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Hommage
à R. Ginouvès
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René Ginouvès, Anne-Marie Guimier-Sorbets
"Voûte “galate” et charpente macédonienne"
Revue archéologique 2, 1994, p.311-321.

Images de l'article.
Schémas de voûtes galates
Mylasa, plafond du mausolée

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On connaît un certain nombre d'exemples de ce type de couverture appelé traditionnellement “ voûte galate ”[1], et qui consiste à poser en surplomb, au-dessus des angles de la pièce à couvrir, une première série de quatre dalles dont la tranche antérieure libre relie le milieu de chacun de ses côtés ; quatre nouvelles dalles viennent par-dessus, reliant le milieu de chacun des éléments de la première série, et ainsi de suite jusqu'à ce que l'espace central soit suffisamment réduit pour que sa couverture soit réalisable au moyen d'une seule dalle. L'avantage du dispositif est qu'il permet de couvrir une surface relativement importante avec des éléments nettement plus réduits; c'est aussi qu'il réalise une “ voûte ”[2] qui bien évidemment pèse sur les murs, mais sans l'inconvénient de les pousser vers l'extérieur. Cet arrangement convient particulièrement lorsque la pièce à couvrir est un carré, qui alterne dans ce type de construction avec le carré sur la pointe; mais on trouve aussi un arrangement du même type partant d'un octogone inscrit dans le carré de la pièce. Et des salles rectangulaires ont reçu le même traitement: on retrouve alors des octogones mais aussi, comme on va le voir, d'autres formes, éventuellement irrégulières[3].

La dénomination “ galate ” accordée à cette technique s'explique parce que plusieurs de ses exemples les plus significatifs se trouvent effectivement en pays galate. C'est le cas en particulier pour une tombe du Tumulus O à Gordion en Phrygie[4] datée du IIe ou du Ier siècle av. J.-C., monument d'autant plus remarquable que la construction comporte une antichambre et une chambre, couvertes l'une et l'autre selon le même principe : pour la chambre, de plan carré, quatre dalles posées en diagonale sur les angles dessinent un octogone au-dessus duquel l'assise supérieure forme un second carré, surmonté par un second octogone, puis un troisième carré, enfin un carré sur la pointe supportant la dernière dalle carrée : le dispositif comporte donc sept niveaux d'emboîtements (fig. 1 i) ; l'arrangement du vestibule est du même type mais, comme le plan de cette salle est un rectangle, il s'agit d'une succession de rectangles, d'octogones ne présentant que deux axes de symétrie, et d'un losange posé sur la pointe. C'est aussi en pays galate qu'un système de voûte analogue recouvre la Tombe C de Karalar, au Nord d'Ankara, qu'on a attribuée à un membre de la famille royale galate, avec une date dans le Ier siècle avant notre ère[5] : dans ce cas encore ce sont à la fois la chambre et son vestibule qui ont été voûtés de la sorte, mais ici on a disposé sur le rectangle et sur le carré de départ des blocs de dimensions non préparées à l'avance, si bien que les figures géométriques superposées sont très variées, combinant aux octogones des hexagones, des pentagones, des trapèzes irréguliers (fig. 1 k et 2 b). Un autre tracé présente, à Musahocaköy[6], quatre emboîtements de carrés et carrés sur la pointe, avec, au cœur du plus haut, un triangle (fig. 1 j). Mais une parfaite symétrie est proposée par deux tombes de Hiérapolis, datées du Ier siècle avant notre ère[7], ou par un tombeau d'Igdir près d'Eskisehir[8], ou par un plafond de Gemlik-Kios, carré à quatre niveaux d'emboîtements (fig. 1 c), qui a été daté du IVe siècle avant notre ère[9] tout comme une belle réalisation de Mudanya[10], carrée ici aussi avec six niveaux d'emboîtements (fig. 1 h).

