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Hommage
à R. Ginouvès
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René Ginouvès
"Archéographie, archéométrie, archéologie. Pour une informatique de l'archéologie gréco-romaine"
Revue Archéologique 1971, p. 93-126.

 
 

Nous sommes désormais accoutumés à entendre célébrer la “ révolution informatique ” et notre entrée dans “ l'ère des ordinateurs ” : la mise en service, en des domaines toujours plus nombreux, d'un nombre toujours croissant de ces machines électroniques à traiter les données constituerait, pour l'histoire de la civilisation, une mutation aussi considérable que le fut l'invention de l'imprimerie... Certains enthousiasmes, certains engouements, peuvent à juste titre inquiéter l'archéologue, parfois conduit à l'Antiquité par une certaine défiance envers le présent, et de toute manière généralement peu au courant de l'évolution des techniques, même s'il en bénéficie dans sa vie journalière, même si certaines réussites peuvent frapper son imagination. Ces progrès étonnants semblent appartenir à un autre monde que le nôtre, un monde dans lequel la recherche met en jeu des dépenses sans commune mesure avec celles auxquelles nous sommes habitués (et une longue tradition humaniste nous a pénétrés du sentiment que les résultats les plus importants n'exigent pas nécessairement les moyens matériels les plus considérables). Pourtant, même le spécialiste des “ sciences humaines ” se trouve de plus en plus souvent en rapport avec les ordinateurs, que les Universités utilisent à des fins diverses, allant de la simple administration (inscription des étudiants, contrôles et examens, comptabilité) à la gestion des bibliothèques[1] et aux recherches scientifiques même dans les domaines littéraires[2], tandis que les Musées s'engagent dans la même voie, aux Etats-Unis[3] comme en France[4], selon des perspectives assez diverses mais qui devraient se rejoindre[5], et rejoindre celles qu'ouvre une entreprise comme l'Inventaire général des Monuments et des Richesses artistiques de la France[6].

Ainsi l'archéologue, et même l'archéologue classique, est naturellement conduit, en face des nouveaux problèmes auxquels il est confronté, à s'interroger sur l'aide que ces automates pourraient lui apporter, à condition d'en bien reconnaître la nature et les limites. En fait, cette préoccupation est sensible chez de nombreux chercheurs, et déjà un certain nombre de tentatives ont été faites, avec des intentions d'ailleurs en apparence assez divergentes, non seulement pour l'histoire de l'art en général[7], mais aussi et surtout pour l'archéologie[8]. Nous voudrions présenter ici un type de travaux parmi d'autres, ceux qui ont été entrepris depuis 1968 par une équipe de l'Université Paris-X; comme le reconnaîtront immédiatement ceux qui ont pratiqué ces problèmes, ils ne présentent, sur le plan théorique, aucune originalité. Nous espérons pourtant que ces recherches pourraient intéresser quelques archéologues classiques, et d'abord parce qu'elles représentent, pour ainsi dire, le point de vue de l'usager, ayant été entreprises sous la direction non d'un spécialiste de l'informatique ou de la documentation automatique, mais d'un archéologue de formation traditionnelle[9], et dans le cadre d'un enseignement en Faculté ; peut-être aussi parce qu'elles nous donnent l'occasion, à partir d'une réflexion sur l'analyse documentaire, de nous interroger sur les démarches, et, à la limite, sur la finalité de notre discipline.

Ce sont en effet les problèmes de la documentation qui, au moins dans le domaine de l'archéologie gréco-romaine, montrent avec le plus d'évidence la nécessité devant laquelle nous nous trouvons de faire appel à des méthodes nouvelles[10] ; car, de ce point de vue, nos travaux risquent, à brève échéance, d'aboutir à une impasse. Le temps n'est pas si lointain où les meilleurs esprits pouvaient embrasser l’ensemble des connaissances concernant l'antiquité gréco-romaine ; mais il n'y a plus de nos jours que des spécialistes, qui eux-mêmes éprouvent de plus en plus de difficultés à se “ tenir au courant ” de ce qui se publie dans leur champ d'intérêt. La multiplication des ouvrages, des articles paraissant dans des revues toujours plus nombreuses (à la limite, chaque centre de recherches voudra avoir son propre organe de diffusion, et certains pays ont commencé à glisser vers cet idéal absurde), rédigés dans les langues les plus diverses, exprime l'accroissement du nombre des chantiers de fouilles, du nombre des individus, groupes, institutions intéressés par l'Antiquité classique. Il n'est pas besoin de porter sur ce phénomène un jugement de valeur : c'est d'abord un fait, dont on reconnaît la gravité en considérant, sur les rayons d'une bibliothèque spécialisée, la croissance exponentielle de la place occupée par nos publications. Certes, lorsqu'un archéologue entreprend une recherche, il peut consulter non seulement sa mémoire et ses fichiers, mais aussi les bibliographies analytiques publiées chaque année, comme l'Année philologique, les Fasti archeologici, le Bulletin signalétique du CNRS ; ou encore, pour des domaines plus spécialisés, les bulletins que certaines revues consacrent, avec une périodicité variable, à l'architecture, la céramologie, l'épigraphie, etc. Mais cette “ recherche rétrospective ” porte sur de nombreuses années, et, en l'absence de fichiers cumulatifs complets[11], c'est la longue série de ces publications que nous devons dépouiller à l'occasion de chaque problème[12]. Encore ne s'agit-il là que de la première phase du travail, la seconde consistant, à partir des indications fournies par cette enquête bibliographique, à réaliser l'enquête factuelle, en consultant les ouvrages ou articles repérés, où l'on espère trouver les données répondant à la question posée.

Or, à chacun de ces deux niveaux de la recherche informative, il semble que les progrès des ordinateurs soient désormais susceptibles d'apporter une aide considérable, et qui pourrait concilier des exigences en apparence inconciliables : fournir une documentation tout aussi pertinente, et plus abondante, que celle que le chercheur aurait été capable de rassembler par ses propres moyens, tout en lui évitant une longue recherche, et l'encombrement de matériaux non classés ; et ainsi, en le délivrant de travaux ingrats, à peu près improductifs en eux-mêmes[13], le rendre disponible pour les études d'interprétation et de synthèse. Car l'ordinateur, c'est une banalité de le répéter, constitue seulement, à ce niveau, un “ manœuvre intellectuel ”, qui n'a pas à se substituer à l'intelligence, mais un manœuvre prodigieux, qui peut contribuer à la libérer. Ainsi il semble répondre à des aspirations qui s'expriment depuis au moins une quinzaine d'années, mais auxquelles l'état des techniques ne Pouvait apporter qu'une solution insuffisante.

Le terme “informatique ” qui apparaît dans le titre de cet article implique, en effet, que l'ordinateur est l'instrument central du système de documentation automatique : c'est-à-dire qu’il faut penser dès le commencement en fonction de l'ordinateur. Il ne s'agit pas seulement d'une question de techniques ; l'ordinateur n'est pas simplement un instrument parmi d'autres possibles, un gadget supérieur : son utilisation appelle une méthode d'analyse différente, plus proche de la démarche habituelle aux archéologues, dans la mesure où la codification des documents peut faire largement appel au “ langage naturel ”, et d'autre part il permet de travailler sur de très vastes collections de documents, et de réaliser sur ces documents des opérations logiques très complexes.

Tel n'était pas le cas pour les systèmes qui ont été essayés auparavant, successivement ou conjointement, dans le domaine de la documentation automatique. Le premier, le plus simple, est celui qui utilise les cartes perforées, et leur tri par un jeu d'aiguilles. Son application à l'archéologie a été proposée dès 1955 par J.-CI. Gardin qui, se fondant sur une série de travaux réalisés en Amérique[14], a joué un rôle de précurseur en transposant dans le domaine archéologique les méthodes d'exploitation que l'on connaissait alors sous le nom de “ mécanographie ” : un fascicule qu'il a publié en 1956 décrit l'organisation d'un fichier mécanographique de l'outillage[15] enregistrant environ 3 000 outils de l'âge du Bronze étudiés par J. Deshayes. Le système permet la recherche automatique d'objets possédant un certain nombre de caractéristiques, chaque objet étant représenté par une fiche et ses caractéristiques par des perforations. Le grand mérite du système est sa rigueur descriptive: car l'objet y est désigné non par son nom, trop souvent contenu dans des frontières sémantiques imprécises, mais par une série de caractères strictement définis, à travers une analyse objective et uniforme ; et ce sont ces caractères qui servent au jeu combinatoire de la recherche comparative. Pourtant, la technique même des cartes perforées implique un certain nombre d'inconvénients : l'appareillage est lourd, encombrant, il doit être installé dans un centre de recherches bien déterminé, et les chercheurs des autres centres qui souhaitent consulter le fichier doivent ou bien se rendre là où il se trouve, ou bien faire dupliquer les fiches pour une nouvelle installation, qui elle aussi ne servira qu'en un seul point. D'autre part, le système d'analyse ne permet pas d'enregistrer certaines données qui pourtant semblent essentielles à la recherche archéologique - au moins à certains aspects de la recherche : il en est ainsi pour les mesures, pour lesquelles la codification autorise seulement leur répartition dans un certain nombre de tranches, de “ bandes ” conventionnelles[16] ; mais, dans le domaine de l'architecture, par exemple, la recherche documentaire devra très évidemment appeler les mesures les plus précises, sur lesquelles on voudra effectuer des tris ou des calculs[17]. Et, si l’étude des outils n'implique pas nécessairement l'enregistrement des noms communs (qu'on a cherché au contraire à éviter), et moins encore l'enregistrement des noms propres, il en irait tout autrement dans certains autres domaines de l'archéologie, comme la céramique ou l'iconographie : or, les codes des cartes ne peuvent accepter l'infinité des noms de dieux, héros, personnages mythologiques, peintres et potiers, etc., qu'il faudrait pouvoir leur confier. Enfin, la mise en mémoire d'un objet par la série de ses caractères, telle qu'elle est réalisée dans ces cartes mécanographiques, implique son analyse à travers une grille hiérarchisée[18] ; des emplacements peuvent être réservés pour des caractères nouveaux, qu'un jour de nouveaux objets pourraient révéler[19] ; ce codage représente une opération complexe, qui constitue un goulot d'étranglement du système, et la transposition, dans un code alphanumérique abstrait, de caractères souvent connus de l'archéologue par des termes usuels, risque, malgré ses avantages théoriques, de le décourager. Ces raisons, d'ordres divers, font que le système de cartes perforées à tri par aiguille, qui a constitué pour la documentation archéologique, au moment où il a été mis au point, une nouveauté vraiment remarquable, ne semble pas à l'heure actuelle, en dépit des améliorations qui lui ont été apportées sur le plan technique[20], susceptible d'être étendu à l'ensemble de nos besoins.

C'est pourquoi on lui a vite préféré un second type de solution, utilisant des fiches perforées à sélection visuelle, selon le système désigné, d'une manière pittoresque, par l'expression peek-a-boo[21]. La différence ne tient pas seulement au système de tri mais au fait que, ici, chaque fiche représente normalement non point un objet, mais un des caractères reconnus aux objets de la collection : comme la fiche porte toute la série des numéros représentant ces objets, la perforation indique l'objet possédant le caractère, et le tri optique sur plusieurs fiches permet de déterminer quels sont les objets possédant en commun les caractères qu'elles représentent. Cette méthode d'analyse “inversée ” constitue un des avantages majeurs du système, en rendant la recherche plus rapide[22]. D'autre part, il n'est pas besoin d'un matériel de sélection coûteux ; et même la duplication des fiches ne pose pas de problèmes trop graves. Enfin, l'introduction d'un nouveau caractère n'oblige à rien d'autre qu'à créer une nouvelle carte. Pourtant, un certain nombre d'inconvénients du système précédent subsistent. Certes, on peut désormais faire une fiche par nom propre, ou par nom commun, ce qui constitue un avantage considérable ; mais le problème des mesures se pose d'une manière presque analogue, et on retrouve, avec une particulière netteté, le caractère morcelé de l'analyse : les fiches perforées constituent en quelque sorte un index sur lequel s'effectue le tri, qui lui-même renvoie à un catalogue de forme traditionnelle, donnant les mesures et tous les renseignements jugés nécessaires. D'autre part la contenance des fiches, relativement réduite, fait que le système ne peut convenir qu'à l'analyse de collections assez limitées[23] ; et les opérations de tri ne peuvent se faire que selon des formules logiques très simples.

Un troisième type de solution représente, par rapport aux deux précédents, un progrès remarquable, mais un progrès essentiellement technologique, sans que changent les principes même de l'analyse. Il s'agit des systèmes où la fiche concernant l'objet, ou le document en général, est microfilmée en même temps qu'une grille de carrés noirs et blancs correspondant à la codification de ses caractères[24] ; la sélection se fait ensuite par un procédé de lecture électronique, très rapidement et avec beaucoup de souplesse ; et en général la machine est prévue pour projeter sur un écran (et éventuellement pour photocopier dans un format lisible) les documents sélectionnés. Ici, la duplication des enregistrements ne présente pas plus de difficulté que celle d'une pellicule photographique ; mais la mise en mémoire des documents constitue une opération complexe, et le coût de l'installation, dans sa totalité, est très élevé[25] ; d'autre part, on revient à la formule du fichier direct, si bien que le tri ne peut se faire ni sur les noms propres, ni évidemment sur les dimensions. C'est pourquoi le système, malgré ses avantages qui l'on fait adopter pour des applications assez diverses[26], ne paraît pas fournir encore une solution idéale.

Par contre, l'emploi de l'ordinateur – l'ordinateur à partir de la “ troisième génération ” –, permet d'éviter l'essentiel de ces difficultés, en donnant en même temps à l'analyse préalable à la mise en mémoire une autre forme, moins étrangère aux habitudes des archéologues. Et d'abord, le travail de consultation et de tri des documents se fait avec une rapidité déconcertante, sans aucune commune mesure avec les possibilités de la recherche traditionnelle[27] ; et les circuits électroniques à l'intérieur de l'automate sont tels qu'on peut leur demander d'effectuer des opérations logiques autrement complexes que ne le permettaient le tri à aiguilles ou le tri optique, dans les systèmes à cartes perforées[28]. Le contenu des mémoires magnétiques est énorme, et peut être presque indéfiniment étendu, en particulier par la multiplication des piles de disques (et les progrès de la technique nous promettent en ce domaine de nouveaux développements) ; dès lors, il n'y a plus aucune limite de nombre pour les collections de documents, alors que, nous avons vu, les systèmes précédents ne s ensembles de dimensions modestes. Le redoublement de ces mémoires se fait avec la même facilité que celui de n'importe quel enregistrement magnétique, ce qui permet une communication extrêmement aisée des documents mis en mémoire, comme des programmes qui permettent de les exploiter ; ainsi le travail de mise en mémoire pourra être partagé entre les différents centres intéressés, qui additionneront le résultat de leurs analyses et bénéficieront, s'ils le veulent, des mêmes programmes[29]. D'autre part, les techniques du travail “en temps partagé ” et “ en temps réel ” permettent l'utilisation des mêmes mémoires, et du même ordinateur, par des chercheurs éloignés : il suffit d'une “ console terminale ”, reliée à l'ordinateur par une liaison téléphonique, pour que l'interrogation puisse se faire, l'utilisateur ayant l'impression qu'il est seul en communication ; et pas seulement l'interrogation, mais le dialogue entre l'ordinateur et l'utilisateur, ce dernier remodelant en quelque sorte ses questions en fonction des réponses qui lui parviennent sous la forme d'un texte, dactylographié automatiquement par la machine à écrire de la console terminale ou visualisé sur un écran cathodique[30]. Dès lors, le problème du prix de revient de l’information, et plus généralement de la rentabilité du système, ne se pose plus de la même manière que précédemment. Il est trop évident que, à l'échelle d'une université ou d'un centre de recherches, les archéologues constituent une clientèle déraisonnablement faible par rapport au prix d'un ordinateur, à son énorme puissance, comme aussi, nous allons revenir sur ce point, à l'énorme travail nécessaire pour mettre en mémoire les données. Par contre, on peut imaginer que chaque centre de recherches archéologiques ait accès à une console terminale (qui pourrait être utilisée, d'ailleurs, par d'autres centres de recherches de la même faculté ou de la même ville) ; cette console serait reliée à un ordinateur central, dont la mémoire contiendrait l'ensemble de la documentation archéologique (mais, aussi, bien d'autres dossiers documentaires) : les frais de la recherche, c'est-à-dire de l'utilisation du matériel, seraient partagés au maximum (comme devrait l'être le travail de mise en mémoire, c'est-à-dire l'analyse documentaire), d'autant que l'ordinateur par ailleurs servirait à bien d'autres usages qu'à la documentation automatique. Cette vision optimiste repose seulement sur deux hypothèses qui, il est vrai, sont loin d'être actuellement réalisées. La première, c'est que chaque centre de recherches puisse avoir accès à une console terminale, et par là à un ordinateur central : nous n'en sommes encore pas là, mais il y a de bonnes raisons en 1970 pour lancer, en écho au “ pari mécanographique ” de 1955, un “ pari informatique ”[31]. La seconde, c'est que plusieurs centres acceptent de collaborer : la communication de l'information mise en mémoire ne pose aucun problème, même de continent à continent[32] ; mais il est évidemment indispensable qu’elle ait été préparée en commun, étant donné l’énorme masse de travail que représente cette préparation, et pour cela il faut que soit défini et accepté un langage documentaire unique, c'est-à-dire un système unique d'analyse sémiologique.

