Giacomo MANTOVAN – « Personne dans la communauté n’est venu me dire que je suis de cette caste-là et que je dois souffrir. C’est toi, Papa, qui me l’as dit ».

 « Personne dans la communauté n’est venu me dire que je suis de cette caste-là et que je dois souffrir. C’est toi, Papa, qui me l’as dit ». Réflexions sur l’héritage et les temporalités de l’histoire d’un révolutionnaire tamoul et de son fils exilés en France

Giacomo MANTOVAN
Affiliated fellow (International Institute for Asian Studies de Leyde, Pays-Bas)
Page personnelle

TRANSITIONS HISTORIQUES : rythmes, crises, héritages.
12e colloque annuel de la MAE

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Cette communication porte sur les mémoires de Suresh et de son fils Vimal, que j’ai interviewés plusieurs fois entre 2009 et 2014 dans le cadre d’une enquête ethnographique sur les récits de vie de Tamouls sri lankais exilés en France.
Suresh est né en 1956, fils du secrétaire régional du parti communiste sri lankais, et de caste « intouchable ». Vimal est né en 1976. Suresh a été un dirigeant du mouvement marxiste, révolutionnaire et indépendantiste PLOTE (People’s Libération Organisation of Tamil Eelam). Suite à l’élimination de celui-ci en 1989, Suresh et sa famille s’exilent en France. Là, Suresh et Vimal soutiennent les Tigres tamouls, une organisation qui lutte pour l’indépendance des Tamouls.
Je propose une réflexion sur l’héritage de la militance politique de Suresh. Père et fils sont en profond désaccord sur la valeur de cet héritage. Pour le premier, il représente une libération ; pour le second, cet héritage est le véhicule de transmission d’une identité de caste dont il veut se débarrasser.
On analysera comment l’engagement politique de Suresh et la transition de la période révolutionnaire à celle de l’exil ont été vécus différemment par le père et le fils. La tension entre expérience et attentes est cruciale pour saisir les temporalité de cette histoire (1) : de quelle manière le présent et le futur contribuent-ils à penser le passé et à former sa mise en récit ? Pourquoi Suresh met-il l’accent sur la continuité du temps de son histoire, alors que Vimal insiste sur la rupture ? Disposer de deux récits distincts portant sur les mêmes événements permet une réflexion sur la « plasticité » du passé (2) et les différences générationnelles de la mémoire.
On abordera également la question de l’évocation du passé dans une sphère publique : elle n’est pas conçue par les acteurs comme la réminiscence d’un passé inerme, mais plutôt la continuation de leur parcours de vie.

(1) Reinhart Koselleck, « “Champs d’expérience” et “horizon d’attente” : deux catégories historiques », dans Le futur passé. Contribution à la sémantique des temps historiques, Paris, Éditions de l’EHESS, 1990, p. 307 – 329.

(2) João Biehl, Vita: Life in a Zone of Social Abandonment, Berkeley/Los Angeles/London, University of California Press, 2005, p. 16-7.

Mots clés : mémoire, récits de vie, héritage, temporalités, révolution, castes, Tamouls sri lankais, France, exil.