Emmanuel ALCARAZ – Le sort des restes des martyrs algériens après la guerre d’indépendance algérienne (1954-1962)

« Le sort des restes des martyrs algériens après la guerre d’indépendance algérienne (1954-1962) »

Emmanuel ALCARAZ
Université Paris VIII, Institut Maghreb Europe, Erasme
Page personnelle

LE FUNÉRAIRE. Mémoire, protocoles, monuments.
11e colloque annuel de la MAE

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Il s’agit d’étudier le devenir des restes des mujâhidîn après la guerre d’indépendance. Il faut d’abord s’intéresser à la manière dont l’armée française traitait les dépouilles des Algériens morts au combat et ensuite voir comment ont été traités les restes des défunts après 1962, dans une Algérie où le culte des « martyrs » morts pour l’indépendance du pays entretient avec la légitimation du pouvoir des liens étroits. Comme l’écrit l’écrivain Tahar Djaout dans Les chercheurs d’os où il raconte l’histoire d’une famille algérienne partie à la recherche des restes de l’un des leurs, « chaque famille, chaque personne a besoin de sa petite poignée d’os à elle pour justifier l’arrogance et les airs importants qui vont caractériser son comportement à venir sur la place du village ». Ces os constituent un prélude plutôt cocasse à la débauche de papiers, certificats, attestations diverses qui feront quelque temps après leur apparition et leur loi intransigeante. « Les restes des martyrs sont la meilleure preuve de la qualité de chahîd pour les familles des morts. » En leur absence, la qualité de martyrs ne repose que sur des témoignages. Le monument aux martyrs des villages et des villes algériennes est un véritable cénotaphe dédié aux défunts par la Nation algérienne. Il existe toujours des conflits entre des villes, des villages pour obtenir le rapatriement des restes de chuhadâ prestigieux. Le sort des restes d’un héros national en Algérie peut encore déclencher dans ce pays des polémiques violentes mettant à jour les divisions de la société algérienne. Des transferts ont même eu lieu lors de réhabilitation. Tel a été le cas pour Amirouche, le chef de l’Armée de libération nationale (ALN) en Kabylie. Effectivement, la visibilité d’une sépulture ou d’un mémorial peut être associée à l’oubli du rôle réel de ces hommes dans l’histoire de leur pays. Pour une commune, une tombe d’un chahîd prestigieux associée à un nombre élevé de chuhadâ sur le monument aux « martyrs » est une source de prestige immense. Il s’agit de s’intéresser dans cette communication à la place de ces restes dans la mémoire collective algérienne en prenant comme terrain d’études un quartier d’une ville ou un village algérien en s’intéressant aux carrés de chouhadâ et à leur place dans ces espaces. L’archéologie funéraire a sa place dans l’écriture de l’histoire de la guerre d’indépendance algérienne lors de la découverte de restes de défunts ou de charniers de personnes ayant souffert d’exécutions sommaires, les « corvées de bois ». Il s’agit de voir que la culture de la souffrance associée au culte des « martyrs » est paradoxalement associée à la glorification de ces morts.