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Hommage
à R. Ginouvès
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René Ginouvès
"Un monument de la démocratie argienne"
in : Mélanges Michalowski
Varsovie, 1966, p. 431-436

 
 

On voudrait simplement présenter ici le résultat des dernières études faites à Argos sur le site de l'Odéon romain, et dont le compte-rendu fera prochainement l'objet d'un fascicule des Études Péloponnésiennes (École française d'Athènes) : cette publication décrira avec plus de précision les traces, parfois évanides, sur lesquelles se fondent les restitutions ici proposées ; mais, même si quelques détails restent encore hypothétiques, il semble qu'on puisse se faire dès maintenant une image vraisemblable d'un bâtiment assez intéressant par ses caractères propres et par sa fonction.

Dès le XIXe siècle déjà, de nombreux voyageurs avaient reconnu l'existence à Argos, sous les dernières pentes de la Larissa, au sud du grand théâtre, d'une série de gradins droits, taillés dans le rocher, et au-dessus desquels fut, par la suite, installé l'Odéon romain. Des sondages avaient été effectués en cet endroit par W. Vollgraff en 1912 ; la fouille fut conduite par G. Roux en 1953[1], et depuis une série de nettoyages a permis de préciser les points les plus délicats[2] : ainsi est modifiée assez sensiblement l'idée qu'on pouvait se faire jusqu'ici[3] de ce “ théâtre à gradins droits ”.

Les gradins (fig.1) sont du type le plus simple, avec seulement un plan horizontal et un plan vertical à angle droit (en fait la surface supérieure est très légèrement en pente vers l'avant), sans rebord ni feuillure ; leur profondeur, qui varie de 0,88 m à 0,93 m, paraît exceptionnelle (au grand théâtre voisin, elle ne dépasse pas 0,75 m à la base de la cavea, et décroît quand on s'élève) : on ne trouverait guère à la comparer qu' à celle des gradins creusés dans le rocher au théâtre de Syracuse, 0,82 m ; et elle doit répondre au souci d'aménager aux moindres frais la pente naturelle, tout en facilitant la circulation dans le sens horizontal. La hauteur de ces gradins varie sensiblement, dans l'état actuel, mais leur moyenne se situe aux environs de 0,33 m, chiffre tout à fait habituel, qui doit correspondre à une hauteur théorique de 1 pied. On remarque enfin qu’ils ne sont pas parfaitement rectilignes : leur plan antérieur dessine une concavité légère, plus accentuée vers les extrémités, si bien que la cavea “ tourne ” sensiblement.

La surface occupée par ces gradins est, à l'heure actuelle, discontinue – il est bien évident qu'il n'en était pas de même dans l'antiquité. Pour les espaces où toute trace est absente, on peut supposer ou bien que des blocs de pierre taillés et rapportés suppléaient aux défectuosités du rocher naturel (on trouve en tout cas, sur certains gradins, des encoches à plans droits, destinées à recevoir comme des coins de pierre, et qui représentent des réparations anciennes), ou bien, et c'est l'hypothèse la plus vraisemblable pour les surfaces importantes, qu’il s'agit de dégradations postérieures à l'abandon du site, produites par les agents naturels, et, probablement aussi, par les carriers, quand le rocher de cette région fut exploité pour la construction de l'Odéon romain. On est de toute manière en droit de restituer des gradins entre ceux qui se sont conservés jusqu'à présent ; mais il est beaucoup plus difficile de déterminer, à l'extérieur de ces vestiges, les limites de la cavea ancienne.

On possède au moins un indice, l'escalier qu'on suit encore sur une longueur de 10 m environ, traversant une série de 12 gradins, et perpendiculaire à leur direction d'ensemble. Comme il passe à peu près au milieu de leur développement il paraît vraisemblable qu’il formait l'axe du bâtiment, et il permet de restituer à la cavea une largeur maximum de plus de 30 m. Mais des traces indiscutables, particulièrement précises vers le Sud-Est, montrent que le plan n'était pas rectangulaire (les théâtres les plus célèbres, d'ailleurs, comme celui de Dionysos à Athènes, ne couvraient pas non plus une surface régulière) : en effet, le développement des gradins inférieurs, à l'Est, ne pouvait dépasser 9,30 m à partir de l'axe (restitué) de l'escalier central ; si on restitue un développement symétrique au Nord (où l'implantation de l' Odéon romain a fait disparaître tous les arrangements anciens), on obtient une ampleur inférieure à 19 m, au-dessus de laquelle la cavea s'élargissait progressivement pour atteindre vers les deux tiers de sa hauteur un maximum de plus de 30 m ; plus haut encore, elle se refermait à nouveau. La limite supérieure peut être fixée au 36e gradin : plus à l'Ouest en effet une nouvelle entaille du rocher ne s'intègre pas dans le système du theatron. Ainsi, l'ampleur de cette cavea était considérable, avec une largeur maximum supérieure à 30 m, et une profondeur d'Est en Ouest d'environ 32 m (il est probable que l'architecte a conçu son plan sur le schéma d'un carré de 100 pieds de côté) ; la dénivellation est de 12,35 m au total. Cette grande surface du theatron était divisée, selon un système qui devait permettre la répartition des assistants: on remarque en effet, creusées dans le plan supérieur des gradins, des mortaises disposées en files parallèles à l'escalier axial, où devaient se dresser des stèles, comme on en trouve dam la même situation à la Pnyx d'Athènes[4].

