Emmanuel FRANCIS – Le prestige royal en Inde ancienne : inscriptions, généalogies, trophées

« Le prestige royal en Inde ancienne : inscriptions, généalogies, trophées »

Poster_FrancisEmmanuel FRANCIS
Chargé de recherche
Centre d’études de l’Inde et de l’Asie du Sud (CEIAS), UMR 8564, EHESS & CNRS
Page personnelle

Dans l’Inde précoloniale hindoue, le roi est, avec le brahmane, l’une des deux figures centrales de la société. À ce titre, il est investi d’un prestige qui suppose le don autant qu’il repose sur celui-ci. Le prestige royal se manifeste dans l’éloge par lequel le roi, en quête de réputation, donne à voir sa gloire. L’éloge royal se déploie sous de multiples formes dès les premiers siècles de notre ère : des textes littéraires et des inscriptions ; des images qui représentent le roi soit directement (portraits), soit indirectement (divinités comme parangons de la royauté) ; des motifs symboliques (héraldique des monnaies et des sceaux). Nous proposons ici d’explorer les modalités d’établissement du capital symbolique royal notamment les stratégies de captation du prestige de figures royales du passé ou du présent.

Figures royales du passé. Les rois accaparent le prestige de leurs illustres devanciers en intégrant ceux-ci comme ancêtres dans leur généalogie ou en plaçant leurs propres éloges épigraphiques à la suite de ceux de leurs prédécesseurs.

Figures royales du présent. Le roi hindou prétend au statut de souverain universel (entendu au sens de souverain unique du monde indien). Il se présente ainsi comme le garant du dharma (l’ordre socio-cosmique), comme le conquérant de ses rivaux. Il s’approprie des objets emblématiques : titres et attributs royaux de ses rivaux, symboles de lustre (joyaux), statues de divinités.

Nous montrerons aussi comment le roi hindou prétend à une relation privilégiée et exclusive avec la divinité suprême (Śiva ou Viṣṇu principalement) dans le cadre d’un « temple d’état », devenu monumental dès la fin du premier millénaire. Le royaume est ainsi posé comme le centre du monde (hindou). Au même effet concourt la relocalisation dans le royaume des éléments centraux de la géographie sacrée du monde hindou (le mont Meru, pivot du monde ; le fleuve sacré qu’est le Gange).

Nous conclurons par un exemple d’appropriation du prestige royal par des élites locales qui font inscrire sur les murs de temples de villages des éloges épigraphiques royaux en tamoul (meykkīrtti, littéralement « gloire véritable ») au début du IIe millénaire.

Le Prestige, autour des formes de la différenciation sociale
10e colloque annuel de la MAE