Ce type de couverture, qui dans le cas de Karalar C prend une allure très éloignée de l'esprit architectural grec[11], a été transposé, toujours en Asie Mineure, dans un style cette fois parfaitement classique, à la célèbre tombe de Mylasa en Carie : le second étage de cette construction, un monoptère d'ordre corinthien, supporte une couverture que recouvrait extérieurement une pyramide[12]; à l'intérieur (fig. 3), ce sont comme des poutres disposées obliquement dans les angles qui dessinent un octogone dans le carré; au-dessus viennent s'inscrire successivement trois carrés alternativement parallèles aux murs ou sur la pointe, ce qui donne au total cinq niveaux d'emboîtements (fig. 1 g); de plus, la tranche verticale visible de chacune des dalles est traitée comme une architrave ionique à fasces, tandis que le décor de chacun des soffites est traité en caisson, et le dernier carré, au centre, est occupé par un cercle orné, comme l'ensemble du dispositif. La datation de ce remarquable monument a été contestée, les uns le plaçant à la période hellénistique, les autres au IIe s. de notre ère, ce qui paraît plus vraisemblable[13], et il s'agirait alors d'une reprise ornementale d'une ancienne tradition[14]. Il est même vraisemblable que ce type de couverture a été copié plus loin encore vers l'Orient; même si certaines restitutions sont sujettes à caution[15], le système est abondamment attesté en Asie centrale (Afghanistan et Turkestan chinois) du VIe au IXe siècle de notre ère[16] ainsi que dans le décor sculpté des grottes bouddhiques[17] comme dans les temples indiens du VIe au XIe siècle[18]. Mais on peut imaginer aussi que, les mêmes causes produisant les mêmes effets, le système, dans sa simplicité et sa commodité, a été réinventé en des endroits et en des temps divers, et, on va le voir, pour des matériaux divers.

Il est caractéristique en tout cas que, pour l'époque hellénistique, cet arrangement se trouve seulement, à ce qu'il semble, dans une certaine région de l'Asie Mineure, celle que les “ Galates ” (nos Gaulois ou nos Celtes) ont occupée pendant une partie importante de cette période[19], et jusqu'à Ankara dont le site était la capitale de la tribu des Tectosages : ainsi se justifierait l'appellation traditionnelle de ce type de couverture. Mais il paraît peu vraisemblable que les tribus errantes de Galates en aient été les inventeurs. Il semble beaucoup plus raisonnable d'admettre[20] que ces peuplades en auraient trouvé le modèle, lors de leurs migrations, en Thrace. Les fouilles ont révélé en effet l'existence, dans cette dernière contrée, de tombes couvertes, en totalité ou partiellement, selon le même principe, dont la plus remarquable est peut-être celle de Valcipol ou Kurt-Kalé près de Mezek en Bulgarie[21], datant de la seconde moitié du IVe siècle avant notre ère : ici la voûte galate couvre seulement l'antichambre de la tombe, dont la chambre elle-même, circulaire, est voûtée par encorbellement en ruche d'abeille : la couverture de l'antichambre comporte cinq niveaux superposés, avec rectangle, hexagone à seulement deux axes de symétrie, octogone, rectangle (fig. 1 f et 2 a). C'est un dispositif du même type qu'on retrouve pour une tombe de Filipovo (Plovdiv)[22] où cette fois c'est la chambre qui est voûtée en emboîtements superposés, avec alternance de rectangles et de losanges sur quatre niveaux (fig. 1 c)[23]. L'ensemble de ces constructions[24] est datable du dernier quart du IVe siècle av. J.-C., et il semble donc bien établi que ce type de couverture était parfaitement connu et maîtrisé en Thrace au moins dès le tout début de l'époque hellénistique, même si on peut lui trouver ailleurs un prédécesseur à l'époque archaïque dans un exemple exceptionnel[25], et peut-être même à une époque encore antérieure[26].
On a proposé de faire dériver ce système, pour les pays à grandes forêts, de la construction en bois, avec des poutres disposées obliquement dans les angles de la pièce à couvrir, et supportant elles-mêmes un ensemble de poutres parallèles aux côtés de la pièce, etc., ce qui donne en définitive une couverture d'allure pyramidante [27]; le plafond de la tombe de Mylasa, on l'a vu, présente d'ailleurs une suggestion directe de ces poutres de bois, que l'on retrouve dans l'exemple tardif, et lointain, de Pandrethan[28]. On peut en chercher une confirmation dans un texte de Vitruve concernant une région située dans une aire géographique point trop distante de la Thrace, et où les conditions climatiques sont analogues, la Colchide, l'actuelle Géorgie : décrivant la construction d'un édifice en bois, l'auteur indique, pour la couverture, un système qui est tout à fait celui que nous venons d'évoquer[29] ; et la tradition s'en est, en ces contrées, conservée à travers les âges dans l'architecture populaire, comme de nombreux exemples le montrent encore de nos jours à Tbilisi (Tiflis) et sur une assez large aire géographique de la Géorgie à l'Ossétie du Sud et à l'Arménie : pour revenir à la Bulgarie, les maisons construites au XIXe siècle dans l'ancienne Plovdiv présentent encore des plafonds de bois à deux ou trois niveaux d'emboîtements. Mais il est permis aussi d'imaginer que, simultanément ou même antérieurement par rapport à l'architecture de bois, l'architecture de pierre a pu d'elle-même mettre au point ce procédé en partant non pas de poutres mais de dalles épaisses placées en diagonale sur les angles d'une pièce : l'exemple de la tombe de Praesos pourrait représenter une manifestation primitive de cette technique, dont il faut reconnaître que c'est celle qu'on rencontre dans les exemples anciens de la Thrace (et dans l'ensemble des exemples “ galates ”), alors que nos témoignages directs sur la construction à poutres (du moins ceux qui nous ont été conservés) sont plus récents.