C'est précisément à ce niveau du langage d'analyse qu'intervient un fait essentiel, qui pourrait constituer un des avantages majeurs de l'ordinateur, et faire reconnaître en lui non pas un gadget parmi d'autres (seulement plus perfectionné) mais un instrument permettant une approche différente du problème documentaire : c'est qu'on peut lui confier non point seulement les éléments codés d'un système numérique et/ou alphanumérique, mais aussi les noms propres tout comme les noms communs, en aussi grand nombre qu'on le souhaite et en dehors de tout système de classification hiérarchisée, et aussi les chiffres, aussi précis qu'on le souhaite, et non plus contenus dans des bandes codées. Cette capacité de lecture de l'ordinateur (l'expression signifie seulement que l'utilisateur peut opérer comme si la machine comprenait les noms et les nombres) conduit à réhabiliter, dans les techniques de la documentation, le “ langage naturel ”, ou plutôt (car un langage documentaire est nécessairement, dans une certaine mesure, artificiel) des codes utilisant non des formules artificielles, mais des mots empruntés au langage naturel, avec les avantages qui en découlent (à la condition que ces mots soient “ normalisés ”, et situés dans un système sémantique). Un objet pourra désormais être défini par un mot, ou par une suite de mots (qu'on appellera ses descripteurs) : il vaut la peine de réfléchir aux conditions qui feront choisir la première ou la seconde solution, et aux conséquences qu'elles entraînent.

Un avantage réel de l'analyse factuelle telle qu'on la pratique dans les systèmes mécanographiques cités ci-dessus, c'est que l'objet n'y est pas désigné par sa place dans une grille hiérarchisée, dans une classification. Cette analyse évite ainsi les inconvénients qu'on est conduit à reconnaître, sur le plan théorique, à la classification[33] : c'est d'abord qu'elle est nécessairement particulière, dans la mesure où elle exprime un certain point de vue, toujours relatif[34] ; c'est aussi qu'elle apparaît comme nécessairement provisoire, dans la mesure où elle est en relation avec l'état de la collection envisagée, dans laquelle l'introduction de documents nouveaux pourra conduire à un nouveau découpage[35]. L'analyse mécanographique n'utilise pas les mots hache, herminette, qui, dans le système des cartes perforées, ne pourraient s'exprimer que par une position à l'intérieur d'une grille hiérarchisée classant les outils selon certains critères ; au contraire, elle “ éclate ” l'objet en ses différents caractères, décrits par des formules alphanumériques puis par des perforations, et ainsi c'est l'utilisateur qui, selon ses désirs, peut constituer les classifications correspondant aux critères choisis. Bien entendu l'utilisation de l'ordinateur permet cette même technique[36], avec toute sa souplesse[37], et elle convient particulièrement bien aux organisations “ multidimensionnelles ” faisant dépendre chaque descripteur de plusieurs paradigmes; mais surtout elle permet d'exprimer les caractéristiques de l'objet non plus seulement par des formules abstraites mais aussi par des mots du vocabulaire courant ; et ainsi, avantage considérable, ces caractéristiques peuvent désormais consister en chiffres précis et en noms propres : il est enfin possible de mettre en mémoire, et d'y chercher, Agathon potier aussi bien que Zephyros peintre, Acheloos aussi bien que Zeuxo, la série infinie des musées et des numéros d'objets dans les musées, etc. Mais cette utilisation du vocabulaire naturel a une autre conséquence : c'est qu'elle invite à réagir, chaque fois que les conditions le permettent, contre le morcellement excessif de l'analyse, ce véritable pointillisme descriptif auquel n'échappent point certaines des codifications mécanographiques les plus logiques et les plus subtiles. Il est évidemment possible de remplacer le mot hache par une série de descripteurs concernant le profil de la lame, sa section, son mode d'emmanchement, etc., et d'arriver ainsi à une formulation qui permette de reconstituer effectivement une hache; mais, si l'on s'est bien mis d'accord sur la signification du mot hache, ne serait-il pas plus simple d'employer ce mot lui-même, maintenant qu'on peut le confier directement à l'ordinateur ? A moins, bien entendu, que la recherche comparative ne doive porter sur les éléments de cette hache, et dans ce cas il faudra accompagner le mot par une série de descripteurs, en plus ou moins grand nombre selon la précision souhaitée. Ainsi s'introduit la notion capitale de profondeur de l'analyse, à propos de laquelle l'archéologue devra, dans chaque système documentaire, clairement préciser ses désirs, en fonction des problèmes qui seront posés à l'automate, et qu'il s'agit d'abord de définir.

La forme des vases appelle des réflexions du même ordre. Certes, on peut analyser chaque partie du pied, de la panse, de l'embouchure, etc., et différencier, à partir d'un nombre réduit d'éléments descriptifs, un très grand nombre de profils[38] ; mais, pour l'archéologue classique, les mots “ amphore ” ou “ lécythe ” ont une signification immédiate, ils représentent immédiatement une unité sentie, comme elle était sentie par le potier et par l'usager de l'Antiquité (et nommée, même si nous ne savons pas toujours comment ils la nommaient)[39]; même des désignations aussi conventionnelles que “ coupe à bandes ” ou “ coupe à lèvres ” correspondent pour nous à une réalité préexistante, pour ainsi dire, à l'ensemble des caractères par lesquels on peut décrire, dans chaque cas, le profil du pied, de la vasque, etc. Or, on peut très bien concevoir des systèmes documentaires pour lesquels l'analyse n'a pas besoin de descendre plus bas que l'expression coupe à bandes, par exemple. Mais, dans un système documentaire qui se proposerait de rendre possible l'étude comparative des coupes à bandes, il faudrait évidemment faire intervenir une série de nouveaux descripteurs analysant le pied, la vasque, etc[40].

On est conduit ainsi à envisager des systèmes documentaires de différentes finesses, qui seraient en quelque sorte emboîtés les uns dans les autres, ou plutôt liés les uns aux autres selon une trame à plusieurs dimensions, permettant des combinaisons très souples. Ainsi, on pourra qualifier la coupe évoquée plus haut par le simple descripteur ornementation géométrique ; mais on peut aussi préciser cette ornementation, en faisant appel à un nouveau système documentaire, dont la problématique est analogue. Pour ce domaine encore, il semble bien que l'emploi du vocabulaire naturel, à la place de formules numériques et/ou alphanumériques, conduit l'archéologue à réagir un peu comme le fit la Gestalttheorie à l'égard de l'associationnisme : dans l'ornementation géométrique d'une mosaïque romaine, par exemple, l'élément de base n'est point à nos yeux la ligne, ni à plus forte raison le point, mais une forme détachée d'un fond, et ces formes peuvent être désignées par des noms de surfaces géométriques simples, ou des noms de “ motifs ” combinant ces surfaces, même si l'on peut hésiter sur la manière de les reconnaître, c'est-à-dire de les découper[41] ; mais le mot ascia, une fois qu'on s'est bien mis d'accord sur sa définition, désigne une certaine réalité d'une manière infiniment plus simple et évidente qu'une formule décomposant cette réalité en “ surface à deux côtés convexes séparés par deux côtés opposés concaves ”, surtout si cette formule est ensuite chiffrée[42]. Mais c'est peut-être dans le domaine de l'iconographie qu'apparaît avec le plus de netteté la nécessité de bien fixer à l'avance la profondeur qu'on veut donner à l'interrogation. Nous sommes en effet ici dans un domaine où, comme on l'a dit très justement, “ the units are macroscopic terms ”[43] ; mais la simple description d'une femme figurée sur un vase peut être complétée par celle de son vêtement, et du décor géométrique qui borde ce vêtement, par celle du siège sur lequel elle s'appuie, par celle du vase qu'elle tient dans ses mains, et du décor figuré sur ce vase, avec une scène à plusieurs personnages également vêtus, etc. Ici encore la solution paraît résider dans la constitution de systèmes descriptifs, et dans l'appel à un nombre plus ou moins grand de ces systèmes, selon la profondeur de l'analyse souhaitée[44]. Or ces systèmes sont des systèmes linguistiques : il faut d'abord que le vocabulaire comprenne les mots susceptibles d'être utilisés comme descripteurs[45] ; il faut aussi que ces mots soient normalisés, précisés, que les cas de polysémie et de synonymie soient clairement analysés ; il faut, en définitive, passer du véritable “langage naturel” à une langue documentaire codée en langage naturel, c'est-à-dire qui s'en écarte aussi peu que possible tout en répondant pourtant aux nécessités de l'utilisation scientifique ; il ne semble pas qu'il y ait, pour le moment, de tâche plus urgente que la préparation de cette langue.

C'est pourquoi les travaux entrepris, depuis 1968, à l'Université de Paris-X, concernent, en priorité, ces problèmes de vocabulaire. Ils ne pouvaient, pour bien des raisons, s'attaquer à la fois à tous les domaines de l'archéologie gréco-romaine; et certaines considérations nous ont conduits à nous intéresser d'abord à l'architecture et à la décoration géométrique dans la mosaïque, c'est-à-dire à deux champs de l'analyse factuelle, en laissant pour le moment un peu de côté celui qui paraît dès l'abord le plus considérable, celui où la mécanisation de la recherche paraît la plus urgente, à savoir l'analyse bibliographique.

Il est bien évident, en effet, que l'archéologue se pose nécessairement, à l'occasion de chacun de ses travaux (ou simplement pour la préparation de ses cours ... ), une série de questions dont la forme serait la suivante : “ Quels sont les ouvrages et/ou les articles concernant tel type d'œuvres réalisé par tel artiste à telle époque dans telle région (ou sur tel site) ? ” ; éventuellement, on se demandera plus précisément : “ Quels sont les ouvrages parus entre telle et telle date, dans tel pays... ? ”. La réponse implique une recherche rétrospective, que nous pratiquons en parcourant nos propres fichiers bibliographiques ou les bibliographies publiées. Supposons maintenant que le contenu de ces dernières ait été confié à la mémoire d'un ordinateur : on aurait ainsi enregistré, pour chaque document, le nom de l'auteur, le titre de l'ouvrage ou de l'article, et tout ce qu'on appelle “ l'adresse bibliographique ), (avec nom, numéro et date de la revue, pagination, s'il s'agit d'un article) ; il serait utile aussi d'avoir la liste des comptes rendus, telle qu'elle apparaît dans certaines bibliographies, et éventuellement un court résumé, mettant en valeur les principales notions contenues dans le texte et que le titre ne mentionne ni ne laisse deviner. Au reçu de la question, l'ordinateur, considérant ses mots comme des descripteurs, cherche les documents qui, dans leur titre ou leur résumé, contiennent ces descripteurs, et qui ainsi constituent une réponse pertinente à la question. En fait, la réalisation de ce schéma naïf soulève de lourdes difficultés. Car, si l'on veut connaître la liste des travaux concernant “ les fresques de Polygnote à Delphes ”, par exemple, il est trop évident qu'elle ne comprend pas seulement ceux dont le titre réunit les trois mots soulignés : des articles intitulés “ Les peintures murales à la Leschè de Cnide ”, ou “ Les représentations de l'Ilioupersis au Ve siècle” répondraient parfaitement à la même question, alors pourtant que nulle correspondance n'apparaît entre les mots des titres. Les théoriciens de la documentation proposent à ce problème, qui est bien connu, deux types de solutions : ou bien on augmente la masse d'informations mises en mémoire pour chaque document, en ajoutant aux mots du titre (et éventuellement du résumé), qui constituent les “ coordonnées primaires ”, d'autres mots, formant les “coordonnées secondaires ”, qui développent les premiers selon de nouveaux paramètres, ce qui complique évidemment les procédures d'enregistrement; ou bien au contraire on laisse à l'enregistrement sa forme la plus simple, et on développe la question en augmentant le nombre de ses mots clés ; les solutions pratiquement utilisées cherchent en général à combiner les deux techniques, en accordant la préférence plutôt à la seconde, pour des raisons d'encombrement évidentes (car le nombre des informations mises en mémoire est, dans bien des champs de la documentation, très supérieur à celui des questions prévisibles). L'utilisation de l'ordinateur permet de dépasser, dans une large mesure, ce dilemme : il suffit en effet de confier à sa mémoire non seulement les documents eux-mêmes, mais aussi un thésaurus, c'est-à-dire un lexique comportant, pour chaque mot admissible comme descripteur (dans la mise en mémoire comme dans les questions), une série de mots qui y sont associés par des relations diverses, qu'il s'agisse de synonymes, de termes plus généraux (par rapport à fresque, on trouvera peinture murale, et, à un degré plus haut peinture) ou au contraire plus spéciaux, ou simplement apparentés, etc. ; ainsi, au reçu d'une question, l'ordinateur pourra faire la sélection non seulement à partir des mots mêmes de la question (et des documents tels qu'ils ont été mis en mémoire), mais aussi, selon les indications qui lui seront données, à partir des mots synonymes, ou plus généraux (si la réponse risque d'être trop étroite) ou plus spéciaux (si elle risque d'être trop large) etc. ; ainsi, c'est la machine qui permet d'élargir ou de rétrécir le champ de l'interrogation, par un dialogue immédiat avec l'utilisateur[46]. Mais ces thésaurus, qui constituent ainsi une description des champs sémantiques archéologiques et de leur organisation, il faut les réaliser dans les différentes “langues scientifiques”, de telle manière que, les documents ayant été mis en mémoire dans la langue même où ils ont été publiés, la question puisse porter sur les publications utilisant les mots français seulement, ou français et anglais, etc. A partir de ce moment, l'enregistrement du document bibliographique pourrait se faire avec un minimum de travail, puisqu'il s'agirait simplement de reporter dans la mémoire magnétique le contenu d'une fiche traditionnelle[47] ; et, à la limite, il pourrait même devenir parfaitement automatique[48]. Quant à la recherche, elle utiliserait les mots “naturels ” de la question (à condition évidemment qu'ils appartiennent au thésaurus), simplement réunis par les trois opérateurs ET, OU, SAUF de l'algèbre booléenne (intersection, réunion et complémentation); enfin, l'ouverture de la question serait déterminée par l'utilisateur dialoguant avec l'ordinateur et utilisant l'organisation du thésaurus[49].

Le problème est en fait plus complexe, essentiellement parce que, dans un titre ou plus généralement à l'intérieur d'une liste de descripteurs, il peut être indispensable de préciser les relations entre les mots, en procédant à une “ indexation syntaxique ” qui les classe par ordre d'importance. On peut juger de la richesse de ces analyses d'après les règles du SYNTOL (Syntagmatic Organization Language) qui a été mis au point, puis à l'épreuve, dans le domaine de la documentation en physiologie, psychologie et sociologie, en passant par la physiopsychologie et la psychosociologie et en incluant l'ethnologie, mais qui constitue en réalité un système général applicable à bien d'autres disciplines[50]. Mais il n'est pas évident qu'une bibliographie concernant l'archéologie implique l'établissement de relations aussi fines, et il faut d'abord rechercher, pour ainsi dire empiriquement, quel est le système minimum nécessaire et suffisant pour exprimer les rapports logiques indispensables : car la simplicité et la rapidité maximum seraient obtenues s'il devenait évident qu'il n'y a qu'à enregistrer les concepts descripteurs, en dehors de toute indication syntaxique (et effectivement le SYNTOL admet des états extrêmement simples, sans aucune syntaxe). Parallèlement, il convient évidemment de préparer le thésaurus donnant tous les mots de la langue archéologique, avec leurs relations. Mais il s'agit ici d'un travail énorme, car il concerne tous les vocabulaires, souvent très spécialisés, utilisés dans les différentes branches de notre discipline, et formant eux-mêmes comme des thésaurus partiels ; il est donc logique de commencer par la préparation de ces thésaurus spéciaux. Or, cette tâche est elle-même indispensable pour l'application des techniques de l'information automatique au second aspect de la recherche, celle qui concerne non point la bibliographie mais les faits eux-mêmes auxquels la bibliographie permet d'accéder, c'est-à-dire l'informatique factuelle par opposition à l'informatique bibliographique. C'est pourquoi nous avons fait porter l'essentiel de notre travail d'abord dans cette direction, et plus précisément dans deux domaines où les problèmes sont très différents, celui de l'architecture et celui de la décoration géométrique dans la mosaïque[51].

