en France, équivoque : le mot peut, selon les disciplines, prendre deux sens différents, voire inconciliables. Dans un premier sens, proche de civilisation, le concept est unitaire et le mot employé au singulier. Il reflète l’humanisme et l’universalisme des Lumières. Dans le second, imprégné de la pensée allemande mais né de l’anthropologie américaine, et tout particulièrement des travaux de Franz Boas, il donne au contraire toute son importance à la diversité et au relativisme culturel.
Cette autonomie des cultures rejoint aujourd’hui dans les faits et dans l’histoire le renouveau des nationalismes, à l’est comme à l’ouest. L’État y considère n’avoir plus désormais la fonction universaliste de « faire arriver l’histoire », mais oriente au contraire la nation vers une histoire « fermée », fondée sur un retour aux valeurs du passé « national ». En France, où tenter de penser la différence n’a jamais cessé d’entrer en contradiction avec l’universalisme abstrait des Lumières et les principes éthiques de la République, cette revendication des particularismes ne peut qu’entraîner les archéologues sur le chemin de l’inconfort, voire de la contradiction intellectuelle.
Axes de réflexion :
La définition du concept d’identité culturelle, et ses différents constituants.
La pertinence du lien entre « culture matérielle » et « identité culturelle », comme outil de travail pour l’archéologue.
L’identité culturelle telle qu’elle est ressentie par le groupe, différente ou non de celle que l’analyste observe ou construit.
Les logiques de reproduction et les processus de transformation d’une « culture » : durabilité, résilience, acculturation, etc.
Le rôle de l’archéologue dans sa société, sa responsabilité intellectuelle et politique au regard de l’utilisation de la notion d’identité culturelle.
Ces séminaires ont été couplés avec les séminaires Paris 1 "Archéologies et identités", pour permettre aux étudiants de participer au débat.
Voir les résumés des interventions du thème dans Les Cahiers des Thèmes Transversaux.