Dans ces conditions, on peut se demander si cette manière de construire des couvertures, qu'il s'agisse de bois ou de pierre, de poutres ou de dalles en oblique, qui était parfaitement bien connue dès les débuts de l'époque hellénistique dans une région voisine de la Macédoine, et avec laquelle les Macédoniens entretenaient bien des contacts[30] n'aurait pas été mise à profit, par des architectes macédoniens de cette époque hellénistique, pour réaliser un type de charpente en bois permettant de couvrir des surfaces de dimensions exceptionnelles. On sait en effet que l'aile Ouest du palais de Vergina comportait trois pièces[31] à peu près carrées, de 16,74 x 17,66 ni de côté, c'est-à-dire d'une surface atteignant à peu près 300 m2 ; or, ces salles étaient couvertes (car on a retrouvé sur leur sol la couche de tuiles provenant de l'effondrement du toit) et pourtant aucune trace de support intermédiaire n'est décelable sur le sol, fait de plaquettes de marbre[32]. Il faut donc bien admettre qu'ici les charpentiers macédoniens avaient réalisé une charpente d'une hardiesse exceptionnelle : car les bois utilisés dans la charpente grecque ne semblent pas avoir jamais atteint la longueur nécessaire pour couvrir de telles surfaces, en tout cas avant l'invention de la ferme dont il n'est guère possible d'imaginer l'emploi, même en Macédoine, vers la fin du IVe siècle av. J.-C., date à laquelle on tend maintenant à placer la construction de ce palais[33]. Les textes épigraphiques mentionnent, exceptionnellement, des bois longs de 18 coudées, soit 8,82 m[34] ; et, dans la réalité de la construction avant l'invention de la ferme, on ne trouve guère des portées dépassant les 10 m[35] ; même les architectes macédoniens qui à Délos ont réalisé la couverture du portique de Philippe V, vers 210 avant notre ère[36], n'avaient pas à franchir sans support intermédiaire une largeur supérieure à 8,90 m, portée déjà considérée comme exceptionnelle : les encastrements dans les murs montrent que ces poutres avaient, pour une hauteur de 0,67 m, une largeur de 0,90 m, à moins qu'il ne faille penser à deux poutres conjointes de 0,45 m chacune. Même après la mise au point de la charpente à ferme, au bouleuterion. de Priène dans son premier état, vers 200 av. J.-C., une portée de 14,50 m semble avoir posé des problèmes suffisamment sérieux pour imposer un remaniement du plan qui l'a ramenée à l0,50 m[37] : et les charpentiers macédoniens ont probablement réussi leur chef-d'œuvre au Hiéron de Samothrace, où la portée libre était de 10,72 m – avec selon toute vraisemblance l'emploi de la ferme[38]. C'est dire que, quand se construit le palais de Vergina vers la fin du IVe siècle, il n'est guère possible d'imaginer une charpente franchissant sans support intermédiaire un espace de 17 m[39].

Dès lors, pour le problème posé par la couverture des trois pièces de Vergina, la voûte “ galate ” pouvait suggérer aux charpentiers une solution commode, avec des poutres réunissant, à un premier niveau, le milieu de deux côtés conjoints, ce qui impliquerait des pièces d'une douzaine de mètres environ, ce premier ensemble supportant à son tour un nouveau carré emboîté, etc.; si on estime que la portée des premières poutres diagonales est encore trop forte, on peut imaginer qu'elles dessinaient avec les murs un octogone, au lieu d'un carré, et dans ce cas leur longueur se serait réduite d'autant plus que la diagonale aurait été rapprochée de l'angle de la pièce, et ainsi ramenée à une échelle de dimensions dont nous savons que les charpentiers macédoniens pouvaient effectivement les réaliser[40]. On remarquera aussi que la disposition proposée aurait permis éventuellement d'installer, sur un carré emboîté parallèlement aux côtés du carré originel, un lanterneau en matériaux légers, qui aurait été bien utile pour l'aération et l'éclairage de salles de dimensions aussi considérables[41], dont les parois Nord et Sud au moins ne pouvaient recevoir de fenêtres : il est caractéristique qu'une hypothèse du même type ait été récemment proposée pour la couverture d'un bâtiment de Thasos, construit très probablement sous l'influence macédonienne, la “ salle hypostyle ” dont l'étude a été récemment reprise[42].