Dans son effort pour interpréter un fait, qu'il s'agisse par exemple d'une forme architecturale ou d'une technique de construction, l'archéologue recherche des parallèles, c'est-à-dire des faits identiques, ou semblables, ou analogues, par la totalité de leurs caractères ou par une partie d'entre eux, et il s'efforce de les situer dans une certaine bande de temps, dans un certain espace géographique: cette constitution de séries présente donc un intérêt majeur, et à la limite on aimerait pouvoir raisonner sur des séries exhaustives. Or, l'établissement de ces parallèles, à travers le dépouillement des publications, constitue une tâche très lourde, et inutilisable pour tout autre archéologue qui, au même moment, ferait une recherche du même type. L'idéal serait donc que chacun, au lieu de devoir, à propos de chaque donnée, recommencer la totalité des enquêtes, dispose immédiatement de l'ensemble des informations publiées. L'ordinateur permet d'entrevoir une possibilité de réaliser ce rêve; il suffirait que, dans les énormes mémoires des automates actuels, soient déposées toutes les caractéristiques de tous les documents connus : on demanderait aux circuits électroniques de faire la recherche de ceux qui contiennent une ou plusieurs caractéristiques, et pas seulement leur recherche, mais aussi leur classement, selon tel ou tel critère, et même des calculs de proportions, répartitions, etc., si utiles pour la datation, l'analyse des influences, etc. Mais la réalisation de ce programme implique elle-même un travail préliminaire considérable d'analyse documentaire, l'objet archéologique devant être décomposé en séquences obligatoires d'éléments ou de caractères, selon une formule de description normalisée ; et ces éléments ou caractères doivent être désignés dans un vocabulaire lui aussi normalisé, distribué dans un thésaurus à descripteurs reliés et hiérarchisés.

Ce second aspect du travail, dans lequel nous avons largement progressé pour ce qui concerne l'architecture grecque et romaine, constitue certes une tâche très lourde, mais qui pourrait aboutir à des résultats utilisables même en dehors du domaine proprement informatique. On est souvent frappé, aussi bien en rédigeant une description qu'en lisant les publications, par les imperfections et les difficultés du vocabulaire technique de l'architecture antique ; et il n'est pas évident que tous les archéologues aient une connaissance immédiate des termes désignant les éléments du chapiteau corinthien ou de la charpente en bois, dans les différentes langues que normalement ils lisent; à plus forte raison, la multiplication, depuis quelques années, des publications utilisant les langues moins généralement connues comme les langues slaves, rend indispensable la compilation de dictionnaires polyglottes de termes techniques. La fonction de ces dictionnaires serait double : d'une part, ils prépareraient directement le thésaurus destiné à être confié à la mémoire de l'ordinateur, puisqu'ils donneraient les mots (dans les différentes langues) avec leurs relations ; d'autre part, ils pourraient être édités indépendamment, sous la forme traditionnelle de livres, et servir ainsi de dictionnaires techniques, qui devraient même, comme on va le voir, prendre dans une certaine mesure une valeur normative.

Ces ouvrages comprendront une série de planches, consacrées chaque fois à un ou plusieurs éléments architecturaux figurés par un ou plusieurs dessins au trait[52] ; chacune des parties dans lesquelles l'élément peut être analysé, chacun des détails, porte un chiffre ; à chaque chiffre correspond une colonne de mots, ceux qu'utilisent les différentes langues scientifiques[53], avec éventuellement, lorsque plusieurs mots sont utilisés dans la même langue, un trait en dessous de celui qui semble à conseiller[54]. A la fin du volume, une série d'indices permettra de retrouver, à partir d'un mot rencontré dans une publication (dans l'une quelconque des langues compilées), sa figure et son numéro dans la figure, c'est-à-dire à la fois sa traduction dans les autres langues et son exacte signification graphique[55]. Lorsque ce travail aura été réalisé, il sera facile de le transformer en un thésaurus, et de préparer les structures descriptives permettant de transposer les descriptions traditionnelles en descriptions acceptables pour l'utilisation informatique. L'organisation sémantique du vocabulaire, telle qu'elle apparaît déjà sur les planches du volume, figure des arborescences comportant des niveaux hiérarchiques[56], arborescences qui se combineront pour une description multidimensionnelle. Un bâtiment sera ainsi défini par une série de descripteurs qu'on peut aligner selon un ordre obligatoire (mais cette solution implique un format rigide, et des inconvénients assez sérieux dans un domaine comportant des documents très différents) ou accompagner d'un annotator ou annotation number désignant la catégorie d'information, ce qui laisse à la description une grande souplesse[57].

Le travail sur les ornements géométriques de la mosaïque gréco-romaine repose sur les mêmes principes, et répond à la même finalité. Il s'agit, ici encore, de fixer un vocabulaire descriptif et une structure descriptive ; ici encore on prépare, dans une première étape, un ouvrage prévu pour être publié, comportant des planches avec éléments de décoration et listes de mots, planches qui permettront de mieux comprendre les descriptions telles qu'on les trouve dans les publications et aideront l'archéologue dans son propre travail de description, tout en l'incitant à toujours employer les mêmes mots pour désigner les mêmes choses[58] ; et, dans une seconde étape, cet ouvrage sera transposé en un thésaurus qui servira au traitement automatique de l'information.

Pourtant, les problèmes sont ici singulièrement plus difficiles que dans le domaine de l'architecture. Non point tellement à cause des flottements du vocabulaire, encore que les synonymies y soient particulièrement fréquentes : les spécialistes de langue française utilisent au moins trois expressions pour désigner les vagues, ou les postes ou les chiens courant; quant aux polysémies, elles abondent - qu'on songe aux significations du mot croissette; mais la forme même du dictionnaire permet de limiter ces inconvénients, en donnant des figures qu'accompagnent les différentes manières de désigner les motifs (une expression étant éventuellement soulignée si elle paraît préférable). Mais une difficulté beaucoup plus grave, et sur laquelle on a souvent insisté, tient au fait que la même combinaison de lignes ou de surfaces peut souvent être lue de plusieurs manières différentes ; l'exemple classique est celui des “ cercles entrelacés ” (ou “ sécants ”), où l'on peut aussi reconnaître soit des “ croissettes (ou “ quatre-feuilles ”) de feuilles biconvexes ”, soit des “ lignes perpendiculaires de feuilles biconvexes ”, soit des “ zigzags parallèles de feuilles biconvexes ”, soit des “ files de carrés à côtés concaves ”, etc. Une première solution possible consiste à dépasser ce niveau du motif et à pousser l'analyse jusqu'à ses éléments constituants, de manière à créer un langage artificiel de description, avec des “formules abstraites dont l'assemblage est susceptible de définir les motifs apparemment les plus complexes et les plus réfractaires à la définition ”[59]. Pourtant, la très grande difficulté d'un tel langage risque de rebuter l'utilisateur moyen et de faire, de la mise en mémoire de la moindre mosaïque, comme de la rédaction de l'interrogation, un travail dont peu seraient capables[60].

C'est pourquoi il nous a semblé préférable, ici encore, de revenir au niveau des motifs, parce qu'ils correspondent vraiment au découpage que notre vision impose à la continuité du champ décoré (et probablement ils correspondaient aussi aux catégories décoratives des mosaïstes antiques) ; et on désigne ces motifs par des mots du “langage naturel”, c'est-à-dire par des noms de surfaces géométriques et surtout par des mots empruntés à la terminologie traditionnelle des spécialistes de la mosaïque ; mais, pour éviter les difficultés mentionnées plus haut, les éléments de ce vocabulaire une fois normalisé et hiérarchisé doivent être pris dans un réseau de relations exprimant la multiplicité des lectures possibles pour un même décor. Or, c'est une méthode analogue qui avait été choisie pour un travail effectué dans le cadre de l'Equipe de Recherche n° 33 du CNRS : sous la direction de M. H. Stern, Mme Christophe avait rédigé, entre 1964 et 1967, un code de l'ornementation de la mosaïque romaine[61], destiné à un fichier mécanographique du type peek-a-boo ; la mise en usage de ce fichier ayant révélé les lourdeurs du système, le travail avait été momentanément arrêté ; mais, comme les résultats déjà obtenus sont complémentaires[62] de ceux auxquels aboutissait l'équipe de Paris-X, travaillant cette fois dans la perspective d'une exploitation informatique, des contacts pris entre les deux groupes ont permis de faire repartir l'entreprise de H. Stern conjointement avec celle de Paris-X, les responsables des analyses documentaires étant Mme J. Christophe pour l'équipe du CNRS et Mlle A. M. Sorbets pour l'équipe de Paris-X.

Voici un aperçu de la démarche suivie à Paris-X, démarche tout à fait empirique, au moins au début, comme on va le voir. La première tâche consistait à dépouiller les publications de mosaïques, aussi diverses que possible dans le temps et dans l'espace, en relevant, pour chaque document, la totalité de ses éléments significatifs, c'est-à-dire ceux sur lesquels pourra se faire l'interrogation en vue de la recherche comparative et de la constitution de séries (qu'on nous permette en effet de revenir sur ce qui nous paraît une règle de bon sens : comme l'analyse ne peut être exhaustive, elle doit tenir compte de l'utilisation telle qu'actuellement il est possible de la prévoir, mais aussi d'éventuels approfondissements ultérieurs). C'est pourquoi on prépare, à partir de chaque mosaïque, autant de fiches qu'il y a de motifs et de combinaisons de ces motifs. Chaque fiche comporte, sur une face, le dessin du motif ou de la combinaison, le système général dans lequel il est utilisé, mais aussi le nom qui lui est donné (ou la description qui en est faite) dans la publication : car ces noms seront utilisés dans le thésaurus polyglotte, et décrivent un type de lecture possible ; au dos de la fiche sont indiquées les références de la publication, la localisation de la mosaïque et la date proposée par l'auteur de la publication ; si le même motif exactement est retrouvé par la suite dans un nouveau document, on indique la nouvelle référence sur une ligne supplémentaire, si bien que ces fiches analytiques constituent comme une ébauche de “ fichier inversé ”. Une seconde étape du travail consiste à coordonner ces fiches, en regroupant celles qui concernent le même décor (ce qui permet de connaître les différentes dénominations effectivement utilisées, les différents types de lecture possible, etc.) et en classant les motifs et leurs combinaisons par ordre de proximité et de généralité : ce classement n'est pas destiné à préparer une codification hiérarchisée, du type de celles dont nous avons ébauché la critique[63], mais à fixer les relations entre les mots (synonymes, ou apparentés, ou plus généraux, ou plus spéciaux, etc.) de telle manière qu'il soit ultérieurement possible d'ouvrir ou de resserrer à volonté le champ de l'interrogation[64]. Cette seconde étape du travail doit aboutir à une publication du même type que celle dont il a été question à propos de l'architecture, c'est-à-dire un dictionnaire polyglotte de termes techniques, dont les planches montreront les motifs accompagnés par les noms dont on les désigne dans les différentes “ langues scientifiques ”, avec évidemment l'indication des diverses possibilités d'analyse quand le décor permet des lectures multiples, et l'indication des ponts reliant ces diverses analyses ; et, tout comme pour l'architecture, cette publication sera directement transposée, en tant que thésaurus, dans la mémoire de l'ordinateur. La troisième étape du travail, en effet, consiste à préparer le passage à un système informatique. Dans cette perspective, nous avons adopté comme modèle, au moins dans l'état actuel d'avancement de nos travaux, le système de documentation mis au point par la société IBM, et dénommé IRMS (Information Retrieval and Management System)

1 a. Motif “ ECAILLES ” les niveaux de description.


Motif

En relation avec

Code de relation

Ecailles arrondies bordées.


– écailles ;
– écailles arrondies ;
– écailles pointues bordées ;
– écailles arrondies en damier ;
– écailles arrondies biparties ;
– écailles arrondies bordées en arceau ;
– écailles arrondies bordées en croissant.

BT
BT
RT
RT
RT
NT

NT


1 b. Exemple d'une fiche de thésaurus (simplifiée) pour un descripteur du troisième niveau.

ou encore SAGESSE (Système automatique de gestion et de sélection de la documentation)[65], et dont voici, très simplifié, le principe (fig. 2). Chacun des documents successivement analysés, dans un ordre arbitraire, reçoit un numéro d'ordre, et il est décrit dans une fiche d'analyse, qui évidemment utilise comme descripteurs les mots admis dans le dictionnaire polyglotte dont il a été question plus haut ; cette fiche comporte aussi les indications bibliographiques concernant la mosaïque, autant que possible les “ informations contextuelles ”, et finalement la datation proposée par l'auteur de la publication. A partir de ces fiches, mises en mémoire dans l'ordinateur, quatre fichiers sont créés automatiquement par les sept programmes qui forment le système IRMS[66]. Ce sont : 1) Un fichier documents[67], qui contient les fiches des mosaïques avec leur description normalisée, leur bibliographie, etc. ; 2) Un fichier thésaurus, qui contient tous les descripteurs utilisés pour indexer les documents avec l'indication de leurs relations[68] ; à chacun des descripteurs est attribué un numéro, dont on va voir le rôle ;

3) Un fichier inversé, qui contient les numéros des documents classés par numéros de descripteurs : on voit que la technique utilisée ici est celle que nous avons déjà rencontrée pour les fichiers peek-a-boo[69] ; 4) Un fichier statistique, créé comme sous-produit du fichier inversé. Le système permet de poser des questions de type DSI (diffusion sélective de l'information)[70], mais cette possibilité ne semble pas devoir être utilisée pour l'analyse des mosaïques[71]. Au niveau des sorties, l'édition du thésaurus et du fichier statistique permettra la mise au point du dictionnaire polyglotte, par l'adjonction de descripteurs nouveaux et par la suppression de descripteurs superflus[72]. Quant à l'interrogation, elle comportera la rédaction d'une fiche de recherches, définissant l'information souhaitée par l'utilisateur, et préparée avec les mots du dictionnaire ; cette fiche une fois confiée à l'ordinateur, chacun des descripteurs est automatiquement remplacé par son numéro de notion, et une recherche automatiquement effectuée dans le fichier inversé permet de retrouver les numéros des documents satisfaisant aux caractéristiques et aux relations logiques exigées par la question ; ces numéros de documents sont ensuite automatiquement communiqués au fichier documents, qui transmet à l'utilisateur, pour chacun d'entre eux, le contenu de la fiche document, avec description, bibliographie, etc., c'est-à-dire une matière directement exploitable pour la réflexion archéologique. La question met en jeu les connecteurs logiques ET, OU, SAUF, c'est-à-dire les opérations de l'algèbre booléenne, et le système IRMS admet pour chaque question un maximum de 150 descripteurs, eux-mêmes classés selon un maximum de trois “ niveaux de parenthèses ” : il sera ainsi possible de demander à l'ordinateur la liste des mosaïques comportant le motif x ET (le motif y ET/OU le motif z), etc., SAUF les mosaïques postérieures à telle date, etc. Enfin, toujours dans ce système IRMS, si un paramètre limite n'a pas été spécifié dans la question, la réponse donnée par l'ordinateur est seulement un chiffre, indiquant le nombre de documents qui constituent une réponse pertinente à la question ; il en est de même si un paramètre limite a été indiqué et si le nombre des réponses est supérieur à ce paramètre ; si le nombre des réponses est inférieur elles sont imprimées ; mais, dans les deux cas précédents, comme l'utilisateur peut demander à l'ordinateur, pour n'importe lequel des descripteurs, l'impression de son environnement, il lui sera aisé de remodeler sa question pour une nouvelle recherche.

On pressent quel instrument sera mis entre les mains de l'archéologue, lorsque ces systèmes informatiques seront, selon l'expression à la mode, devenus opérationnels, pour la bibliographie en général, pour l'analyse de l'architecture antique, ou des motifs géométriques dans la mosaïque grecque et romaine, mais aussi dans d'autres domaines encore, où leur emploi paraît tout aussi souhaitable[73] ; dans chaque pays, un ou plusieurs ordinateurs contiendront dans leurs mémoires une “ banque de données archéologiques ” d'un volume sans cesse grandissant, car la collaboration des différents centres de recherche, analysant selon des formules compatibles les documents qui auront été répartis entre eux, permettra de transposer dans ces automates tout le trésor des informations déjà publiées, et toutes celles qu'apportent de jour en jour les nouvelles publications[74]. Le contenu de ces “ banques de données ” sera accessible par des consoles terminales installées dans chaque centre de recherches, dans la même ville que l'ordinateur ou à quelques centaines de kilomètres ; et ainsi chaque utilisateur aura à sa disposition une documentation énorme, immédiatement accessible, immédiatement ordonnée.