A l'Est du gradin droit le plus bas, un sondage effectué en 1964 sous le blocage de l'Odéon romain a fait retrouver un nouveau degré, de hauteur analogue à celle des autres, mais formant avec eux un angle obtus ; il prenait son origine à environ 5 m de l'axe (restitué) de l'escalier central et sa pente vers le Sud-Est semble indiquer qu'il constituait, plutôt qu'un véritable gradin, la limite d'une voie permettant d'accéder au theatron. Mais, si l'on imagine un dispositif analogue au Nord de l'axe, on restitue une orchestra enclose dans un tracé trapézoïdal, comme celle qui a été reconnue au théâtre de Syracuse[5]. Le système des accès était complété encore par deux escaliers latéraux, extérieurs à la cavea mais parallèles en gros à l'escalier axial, et qui rejoignaient les gradins à leur largeur maximum, vers les 2/3 de la hauteur du theatron.

L'orchestra ancienne a été complètement détruite lors de l'installation de l'odéon romain. Mais une partie importante a subsisté du mur de soutènement qui maintenait le remblai: dans l'axe du bâtiment, il passait à environ 27 m du gradin inférieur, et on le suit encore sur une longueur de près de 30 m. Dans son état ancien, il comportait, au-dessus d'un socle, un parement et un contre-parement seul conservé (fig.2), fait de beaux blocs de poros, dont un grand nombre portent une lettre gravée, probablement marque de tâcheron : la forme de ces lettres est assez caractéristique, dans la graphie argienne, pour qu'on puisse situer le travail aux environs du milieu du VI siècle. Au moment de l'installation de l'Odéon romain, le parement antérieur de ce mur, détruit, fut remplacé, sur une partie au moins de son trajet, par un nouveau parement en calcaire ; mais, dans l'état ancien, la construction devait présenter une épaisseur de 1,50 m environ, assez considérable pour résister au poids des terres du remblai. L'ampleur de l'espace ainsi aménagé pour l'orchestra est considérable, puisque sa profondeur est presque aussi grande que celle du theatron ; mais cette proportion n'a rien d'exceptionnel[6].

Ce theatron d'Argos, tel qu'on peut le restituer avec beaucoup de vraisemblance, s'insère dans une série assez peu nombreuse de bâtiments, caractérisés par leurs gradins droits, ou presque droits. Sans entrer dans le problème d'une possible origine préhellénique et de possibles rapports avec les “aires théâtrales” des palais minoens, on peut au moins leur trouver des antécédents dans les installations archaïques crétoises, Amnisos, Dréros, et Lato, où la présence de gradins droits sur un côté de la place publique annonce l'arrangement, bien plus tardif, de Morgantina (Serra Orlando) en Sicile[7], avec, ouvrant sur l'agora inférieure, un système de trois volées de gradins droits. Plus proche du bâtiment argien est l'exemple célèbre de Thoricos, où la cavea inférieure comporte des gradins taillés dans le rocher et rectilignes au centre, alors qu'ils se recourbent aux extrémités beaucoup plus nettement ; les fouilles actuellement en cours[8] permettront de mieux préciser la chronologie, encore incertaine : il ne semble pas que la construction primitive puisse être abaissée au-delà de la fin du Ve siècle. Mais on comparerait surtout l'exemple d’Argos au théâtre à gradins droits de Syracuse[9], taillé lui aussi dans le rocher, et qui pourrait dater du début du Ve siècle : il se trouve à peu de distance du grand théâtre, dans un rapport qui évoque directement celui des deux édifices argiens ; la largeur de la cavea passe de 23 m à 10 m, et ces dimensions rappellent celles d'Argos ; mais la profondeur est moins importante, puisqu'on compte seulement 19 gradins. On ne peut guère tenir compte, pour situer le bâtiment argien, d'une installation purement religieuse comme celle d'Eleusis, où un petit theatron à gradins droits fut installé après les Petits Propylées, sur la Voie Sacrée, probablement au IVe siècle ; ou comme celle de l'Amphiareion d'Oropos, avec ses gradins courbes tournés vers l'autel ancien ; mais au théâtre de Chéronée, les gradins, taillés dans le rocher comme ceux d'Argos, sont, au moins à la base, presque rectilignes, avec une courbure concave qui semble exagérer à peine celle de nos gradins[10] : le bâtiment a été attribué à la fin du Ve siècle. Tous ces exemples inviteraient à placer le theatron d'Argos dans le courant du Ve siècle, en tout cas avant certains autres bâtiments caractérisés par une proédrie rectiligne, mais construite en blocs rapportés : ainsi à Tégée, où elle date de la seconde moitié du IVe siècle[11], ou encore à Rhamnonte, pour la fin du IVe siècle ou le début du IIIe[12], ou encore à Ikaria[13]. Le theatron d'Argos apparaît en fait comme un de derniers exemples où les gradins droits sont taillés dans le rocher, il semble postérieur à Syracuse où aucune courbure n'est sensible, antérieur à Chéronée où elle est nettement plus marquée, comme aussi à Thoricos ; et, s'il faut vraiment restituer un plan trapézoïdal pour l'orchestra, en songerait à la seconde phase du théâtre de Syracuse, du second quart du Ve siècle. Ainsi, une date vers le milieu du Ve siècle apparaît, pour le theatron d'Argos, comme la plus vraisemblable, et ce n'est pas l'effet d'une simple coïncidence si les marques de tâcherons, sur le mur de soutènement, suggèrent exactement la même époque.