Mais ces “ voûtes galates ” que nous proposons ainsi, d'une manière purement hypothétique, de restituer au palais de Vergina y auraient-elles constitué un simple couvrement, ou une couverture[43]? En d'autres termes, peut-on imaginer que chacun des plafonds pyramidants, comme celui que donne naturellement cette technique, était couvert par un toit en pavillon ? On devrait en chercher une confirmation matérielle dans les résultats de la fouille, en étudiant plus particulièrement les tuiles trouvées dans les trois salles en question, c'est-à-dire en cherchant à y retrouver des éléments appartenant à des tuiles d'arêtier, avec des couvre-joints d'arêtier, ou “ tuiles cornières ” distinctes des couvre-joints faîtiers[44]. Le problème pourrait éventuellement être résolu, le jour où sera enfin reprise l'étude, en vue d'une publication si attendue, d'un bâtiment si important.

Il est en tout cas une autre indication encore qui tendrait à prouver que les Macédoniens de la fin du IVe siècle connaissaient effectivement la voûte galate. Il arrive, on le sait, que les décors des sols, essentiellement les mosaïques, soient comme un reflet d'un décor de plafond[45]. Or, dans l'autre capitale de la Macédoine, à Pella, à la maison dite “ Maison de Dionysos ”, la pièce A, qui constituait la vaste antichambre d'une salle à manger, est ornée d'un sol de galets[46] avec, à partir du carré que dessinent les murs de la pièce, un décor bichrome de six carrés emboîtés, alternativement sur la pointe et parallèles aux parois (fig. 4, avec un niveau supplémentaire par rapport au schéma fig. 1 e). La composition de ce pavement, avec un décor couvrant toute la surface et sans bordure le long des murs, est d'un type rare, et on a pu montrer qu'elle s'explique par l'imitation d'autres techniques[47] ; quant au motif lui-même des carrés emboîtés, qui est dans la mosaïque tout à fait exceptionnel[48], on voit bien qu'il constitue comme une projection sur le sol d'une voûte galate. On rappellera que, au Mausolée de Mylasa dont il a été question plus haut, le pavement de l'édicule couvert par la voûte galate, tel qu'on peut le restituer à partir des traces qu'il a laissées sur la partie inférieure de sa surface, reproduisait l'octogone du plafond. Cela ne veut pas dire, bien évidemment, qu'à Pella la pièce A était nécessairement couverte par une voûte galate; mais nous sommes au moins conduits à admettre que la Macédoine connaissait suffisamment bien ce type de couverture pour en faire un décor de sol, et donc pouvait, en cas de besoin, le mettre en pratique.

C'est pourquoi nous croyons être en droit de proposer l'hypothèse que, dans certains cas exceptionnels tout au moins comme pour les trois pièces du palais de Vergina dont il a été question, les charpentiers macédoniens réalisaient la couverture en utilisant un système inspiré par la voûte “ galate ”. Il ne s'agit, pour le moment, que d'une hypothèse; sa vraisemblance se fonde sur des raisons négatives, l'absence de toute autre solution raisonnable au problème posé, et sur des raisons positives, la pratique bien attestée du système dans des contrées avec lesquelles la Macédoine entretenait des relations étroites, sa commodité, et l'assurance, à partir d'un motif de mosaïque de Pella, qu'il y était effectivement bien connu. Mais la présence de toits en pavillon au-dessus de plafonds en “ voûte galate” ne pourrait être prouvée que par l'étude des tuiles découvertes dans la fouille.

René GINOUVÈS, Anne-Marie GUIMIER-SORBETS
Centre de Recherche Archéologie et Systèmes d'Information,
Université de Paris X, CNRS.

* Les auteurs remercient chaleureusement, pour leur science et leur amitié, ceux qui, à des titres divers, les ont aidés : M.-F. Billot, P. Bernard, J. des Courtils, J.-L. Huot, Y. Morizot, 0. Picard, ainsi que le dessinateur de l'Ecole française d'Athènes, N. Sigalas.[ ]
1 Un développement spécial leur est accordé dans A. Orlandos, Les matériaux de construction et la technique architecturale des anciens Grecs, II, Paris 1968, p. 189-194, sous la dénomination “ couverture en plans superposés inscrits dans un carré ”, dénomination qui est trop limitative ; voir déjà A. W. Lawrence, Greek Architecture, Harmondsworth 1957, p. 230-231. L'ouvrage de R. Besenval, Technologie de la voûte dans l’Orient ancien, vol. 1, 2, Paris, 1984, n'accorde pas à cette technique une attention particulière ; mais voir J. Fedak, Monumental Tombs of the Hellenistic Age, Toronto, 1990, p. 170-172.