Cette extraordinaire facilité pourrait d'ailleurs constituer, pour certains, une tare du système – pour ceux qui mettent l'accent sur l'enrichissement qu'apporte la recherche informative, en elle-même, et quels que soient ses résultats effectifs. Car le temps perdu à parcourir les publications en vue d'une rencontre aléatoire, n'est jamais entièrement perdu ; et si l'ordinateur donne, en quelque sorte brutalement, la série des documents recherchés, selon les critères que l'utilisateur lui a fixés, il prive ce dernier du bénéfice qu'il aurait pu tirer, en vue de la recherche présente ou de quelque recherche ultérieure, du contact direct avec l'ensemble de la publication, c'est-à-dire avec l'ensemble du matériel, dont la connaissance est indispensable pour donner à notre réflexion une valeur générale. La critique est très respectable, dans la mesure où elle met en lumière un aspect essentiel de la recherche, en archéologie comme en bien d'autres domaines, où les progrès, les mutations même, résultent souvent d'ouvertures sur des champs, ou sur des faits, voisins de celui qui est en principe considéré. Pourtant, à l'heure actuelle, cette critique ne semble pas pouvoir être considérée comme déterminante. D'une part, parce que ce rôle d'élargissement de la recherche, cet appel au hasard si l'on veut, est joué dans la documentation automatique par ce que les spécialistes appellent le “bruit”, c'est-à-dire les éléments de la réponse qui, pour une raison ou pour une autre, ne correspondent pas exactement à la question[75] ; cette marge d'incertitude, portant sur des éléments voisins de ceux que demandait l'utilisateur, et qui pourrait l'inciter à élargir son optique, est même contrôlable, dans un système comme celui dont on a indiqué les principes à propos de la décoration géométrique dans la mosaïque[76]. D'autre part, nous devons bien prendre conscience de ce fait que l'accroissement du nombre et du volume des publications, s'il se poursuit au rythme actuel, va de toute manière rendre indispensable l'automatisation des recherches documentaires : il s'agit pour les archéologues classiques de ne pas se laisser gagner par le temps, comme le ferait le responsable d'une bibliothèque qui, voyant ses rayons presque complètement remplis, ne se préoccuperait pas de préparer à l'avance des places nouvelles. Or, il y a de nos jours rencontre entre les besoins, qui deviennent contraignants, et les techniques, qui deviennent assez perfectionnées pour y répondre. Bien entendu, on n'oubliera pas que la consultation donnée par l'automate devra conduire, le plus souvent possible, à un examen direct des publications : seul cet examen permettra d'en faire la critique, de juger de la crédibilité des documents apportés, d'en décider l'utilisation ou l'exclusion ; et il est bien évident que l'apparition éventuelle, dans une liste cohérente, d'un fait trop hétérogène par sa datation ou par sa localisation conduira à un nouvel examen de ce fait, examen spécialement sévère. On le voit, l'ordinateur ne dispense pas du recours au livre, bien au contraire : il le facilite, le guide, et, en définitive, rend possible une lecture moins cursive, plus approfondie, plus critique.

Ainsi, l'entreprise ne mettrait pas en danger l'existence du livre. Le livre est indispensable, dans l'état actuel de notre civilisation, et probablement il le restera longtemps encore[77] : mémoire conservant les faits et les idées de la manière la plus stable, la plus directement accessible, il permet une communication immédiate, mais aussi prolongée que le désire le lecteur, avec la pensée de l'auteur, qu'il apporte des documents, ou des réflexions sur des documents, ou des réflexions sur des réflexions. Peut-être faudrait-il cependant admettre que le développement prévisible de l'informatique incitera progressivement à modifier la présentation du livre. D'abord parce que les auteurs seront conduits à marquer plus nettement la limite entre la publication, pour ainsi dire brute, des faits (et même l'analyse typologique, qui repose largement sur des critères objectifs) et les interprétations, reconstructions, discussions qui constituent leur apport personnel[78] ; et il serait souhaitable qu'ils préparent, en même temps que la publication, une formulation des faits telle qu'elle puisse s'intégrer dans le système informatique[79]. Mais aussi parce que les auteurs seront conduits à alléger leurs publications des références qui, de nos jours, tendent à les encombrer : car, pour justifier une datation, une localisation, une restitution, une interprétation, l'archéologue veut exposer l'ensemble de son système comparatif ; mais les éléments doivent en être, à l'heure actuelle, imprimés, alors que l'ordinateur dispensera de cette contrainte, la critique, toujours nécessaire, devant porter sur le système comparatif lui-même, que l'auteur devra clairement décrire. Et la conjonction de ces deux tendances pourrait inciter les “ inventeurs ” d'un document archéologique (c'est-à-dire, d'abord, les fouilleurs), au lieu d'attendre pour le publier d'en avoir préparé une étude exhaustive, à le mettre rapidement à la disposition de tous les chercheurs, ce qui aboutirait à transposer dans des formules nouvelles le redoutable “ droit de propriété scientifique ”, responsable de tellement d'aberrations dans le domaine de l'archéologie.

Dès lors, et c'est peut-être la conséquence la plus remarquable qu'entraînerait: une adoption généralisée des techniques de l'informatique, l'ordinateur offrirait instantanément une documentation quasi complète par rapport à l'état actuel de la science, analysée et classée selon les critères choisis, et il l'offrirait à tous, savants confirmés ou débutants, étudiants même : cette égalité pourrait apparaître à certains comme injuste, sinon immorale. En fait, elle contribuera plutôt à mieux situer les niveaux du travail archéologique. L'automate qui, dans une situation idéale, fournirait au chercheur la totalité de l'information, réduirait par là même l'intérêt relatif de cette information, qui pour certains semblerait constituer une fin en soi : il serait désormais impossible de proposer comme objectif final la constitution de séries complètes, d'inventaires définitifs (et qui d'ailleurs ne le sont jamais). En paraphrasant la terminologie de Panofsky, qui oppose l'iconographie à l'iconologie[80], on pourrait créer le terme d'archéographie, qui s'opposerait à celui d'archéologie : car notre connaissance de l'art antique, ou même des artefacts antiques (nous allons revenir sur cette dualité) implique un travail qui ne soit pas seulement d'archéographes, mais aussi d'archéologues[81]. Certes, la recherche des faits n'est pas une tâche secondaire ni méprisable, l'établissement de descriptions aussi précises que possible constitue véritablement le premier devoir de notre discipline[82], mais il ne s'agit que d'une étape, dans une recherche qui doit en comporter bien d'autres. Dès lors, on pourrait situer au seul niveau de l'archéographie le rôle de l'ordinateur, propre à contenir dans sa mémoire les “ graphes ” des faits, et à en restituer, à la demande, des listes ordonnées selon les critères choisis.

Pourtant, déjà dans cette perspective, plusieurs plans de la recherche doivent être distingués. Pour prendre un exemple grossier, supposons que l'on puisse déterminer, pour le Ve siècle attique, la liste de tous les ateliers de potiers, la liste de tous les peintres qui ont travaillé dans chacun d'entre eux, et la liste complète de leurs productions, parfaitement datée, on n'aurait encore obtenu qu'un résultat préliminaire à la connaissance de la peinture de vases attiques au Ve siècle. Car, si l'on veut étudier la production d'une manufacture de porcelaine entre 1900 et 1925 par exemple, on n'a pas encore commencé le travail quand on s'est procuré la série complète de ses catalogues. Pourtant, dans ce dernier cas, les catalogues sont immédiatement accessibles (ou bien édités, ou bien virtuels, sous forme d'archives) c'est-à-dire que la “ -logie ” peut immédiatement commencer à partir d'une “ -graphie ” déjà établie. Pour la céramique attique, au contraire, la “ -logie ” parallèle à celle qui porterait sur la porcelaine du XXe siècle présuppose une recherche complexe, impliquant, à la suite d'une série de “ -graphies ”, un travail intermédiaire de sériation, de datation, d'attribution, qui mérite sans aucun doute le nom de “ -logie ”: il est bien évident que, par exemple, l'ARV de Sir John Beazley est l'œuvre d'un archéologue, et d'un archéologue génial, et elle constitue la base indispensable pour toute une série d'autres travaux, qui se situent sur un autre plan. Il apparaît ainsi que notre discipline, essentiellement à cause de l'éloignement de son objet dans le temps, implique un niveau archéographique, mais deux niveaux archéologiques[83].

Or, si l'ordinateur apparaît désormais comme un instrument privilégié au niveau de l'archéographie, l'évolution de notre discipline, depuis une dizaine d'années surtout, semble devoir lui faire reconnaître un rôle tout aussi important au premier niveau de l'archéologie, et touchant même aux frontières du second. Il s'agit de ces tentatives, qui se multiplient dans le domaine des sciences de l'antiquité comme d'ailleurs dans l'ensemble des “ sciences humaines ”, en vue de les faire accéder à un statut moins empirique, davantage “ scientifique ”[84]. Certes, ce qui est surtout concerné pour le moment, c'est l'archéologie préhistorique, ou celle des “ civilisations primitives ” et des régions non classiques[85] ; mais il n'est pas interdit à l'archéologue classique de prendre connaissance de ces méthodes, et de s'interroger sur les bénéfices que leur adoption, ou plutôt leur adaptation, pourrait procurer à nos propres recherches[86]. Ces méthodes constituent d'ailleurs elles-mêmes souvent une transposition de méthodes pratiquées par les physiciens, les chimistes, les mathématiciens : un de leurs dénominateurs communs, c'est qu'elles utilisent la mesure et le calcul, ce dernier terme étant pris dans son sens le plus large, désignant aussi bien les opérations sur des quantités chiffrées que “ toute suite d'opérations enchaînées les unes aux autres selon des règles prescrites à l'avance..., le trait commun dans les deux cas étant l'explicitation de toutes les étapes du processus ”[87].

Dès lors, le premier niveau au moins de l'archéologie implique un travail d'archéométrie : le mot existe en anglais, et il désigne, en même temps qu'une revue qui en est déjà à son onzième numéro, une discipline, ou plutôt un ensemble de disciplines assez diverses ; or, plusieurs d'entre elles semblent devoir trouver dans l'emploi de l'ordinateur une aide considérable. C'est vrai, déjà, pour la récolte de documents, c'est-à-dire pour la fouille et même la prospection; pour cette dernière, l'ordinateur facilite l'interprétation des données fournies par un instrument comme le magnétomètre à protons[88], tandis que, sur le chantier lui-même, il contribue à l'interprétation de vestiges complexes[89]. Les techniques de la datation impliquent à elles seules bien des méthodes, et celles qui mettent en jeu des processus physiques ou chimiques paraissent à tout le moins prometteuses, dans la mesure où elles semblent annoncer une datation qui pourrait quelque jour devenir à peu près automatique, c'est-à-dire indépendante des critères proprement archéologiques. Il est vrai qu'ici encore une certaine conception de notre discipline pourrait inviter à minimiser, ou même à refuser complètement l'apport de ces méthodes archéométriques : aux yeux de certains, les tâtonnements par lesquels l'esprit humain approche de la vérité. , même relative, valent mieux qu'une vérité absolue obtenue par des moyens mécaniques, dans la mesure où ces tâtonnements concernent directement l'intelligence du chercheur, ses connaissances personnelles, son intuition ou sa méthode. Et certes, dans ce domaine des “recherches désintéressées ” auquel appartient notre discipline, recherches dont le succès ou l'échec n'entraîne aucune conséquence pratique, les résultats peuvent sembler moins importants que la marche de l'esprit qui permet de les atteindre. Mais les techniques de l'archéométrie n'impliquent pas une mise à l'écart des activités intellectuelles, loin de là : elles contribuent simplement à en déplacer le point d'application. Peut-être ne faudrait-il pas oublier, d'ailleurs, que ces séries de mesures, ces calculs de proportions, sont utilisés couramment dans l'archéologie la plus traditionnelle, pour préciser la datation d'éléments architecturaux comme les fûts de colonne ou les chapiteaux, et éventuellement pour les regrouper selon des séries correspondant à des zones géographiques, à des styles, à des écoles : à ces travaux aussi l'ordinateur pourra apporter une aide précieuse. C'est encore aux problèmes de sériation et de typologie que répond une autre technique de datation qui, dans une collection de documents, compare leurs caractéristiques pour établir, d'une manière qui se veut absolument objective (c'est-à-dire en dehors de toute considération de “ style ” et de sensibilité personnelle), la proximité des objets les uns par rapport aux autres, leur distribution en ordre hiérarchique, leurs modifications dans le temps : c'est la méthode des scalogrammes, dont certaines applications brillantes ont déjà été faites, en quelque sorte, “ à la main ”[90], mais que l'utilisation de l'ordinateur permettra de transposer à une échelle supérieure ; les documents préparés pour la simple information, selon les formules que nous avons décrites, constitueront pour ces études une matière première immédiatement disponible. La mathématique permet d'ailleurs d'autres approches pour ce problème des sériations, qui constitue un problème majeur de l’archéologie, dans la mesure où les “ distributions ” sont significatives non seulement pour la chronologie, mais aussi pour la détermination de certaines aires culturelles et de certaines zones typologiques ; et cette taxinomie, pour employer le vocabulaire le plus récent, qui décèle des régularités dans le flot des caractères reconnus aux objets et ainsi les interprète comme des structures sous-jacentes, peut aider l'archéologue à former, dans un ensemble, des classes même s'il n'a pu les définir au préalable, à réaliser en quelque sorte des groupements dont le principe même n’est pas décidé à l'avance[91]. Toutes ces sériations peuvent attendre, d'outils mathématiques comme la statistique ou le calcul des probabilités[92], une aide considérable ; mais, à partir du moment où la collection étudiée prend une certaine extension, l'ordinateur joue dans ces études un rôle privilégié[93]. On le voit, nous sommes désormais passés, quant à ses applications, d'un point de vue relativement étroit, celui de l'efficacité dans la recherche documentaire (encore ce point de vue impliquait-il des questions de sémiologie dont l'importance n'est pas négligeable), à un point de vue plus proprement méthodologique, et concernant l'acquisition de résultats situés désormais sur le plan de l'archéologie, au premier des deux niveaux que nous lui avons reconnus. Encore convient-il de marquer les limites de la tentative : les méthodes de la taxinomie numérique devront être largement expérimentées et adaptées aux besoins de l'archéologie[94] ; il conviendra, de toute manière, de confronter ses résultats avec les connaissances que peuvent apporter les disciplines traditionnelles, si l'on veut éviter, par exemple, de placer à l'époque hellénistique la plus vieille colonne de Marmaria à Delphes, à cause de sa hauteur égale à 6, 8 fois le diamètre à sa base[95] ; plus généralement, il faut bien reconnaître que le domaine de l'archéologie classique, à cause de sa richesse en éléments figurés et à cause de ses étroites relations avec les documents écrits, propose une problématique plus riche que celle de l'archéologie préhistorique ou celle des civilisations primitives. D'autre part, s'il est vrai que la pratique de la programmation peut habituer l'archéologue à adopter, par opposition à l'empirisme de certaines démarches traditionnelles, une démarche “ mathématique ” au sens large du terme, comportant l'analyse méticuleuse du problème, l'utilisation des algorithmes, en général l'explicitation des procédures formelles, encore faut-il que ces techniques, et les méthodes proprement mathématiques, aboutissent à des résultats d'une qualité au moins égale à celle qu'obtient l'archéologie “ traditionnelle ”[96], dont certains défenseurs de l'archéologie analytique ne semblent pas avoir toujours bien marqué qu'elle met en jeu non seulement intuition et empirisme, mais aussi des outils logiques d'une remarquable efficacité, même si les articulations du raisonnement y sont souvent enveloppées[97].

