Circonscrire le patrimoine : chercheurs, professeurs amérindiens, chamanes et autres acteurs de la recherche patrimoniale

Le 25 juin 2015, MAE, salle 308, de 10h à 13h

Organisation :
Silvia Macedo (Chercheur associé  du Centre EREA du LESC) :  silvia.lopesmacedo@gmail.com

Dans le cadre de l’ANR FABRIQ’AM, La fabrique des « patrimoines » : Mémoires, savoir et politique en Amérique indienne aujourd’hui

Résumé : Les pratiques de patrimonialisation de biens tangibles et intangibles ont contribué au développement d’une série d’actions indigènes de recherche et de mis en valeur des patrimoines amérindiens. Cet atelier s’interrogera sur la place, le rôle et les activités de ces ‘nouveaux’ spécialistes des ‘cultures’ amérindiennes.

Face à un sentiment d’insécurité quant à la continuité socioculturelle qui ne date pas d’aujourd’hui, différentes populations amérindiennes cherchent à s’assurer de la transmission de leurs pratiques culturelles et de leurs ‘traditions’. A travers l’élaboration des pratiques propres de transmissions et de registre, ou par la participation dans des démarches missionnaires, politiques, éducatives et scientifiques, plusieurs populations entament un processus réflexif sur leurs ‘cultures’ et leurs ‘traditions’. Si ce processus n’est pas nouveau, il a été récemment catalysé par des actions politico-institutionnelles comme les programmes nationaux et internationaux (UNESCO) de patrimonialisation des biens tangibles et intangibles, les programmes d’éducation multiculturelle et plurilingue, les programmes de développement économique et du tourisme. Fortement liée à l’évolution politique et juridique des droits autochtones, les populations amérindiennes se penchent de plus en plus sur leurs pratiques culturelles à fin de les identifier, de les circonscrire, de les registrer et de les transmettre. Les modes de transmission ainsi que les contenus transmis varieront fortement selon le public à qu’il se dirige – de la parenté proche, passant par ‘l’ethnie’ et arrivant à la ‘communauté internationale’.
Dans ce contexte ont voit émerger des nouveaux spécialistes culturels, des acteurs fortement engagés dans cette démarche réflexive : des professeurs et chercheurs indigènes, des chamanes, des intellectuels, des leaders communautaires, des guides touristiques, des artistes… C’est ce qu’on voit par exemple au Brésil. Dans deux démarches politico-institutionnelles distinctes, mais fortement associées, dans la politique d’éducation multiculturelle et plurilingue et dans les programmes de patrimonialisation culturels (à niveau national comme ce promu par l’Institut du patrimoine historique (IPHAN) ou international comme ce de l’UNESCO), la formation de ‘chercheurs amérindiens’, qui réaliseront la recherche sur leur propre culture est fortement recommandée et est devenue pratique courante des programmes. Prenons par exemple le cas de l’éducation multiculturelle et plurilingue. Dans la quasi-totalité des formations des maîtres indigènes la constitution du stagiaire en chercheur de sa propre culture et langue et devenue une pratique institutionnalisée. Un professeur amérindien sera, avant tout, un chercheur de sa propre culture. Et avec ses recherches il construira, en accord avec ‘la communauté’, les programmes d’enseignement scolaire. Une démarche très similaire peut-être retrouvée dans les activités liées aux programmes de sauvegarde des patrimoines intangibles, qui se reposeront principalement sur les recherches, les classifications et les catégorisations réalisées par les amérindiens, devenus ‘chercheurs de leurs cultures’.
Dans cette demi-journée d’étude nous nous proposons de nous pencher sur ces nouveaux acteurs pour réfléchir sur la place, le rôle et les activités de ces ‘nouveaux’ spécialistes culturels (soit ils institutionnalisés ou pas). Nous chercherons à décrire et à réfléchir sur ce que les chercheurs amérindiens font ; comment ils le font ; pourquoi ils le font ; à qui ils le font ; et quand ils le font.
Quelle est la compréhension amérindienne du statut de chercheur ? Quelles fonctions, méthodologies et interprétations sont attribuées par les amérindiens à leur recherche ? Quel type de production est généré ? Sur quels supports ? Envers quels publics ? Quelle place institutionnelle et politique à ces acteurs (local et extra localement) ? Ce sont des exemples de questions qui seront débattues lors de cette demi-journée.

 


Programme

10h-10h30
Rocio Noemi M. Martinez (FCS/Universidad Autonoma de Chiapas)
Chan vun : apprendre le livre

10h35-11h05
Karla Janiré Avilés González (Labex EFL Paris 7 – PRES Sorbonne Paris Cité / EREA)
Nouvelles méthodes de recherche engagée autour du patrimoine mésoaméricain

11h10-11h40
Francis Ferrié (docteur en Ethnologie par Paris X- Nanterre)
Approche épistémologique de savoirs amérindiens (piémont bolivien)

11h45-12h15
Joana Cabral de Oliveira (Post-doctorat à l’Université de São Paulo et à l’Université d’Oxford
An indigenous research as equivocation – An experience among the Guarani-Mbya

12h20-12h50
Ana Guevara (Doctorante LAS/EHESS)
Le Ngenpin (maître de la parole) et l’artiste contemporain : deux nouvelles formes d’expression de la transmission de la culture et du patrimoine Mapuche (Chili-Argentine)

Discussion