[2] Il s'agit bien d'une “ voûte ” (et non d'une “ fausse voûte ”), voir R. Ginouvès, Dictionnaire méthodique de l'architecture grecque et romaine, II, 1992, p. 148 et n. 114 ; et aussi ibid., p. 154-155, où le type est donné comme “ voûte à caissons superposés ” : cette dénomination ne se rapporte évidemment pas à la construction en elle-même, mais à l'effet de caissons produit par les évidements emboîtés. La terminologie de ce type de couverture semble poser aussi quelques problèmes dans les diverses langues vivantes : on parle en allemand de Laternen-Decke ou de Laternendach, ce qui n'implique évidemment pas nécessairement la présence d'un “ lanterneau ” ; mais l'allemand utilise aussi Übereckgewölbe, par exemple dans Strzygowski, ci-dessous, n. 16 : l'anglais peut parler de squinched and corbeled primitive dome, ou de bracketing roof slabs, ou de lantern roof, ou de diagonal roof, ou simplement de “ galatian ” corbeled roof, l'italien de copertura a lastre aggettanti poste diagonalmente negli angoli.
[3] Dans l'analyse de ces figures, nous comptons les niveaux d'emboîtements à partir du bas, en appelant 1 la figure de départ.
[4] R. Young, Gordion, aux fouilles et au musée, Ankara, s.d., p. 53 ; et surtout, du même auteur, The Campaign of 1955 at Gordion. Preliminary Report, AJA, 60, 1956, p. 250-252.
[5] Lawrence, op. cit., p. 230-231 ; Orlandos, op. cit., p. 193 -194 ; St. Mitchell, Anatolia, Land, Men, and Gods in Asia Minor, I : The Celts and the Impact of Roman Rule, Oxford, 1993, p. 55-57.
[6] M. Mellink, AJA, 67, 1963, p. 189.
[7] E. Schneider-Equini, La necropoli di Hierapolis di Frigia, Tombe a fossa (Mon. Ant. Miscellanea, I), Rome, 1971, p. 132.
[8] M. Waelkens, Hausähnliche Gräber in Anatolien vom 3. Jhr. v. Chr. bis in die Römerzeit, dans Palast und Hütte, 1982, p. 421-445, ici p. 431.
[9] N. Firatli, Istamb. AMüz. Yil., 13-14, 1966, p. 229 ; J. Mellink, AJA, 71, 1967, p. 173 ; H. Alkin, Anatolica, 2, 1968, p. 39-40, n° 38 ; A. M. Mansel, Belleten, 38, 1974, p. 181-189.
[10] A. M. Mansel, Das Grabmal von Mudanya, dans Atti del 1. Congresso Internazionale di Preistoria e Protoistoria Mediterranea, 1952, p. 472-478. Et encore, pour la tombe de Kutluca Kazisi, une mention dans A. M. Mansel, Belleten, 33, 1969, p. 414.
[11] On a plusieurs fois remarqué, avec raison, que l'impression produite par ces emboîtements de volumes évoquerait plutôt l'art islamique.
[12] Une mention très rapide dans W. B. Dinsmoor, The Architecture of Ancient Greece, Londres, 1950, p. 330 et pl. LXXI ; voir aussi Orlandos, op. cit., 1968, p. 190-193 avec bibliographie antérieure, et les notes suivantes.
[13] C'est la date tardive que donne par exemple E. Akurgal, Civilisations et sites antiques de Turquie, Istanbul, 1986, p. 269 ; et voir aussi H. von Hesberg, Römische Grabbauten, Darmstadt, 1993, p. 120.
[14] Une réalisation beaucoup plus sommaire a été justement attribuée à une “ dérivation de schémas orientaux ” par P. Gros, Hellénisme et romanisation en Gaule narbonnaise, dans Hellenismus in Mittelitalien, I, Göttingen, 1976, p. 303-305 : il s'agit du quadrifrons qui fait l'étage intermédiaire du Mausolée de Glanum, et dont la couverture intérieure suit le schéma de notre fig. 1 a, voir H. Rolland et J. Bruchet, Le Mausolée de Glanum (Gallia suppl. 21), Paris, 1969, p. 36-37, fig. 11, p. 33 et pl. 11 ; Th. Fyfe, Hellenistic Architecture, 1965, p. 55-56, avait déjà évoqué, à propos de Mylasa, la spina du cirque, à Vienne, avec un dispositif analogue.
[15] La restitution de la couverture de la salle centrale, au palais royal de Nisa en Turkménistan, proposée dans R. Ghirsman, Parthes et Sassanides, Paris, 1962, p. 29 et fig. 37, propose cinq niveaux successifs de carrés et carrés sur la pointe : la construction du bâtiment daterait des IIIe-IIe siècles av. J.-C., et l'aménagement de cette salle du Ier siècle de n.è. Malheureusement, cette restitution est totalement hypothétique, comme a bien voulu nous le confirmer P. Bernard.