Il est pourtant licite d'imaginer que, même dans le domaine de l'archéologie gréco-romaine, l'ordinateur pourra aider les techniques analytiques, et cela jusque dans ce qui semble être leur objectif le plus élevé, c'est-à-dire l'élaboration de systèmes qui ne seraient plus seulement de corrélation, mais qui équivaudraient en quelque sorte à des “ modèles structuraux ”, ensemble d'hypothèses formalisées susceptibles de rendre compte sur un plan général des phénomènes envisagés[98] et avec lesquelles nous arrivons au niveau de l'explication. Ces systèmes en effet, de plus en plus larges, dans lesquels les faits s'intègrent, et qui leur confèrent leur pleine signification, nous conduisent vers le domaine même de l'archéologie, cette fois entendue dans son second sens[99]. Mais l'approche est différente, et d'une plus ou moins grande complexité, selon la “ richesse ” de l'objet considéré : s'il s'agit seulement d'un “ artefact ”, d'un simple objet fabriqué, l'explication devra le situer en tant que témoin d'une culture matérielle, en justifiant sa fonction par rapport aux conditions techniques, ou économiques, ou sociales, etc. ; et, dans cette perspective, les analyses structurales dont il vient d'être question peuvent fournir des éléments d'interprétation parfaitement pertinents. Mais si l'objet est une “ œuvre d'art ” il est chargé de significations surajoutées, qui d'ailleurs peuvent intervenir aussi dans le plus infime des artefacts, bien que d'une manière moins évidente, tandis que, à l'opposé, la plus prestigieuse des œuvres d'art constitue encore, dans une certaine optique, un artefact et peut être étudiée comme tel. Ces significations surajoutées, les “ valeurs symboliques ” de Panofsky, font l'objet propre de l'archéologie, à son second niveau : comme elles se condensent dans une œuvre unique, création d'une certaine personnalité, elle-même largement intégrée à son milieu, l'explication concerne, dans des proportions d'ailleurs toujours variables, ces trois domaines. Pour atteindre le milieu dans lequel et pour lequel l'œuvre est née (qu'il s'agisse de la race, ou de la nation, ou de la classe, d'un groupe religieux ou d'une école philosophique, d'un complexe économique ou technologique, etc.) on dispose des différentes techniques que proposent l'ethnologie, la sociologie, l'histoire des religions, etc. Mais l'œuvre se rattache à ces modes généraux de la pensée ou de la sensibilité par l'intermédiaire d'un homme, qui y était plus ou moins sensible, et dont on peut chercher à éclairer la personnalité : c'est alors qu'interviennent, au-delà de la biographie, la psychologie, voire la psychanalyse, etc. Enfin, l'œuvre est toujours, d'une certaine manière, une création unique, dont il s'agit de reconnaître la qualité, dans une analyse esthétique et technique. Ainsi l'archéologie, entendue comme “ une prise de conscience de l'esprit humain à travers ses œuvres ”[100], implique l'appel à des disciplines diverses, et, à l'intérieur de ces disciplines, à des méthodes diverses, dont le concours permettra à l'explication de prétendre rivaliser avec la richesse de son objet ; elle est pour une large part une “histoire de l'art de l'Antiquité” ; mais en même temps elle est autre chose, et on sent combien devient inadéquate l'expression traditionnelle d'histoire de l'art[101] comme le serait d'ailleurs aussi l'expression “ sciences de l'art ” par laquelle on tend, ici ou là, à la remplacer. Car il semble bien que notre discipline comporte en dernière analyse non point une finalité, mais deux.

Il est possible en effet – et c'est un point de vue qui semble se répandre dans les milieux anglo-saxons, et aussi en Europe particulièrement en dehors de l'archéologie classique – d'y reconnaître non point certes, selon la vieille formule, une “ science auxiliaire de l'histoire ”, mais principalement une voie d'accès à l'histoire, à vrai dire la voie majeure pour les civilisations sans écriture, et, dans celles qui la connaissent, le moyen de restituer ce que les textes ne disent pas, ou guère, qu'il s'agisse de faits économiques, de techniques, de styles de vie, et même d'environnement ou d'écologie, etc. Dans cette perspective, la justification de l'archéologie ne pose pas d'autres problèmes que la justification de l'histoire, et chaque archéologue est en droit d'apporter à ces problèmes sa propre solution[102].

Mais on doit aussi reconnaître à chacun le droit de s'attarder plus longuement sur tel ou tel produit de l'antiquité, parce qu'il présente plus que d'autres ces qualités que nous appelons “ artistiques ”. Il ne s'agit certes pas d'admirer ces œuvres, ces “ chefs-d'œuvre ”, comme des créations miraculeuses, sans racines ; bien au contraire, car on ne saurait mieux les goûter qu'à travers la culture dont elles sont le produit et le témoin, et dans cette perspective c'est l'histoire qui devient une “ science auxiliaire ” de l'histoire de l'art[103]. Ainsi pourront être analysées les “ significations surajoutées ” qui font passer de l' “ artefact” à l' “ œuvre d'art ”, et il sera possible, à travers les déterminismes sociaux, et même les déterminismes personnels, d'atteindre ce qu'on a appelé l' “élément irrationnel de l'œuvre d'art ”[104], peut-être vaudrait-il mieux dire : ce qui, dans l'œuvre d'art, n'est pas explicable selon la raison, ce qui fait que, parmi tous les hommes soumis aux mêmes conditions, un seul est tel artiste, et que, parmi toutes les œuvres de cet artiste, une seule est telle œuvre. On arrive ainsi aux éléments que l'analyse scientifique est capable de repousser, sans jamais les atteindre tout à fait[105], ceux qui, en définitive, ne peuvent être saisis que par une intuition d'ordre esthétique. Panofsky a défini avec justesse l'œuvre d'art comme a man-made object demanding to be experienced aesthetically : vouloir étudier un vase grec, ou une fresque romaine, sans envisager quels retentissements ont sur notre sensibilité leurs formes, leurs couleurs, c'est mutiler la réalité, en considérant seulement le support matériel, et non l'effet en vue duquel il a été créé. A ce niveau, c'est à la sensibilité de prendre le relais, pour pénétrer au cœur de l'œuvre et chercher une “re-création” artistique dont le retentissement n'est pas sans analogie avec le plaisir de la création[106]. Dans cette perspective, le but de l'archéologie est l'art antique, ou même, plus précisément, le plaisir à l'art antique[107]. Ne serait-ce point une vaine tâche que de décrire, mesurer, ordonner chronologiquement les courbes des échines doriques si ce n'était pour les rapporter à certains modes de la sensibilité antique ? Mais pourrait-on comprendre ces modes si, à travers la connaissance des influences politiques, économiques, etc., on n'essayait de coïncider avec eux, de ressentir le plaisir d'un Athénien du Ve siècle devant le chapiteau du Parthénon, d'un Delphien du IVe siècle devant le chapiteau du temple en calcaire de Marmaria, et si nous n'arrivions aussi, dans l'un et l'autre cas, à trouver dans ces formes antiques un aliment pour notre sensibilité du XXe siècle? Car, s'il est vrai que nous devons autant que possible apprécier une œuvre archéologique à travers la culture qui l'a vue naître, il est bien certain que nous projetons nécessairement sur elle notre propre culture, qui y ajoute de nouvelles significations.

Ceux qui de nos jours s'occupent d'archéologie ne devraient-ils pas accepter que, dans l'état actuel de cette discipline, les deux larges perspectives restent ouvertes, le choix de l'une ou de l'autre (mais les passages de l'une à l'autre sont possibles, et souhaitables) dépendant pour chacun de nous de nos goûts, et à la limite, de nos tempéraments - car, celui qui n'a jamais connu le vertige, comment pourrait-il le décrire ? Et ces motivations profondes semblent, d'un côté comme de l'autre, susceptibles de justifications générales, même dans l'optique de notre temps. Car l'étude des créations du passé ne serait que curiosité désuète, et à la limite malsaine, si elle ne nous proposait, à des degrés variables selon qu'il s'agit du plus humble objet utilitaire ou de la plus brillante réussite de “l'art pour l'art”, d'abord le plaisir purement cérébral de la recherche et de la découverte, qu'il s'agisse de la trouvaille sur le chantier, de la restitution, de l'interprétation (mais bien d'autres domaines de la science présenteraient, à cet égard, des prétextes tout aussi valables), mais aussi l'enrichissement de la connaissance dans la grande perspective de l'histoire, et, pour ceux qu'attire le fait artistique, la possibilité de rejoindre, à travers notre propre sensibilité, des créations assez générales pour que l'homme souhaite, longtemps encore, y chercher une réponse à ses interrogations.




