Ethologie et anthropologie : Des mondes sensibles aux mondes de la représentation

Vendredi 10 octobre 2014
MAE, salle 308F

Renseignements : florent.kohler@gmail.com

Comité d’organisation : Philippe Erikson (Université Paris Ouest Nanterre), Gérard Leboucher (Université Paris Ouest Nanterre)

Dans Mondes animaux, Monde humain, publié en 1934, Jakob von Uexküll réfute la proposition d’un animal réduit à un mécanisme, répondant à des stimuli par des réactions. En prenant l’exemple de la tique, il montre comment son monde perceptif traduit ce qui pour la tique fait sens dans ce qui l’entoure.  Cette idée d’Umwelt, « monde environnant » ou « monde sensible », pourvoit chaque animal, les humains inclus, d’ un « monde propre ». L’idée que tous les animaux sont dotés d’une sensibilité, qu’ils interprètent le monde et agissent en conséquence pose la question de l’héritage laissé par Von Uexküll  tant pour l’éthologie que pour l’anthropologie. L’hypothèse d’une continuité du règne animal était déjà  présente dans la première monographie animale digne de ce nom, celle de l’anthropologue  Lewis Henry Morgan (1868). Dans son étude sur la vie et les oeuvres  du castor américain, il attribue un principe mental commun aux humains et nonhumains. Ces prémisses forment donc matière à débat : quelle est la valeur heuristique des « mondes sensibles » ? Quelles démarches expérimentales ou empiriques permettent d’atteindre tant au « point de vue de l’animal » qu’ au « point de vue de l’indigène » tel que défini par Malinowski ? Les « mondes » des animaux sociaux et solitaires diffèrent-ils sensiblement ? Quels impératifs écologiques, phylogénétiques ou culturels déterminent la constitution et l’interprétation de ces mondes  ?

Cette journée d’étude est destinée  à établir des ponts disciplinaires et à faire sauter différents verrous épistémologiques qui entravent la connaissance intime des sociétés animales. Un anthropomorphisme de questionnement, à visée comparative, permettrait en effet de rendre moins étanches les champs respectifs des sciences sociales et des sciences de l’animal lato sensu.


Programme de la journée

9h : Accueil des participants

9h30 :  Introduction, par Gérard Leboucher (Laboratoire Ethologie-Cognition-Développement, Université Paris Ouest Nanterre) et Florent Kohler (Université de Tours – CREDA UMR 7227)

10h : Patrick Llored, Institut de recherches philosophiques de Lyon (IRPHIL) Université Jean Moulin Lyon III
La démocratie animale comme dépassement des frontières disciplinaires. Eléments pour une zooanthropologie politique radicale.

10h30 : Marie-Line Maublanc (Comportement et Ecologie de la Faune Sauvage, INRA)
L’approche de l’énaction

11h : Olivia Le Moene (Doctorante, Université Rennes I)
Adaptation aux mondes anthropisés: entre survie et pathologie, l’animal captif

11h30 : Camille Chamois (Doctorant, Université Paris Ouest Nanterre)
L’équivoque au fondement des relations inter-espèces

12h :  Discussion

12h30 :  Pause-Déjeuner

14h: Carlos Pereira (INRA Montpellier)
Façons de parler aux chevaux

14h30 : Charlotte Marchina (Doctorante, INALCO Paris)
Habiter l’espace en pensant avec ses bêtes. Pratiques de nomadisation et d’occupation du territoire chez les éleveurs mongols

15h : Marion Vicart (Misha-Strasbourg, UMR 7367, CNRS)
Vers une « commune tranquillité » des hommes et des chiens ?

15h30 : Stéphane Rennesson (LESC, Université Paris Ouest Nanterre – CNRS, UMR 7186)
Scarabées, poissons, oiseaux : Pour un perspectivisme multisensoriel

16h : Eric Baratay (Professeur, Université Jean Moulin –  Lyon 3)
Les chiens mitrailleurs belges de l’été 1914 : une non-communication monde humain – monde canin

16h30-18h :  Discussion et conclusion : Michel Kreutzer (LECD, Université Paris Ouest Nanterre) et Philippe Erikson (Laboratoire d’Ethnologie et de Sociologie Comparatives, Université Paris Ouest Nanterre)