[16] Voir déjà, dans la littérature ancienne, J. Strzygowski, Die Baukunst der Armenier und Europa, II, Vienne, 1918, p. 622, pour un exemple de Pandrethan, au Cachemire, daté du premier quart du Xe siècle, où l'on constate que, exactement comme à Mylasa, le système utilise non des dalles mais des poutres rejoignant le milieu des carrés emboîtés, quatre pour le premier carré sur la pointe, quatre pour le carré intérieur, supportant des plaques sculptées (fig. 1 b). Et R. A. Stein, Architecture et pensée religieuse en Extrême Orient, dans Arts asiatiques, 4/3, 1957, p. 165-186.
[17] Par ex. Z. Tarzi, L'architecture et le décor rupestre des grottes de Bamiyan, Paris, 1977, p. 86-87.
[18] Strzygowski, op. cit., 1918, montre même, p. 624, fig. 627, l'image d'un plafond de bois de Ming Oei, dans le Turkestan chinois, où ce système de construction a été transposé dans un simple motif décoratif de carrés et carrés sur la pointe emboîtés à six niveaux (fig. 1 e).
[19] On sait qu'Eumène Ier, vers le milieu du IIIe siècle av. J.-C., payait encore tribut aux Galates ; et le Grand Autel de Pergame fut élevé par Eumène II, dans la première moitié du IIe siècle av. n.è., pour commémorer sa victoire sur ces rudes guerriers. L'ampleur de cette présence galate, encore accentuée à ce qu'il semble au IIe siècle av. J.-C., est bien mise en lumière par l'étude de St. Mitchell, 1993 (ci-dessus, n. 5), en particulier, pour la question qui nous occupe ici, p. 54-58.
[20] L'idée en a déjà été exprimée par Young, op. cit., 1956, p. 252 ; Schneider-Equini, l.l., 1972, p. 132.
[21] Voir B. Filow, Die Kuppelgräber von Mezek, Bulletin de lInst. arch. bulgare, 11, 1937, particulièrement p. 79-85 (en bulgare, résumé en allemand p. 114) ; Young, ibid., 1956, p. 252 ; M. Cicikova, Le tombe monumentali tracie, dans Traci, Arte e cultura nelle terre di Bulgaria dalle origini alla tarda romanità, Milan, 1989, p. 50 (avec la dénomination de Valcipol).
[22] M. Cicikova, ibid., p. 49-51 ; L. Botusarova, L. Kolarova, Le tombeau à coupole des environs de Plovdiv, dans Studia in memoriam K Skorpil, 1961, p. 279-289 et 296-297.
[23] Les auteurs de l'article précédent soulignent la présence dans ce tumulus d'une couche funéraire de type macédonien, de fragments de couronne et d'une monnaie de Philippe III, insistent avec raison sur les rapports entre la Thrace et la Macédoine. Cicikova cite encore une antichambre de tombe à Strelca. Un problème particulier est posé par une tombe découverte dans le Tumulus Bolshaja Blinitza (Taman), datant lui aussi du IVe siècle av. J.-C., voir M. Rostovtzeff, Ancient Decorative Wall-Painting, JHS, 39, 1919, p. 144-163, ici p. 149 : en effet la voûte de la chambre apparaît, dans le seul dessin qui en soit conservé, comme comportant une série d'emboîtements, avec, à l'intérieur du carré, un cercle, puis un carré, recouvert par une dalle au soffite de laquelle était peinte une tête de Koré ; mais il n'est guère possible d'imaginer qu'on aurait percé en cercle une dalle couvrant la surface totale de la pièce, et il est plus vraisemblable qu'il s'agit, soit d'une erreur du dessinateur, soit de sa volonté d' “ améliorer ” la réalité ; on devait trouver en fait, au deuxième niveau de ces emboîtements, non pas un cercle mais, une fois de plus, quatre dalles en diagonale dans les angles, supportant celles qui formaient, sous la dalle peinte, le carré suivant.
[24] On cite parfois, dans cette série, la tombe de Kirklareli, mais qui appartient à un système constructif différent car la voûte s'y élève sur un plan circulaire, voir A. M. Mansel, Trakya Kirklareli Kubeli Mezarlari, Thrakya TTKY 6. ser), 1943.