[1] W Cf. par exemple, Rosario de VARENNES, L'ordinateur dans le monde des bibliothèques, dans Bull. des bibliot. de France, 14 (9-10), septembre-octobre 1969, p. 377-388.
[2] Ainsi, par exemple, au Centre de Recherches et d'Applications Linguistiques de l'Université de Nancy ; ou, à Liège, au Laboratoire d'Analyse Statistique des Langues Anciennes, cf. L. DELLATE, Techniques et méthodes du Laboratoire d'Analyse Statistique des Langues Anciennes (Université de Liège), dans REL,45, 1967, p. 457-484. Pour une présentation d'ensemble des problèmes, cf. The Use of Computers in Anthropology, éd. Dell HYMES, London, The Hague, Paris, Mouton & Cie, 1965 ou Computers in Humanistic Research, éd. Edmund A. BOWLZS, Prentice-Hall, New Jersey, 1967. Pour l'usage des ordinateurs dans le champ de la recherche historique, cf. George G. S. MURPHY, Historical Investigation and Automatic Data Processing Equipment, dans Computers and the Humanities, 3, 1968, p. 1-13 ; pour leur usage dans l'étude des langues classiques et de l'hébreu, cf. Stephen V. F. WAITE, Computers and the Classics, dans Computers and the Humanities, 3, 1968, p. 25-29 ; et, pour l'enregistrement et le traitement de textes rédigés dans une langue très imparfaitement connue, le méroïtique, cf. ci-dessous, p. 122.
[3] Cf., par exemple, pour le Museum of Natural History, Smithsonian Institution, Donald F. SQUIRES, Data Processing and Museum Collections ; A Problem for the Present, dans Curator, IX/3, 1966, p. 216-227 ; pour le Museum of Paleontology at the University of California in Berkeley, J. M. RENSBERGER, W. B. N. BERRY, An Automated System for Retrieval of Museum Data, dans Curator, X/4, 1967, P. 297-317 ; pour le Stovall Museum of the University of Oklahoma, Alex F. RICCIARDELLI, A Model for Inventorying Ethnological Collections, dans Curator, X/4, 1967, P. 330-336 ; ou encore Inventory Control at Lowe Art Museum, University ofMiami, IBM Application Brief, GK 20-0359-0 (3/70). Mais la tentative la plus vaste est celle du Museum Computer Network, qui groupe des musées aussi importants que The Brooklyn Museum, The Frick Collection, The Salomon R. Guggenheim Museum, The Metropolitan Museum of Art, The Museum of Modern Art, The National Gallery of Art, etc. : cf. Building a Collection Data Bank at Museum Computer Network, IBM Application Brief, GK 20-0370-0 (3/70), et, pour l'avancement des travaux, cf. David VANCE, Museum Computer Network, The Second Phase, dans Museum News, mai 1970, P- i5-2o; et cf. en général Computers and their Potential Applications in Muscums, Published for the Metropolitan Museum of Art by Arno Press, New York, 1968.
[4] C'est sous l'impulsion de son conservateur en chef, M. Cuisenier, que le Musée des Arts et Traditions Populaires prépare la mise en mémoire de ses collections, selon un système très élaboré, mis au point par M. M. Davy de Virville.
[5] Il s'agit en effet ou bien de special purpose data banks, destinées à la résolution d'un problème (ou de problèmes liés entre eux), selon un programme bien déterminé à l'avance, et comportant une fin ; ou bien de general inventories que l'on peut concevoir d'ailleurs au niveau d'un musée ou à un niveau régional ou national (en attendant qu'il devienne international), et ces banques générales de données sont évidement destinées à rester ouvertes, open ended mais aussi open at the sides, et elles seront exploitables pour les questions les plus diverses. La différenciation entre ces deux types de projets entraîne pour leur forme même des différences considérables, qui pourraient progressivement se résorber : car les premiers devraient au fur et à mesure de leur réalisation être intégrés dans les seconds, qui à notre avis, devront admettre des “ structures emboîtées ” du type dont il sera question ci-dessous, p. 102-103.
[6] Cf. ministère des Affaires culturelles, Notes d'information, 2e trimestre 1970, Inventaire général des Monuments et des Richesses artistiques de la France, méthodologie : la place de l'informatique.
[7] Cf. par exemple Jan ROSVALL, Quantitative Methods and Art History, dans Art Research in Scandinavia (Collegium for Contemporary Art in Lund), I, 1969, p. 40-50.
[8] Le rôle d'initiateur revient en France à J.-Cl. Gardin, directeur du Centre d'Analyse Documentaire pour l'Archéologie (CADA) : cf. la présentation de RA, I, 1966, p. 159-163, avec, p. 163, n. 1 et 2, une bibliographie sur les premiers travaux en U.R.S.S. et aux U.S.A. Un certain nombre d'expériences, de forme et de portée très diverses, sont décrites dans Calcul et formalisation dans les sciences de l'homme (journées de Rorne, 4-8 juillet 1966), Paris, C.N.R.S., 1968 (nous citerons désormais ce recueil Calcul et formalisation), ainsi que dans Archéologie et calculateurs, problèmes sémiologiques et mathématiques (Colloque de Marseille, 7-12 avril ig6g), Paris, C.N.R.S., 1970 (nous citerons désormais Archéologie et calculateurs) (et cf. ci-dessous, p. 122). On pourra s'orienter dans la bibliographie, qui devient ces derniers temps bourgeonnante, en utilisant les références de ces deux recueils, et aussi l'article de George L. COWGILL, Computer Applications in Archaeology, dans Fall joint Computer Conference, 1967, p. 331-337, ou, à partir de 1965, les informations données par R. G. CHENHALL (édit.), Newsletter of Computer Archaeology, Department of Anthropology, Arizona State University, ou par la revue Computers and the Humanities cf. par exemple, dans le vol. 3, 1968, p. 15-24, Robert G. CHENHALL, The Impact of Computers on Archaeological Theory An Appraisal and Projection ; et encore les travaux cités ci-dessous, p. 116-118.
[9] Aidé, bien entendu, par des informaticiens auxquels il voudrait dire ici toute sa reconnaissance : en parti . culier M. Levéry, conseiller scientifique à IBM-France, et M. M. Davy de Virville, responsable de la documentation automatique au Musée des Arts et Traditions populaires. Beaucoup de renseignements sur les travaux aux Etats-Unis m'ont été obligeamment fournis par le Dr Edmund A. BOWLES, Program Administrator (Musées et bibliothèques), IBM, Data processing Division, Washington D.C. Et M. J.-Cl. Gardin a bien voulu me faire de très utiles critiques et suggestions. Ces spécialistes voudront bien excuser, je l'espère, le caractère sommaire de ce premier exposé, que d'autres viendront préciser.
[10] La prise de conscience de ces problèmes, dans toutes les branches de la recherche, explique la publication de travaux d'ensemble, souvent très commodes, sur les techniques de la documentation : cf. par exemple B. C. VICKERY, on Retrieval System Theory, publié en français sous le titre Techniques modernes de documentation, Paris, Dunod, 1962. Un ouvrage de base reste celui de M. TAUBE et H. WOOSTER, Information Storage and Retrieval, Theory, Systems and Devices, New York, Columbia University Press, 1958. Cf. encore P. POULAIN, Eléments fondamentaux du traitement de l'information, Duriod, 1965 ; J. BERNARD, Comprendre et organiser le traitement automatique de l'information, Dunod, 1967; J. L. JOLLEY, Le traitement des informations, Hachette, 1968 ; J. CHAUMIER, Les techniques documentaires, P.U.F., 1971 ; etc.
[11] Le “ fichier matières ” de certaines bibliothèques joue ce rôle, partiellement : car il se limite normalement aux ouvrages de la bibliothèque en question, aux collections nécessairement incomplètes ; et surtout il ne concerne la plupart du temps que les livres, et non le contenu des articles publiés dans les revues.
[12] Il n'est pas évident que, dans nos études, le besoin se fasse sentir avec la même force de ce que les spécialistes appellent la “ diffusion sélective de l'information ”, qui consiste à décrire, au moyen d'un “ profil ”, le champ d'intérêt constant d'un chercheur, et à lui adresser périodiquement une liste de nouvelles parutions correspondant à ce profil. Ce type de demande Permanente (questions DSI = diffusion sélective de l'information) ne concernerait en tout cas que l'information bibliographique, et non factuelle.
[13] Cf. pourtant ci-dessous, p. 113.
[14] Cf. la bibliographie donnée par J.-Cl. GARDIN aux p. 356-357 de son article Four Codes for the Description of Artifacts . An Essay in Archeological Technique and Theory, dans American Anthropologist, 60/2, 1958, p. 335-357. Nous citerons désormais cet article GARDIN, Four Codes.
[15] Cf. [J.-Cl. GARDIN], Le fichier mécanographique de l'outillage : outils de bronze, des Balkans à l’Indus, Beyrouth, institut français d'Archéologie, 1956, avec une préface de H. SEYRIG, dont la grande ouverture d'esprit avait immédiatement compris la portée de l'entreprise.
[16] Le fichier cité à la note précédente utilise six bandes (entre telle et telle dimension) destinées à donner une idée de l'ordre de grandeur de l'objet, et à différencier par là des objets de forme analogue, mais de dimensions (et donc de fonctions) différentes. De même, les rapports entre les dimensions des parties de l'objet sont indiquées par référence à des bandes conventionnelles. Certes, les fiches portent, imprimées en clair, les dimensions exactes de l'objet (comme d'ailleurs aussi un dessin le figurant), mais ces dimensions ne peuvent être utilisées pour le tri automatique.
[17] Le système des bandes de dimensions aboutit à une simplification qui peut constituer un avantage ; mais l'ordinateur est lui aussi capable de regrouper les documents “ plus petits que..., plus grands que... ” c'est-à-dire qu'il peut lui aussi créer les bandes, mais chaque fois selon le désir de l’utilisateur.
[18] C'est ainsi que le fichier cité ci-dessus, p. 96, n. 2, comporte 22 colonnes à 8 positions chacune, qui permettent d'analyser avec une grande précision les objets considérés. La mise en mémoire mécanographique d'objets plus complexes que des outils impliquerait évidemment des subdivisions plus nombreuses, ce qui augmenterait encore la difficulté du codage.
[19] Mais il n'y a pas à craindre que l'apparition de ces caractères nouveaux conduise à définir un nouveau système d'analyse, cf., ci-dessous, p. 100-101.
[20] Désormais, on trouve des fiches présentant des préperforations centrales ou marginales, quelquefois à plusieurs niveaux ; la sélection peut se faire par des vibreurs, des aimants, des électro-aimants, etc. Pour une bonne présentation rapide de ces systèmes, cf. par exemple F. MOLENAAR, Emploi des fiches perforées et des microfiches et automatisation d'une documentation, dans Travaux communaux, février 1967, p. 113-136 (l’article passe aussi en revue les autres types de fiches dont il va être question).
[21] Ainsi, le fichier dont il a été question ci-dessus, p. 96, n. 2, a été transposé dans le système peek-a-boo, Cf. J. CHRISTOPHE et J. DESHAYES, Index de l'outillage sur cartes perforées, outils de l'âge du Bronze, des Balkans à l'Indus, 40 tableaux (code), 280 p. (commentaire), 3 800 fiches-objets (catalogue), 320 cartes perforées (index), Paris, CNRS, 1964. C'est aussi le système qui a été adopté par Mme Christophe pour l'analyse des mosaïques de la Gaule, cf. ci-dessous, p. 109, n. 1.
[22] C'est pourquoi cette méthode est utilisée aussi dans les systèmes de recherche automatique par ordinateur, cf. ci-dessous, p. 111.
[23] Les fiches à tri visuel longtemps utilisées en France ne contenaient guère que de 1000 à 5000 perforations au-delà de ces chiffres, il fallait répartir les documents entre plusieurs fichiers, ce qui compliquait le travail de sélection. On trouve désormais dans le commerce des fiches à 10 000, et même à 14 000 perforations (modèle Selecto), et, d'autre part, l'utilisation en est facilitée par l'emploi de “ lecteurs de cartes ”, reliés électriquement à une “ unité arithmétique ”, capable de compter les impulsions provenant du lecteur et d'effectuer à partir de celles-ci un certain nombre d'opérations. Pour tous ces supports d'information, cf., en plus de l'article cité ci-dessus, p. 97, n. 3, J. L. JOLLEY, Le traitement des informations, 1968, P. 167-198.
[24] Dans le système commercialisé en France sous le nom de Filmorex, par exemple, la microfiche indexée comporte; 1) Une rubrique de classement inscrite en caractères assez gros pour être directement lisibles : il s'agit d'un mot clef, ou d'un numéro, ou d'un indice codé, ou de plusieurs de ces éléments ; 2) La grille photo-électrique dont les carrés, soit noirs soit transparents, permettent la sélection automatique selon un maximum de 12 codes à 3 caractères ; 3) L'information elle-même, texte ou dessin, microphotographiée (éventuellement en couleurs, avantage qu'on ne retrouve nulle part ailleurs). Ainsi le système combine les avantages des fiches individuelles traditionnelles, du microfilm et de la sélection électronique. Pour le système Minicard, cf. W. L. MYERS et G. L. LOOMIS, The Minicard Film Record (International Conférence on Standards on a Common Language for Machine Searching and Translation, Cleveland, 1959).
[25] Elle comporte en effet : 1) Une caméra titreuse pour enregistrer les informations ; 2) Un sélecteur-lecteur électronique, qui peut explorer 4oo microfiches à la minute dans le système Filmorex (cette rapidité nouvelle correspond évidemment à l'introduction de l'électronique) ; 3) Une série d'appareils destinés à la reproduction des microfiches, agrandisseurs, machines d'impression, photolisting.
[26] C'est le cas, par exemple, à l'Université Laval de Québec, pour la mise en mémoire des cartes géographiques; mais aussi pour de nombreux centres de documentation, en France et ailleurs. Sur la méthode d'analyse permettant cette mise en mémoire, cf. J. SAIMAN, Le problème de la documentation, classement et recherche des documents, dans les Comptes rendus du Congrès sur la Documentation automatique, Washington, 1959, p. 260-272.
[27] Un rapide calcul montre que, pour parcourir un fichier de 20000 articles comptant 400 caractères par article, il faut, à raison de une ligne de lecture par seconde, 7 jours de 8 heures, avec tous les risques d'inattention et d'erreur propres aux activités humaines ; un ordinateur un peu développé peut effectuer le même travail en moins d'une minute. une notion essentielle ici est celle de “ temps d'accès ”, liée en particulier au type de mémoire utilisé; mais, de toute manière, le travail de l'archéologue n'exige pas des réponses aussi rapides que le guidage d'une fusée.
[28] Pour les conséquences, en dehors des questions de simple documentation, cf. les applications évoquées ci-dessous, p. 117-118.
[29] Pour les questions de compatibilité, cf. ci-dessous, n. 5.
[30] La seule utilisation d'une console terminale n'exige de l'utilisateur que l'emploi de certaines formules codifiées, et du thésaurus dont il va être question. Seuls les archéologues qui travaillent à la mise au point du système doivent connaître les langages dans lesquels les programmes sont écrits; mais l'évolution de la programmation a fait naître des “ langages symboliques ” dont l'apprentissage peut se faire assez rapidement.
[31] L'Université Laval, à Québec, où a été rédigée en 1968 une première version de cet article, invite tout particulièrement à cet acte de foi, car son Centre de Traitement de l'Information, qui groupe les activités d'administration, la gestion des bibliothèques, et les recherches scientifiques, y disposait alors déjà de deux ordinateurs IBM 360/50, reliés à une quarantaine de consoles terminales réparties dans le campus, à la disposition de tous.
[32] Seules de très puissantes sociétés peuvent se permettre un dialogue direct de part et d'autre de l'Atlantique. Mais il sera facile de faire circuler les informations enregistrées sur une bande magnétique ; une fois transposées dans les mémoires des différents centres intéressés, elles pourront y être traitées selon les systèmes d'exploitation chaque fois adoptés, et selon le type de matériel, sans qu'on ait à se préoccuper de compatibilité en fait d'ordinateurs ou de langages de programmation. C'est au niveau de l'utilisation que se situera ainsi l'indépendance des centres ; par contre, la mise en mémoire de l'information devra utiliser une formulation uniforme ou compatible.
[33] Il s'agit ici, bien entendu, de la classification naïve, “ à la main ”. Pour les classifications obtenues par des procédés mathématiques, cf. ci-dessous, p. 117-118.