Mais cette datation conduit à poser d'une manière particulière un dernier problème, et non le moindre : celui de la destination de ce theatron. Les bâtiments que leur structure rapproche de celui d'Argos étaient utilisés pour des fonctions assez diverses, du moins à première vue, puisqu'il s'agissait soit de cérémonies religieuses, soit d'assemblées politiques, soit de spectacles dramatiques. En fait, on a depuis longtemps montré que, aux époques anciennes, représentation théâtrale et drame religieux se confondaient et aussi que, dans bien des villes ou des bourgades, les mêmes lieux servaient pour toutes les occasions où se réunissait la masse de la population, c'est à dire aussi bien les assemblées politiques que les “spectacles”[14] ; si bien que, dans une large mesure, la typologie de ces constructions est identique. Mais pour Argos le problème est rendu plus complexe d'abord à cause de la proximité du théâtre semi-circulaire, d'autre part à cause de la mention, dans les auteurs anciens, de lieux de réunions politiques argiens, qu'il est tentant d'associer aux vestiges archéologiques.

Pour la dualité théâtre à gradins droits – théâtre semi-circulaire, on la retrouve, dans des conditions analogues nous l'avons vu, à Syracuse. Faudrait-il l'expliquer, dans l'un et l'autre cas, par une différence chronologique, ou de fonction ? A Argos (et vraisemblablement aussi à Syracuse), l'édifice à gradins droits est nettement antérieur à l'autre[15]. On imaginerait ainsi volontiers que, dans un premier temps, le theatron rectiligne servait pour toutes les réunions, tandis que après la construction du théâtre semi-circulaire, destiné plus spécialement aux représentations dramatiques, le vieux bâtiment avait gardé seulement sa fonction politique.

Or, la tradition littéraire nous a conservé un nom, ou plutôt plusieurs noms, pour ces réunions argiennes. Dans l'Oreste d'Euripide, v. 866-956, l'assemblée qui condamne Oreste et Electre se tient en un lieu escarpé, non loin d'une porte de la ville, auquel les scholies attribuent les noms de Prôn et d'Aliaia : le premier caractérise l'aspect géographique du site, le second sa fonction, et depuis assez longtemps on a reconnu que ces renseignements s'appliquent au theatron à gradins droits[16]. Mais il se trouve qu'un texte de Pausanias (II, 20, 7) propose, pour un lieu de réunion dont on peut se demander si c'est le même, ou un autre, le nom de Criterion, en rapport avec le “jugement” d'Hypermnestre. On a voulu parfois identifier ce Criterion avec une terrasse située au flanc de la Larissa, mais cette fois au Nord du grand théâtre[17]. Pourtant les textes suggèrent plutôt qu'il n'était autre chose que la Prôn – Aliaia : les scholies d'Euripide, en effet, rappellent elles aussi le mythe des Danaïdes, mentionné dans le texte même de l'Oreste au vers 872 ; certes, il s'agit ici de l'assemblée du peuple qui doit fournir réparation à Aegyptos, et non point du jugement d'Hypermnestre ; pourtant, n'est-il pas vraisemblable qu'on situait au même endroit deux circonstances si proches ? Et où le mot de Critérion aurait-il pu s'appliquer avec plus d'à-propos qu'à l'endroit où l'on plaçait aussi le Jugement d'Oreste ? La petite terrasse au Nord du théâtre semble convenir beaucoup moins bien, à tous les égards, que le theatron à gradins droits[18].