[25] Il s'agit d'une tombe trouvée dans un tumulus à Bélévi, et qui comporte, après un couloir d'accès et avant une salle rectangulaire couverte par des dalles en encorbellement, une salle à peu près carrée couverte par quatre dalles posées en diagonale dans les angles, sous une dalle dont est visible un carré sur la pointe (fig. 1 a) ; elle a été datée du VIe siècle av. J.-C., voir Orlandos, 1968, p. 206, ou du IVe siècle, voir G. E. Bean, Aegean Turkey, An Archaeological Guide, Londres, 1966, p. 183-184 ; en dernier lieu, l'étude de S. Kaspar, Tumulus von Belevi, AA, 1975, p. 223-232, la ramène, pour l'essentiel, à l'époque archaïque. Or, cette construction de type “ galate ” se trouve en dehors de l'aire géographique galate, et appartient à une période même antérieure à celle des tombes thraces dont il vient d'être question ; elle semble bien constituer, en Asie Mineure et à cette période ancienne, un hapax.
[26] Une tombe bien oubliée de Praesos, en Crète, qui avait été utilisée depuis l'époque mycénienne et jusqu'au IVe siècle av. n.è., la tombe B, présente une couverture réalisée par des dalles de pierre disposées en oblique au-dessus des angles, mais à ce qu'il semble (car le bâtiment est fort ruiné) en formant des figures irrégulières qui rappelleraient celles de Karalar C, voir R. C. Bosanquet, Excavations at Praesos I, ABSA, 8, 1901-1902, p. 231-270, ici p. 245-248.
[27] La dérivation par rapport à la construction en bois a été soulignée par Mansel, op. cit., 1(52, p. 478, par Orlandos, ibid., 1968, p. 193 et par bien d'autres.
[28] Ci-dessus, n. 16.
[29] Vitruve, II, 1, 4 : la dernière phrase, commençant par Item tecta..., évoque l'emploi de feuillages et de boue pour remplir les intervalles de cette structure de bois, qui réalise des testudinata turrium tecta.
[30] Ce n'est évidemment pas aux Galates eux-mêmes qu'il faudrait accorder le bénéfice de l'introduction de la technique en Macédoine ; car, s'ils ont à plusieurs reprises parcouru ce pays, c'est plutôt, à ce qu'il semble, pour y apporter la destruction. Les rapports entre Macédoine et Thrace étaient d'une autre nature, en particulier dans le domaine culturel, ci-dessus, n. 23.
[31] Elles sont appelées M. 1, M. 2, M 3 sur le plan donné par M. Andronicos, Ch. Makaronas, N. Moutsopoulos, G. Bakalakis, , Athènes, 1961, pl. 1, repris dans la restitution de J. Travlos dans M. Andronicos, Bergivna, , Athènes, 1984, p. 43, et, en dernier lieu, R. Ginouvès et al., La Macédoine de Philippe II à la conquête romaine, Paris, CNRS, 1993, p. 85, fig. 70.
[32] Andronicos..., op. cit., 1961, p. 24-25, pl. XV, 1 et 2.
[33] Ginouvès et al, ibid., 1993, p. 87. Pour la diffusion en Grèce de la charpente à ferme, cf. la position nuancée de J. J. Coulton, The Architectural Development of the Creek Stoa, Oxford, 1976, p. 153-154.
[34] Orlandos, op. cit., 1966, p. 21 ; et R. Martin, Manuel d'Architecture grecque, Paris, 1965, p. 22-24.
[35] Pour les cellas de temples, en tout cas, il suffit de consulter la table donnée par A. Trevor Hodge, the Woodwork of Greek Roofs, Cambrige, 1960, p. 39, pour constater que la portée libre au Parthénon, soit 11,05 m, était exceptionnelle en Grèce propre, suivie par celle du temple de Zeus à Olympie, 8,52 m ; la Grande Grèce et la Sicile proposaient des exemples plus impressionnants, mais n'atteignant les 12,50 m qu'à l'Olympieion d'Agrigente, dont la couverture n'est pas sans poser des interrogations.
[36] Vallois, Exploration archéologique de Délos, VII : Le portique de Philippe, Paris, 1923, p. 58 ; et R. Ginouvès et al., op. cit., 1993, p. 198-200.
[37] Quant au bouleuterion de Milet, pour lequel on a évoqué une portée de 15 m, l'emplacement des supports intermédiaires arrière est loin d'être assuré, voir H. Knackfuss, Milet, II : Das Rathaus von Milet, Berlin, 1908, p. 53-55 ; et il faut attendre longtemps ensuite pour que soit imaginable la portée de 25 m que l'on trouve à l'Odéon d'Agrippa à Athènes, et qui implique obligatoirement l'emploi de la ferme, voir H. Thompson, The Odeion at the Athenian Agora, Hesperia, 19, 1950, p. 31-141, ici p. 55. Les charpentes de ce type de bâtiments sont restituées en dernier lieu, G. C. Izenour, Roofed Theaters of Classical Antiquity, New Haven, Londres, 1992, p. 42-62 et table p. 160 – ouvrage qu'on utilisera avec beaucoup de précautions.