[34] Cette visée dépend du domaine scientifique considéré comme contenant le fait à classer : il est évident que “ l'opium n'est pas classé de la même manière par le botaniste, le pharmacologue, le sociologue ”, (Gardin, dans R. C. CROS, J.-Cl. GARDIN, F. LEVY, L'automatisation des recherches documentaires, un modèle général, le SYNTOL, Paris, Gauthier-Villars, 1968, 2e éd., p. 90) (Nous citerons désormais cet ouvrage : GARDIN, SYNTOL). Même dans le seul domaine archéologique, une collection d'objets peut être soumise à des critères différents, date, provenance, matière, forme, etc. : cf. par exemple J. DESHAYES, Points de vue subjectifs sur la construction d'une typologie, dans Archéologie et calculateurs, p. 17-23, en particulier P. 20 pour les diverses manières de classer la céramique chypriote de l'âge du Fer, selon la hiérarchie des critères considérés. Et cf. note suivante.
[35] Un exemple particulièrement frappant de cette relativité des classifications est fourni par les publications de lampes antiques, pour lesquelles à peu près chaque spécialiste présente un système différent. Il est vrai qu'on peut trouver des correspondances, plus ou moins complètes, entre la classe C de celui-ci et le groupe III de tel autre, etc, mais une nouvelle collection apporte à peu près nécessairement des objets que certains caractères inviteraient à faire placer dans une catégorie, certains caractères dans une autre. On trouvera d'utiles indications à ce sujet dans le compte rendu que M. Ph. Bruneau consacre à trois publications récentes de lampes antiques, cf. REG, 83, 1970, II, p. 543-545 où l'auteur envisage aussi le problème de la diversité et de la pondération des critères sur lesquels se fonde une classification (cf. note précédente). Pour l'opposition entre les classifications de type “ polythétique ”, et de type “ monothétique ”, cf. David L. CLARKE, Analytical Archaeology, Londres, Methuen CO., 1968, p. 246-248.
[36] Pour le choix des codifications, en particulier dans la perspective de l'informatique, cf. en plus de l'article de GARDIN, Four Codes, surtout J.-Cl. GARDIN, Methods for the Descriptive Analysis of Archaeological Material, dans American Antiquity, 32, 1957, p. 13-30, et R. G. CHENHALL, The Description of Archaeological Data in Computer Language, dans American Antiquity, 32, 1967, p. 161-167.
[37] Mais elle peut s'accommoder aussi de systèmes de classification pour le moins contestables. L'inventaire du Lowe Art Museum, University of Miami (cf. ci-dessus, p. 93, n. 3) juxtapose dans son code des classes géographiques (20 = French ; 21 = English, etc.) et stylistiques (avec, à partir de la fin du XVIIIe siècle, seulement 30 = Rococo, 31 = Romantic, 32 = Acalemic, après quoi on arrive tout de suite à 33 = Impressionist, etc.) ; c'est ainsi que Rousseau Théodore y est classé 20 = French, tandis que Bernard Buffet est 39 = Abstract Expressionist. Le système du Museum Computer Network est beaucoup plus scientifique, cf. ci-dessous, p. 107, n. 6.
[38] Ainsi GARDIN, Four Codes, p. 339-341, distingue, pour la panse du vase, six éléments de description, comportant chacun plusieurs termes, si bien que la combinaison aboutit à distinguer théoriquement 8100 profils. On construit de la sorte des systèmes d'analyse dont l'avantage est qu'ils sont parfaitement impersonnels, indépendants des connaissances de celui qui est chargé de les appliquer. Cf. pourtant déjà G. L. COWGILL, Computer Applications in Archaeology, dans Fall Joint Computer Conference, 1967, p. 332-333 : “ Descriptive codes should always be reasonably related to human judgements made by workers experienced with the corpus of objects ” ; et l'auteur insiste sur la nécessité d'utiliser “ a code related to our perceptions about similitaries in features and similarities in configurations of features. Because it is quite possible to use codes which lack these properties. For example, one could easily store outlines ofobjects by listing a series ofgrid coordinates, but such a system makes it hard to emphasize differences at certain key points of the profile, or to express the strong furdamental similarities in objects which differ only moderately in some proportions ”. Et cf. note suivante.
[39] Dans le compte rendu cité ci-dessus, p. 100, n. 3, Ph. Bruneau insiste justement sur le fait que “ de même que la linguistique reconnaît comme phonologiquement identiques des sons phonétiquement distincts, il faut ne pas confondre la définition archéologique de l'objet avec l'une ou l'autre des analyses morphologiques qu'on peut en proposer... ; mais, dans la mesure où il s'agit de produits de l'activité humaine, il importe... que le classement institué par l'archéologue tende à coïncider avec celui que pouvaient opérer le fabricant et l'usager antique pour reconnaître, par exemple, fabrications concurrentes, innovations morphologiques ou technologiques, etc. ”.
[40] Et qui feront appel, cette fois, à la plus grande précision numérique. Cf. déjà, dans Calcul et formalisation, p. 302-305, C. ANKEL, Méthodes de recherches sur la poterie préhistorique au moyen de calculateurs et R. GUNDLACH, Ardoc-, un système pour l'enregistrement et la recherche des informations dans l'archéologie, proposant de rapporter les sections des vases (verticales et horizontales), préalablement dessinées, à un système de coordonnées, et d'enregistrer les points ainsi obtenus. Cf. aussi A. O. SHEPARD, Ceramics for the Archaeologist, Carnegie Institution of Washington, Washington DC, 1957 ; et C. R. McGIMSEY et D. F. GREEN, IBM Ceramic Code Outline, University of Arkansas Museum, 1965. En ce domaine, il semble qu'on puisse attendre beaucoup de la méthode photogrammétique, car, au moment de la restitution graphique, une connexion entre l'autographe et un enregistreur de coordonnées permet d'extraire des stéréophotogrammes une grande masse de coordonnées, qui seront exploitées dans un ordinateur. Plus étonnantes encore sont les techniques utilisant le CRT (Cathode Ray Tube), cf. à ce sujet Virginia BURTON, Alice BONIN, Janice LOURIE, Toby SPISELMAN, The Computer and Archaeology, dans AJA, 74, 1970, P- 221-223, et surtout V. BURTON, Computers Confront the Curator, dans The Metropolitan Museum of Art Bulletin, 26, summer 1967, p. 20-23 : ici, l'entrée des informations dans l'ordinateur se fait par le moyen d'un écran, lui-même relayé par une sorte de tablette sur laquelle on peut tracer des profils à partir de dessins au trait, ou à partir de projections photographiques (de tirages ou de diapositives) ; ensuite, un jeu de commandes permet de mettre les dessins à la même échelle, de les agrandir ou de les réduire, de corriger les déformations perspectives de la photographie d'origine; on peut étudier des détails de l'image; et il est même possible, à partir de projections d'un volume sur trois plans orthogonaux, de demander à l'automate de construire une image en perspective, et de la faire tourner dans l'espace ! Comme la machine enregistre, en plus de ce graphic recording, les autres informations concernant le document (bibliographie, mesures, matière, couleurs, etc.), on dispose d'un système dont les possibilités semblent énormes : elles sont expérimentées pour le moment dans le domaine de la céramique égyptienne, où une masse considérable de documentation est publiée selon des systèmes de classifications très divers ; mais on imagine les résultats qu'elle permet d'espérer aussi dans le domaine de l'architecture, pour le profil des chapiteaux, etc.
[41] Cf. ci-dessous, p. 108.
[42] Cf. ci-dessous, p. 108, n. 2. On s'est interrogé sur la possibilité d'appeler “ graphèmes ” les termes élémentaires auxquels se réduit l'analyse, évidemment par analogie avec les phonèmes de la linguistique, leur combinaison formant les “ morphèmes ”, qui eux-mêmes forment des “ combinaisons morphémiques ”. Pour les mêmes notions, Mme Christophe, dans l'article de H. Stern cité ci-dessous, p. 108, n. 2, propose les expressions de “ lettres, mots, phrases ”. Il nous semble que l'ordinateur permet, souvent, de faire l'économie du premier niveau d'analyse, et de commencer au niveau du second. Les éléments réellement significatifs, d'ailleurs, pourraient se situer plus haut encore : cf. J. DESHAYES, dans Archéologie et calculateurs, p. 22, montrant que la répartition des éléments décoratifs en bandes, métopes, etc., est “ visuellement plus immédiatement frappante, historiquement souvent plus riche de conséquences ”, alors que “ pourtant la plupart des typologies sont établies à partir de motifs simples pour aboutir au motif composé, et celui-ci est conçu comme une addition de motifs simples et non comme une entité propre ”.
[43] GARDIN, Four Codes, P. 353 ; et ibid. “ ... one must give up analysing everything when it comes to iconography. A sailing-boat will not bc desintegrated into a “ boat with a pole to which is attached a piece of cloth used for the propulsion of the vessel ” : it may become, in the exchange-language, “ a boat with a sail ”, -or even remain a sailing-boat ”.
[44] On pourrait ainsi appliquer à ces “ échelles ” (cf. aussi GARDIN, SYNTOL, p. 97) la comparaison proposée par CI. LEVI-STRAUSS, Le cru et le cuit, 1964, p. 11 “ ... Comme cela se produit avec le microscope optique, incapable de révéler à l'observateur la structure ultime de la matière, on a seulement le choix entre plusieurs grossissements: chacun rend manifeste un niveau d'organisation dont la vérité n'est que relative, et exclut tant qu'on l'adopte la perception des autres niveaux ”. Pour cette notion des niveaux d'analyse, cf. encore B. JAULIN, dans Archéologie et calculateurs, p. 344 : “ chaque propriété existant dans un code peut être affinée, c'est-à-dire est la conjonction d'un nombre fini de propriétés ”, et, p. 345, l'étude d'une forme dans un plan par sa trace sur une “ grille ”, l'analyse y étant d'autant plus précise que le pas de la grille est plus serré.
[45] C'est pourquoi les remarques présentées plus haut à propos du profil des vases ne sont valables que pour les céramiques comme celles de la Grèce, avec des formes nombreuses et en perpétuelle évolution, mais que leur parfaite adaptation à des besoins bien définis maintient dans le cadre d'une typologie rationnelle. Quand les formes des vases ne sont pas encore dégagées de la confusion, ou quand elles tendent à se confondre ou à proliférer d'une manière anarchique, le vocabulaire est incapable de les caractériser d'une façon valable, et le seul recours reste l'analyse de leurs éléments constituants, au moyen des techniques que nous avons évoquées ci-dessus, p. 102, n. 2.
[46] Cette importance du thésaurus, qu'on a vu se développer avec l'adoption des systèmes utilisant le vocabulaire “naturel ” a été mise en valeur par F. LEVERY, Rôle et constitution d'un thésaurus, dans Documentaliste, 1968, n° 3, p. 1-13. Les techniques de la documentation mécanographique ne pouvaient l'utiliser; par contre, certains systèmes à sélection électronique de microfiches emploient, à côté de la “ mémoire documents ”, une “ mémoire vocabulaire ” qui constitue un véritable thésaurus (c'est le cas pour le système présenté par J. SAMAIN dans l'article cité ci-dessus, p. 98, n. 4) ; mais la combinaison de ces deux mémoires est évidemment infiniment moins souple que dans l'ordinateur.
[47] Il s'agirait d'un travail de dactylographie. On éviterait ainsi les difficultés d'une codification à l'entrée, car tout le monde n'est pas censé connaître la liste des descripteurs qui devraient accompagner le titre d'un article intitulé, par exemple, Phyromachos... Cette liste par contre, confiée à la mémoire de l'ordinateur sous la forme du thésaurus, aurait été préparée à l'avance par le spécialiste archéologue, dont on voit ainsi quel est le rôle capital dans la mise au point du langage documentaire.
[48] A partir d'une lecture, par l'ordinateur directement, du texte imprimé : pour des applications récentes de ces OCR (Optical. Caracter Recognition devices), cf., par exemple, R. S. MORGAN, Optical Readers, dans Computers and the Humanities, 3, 1968, p. 61-64. Bien entendu, le problème est tout différent (et bien plus difficile) en ce qui concerne l'automatisation de l'analyse elle-même, cf. par exemple M. COYAUD et N. SIOT-DECAUVILLE, L'analyse automatique des documents, Paris, Mouton, 1967, et les remarques de GARDIN, SYNTOL, p. V-VII, XVI-XVII et 32-35. Dans le système KWIC (Kay Words in Context) ce sont les titres des documents répertoriés qui servent à la confection d'un index où apparaissent dans une colonne centrale, par ordre alphabétique, les mots significatifs entourés de leur contexte dans la limite de la place disponible.
[49] Les programmes de recherche, en effet, ordonnent à l'automate d'indiquer, avant les réponses elles-mêmes, leur nombre, ce qui permet à l'utilisateur de décider : cf. par exemple, pour le système IRMS-SAGESSE, ci-dessous, p. 112.
[50] Cf. essentiellement R. C. CROS, J.-Cl. GARDIN, F. LEVY, L'automatisation des recherches documentaires, un modèle général, le SYNTOL, Paris, 2e éd., 1968. Le système consiste à relier les mots clefs, pris par couples, selon leurs rapports sémantiques, en indiquant leurs relations logiques (prédicatives, ou associatives, ou consécutives, ou coordinatives), chaque relation étant précisée par son orientation et par les catégories formelles des deux mots en présence (prédicats, ou entités, ou états, ou actions), ainsi que, éventuellement, par certains “ opérateurs ” ; de plus, la “ thématique ”, marque le thème central de l'étude, son “ foyer ” ; les “ paramètres ”, indications de temps et de lieu, définissent le cadre géographique et historique des faits rapportés dans l'étude analysée; et le “ mode ” indique la manière adoptée par l'auteur de l'étude (historique, expérimentation, etc.).
[51] Mais certaines applications de la bibliographie informatique méritent déjà la plus grande attention. Ainsi, le Zentralinstitut für Kunstgeschichte de Munich prépare, depuis 1965, l'analyse de la bibliographie relative à l'archéologie et à l'histoire de l'art, à l'occasion d'un dépouillement des périodiques de la bibliothèque, sous la direction du Dr Schug. Et, dans le cadre du CADA, on a mis au point un code et un programme d'exploitation concernant la bibliographie archéologique, cf. N. NIVELLE et E. CHOURAQUI, Système documentaire automatique pour l'édition de listes et journaux bibliographiques, application à la littérature archéologique et historique, CADA, 1969.
[52] Il a semblé de bonne méthode de ne pas utiliser des dessins “ théoriques ”, présentant des combinaisons complètes mais artificielles, mais des reproductions de documents réels ; lorsque le même élément architectural subit, dans le temps, des variations trop considérables, on donne plusieurs dessins, portant les mêmes numéros pour désigner les parties correspondantes.
[53] Bien entendu, les mots enregistrés, et qui deviennent des descripteurs, doivent être ceux qu'utilisent les auteurs spécialisés, et non point nécessairement ceux que donnent les dictionnaires. C'est pourquoi nos équipes relèvent, dans une première étape, les mots des meilleures publications. La vérification sera confiée à des spécialistes des différentes langues.
[54] Ainsi, pour le chapiteau dorique, on souligne abaque, dont l'utilisation paraît préférable à celle de “ tailloir ”. Mais on donne aussi ce second mot, et, dans le thésaurus mis en mémoire par l'ordinateur, chacun des deux mots renverra à l'autre, cf. pour cette organisation ci-dessous, p. 109 ; ainsi il n'est pas besoin d'imposer un mot “ légal ”, puisque le thésaurus laisse au vocabulaire toute son ouverture et sa souplesse.
[55] Comme une équipe du Service d'Architecture antique du CNRS, dirigé par M. R. Martin, préparait un travail analogue sur l'architecture gallo-romaine, il nous a paru que les deux recherches, complémentaires, devaient être coordonnées, et aboutir à des publications communes, dont la mise au point est à l'étude.
[56] Par rapport à ce “ champ ” du lexique archéologique général que constitue l'architecture, lui-même divisé en zones (architecture religieuse, architecture militaire, architecture civile, etc.), tous les mots des niveaux inférieurs, jusqu aux éléments terminaux, constituent des descripteurs : ainsi dans la série “ temple, ordre, colonne, chapiteau, échine, annelet ”. Chacun de ces termes désignant un sous-ensemble par rapport au terme précédent, on peut écrire : ordre - colonne - chapiteau - échine, etc. (comme le fait M. BORILLO, dans Archéologie et calculateurs, p. 75, à propos des parties d'une statue). Mais il faut tenir compte en plus de la signification différente que peuvent prendre les inclusions : on a par exemple