Si, dès lors, on reconnaît dans ce theatron l'emplacement par excellence des assemblées argiennes, la date de son installation prend une portée particulière. Il est peu vraisemblable, en effet, qu'un travail aussi important ait été exécuté simplement pour permettre au peuple d'entendre les décisions de ses maîtres : par contre, il se justifie pleinement dans une ambiance démocratique, et la majesté du lieu de réunion devait même exprimer, en un certain sens, la puissance de la volonté populaire. Or, c'est vers 460 que les Argiens se donnent une constitution démocratique[19] et si, comme nous avons essayé de le montrer, l'aménagement du site date vraiment du milieu du Ve siècle, on admettra que les Argiens avaient tenu, assez vite, à donner à leur nouvelle vie politique un cadre qui en permette le fonctionnement dans les meilleures conditions de commodité et de dignité : l'exemple de la Pnyx, à Athènes, bien qu'antérieur, est à peu près parallèle[20]. Ainsi le theatron à gradins droits d'Argos apparaît comme un monument, peut-être le premier, de la démocratie argienne.


[1] Cf. G. Roux, “ Argos ”, BCH 78, 1954, pp. 170-173.
[2] Cf. R. Ginouvès, “ Argos – Odéon ”, BCH 80, 1956, pp. 395-396 ; id., “ Argos - fouilles à l'Est de l'Odéon ”, BCH 81, 1957, pp. 681-683.
[3] Avant ces travaux, l'étude la plus récente du bâtiment est celle de W. A. MC DONALD dans, The Political Meeting Places of the Greeks, Baltimore 1943, pp. 80-84.
[4] Cf. K. KOUROUNIOTES et H. A. THOMPSON, “ The Pnyx in Athens ”, Hesperia 1, 1932, pp. 104-105.
[5] Cf. surtout C. ANTI, Teatri greci arcaici, Padoue, 1947, pp. 83-106.
[6] On la trouve, par exemple, au théâtre de Rhamnonte, Cf. J. POUILLOUX, La forteresse de Rhamnonte, Paris 1954, pp. 73-78.
[7] Cf. AJA 61,1957, p. 152 et pl. 53 ; E. SHöQVIST, “ Excavations at Serra Orlando ”, AJA 62, 1958, p. 161 et pl. 35.
[8] Cf. déjà T. Haekens, Thoricos 1963 – rapport préliminaire sur la première campagne de fouilles : le théâtre AC V, 34, 1965, 1, bp. 39-46.
[9] Cf. G. V. GENTILI, “ Nuovo esempio di “ theatroli ” con gradinata rettilinea a Siracusa ”, Dioniso 15, 1952, p. 122-130.
[10] Cf. O. A. W. DILKE, “ Details and Chronology of Greek Theater Cavea ”, ABSA 45,1950, pp. 35-37.
[11] Cf. R. VALLOIS, “ Le théâtre de Tégée ”, BCH 50, 1926, pp. 135-173, spécialement pp. 164-169 pour la proédrie rectiligne.
[12] Cf. J. POUILLOUX, La forteresse de Rhamnonte, Paris 1954, pp. 73-78.
[13] Cf. DILKE, “ Details and Chronology... ”, ABSA 45, 1950, pp. 30-31.
[14] Cf. R. MARTIN, Recherches sur l'Agora grecque, Paris 1951, pp. 248-255.
[15] Il faudrait penser en effet, pour le théâtre semi-circulaire d'Argos, au dernier tiers du IVe siècle au plus haut, cf. G. ROUX, “ Argos ”, BCH 80, 1956, p. 391.
[16] Cf. W. VOLLGRAFF, BCH 44, 1920, p. 223 ; cf. aussi K. KOUROUNIOTES et H. A. THOMPSON, op. cit., p. 106, et MC DONALD, op. cit., p. 84, pour la fonction politique du site.
[17] La thèse a été soutenue en dernier lieu, avec beaucoup de force, par W. VOLLGRAFF, Le flanc oriental de la Larissa, BCH 82, 1958, pp. 516-538.
[18] C'est au-dessus de ce theatron à gradins droits, il faut encore le remarquer, que s'est installé à l'époque romaine un Odéon, lui aussi destiné à des “ jugements ”, cette fois d'ordre esthétique, avec un rôle particulier dans les Jeux Néméens, comme nous essayons de le montrer dans la publication.
[19] Cf. en particulier W. VOLLGRAFF, Le décret d'Argos relatif à un pacte entre Knossos et Tylissos, Amsterdam 1948, en particulier, p. 13 pour la période comprise entre 462 et 450.
[20] Cf. K. KOUROUNIOTES et H. A. THOMPSON, op. cit., pp. 107-113.

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© Archéologie et systèmes d'information, UMR 7041 ArScAn. Hommage à René Ginouvès (en ligne), 2003 (consulté le ...) <www.mae.u-paris10.fr/ginouves/index.html>