Caroline SAAL – Historiographie et régimes d’historicité au XVIIe siècle

Historiographie et régimes d’historicité au XVIIe  siècle

Caroline SAAL
Doctorante à l’université de Liège
Page personnelle

TRANSITIONS HISTORIQUES : rythmes, crises, héritages.
12e colloque annuel de la MAE

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Le XVIIe siècle est parfois présenté comme le « chaînon manquant » de la pensée historique moderne. Le XVIe siècle serait le temps d’une historiographie novatrice et intelligente, comme l’illustrent La méthode de Jean Bodin et Les recherches de la France d’Étienne Pasquier, tandis que la philosophie des Lumières marquerait la distanciation accélérée et définitive du récit historique avec le providentialisme et la fable. Bien que la définition de l’acte historiographique se soit élargie au-delà du discours des historiens ces vingt dernières années, le XVIIe siècle traîne la réputation tenace de période d’accalmie méthodologique où l’histoire, genre littéraire plutôt que discipline, se contenterait de se plier au service de la royauté. Si cette intellection de l’histoire au XVIIe siècle est loin d’être sans fondement, elle dépend néanmoins d’un état d’esprit a posteriori qui voudrait que le récit du passé suive une courbe ascendante vers la notion actuelle, scientifique, d’histoire. Dans Les Lieux de l’histoire, Christian Amalvi et une série d’historiens incorporaient à la fabrique de l’histoire ces « espaces plus difficiles à cerner, mais qui jouent un rôle capital dans la diffusion du passé (1) » : ces derniers relèvent des pratiques de sociabilité liées au partage de savoirs, au-delà de celles d’une corporation historienne strictement définie. Ces espaces montrent au XVIIe siècle la cohabitation de régimes d’historicité passéiste et futuriste, entre perpétuation de l’historia magister vitae et revendications modernes, qui mettent le passé en discussion de manière plurielle. Ils dévoilent également un rapport au passé très différent du nôtre, et transforment la lecture du XVIIe siècle historiographique. Le but de cette communication sera de dresser l’état de la question de l’approche du récit du passé au XVIIe siècle en montrant l’influence des choix de concepts historiques et de référents temporels sur l’image globale d’une période, voire sur son statut historiographique.

(1) AMALVI Christian (dir.), Les lieux de l’histoire, Paris, Armand Colin, 2005, p. 8

Mots-clés : historiographie, régimes d’historicité, histoire culturelle, littérature, XVIIe siècle, temps modernes.