chapiteau mais aussi chapiteau

↓ ↓ ↓ ↓ ↓
échine abaque dorique ionique corinthien

ce qui implique l'établissement de réseaux sémantiques entrecroisés.
[57] C'est un système de ce type qui a été choisi par le Museum Computer Network, où par exemple le nom du peintre est suivi obligatoirement du chiffre 70, la date du chiffre 83 (avec même le chiffre 82 pour la date inférieure, 84 pour la date supérieure), etc. ; en général, les nombres pairs ont été utilisés pour les catégories d'information sur lesquelles seront construits les index, tandis que les nombres impairs identifient le free text (cf. la distinction, au Stovall Museum of the University of Oklahoma, entre searchable field avec l'objet, sa matière, sa fonction, sa date, et informative field, avec le numéro du catalogue, la date d'entrée, le nom du donateur, etc., c'est-à-dire toutes les informations qui font partie intégrante des données, mais ne peuvent être utilisées pour la recherche). Dans le domaine de l'architecture, le free text ne comportera guère que la bibliographie concernant le monument.
[58] Le besoin de cette sorte de dictionnaire a été nettement exprimé lors du Colloque international sur la Mosaïque tenu à Paris en 1964, cf. La mosaïque gréco-romaine, Paris, CNRS, 1965, p. 360-361 (spécialement les interventions de MM. Becatti, Smith, Avi-Yonah, et Stern).
[59] Ce système a déjà été utilisé dans quelques ouvrages de la fin du XIXe siècle ou du début du XXe, cf., par exemple, J. BOURGOIN, La graphique. Collection raisonnée d'études et de matériaux, de notes et de croquis pour servir à l'histoire, à la théorie, à la technique des arts et à l'enseignement dans la famille, dans l'école et dans l'atelier, Paris, Delagrave, 3 vol., particulièrement vol. I : Figures élémentaires, avec une analyse combinatoire dont les indices sont formés par des lettres et des chiffres romains. Mais le procédé a été porté par J.-Cl. GARDIN à Un extraordinaire degré de raffinement, cf. Four Codes, p. 341-345, et la brochure du CADA, Code pour l'analyse des ornements, Paris, 1956 ; cf. aussi l'exposé du principe, par Mme CHRISTOPHE, rapporté par H. STERN dans La mosaïque gréco-romaine, p. 353-361 : Méthodes de classement des mosaïques gréco-romaines. Un symbole est attribué au “ radical ” (le signe élémentaire), un autre à l' “ affixe ” (qui lie ces signes) ; ainsi, à partir de 20 signes élémentaires, on obtient environ 600 “ ornements primaires ”, 18000 “ secondaires ”, 540000 “ ternaires ” etc.
[60] Si l'on désigne par ti les signes disposés en triangle, et par du un segment droit, le triangle à côtés droits s'appelle duti ; si fit est le segment courbe, le triangle à côtés courbes devient futi ; mais il faut alors distinguer entre les côtés courbes concaves et convexes, puis les cas de triangles à deux côtés droits, un concave, ceux à deux côtés droits, un convexe, ceux à un côté droit, deux convexes, etc. Les réactions des participants au Colloque sur La mosaïque gréco-romaine, p. 359-361, montrent qu'un système de cet ordre a peu de chances d'être effectivement utilisé (et cf. ci-dessus, p. 102). Mais il constitue un admirable exercice de style, dont la pratique pourrait être recommandée à ceux que préoccupe l'analyse des ornements.
[61] Ce code est évidemment beaucoup plus proche des habitudes linguistiques traditionnelles que celui qui avait été préparé déjà par le CADA pour les ornements géométriques, cf. ci-dessus, p. 108, n. 2 : cf. J. CHRISTOPHE, Code pour l'analyse des mosaïques romaines, exemplaires dactylographiés, Paris, CADA, 1967. Le travail est présenté par J. CHRISTOPHE dans son article Calculateurs et archéologie, dans Bulletin de l'AIEMA, 2, juin 1970, p. 130-145, spécialement p. 135-145.
[62] En particulier parce que le champ des analyses était différent pour les deux équipes.
[63] Cf. ci-dessus, p. 100, n. 2-3.
[64] La figure I a présente, par exemple, l'arborescence du motif ECAILLES (avec le vocabulaire seulement en français et les dessins seulement pour la moitié gauche) : la précision de l'analyse est fonction du nombre de descripteurs utilisés, de un à quatre, si bien que l'interrogation pourra se faire sur “ écailles – arrondies ”, ou sur “ écailles – arrondies – bordées – en croissant ”, etc. La figure I b montre le schéma d'une fiche de thésaurus : dans la colonne “ code de relation ” BT signifie “ terme plus générique ” (Broader Term), NT “ terme plus spécifique ” (Narrower Term), RT “ terme apparenté ”, (Related Term), mais on peut avoir aussi SY “ synonyme ” et bien d'autres relations...
[65] On en trouve la description dans le Programme d'application IBM France, HF2-0023-0 (mars 1969), ou dans la Description d'application HF2-0002-0.
[66] Ces programmes sont écrits en Assembleur/360, mais, nous voudrions le répéter encore, l'utilisateur du système n'aura point besoin de connaître la langue de programmation, ni le détail des programmes.
[67] Dans le système IRMS, ce fichier est appelé “ bibliographique ”, car le système a été prévu pour l'informatique bibliographique. La transposition à l'informatique factuelle ne pose pas de problèmes théoriques.
[68] Dans le système IRMS, ce fichier est appelé “ dictionnaire ”, mais nous adoptons ici le terme thésaurus, avec le sens indiqué ci-dessus p. 104 ; en fait, il semble que les théoriciens de l'information ne se soient pas parfaitement mis d'accord sur l'emploi précis de ce mot, en particulier dans sa relation avec “ lexique ”.
Pour l'analyse des mosaïques, il semble que ce fichier devrait être non pas créé automatiquement, mais “ enseigné ” à l'automate à partir du dictionnaire polyglotte, et simplement vérifié automatiquement lors de l'entrée des fiches d'analyse (et cf. ci-dessous, p. 112 et ri. 2). Dans l'application du système IRMS aux ordinateurs IBM de la série 360, chaque disque (du type 1316) accepte deux millions de numéros : si on compte en moyenne cinquante descripteurs par document, on voit qu'un seul disque peut enregistrer 40000 documents.
[69] Cf. ci-dessus, p. 97.
[70] Cf. ci-dessus, p. 95, n. 3.
[71] En effet, contrairement à l'informatique bibliographique, l'informatique factuelle n'implique que des sélections rétrospectives, effectuées chaque fois selon un “ profil ” différent. Ainsi, il ne sera pas besoin d'utiliser le “ nouveau fichier inversé ” créé dans le système IRMS pour contrôler les nouvelles entrées bibliographiques, comme c'est indispensable pour les recherches en DSI.
[72] En effet, le fichier statistique fournit des renseignements sur l'emploi des descripteurs et donne une image précise du fichier inversé, en montrant si certains descripteurs sont devenus trop généraux, ou s'ils sont inutilisés, etc.
[73] Pour l'étude des lampes antiques, par exemple, un travail de maîtrise de Mme Br. France-Lanord sert de point de départ à la préparation d'un thésaurus et de structures d'analyse. Un projet plus ambitieux consiste à utiliser les fiches préparées dans le Centre de Recherches iconographiques dirigé par L. Kahil, en vue d'établir un système couvrant l'immense domaine de l’iconographie de l'Antiquité classique.
[74] Qu'on nous permette d'insister une dernière fois sur la nécessité de cette collaboration, sur le plan national et sur le plan international. Si l'on veut que les efforts, lourds et coûteux, exigés par l'entreprise, aboutissent dans un temps raisonnable, il est indispensable d'éviter leur duplication : il peut être utile, dans un premier temps, de voir se développer des systèmes informatiques en quelque sorte concurrentiels, dont la comparaison permettra le perfectionnement; mais, assez vite, il faudra décider, soit en faisant le choix d'un système, soit en réalisant la fusion de plusieurs systèmes, soit en adoptant des systèmes divers, mais compatibles entre eux, de telle sorte que les travaux des divers centres puissent s'additionner.
[75] C'est la notion que le vocabulaire du SYNTOL (cf. ci-dessus, p. 105, n. 4) décrit par le mot excès : pour son utilisation, et celle des lacunes, en vue de définir l'efficacité d'un système de documentation, cf. GARDIN, SYNTOL, p. 181 ss.
[76] On peut en effet appeler les “ termes apparentés ”, (RT, cf. ci-dessus, p. 109, n. 4).
[77] La défense en a été présentée avec vigueur par L. ROBERT, CRAI, 1966, P. 498-499.
[78] Il est bien vrai qu'il n'existe pas de “ fait ” sans l'apport, de la part de celui qui le reconnaît, de toute la masse de connaissances (ou de croyances) qui constitue sa “ culture ” ; et, à cet égard, on ne saurait imaginer de description parfaitement objective, ni parfaitement complète, cf. R. VAILLAND, La fête, Paris, 1960, p. 16 ; “ ... pour décrire complètement un objet singulier dans toute sa singularité, il faudrait la science achevée, la science à venir, la science à la limite de toutes les sciences ... ”. Pourtant, à un certain stade de développement d'une discipline comme l'archéologie, on est en droit de distinguer ce qui peut être considéré comme un fait et ce qui doit être encore considéré comme une interprétation (avant de devenir peut-être un fait, à un stade ultérieur du développement de la science) : cf. à ce sujet les discussions entre J.-Cl. GARDIN, R. C. CROS et C. A. MOBERG dans Archéologie et calculateurs, p. 364-366, sur la continuité entre analyse perceptuelle et analyse cognitive. C'est un problème de ce type qu'a rencontré Panofsky à propos de son premier “ niveau d'interprétation ” , (cf. ci-dessous, p. i 15, n. 3).
[79] Il est certain d'ailleurs que, même en dehors de toute perspective informatique, l'évolution de notre discipline conduit à remettre en question la présentation des publications : cf. à cet égard les réflexions de P. CHEVRIER, Syria, 36, 1959, p. 307-314, Opposant les “ narrations continues ”, dont la forme dérive de la narration littéraire, et les “ taxonomies hachées ” exprimant la complexité des observations scientifiques ; cette contradiction fait naître des livres que de toute façon l'on ne lira guère, et qu'il n'y a probablement en effet guère de raison de lire, au sens strict du terme ; c'est si vrai que, dans un ouvrage récent, un auteur n'hésite pas à renvoyer “ le lecteur pressé ” quelques pages plus loin. P. Chevrier reconnaît une autre conséquence dans l'apparition d'un “ genre nouveau qui prouve le divorce entre les auteurs de ces ouvrages [scientifiques] et les amateurs même éclairés d'antiquités : la vulgarisation ” ; peut-être faudrait-il reconnaître la possibilité d'échelons intermédiaires, participant de la synthèse et de la “ mise au point ” : entre une publication de la céramique géométrique trouvée sur un site bien déterminé et un ouvrage de “ vulgarisation ” sur l'art grec, il y a place pour des travaux sur l'art géométrique, et même sur la céramique géométrique, qui combinent utilement les taxonomies et la narration continue.
[80] Cf. E. PANOFSKY, Studies in Iconology, Ire éd., 1939 : on consultera avec profit la réédition de 1967 (en traduction française) à cause de notes complémentaires et de l'introduction de B. TEYSSèDRE. Le modèle de l'opposition se trouve évidemment dans des doublets comme ethnographie/ethnologie, le terme en -graphie désignant une activité descriptive, celui en -logie une interprétation.
[81] Cf. la formule de TEYSSèDRE (l. l., p. 10), pour qui l'histoire de l'art est “restée, pour de trop nombreux érudits, la juxtaposition (ou amalgame) entre un catalogue, une biographie et une bibliographie ”. J'ai plaisir à retrouver le mot “ archéographie ” dans la communication de C. A. MOBERG, Archéologie et calculateurs, p. 29 ; cf. encore ibid., p. 362, le passage opposant cette archéographie à l'archéologie comme l'analyse perceptuelle à l'analyse cognitive, et la discussion p. 364-365.
[82] La description de l'archéologue est de toute manière secondaire par rapport à la perception “ vulgaire ” de l'objet antique, cf. ci-dessus p. 114, n. 2. Panofsky distingue, avant même l'analyse iconographique, une description pré-iconographique, qui résulte de l'expérience pratique générale, celle, si l'on veut, du non-spécialiste : pour les difficultés que présente le contrôle de cette expérience, cf. ibid., p. 23-25. L'analyse est valable, évidemment, pour l'iconographie antique, mais eue est transposable à l'art antique dans son ensemble: car la signification “ primaire ”, ou “ naturelle ”, d'un vase tient à sa description comme une certaine forme, une certaine matière, etc., c'est-à-dire à sa description “ pré-archéographique ” ; c'est seulement au niveau de la signification “ secondaire ”, ou “ conventionnelle ” qu'interviennent les concepts tels que “ aryballe corinthien ” ou “ oenochoé à bec trilobé ”, concepts qui font appel à la “ culture archéologique ” et que cette culture permet de contrôler. D'un autre côté, avant même la description des objets, notre discipline implique leur récolte : or, la technique des fouilles archéologiques met elle-même en jeu plusieurs niveaux de description et d'interprétation, cf. par exemple ci-dessous, p. 116-117.
[83] Etant donné le champ sur lequel portait sa réflexion, PANOFSKY ne pouvait séparer aussi nettement ces deux niveaux de la “ -logie ” et pourtant il les marque bien lorsqu'il reconnaît à I'iconologie (l. l., p. 4-5) la tâche d'utiliser “ un très grand nombre de données... pour localiser, dater ou changer l'attribution d'un ouvrage ”, mais aussi (ibid., p. 8), à un plan supérieur, la tâche “ d'interpréter les formes comme symboles d'une culture ”.
[84] Cf. la formule agressive de David L. Clarke, Analytical Archaeology, 1968, p. XIII : “ Archaeology is an undisciplined empirical discipline. ”
[85] C'est ce qui apparaît à la lecture d'ouvrages comme celui de CLARKE cité à la note précédente, mais aussi, par exemple, K. C. CHANG, Rethinking Archaeology, New York, Random House, 1967, ou J. DOETZ, Invitation to Archaeology, The Natural History Press, 1967 ; ou New Perspectives in Archeology, édit. S. R. BINFORD et L. R. BINFORD, Chicago, Alding Publishing Company, 1968 ; ou encore une revue comme World Archaeology, dont le premier numéro date de juin 1969.
[86] Pour éviter, selon la formule de Lanson, “ les pieds de nez de l'avenir ”. Car on ne peut critiquer un savant de n'avoir pas travaillé avec les méthodes qui seront en vigueur après sa mort ; mais il doit connaître celles que, de son vivant, d'autres pratiquent.
[87] Cf. J.-Cl. GARDIN et B. JAULIN, dans Calcul et formalisation, p. 8.
[88] La bibliographie sur ce sujet est déjà abondante, cf. en particulier I. SCOLLAR et F. KRüCKEBERG, Computer Treatment of Magnetic Measuremerits from Archaeological Sites, dans Archaeometry, 9, 1966, p. 61-71 ; I. SCOLLAR et R. LININGTON, Le traitement automatique des mesures géophysiques pour des sites archéologiques, dans Calcul et formalisation, p. 309 ; les articles de I. SCOLLAR dans Prospezioni Archeologiche, 3, 1968, p. 9-18 et R. E. LININGTON, ibid., p. 19-36 (ce dernier concerne un programme pour IBM de la troisième génération) ; I. SCOLLAR, Some Techniques for the Evaluation of Archaeological Magnetometer Surveys, dans World Archaeology, I, 1969, p. 77-89.
[89] Cf. par exemple B. SOUDSKY, Application des méthodes de calcul dans l'étude d'un site néolithique, dans Calcul et formalisation, p. 131-142 ; et aussi Archéologie et calculateurs, p . 45-53
[90] Cf. par exemple V. ELISSEEFF, Possibilités du scalogramme dans l'étude des bronzes chinois archaïques, dans Mathématiques et sciences humaines, II, 1965, p. 1-10 ; De l'application des propriétés du scalogramme à l'étude des objets, dans Calcul et formalisation, p. 107-120 ; et Données de classement fournies par les scalogrammes privilégiés, dans Archéologie et calculateurs, p. 177-183.
[91] Cf. par exemple Mine de LA GENIèRE et W. FERNANDEZ DE LA VEGA, Analyse quantitative du mobilier funéraire de la fouille de Sala Consilina, dans Calcul et formalisation, p. 121-129. Cf. plus généralement toute la seconde partie de l'ouvrage de CLARKE, Analytical Archaeology, p. 441-567, consacrée à la taxinomie numérique, ainsi que les troisième et quatrième parties du recueil Archéologie et calculateurs, p. 207-356, avec des exemples de méthodes effectivement appliquées, des discussions très serrées sur leur efficacité et leurs limites, et même des études mathématiques théoriques construites à partir de ces problèmes.
[92] Pour diverses autres applications archéologiques des techniques statistiques, cf. encore Donald J. TUGBY, Archaeological Objectives and Statistical Methods, a Frontier in Archaeology, dans American Antiquity, 31, 1965, p. 1-16 ; et les exemples présentés par G. L. COWGILL, Computer Applications in Archaeology, Fall joint Computer Conférence, 1967, p. 334, utilisant les techniques appelées chi square, multiple regression, factor analysis, proximity analysis, etc. ; les plus intéressantes sont évidemment celles qui font appel non point à un seul facteur significatif, mais à une analyse “ multidimensionnelle ”. L'importance de la statistique se justifie, ici comme en bien d'autres domaines, par notre ignorance des structures sous-jacentes aux faits.
[93] Cf. la formule de David L. CLARKE, Analytical Archaeology, p. 568 : “ The computer is the magnifying lens... by means of which the deployment and scope of all the empirical studies will be refocussed ” ; et tout son chapitre, ibid., p. 568-634, “ Computers methods and examples. ” La même remarque est valable pour l'ensemble des sciences humaines, cf. par exemple The Use of Computers in Anthropology, édit. Dell HYMES, La Haye, 1965, avec ibid., p. 103-118, une typologie établie par J.-Cl. GARDIN de leur usage.
[94] Cf. à ce sujet les discussions rapportées dans Archéologie et calculateurs, en particulier à propos de l'exposé de George L. COWGILL, Some Sampling and Reliability Problems in Archaeology (p. 161-172), Celui de C. MILLIER et R. E. TOMASSONE, Méthodes d'ordination et de classification : leur efficacité et leurs limites (p. 207-226), ou celui de K. SPARCK-JONES, The Evaluation of Archaeological Classifications (p. 245-274), dont la conclusion est (p. 259) que “ classifications of the same data can be so différent, and the results of applying the saine definition in différent circumstances can also be so different, that we should be really careful about confining ourselves to one method of classification only : there is more saféty in numbers ”, etc.
[95] Cf. P. de LA COSTE-MESSELIèRE, dans BCH, 87, 1963, p. 639-642, qui rappelle comment, au moment de sa découverte, le caractère élancé de cette colonne parut bouleverser les doctrines courantes, et qui insiste avec raison sur le danger de vouloir lier à la chronologie le rapport H/D, rapport dont la signification paraît en revanche plus considérable en ce qui concerne le type et le style des monuments. Bien entendu, la sériation purement mathématique rendrait à la colonne de Delphes sa vraie place si elle combinait, avec les indications données par le rapport H/D, celles que donnent les mesures des chapiteaux. De même, les proportions de la colonne, à la tholos de Marmaria encore, conduiraient à en abaisser la date d'une manière aberrante, si on ne les faisait entrer dans un nouveau sous-ensemble, celui des “ colonnes doriques de bâtiments circulaires ”, aux propriétés particulières, cf. G. Roux, L'architecture de l'Argolide aux IVe et IIIe siècles av. J.-C., 1961, p. 320-322. Le problème consiste donc à déterminer, en quelque sorte expérimentalement, les sériations significatives ; mais on voit que demeure, au moins en l'état actuel de la recherche, le rôle de l'empirisme, rôle reconnu d'ailleurs, avec plus ou moins de netteté, par les auteurs des études “ analytiques ”, dès qu'elles concernent des objets susceptibles d'une étude “ traditionnelle ”.
[96] Cf. la mise en garde de L. ROBERT, dénonçant, dans les CRAI, 1966, p. 495, “ un certain déguisement scientifique..., le masque et la cagoule des sciences exactes ”, et celle de J.-Cl. GARDIN et B. JAULIN, dans Calcul et formalisation, p. 9 : “ L'emploi du symbolisme mathématique n'est souvent... qu'une paraphrase de prestige, où le formalisme, devenu fin en soi, ne conduit en fait à aucun calcul, ni par conséquent à aucune découverte qui ne soit accessible par d'autres voies ”. Il est certain que c'est l'archéologue lui-même qui devra acquérir une formation mathématique, et G. L. COWGILL a justement insisté sur ce point, p. 332 de son article cité ci-dessus, p. 118, n. 1 ; car c'est à lui (et non au mathématicien d'origine) qu'il convient de décider si une technique d'analyse statistique, par exemple, est vraiment appropriée aux données sur lesquelles il travaille et aux problèmes qu'il a l'intention de résoudre. Et cf. ci-dessous, p. 126.
[97] Le recueil Archéologie et calculateurs présente deux intéressantes tentatives de formalisation du raisonnement archéologique : celle de J. DORAN, Archaeological Reasoning and Machine Reasoning, p. 57-66 (à propos de la fouille d'un site datant de l'âge du Fer, près d'Oxford), recherche motivée en particulier parce que “ les méthodes de classification automatique... n'ont pas... été encore correctement articulées sur le raisonnement archéologique en général ” (p. 67) ; et celle de M. BORILLO, La vérification des hypothèses en archéologie, deux pas vers une méthode, p. 71-90 (à propos des Kouroi de G. RICHTER), cf. ci-dessous, p. 124.
[98] CL l'analyse de de J.-Cl. GARDIN et B. JAULIN, Calcul et formalisation, p. 11-13, qui font de la construction de modèles structuraux le troisième niveau d'application des ordinateurs, après les tabulations du premier, les corrélations du second. D. CLARKE, Analytical Archaeology, p. 34-35, insiste de son côté sur la nécessité d'aboutir à des modèles représentatifs pour établir la liaison entre les groupes de monuments (envisagés selon une pyramide, du type à l'assemblage puis à la culture et au groupe culturel) et le milieu socio-culturel qui les a produits.
[99] Cf. ci-dessus, p. 116 et n. 1. Il faut simplement éviter, pour paraphraser encore une fois une formule de Panofsky, que cette archéologie n'apparaisse, en face de l'archéographie et de l'archéométrie, non comme l'ethnologie en face de l'ethnographie, niais comme l'astrologie en face de l'astronomie...
[100] Cf. toute l'analyse de E. PANOFSKY, The History of Art as a Humanistic Discipline, reprise en introduction à Meaning in the Visual Arts, 1955, p. 1-25. A cette formule font écho celles de R. BIANCHI BANDINELLI, Archeologia e cultura, 1961, pour lequel, p. 106, l'histoire de l'art est l'intelligenza dell'intelligenza humana in una delle sue manifestazioni più elevate, ou encore, p. 108, costituisce uno degli elementi più vitali della storia dello spirito umano.
[101] Déjà en 1912 W. DEONNA avait souligné l'insuffisance de la méthode historique dans notre discipline, cf. L'archéologie, sa valeur, ses méthodes, II, p. 10-12, en insistant sur le fait que l'histoire, s'attachant aux phénomènes de différence et de séquence, ne peut mettre en lumière les “ éléments généraux ” ; et déjà il préconisait l'appel aux méthodes comparatives, ethnographiques et anthropologiques. Pour la complémentarité entre “ art history ” et “ art theory ”, cf. E. PANOFSKY, Meaning in the Visual Arts, p. 20-22.
[102] Cf. par exemple la position de R. BIANCHI BANDINELLI, Archeologia e cultura, 1961, p. 30-36, pour qui, sans la connaissance du passé, celle du présent serait subjective et superficielle.
[103] Cf. B. TEYSSèDRE, l.l., p. 11 : “ La re-création esthétique... ne dépend pas de la seule sensibilité visuelle du spectateur : elle est aussi fonction de son équipement culturel ; ... seule cette enquête [historique] peut initier ce spectateur à l'univers culturel d'un homme né en d'autres temps, sous d'autres cieux ”. Et R. BIANCHI BANDINELLI, l.l., p. 43, souhaite “ un giudizio di qualità, che peró non è soltanto formale, estetico, ma che tiene conto in pieno anche del contenuto dell' opera d'arte rispetto al propio tempo e che è, quindi, un giudizio di valutazione compiutamente storico ”.
[104] Cf. R. BIANCHI BANDINELLI, l.l., p. 40-41.
[105] L'analyse par ordinateurs des textes littéraires conduit à des observations du même ordre, cf. L. DELATTE, REL, 45, 1967, p. 467, pour qui la méthode “ est incapable de dépister tout trait singulier, tout effet fugace ”, alors qu'elle contrôle tout ce qui est répétitif (et cf. aussi ibid., p. 470).
[106] Cf. E. PANOFSKY, Meaning in the Visual Arts, p. 19 : “ Archaeological research is blind and empty without aesthetic re-creation, and aesthetic re-creation is irrational and often misguided without archaeologicaI research. But, “ leaning against “ one another ” [expression de Léonard de Vinci], thesc two can support the system that makes sense ”.
[107] Je n'ignore pas, non plus que P. FRANCASTEL, Etudes de Sociologie de l'art, 1970, p. 32, que “ la notion de jouissance, la notion d'hédonisme est aujourd'hui une notion maudite! ” ; mais cf. ibid., p. 30-34, la critique que fait cet auteur de la théorie d'après laquelle “ le problème d'une prise de contact avec les arts anciens se trouve légitimé et épuisé par l'approfondissement de notre savoir historique ” ; car ils ne nous touchent pas seulement “ en nous révélant des documents plus ou moins archaïques, mais des messages intemporels ”.

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© Archéologie et systèmes d'information, UMR 7041 ArScAn. Hommage à René Ginouvès (en ligne), 2003 (consulté le ...) <www.mae.u-paris10.fr/ginouves/index.html>