Francesco MARI – Le prestige est-il affaire d’héritage ? Le cas de Pasion et Apollodore

« Le prestige est-il affaire d’héritage ? Le cas de Pasion et Apollodore »

Francesco MARI
Doctorant en Histoire Ancienne
Université de Strasbourg – ARCHIMÈDE (UMR 7044)
Università degli Studi di Genova – DAFIST
Page personnelle

L’histoire du banquier Pasion est emblématique d’une ascension sociale fondée sur le mérite personnel et le pouvoir de l’argent. En effet, après son affranchissement au début du ive siècle av. J.‐C., cet ancien esclave des banquiers athéniens Antisthénès et Archestratos parvint à devenir lui‐même banquier. Le succès dans son activité de crédit lui permit à la fois de nouer des rapports avec les personnalités politiques de l’époque et d’employer des grandes masses d’argent pour rendre des services à la cité d’Athènes. Cela lui valut, vers la fin de son existence, la concession de la citoyenneté athénienne pour lui et pour ses descendants. À côté des énormes richesses accumulées, donc, ce fut un capital social – le prestige qui lui venait d’une vie passée à construire « la réputation d’homme laborieux jointe à celle d’honnête homme » (Démosthène, Pour Phormion, 44) – que Pasion légua à son fils Apollodore au moment de sa mort. Moyens économiques, bonne réputation familiale, statut de citoyen : Apollodore semblerait avoir eu toutes les cartes en main pour franchir la dernière étape du parcours social entamé par son père et conquérir une place sur la scène publique de la démocratie athénienne. Malgré ses efforts, cependant, il ne sut jamais s’imposer. Au contraire, les plaidoyers du corpus démosthénien qui concernent

Apollodore ou qui lui sont attribués dessinent le portrait d’un homme tourmenté par le besoin de réaffirmer en public son statut de citoyen : un acquis juridique qu’il semble percevoir comme menacé du point de vue social. Qui plus est, sa quête de reconnaissance est maladroite, qu’elle passe par les argumentations paradoxales qu’il développe au tribunal contre l’affranchi de son père, Phormion, ou par le train de vie somptueux et les manières arrogantes qui, loin d’impressionner ses concitoyens, ne font que les scandaliser. Finalement, Apollodore apparaît comme un parvenu dépourvu des moyens culturels d’exploiter les ressources humaines et économiques que le talent personnel de son père lui avait laissées en héritage. Dans la contribution que nous proposons, nous voudrions analyser dans le détail la contradiction inhérente au comportement d’Apollodore, pour mesurer d’abord la façon dont les capacités personnelles de l’individu pouvaient faire naître le prestige et la reconnaissance sociale dans l’Athènes classique. Mais ce cas permettra aussi d’examiner si les moyens économiques issus de ce prestige permettaient à eux seuls de franchir les barrières sociales de la société athénienne.

Le Prestige, autour des formes de la différenciation sociale
10e colloque annuel de la MAE