[38] Voir la discussion dans Ph. W. Lehmann, Samothrace, III, 1, p. 78 et p. 199-200. Etudiant l'admirable charpente de la tholos de Samothrace, dans J. MacCredie, G. Roux, St. Shaw, H. Kurtich, Samothrace, VII : The Rotonda of Arsinoé, Princeton, 1992, G. Roux insiste avec raison, p. 166, n. 135, sur le savoir-faire des Macédoniens aussi dans le domaine de la charpenterie marine, avec la construction de navires géants.
[39] Dans son excellente étude sur les tuiles du palais de Vergina, D. Pandermalis, Die Dachziegel des Palastes von Vergina (en grec), dans AMETOS, 1987, p. 579-605, propose, fig. 16 et 17, une reconstitution des toitures qui recouvre la totalité de l'aile ouest (sauf évidemment la colonnade de la cour) par un toit à double pente : on aurait donc ici, à partir du second mur transversal marquant au Sud le début de la série de pièces Ml-M3 une charpente unitaire de 17 m. de large avec près de 89 m de long, dont on imagine mal comment elle aurait pu être réalisée.
[40] Le texte de Andronicos..., op. cit., 1961, indique, p. 25, que dans la couche de tuiles tombées au-dessus du pavement se trouvaient un très grand nombre de clous de fer de dimensions variées, qui ont fait supposer aux fouilleurs l'existence non seulement d'un toit, mais aussi d'un plafond de bois.
[41] On peut imaginer un tel lanterneau à l'un ou à l'autre des divers niveaux d'emboîtements des carrés. La combinaison du plafond “ galate ” en bois avec le lanterneau est bien marquée dans l'architecture populaire, jusqu'au début de notre siècle, voir déjà Strzygowski, op. cit., 1918, p. 622 avec l'exemple d'une maison de Miragram, et Mansel, op. cit., 1952, p. 478, avec l'exemple d'une maison d'Erzerun.
[42] Par J. des Courtils dans le cadre de son grand travail sur l'architecture thasienne ; nous remercions ce chercheur pour les renseignements qu'il nous a communiqués sur ce bâtiment, et pour l'autorisation qu'il nous a accordée de mentionner ici son hypothèse sur la couverture du lanterneau.
[43] Voir pour la distinction entre les deux notions, Ginouvès, 1992 (ci-dessus, n. 2), p. 133.
[44] Dans l'article cité supra, ri. 39, D. Pandermalis a bien décrit un système de couverture de type corinthien, avec des éléments appartenant à un fronton, et aussi des éléments de noue. Mais il ne semble pas qu'on ait jamais accordé une attention particulière aux éléments trouvés dans les pièces MI -M3.
[45] A. Barbet, A.-M.Guimier-Sorbets, “ Le motif de caissons dans la mosaïque du IVe siècle av. J.-C. à la fin de la République romaine : ses rapport avec l'architecture, le stuc et la peinture ”, Communication au IVe Colloque international pour l'Etude de la Mosaïque antique, Trèves, août 1984, La Mosaïque gréco-romaine, IV, Paris, 1994, p.2337, pl. 1-IX.
[46] Ch. Makaronas, E. Giouri, , Athènes, 1989, p. 133, 182, fig. 138 ; A.-M. Guimier-Sorbets, dans Ginouvès et al.,1994, fig. 78, 79, 80, 114 et p. 129.
[47] A.-M. Guimier-Sorbets, Mosaïques et dallages dans le monde grec aux époques classique et hellénistique, communication au Ve Colloque international pour l'Etude de la Mosaïque antique, Bath, septembre 1987, JRA, Suppl. 9 (P. Johnson, R. Ling, D. Smith éd.), 1994, p. 13-25 : elle proposait d'y reconnaître une imitation d'opus sectile, transposé à grande échelle ; cette hypothèse avait suscité une discussion dont on trouve l'écho dans cette publication. A l'heure actuelle, A.-M. G.-S. préfère, pour la mosaïque de la pièce A à Pella, l'interprétation qui la fait dériver de la voûte galate, tout en maintenant sa théorie pour les autres schémas de composition de pavements.
[48] Un second exemple, plus tardif, vient d'être apporté récemment par la fouille d'un bâtiment à Chalcis, voir E. Sapouna-Sakellaraki, Deltion, 42, 1987, p. 208-209 : une mosaïque de galets présente un emboîtement de cinq figures, rectangles et losanges.

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© Archéologie et systèmes d'information, UMR 7041 ArScAn. Hommage à René Ginouvès (en ligne), 2003 (consulté le ...) <www.mae.u-paris10.fr/ginouves/index.html>