Cédric YVINEC – Devenir écologiste après avoir été chasseur-horticulteur, caféiculteur, trafiquant de bois et évangéliste : les récits historiques des Surui du Rondônia (Amazonie brésilienne) sur leur passé récent (années 1970-2010)

Devenir écologiste après avoir été chasseur-horticulteur, caféiculteur, trafiquant de bois et évangéliste : les récits historiques des Surui du Rondônia (Amazonie brésilienne) sur leur passé récent (années 1970-2010)

Cédric YVINEC
Postdoctorant, Laboratoire d’Anthropologie Sociale
Page personnelle

TRANSITIONS HISTORIQUES : rythmes, crises, héritages.
12e colloque annuel de la MAE

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Les Suruí du Rondônia sont une population indigène d’Amazonie brésilienne qui, comme beaucoup d’autres, a connu une « transition » fulgurante en environ deux générations, passant des années 1970 aux années 2000 d’une vie de chasseurs-horticulteurs en isolement volontaire à une insertion sur les marchés mondiaux les plus avant-gardistes (vente de crédits carbone). Ce processus a cependant connu plusieurs étapes, explorant plusieurs voies, avant parfois de les abandonner : travail agricole salarié, cultures de rente (café), puis de dilapidation de matières premières (bois) et établissement en ville. Ces changements économiques ont eu de nombreux corollaires sociaux et culturels : mort de la moitié de la population, suivie d’un vif regain démographique, nouveaux horizons et trajectoires dans le champ matrimonial, intense mobilité géographique (dispersion de l’habitat, hospitalisations, voyages pour des négociations politiques), engagement dans des formations scolaires et universitaires dans l’espoir d’emplois urbains, conversion au protestantisme évangélique et abandon de rituels traditionnels, et enfin valorisation symbolique et économique d’une « culture indigène suruí » (qu’on déclarait peu auparavant « perdue »). Les Suruí ont une conscience aiguë de l’instabilité de ces évolutions, soulignent le caractère « erroné » de certaines voies et « l’échec » ou le « succès » (souvent provisoire) d’autres. J’ai recueilli, entre 2005 et 2013, plusieurs discours historiques d’individus ayant vécu tout ou partie de ce processus historique, discours ayant pris plusieurs formes – discussions informelles, narrations autobiographiques, récits politiques destinés à des financeurs de projets, chants rituels. Ces évocations accordent une importance très inégale aux diverses périodes, assez déconnectée du caractère dramatique qu’un regard extérieur leur attribuerait et beaucoup plus liée au genre discursif auquel elles recourent. Les interprétations a posteriori de ces diverses étapes sont ensuite très influencées par la génération à laquelle appartient le narrateur. Enfin certains récits permettent de reconstruire les futurs qui ont été (et sont encore) envisagés à différentes étapes de ce processus historique. Je me propose d’étudier ainsi la conception et l’usage que diverses générations font de différents moments du passé en fonction de différentes perspectives sur le futur, dans un contexte culturel où la mémoire historique s’exprime essentiellement de manière orale et dialogique.

Mots clés : héritages, générations, interprétations a posteriori, futurs passés, Amazonie indigène, XXe-XXIe s.