Frédéric HURLET – Naître au début du principat d’Auguste. La génération d’Actium et le nouvel horizon politique

Naître au début du principat d’Auguste. La génération d’Actium et le nouvel horizon politique

Frédéric HURLET
Professeur à l’Université Paris Ouest Nanterre La Défense (ArScAn)
Page personnelle

TRANSITIONS HISTORIQUES : rythmes, crises, héritages.
12e colloque annuel de la MAE

Retour aux vidéos


La notion de transition convient à certaines périodes de l’histoire plus qu’à d’autres. Pour l’Antiquité romaine, le laps de temps qui s’écoula entre la naissance d’Auguste en 63 av. J.-C. et son décès en 14 ap. J.-C. retient l’attention parce que le « siècle d’Auguste » réunit plusieurs caractéristiques propres à une longue période de transition : à savoir 1) le caractère tangible de fortes évolutions, ici avant tout politiques, qui fait que l’on est passé d’une forme de régime (qualifié de républicain) à une autre (de type incontestablement monarchique) sans retour en arrière ; 2) la lenteur de transformations qui ne se sont imposées que parce qu’elles prenaient la forme de la restauration ; 3) le flou entretenu sur la durée de la transition, les historiens insistant aujourd’hui sur le caractère foncièrement évolutif et empirique du principat d’Auguste. Les questions que les spécialistes du principat augustéen posent aux sources portent désormais autant sur les réalités incontestables des changements introduits par Auguste que sur la conscience et le vécu de ceux-ci par les acteurs de l’histoire. La notion de « génération » devient ainsi heuristiquement féconde, dans le sens où elle donne une clé d’explication au phénomène d’acceptation du nouveau régime par une génération qui n’a connu que la figure du prince à la tête de la res publica et s’y est ainsi habituée. Elle a déjà été appliquée à l’époque triumvirale par l’historienne allemande, M. H. Dettenhofer, qui a étudié la « génération perdue » de la République romaine, celle des Brutus, Cassius ou Antoine (nés dans les années 80). Elle sera étendue aux recherches en cours sur le principat d’Auguste. La communication aura pour objet de s’intéresser à la génération d’Actium, rassemblant ceux qui sont nés entre les années 30 et la dernière décennie avant notre ère. Il s’agira en particulier de vérifier l’idée selon laquelle la monarchie impériale s’imposa au fur et à mesure que disparaissaient les individus nés avant la prise du pouvoir par Auguste, au point de devenir le seul horizon possible. On partira du témoignage de Tacite, un des rares historiens de l’Antiquité sensibles à l’effet du renouvellement des générations sur la vie politique. Il explique en effet le calme qui régna à Rome en 14 ap. J.-C., au moment décisif de la première transmission du pouvoir impérial, par le fait que presque plus personne n’avait vu la République fonctionner : « Au dedans tout était calme … Tout ce qu’il y avait de jeune était né depuis la bataille d’Actium, la plupart des vieillards au milieu de la guerre civile. Combien restait-il de gens qui avaient vu la res publica ? » (Ann., I, 3, 7). Ce propos liminaire me conduira à envisager l’étude de la génération d’Actium à partir de deux démarches complémentaires, qui seront croisées : l’étude prosopographique des sénateurs nés durant la première moitié du Principat d’Auguste, étant entendu que le format de communication limitera le propos à des remarques méthodologiques et à quelques exemples ; l’analyse des pratiques naissantes de cour qui mettaient en relation les (futurs) sénateurs de cette génération avec Auguste et faisaient de ce dernier un point naturel de référence et de convergence (on citera l’exemple du jeune Galba, le futur empereur, qui était venu saluer Auguste durant son enfance avec d’autres garçons, cf. Suétone, Galba, 4).