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René Ginouvès
"Une salle de bains hellénistique à Delphes"
Bulletin de Correspondance Hellénique 76, 1952, p. 541-561.

Les fouilles que M. Jean Bousquet a conduites à Delphes, au mois de mai 1951, à l'est du sanctuaire d'Apollon et au niveau des Thermes romains, ont dégagé un ensemble extrêmement complexe qui sera étudié ailleurs[1]. On voudrait simplement signaler ici un dispositif remarquable situé à l'extrémité nord-est de cet ensemble[2].

Il s'agit d'une petite salle de bains, qui mesure 2 m. 30 d'est en ouest, et 2 m. 50 du nord au sud (fig.1). Les murs en sont conservés inégalement : à l'ouest (A sur le plan) sur 0 m. 40 de hauteur, mais au nord (B sur le plan) sur 1 m. 50, car il s'agit ici d'un mur de soutènement, formé de gros blocs irréguliers liés au mortier de terre. Le mur est (C sur le plan), conservé jusqu'à .0 m. 50 environ du sol, semble assez large : peut-être s'agit-il d'un massif de maçonnerie destiné à supporter un dispositif quelconque[3]. Le mur sud, enfin, comporte, outre un arrangement dont il sera question plus loin, l'entrée de la pièce (D), large de 0 m. 68 et munie d'un seuil en pierre qui recevait une porte[4].

Ces murs sont revêtus d'un enduit rose-orangé assez friable, conservé, sur le mur nord, par endroits, jusqu'à une hauteur de 1 m. 50. A la partie inférieure, le raccord entre le mur et le sol se fait par un bourrelet convexe, large de 0 m. 045 et haut de 0 m. 07 environ. Il est protégé par le même enduit que les murs, et le passage se fait aussi sans solution de continuité du bourrelet au sol ; mais là, on a mêlé au mortier de petits cailloux dont, les dimensions n'excèdent pas 1 centimètre de côté. Clairsemés près des murs, ces cailloux deviennent de plus en plus nombreux vers le centre, jusqu'à former à l'est de la baignoire une sorte de mosaïque. Ce sol est en pente vers l'angle sud-est de la pièce[5], jusqu'à un émissaire constitué par une bouche circulaire de 0 ni. 06 de diamètre, située à 0 m. 04 au nord du seuil, exactement dans l'axe (fig.2). Cet orifice s'enfonce verticalement et à 0 m. 23 au-dessous du sol, il rencontre un tuyau horizontal qui passe sous le seuil[6]. Ce trou d'évacuation, ainsi que le bourrelet qui unit le sol aux parois, sont caractéristiques d'une installation hydraulique.

En effet, l'angle sud-ouest de la pièce est occupé par une baignoire du type hellénistique courant (fig. 2). Il s'agit d'une cuve bâtie, dont les rebords légèrement cintrés s'inscriraient dans un trapèze long, d'est en ouest, de 0 m. 99, et large, à l’ouest, de 0 m. 50, à l'est, de 0 m. 38 (ces dimensions s'entendent pour l'intérieur de la cuve). La paroi, qui mesure en gros 0 m. 10 de large au nord et à l'est, dépasse le sol de la salle de 0 m. 10 environ à l'est, au moins dans l'état actuel[7] ; cette hauteur décroit légèrement vers l'ouest, à cause de la pente du sol. Le raccord entre les parois et le sol de la salle se fait, ici encore, par un petit bourrelet. Le fond de la cuve est constitué par une plaque de béton de tuileaux rouge très dur, auquel on a mêlé de nombreux petits cailloux : il est en pente de l'ouest vers l'est : là, il est à 0 m. 15 du rebord supérieur de la paroi latérale, ici, à 0 m. 25[8]. Dans la partie la plus basse, c'est-à-dire à l'est, une cavité a été ménagée dans le sol de béton, et on y a placé une sorte de bol hémisphérique, en pierre calcaire grise, très dure et très soigneusement polie. Le diamètre en est de 0 m. 25 intérieurement, et l'épaisseur du rebord, de 0 m. 019. Sa plus grande profondeur est de 0 m. 09.

Tous les angles saillants sont biseautés[9], afin que le contact n'en soit, pas trop rude au baigneur qui s'asseyait, dans la cuve, le dos au mur et les jambes légèrement repliées. On versait sur lui l'eau du bain, et il pouvait encore utiliser le liquide qui se rassemblait dans la partie inférieure, en particulier dans le bol hémisphérique. Après le bain, on évacuait l'eau usée, simplement en la faisant passer sur le sol de la pièce, dont la pente l'entrainait vers l'égout. Les dernières gouttes se rassemblaient dans le bol hémisphérique, où elles pouvaient être puisées plus facilement[10]. Cette interprétation[11] fait ressortir le caractère très particulier de ces baignoires par rapport à celles de nos contemporains. Les Grecs de l'époque hellénistique distinguaient beaucoup plus nettement que nous le “ bain de propreté ” du “ bain de délassement ”. Le second implique que le corps est plus ou moins étendu, et entièrement recouvert d'eau : il fut d'abord considéré comme un luxe : à preuve, la réputation des Sybarites qui, les premiers, auraient utilisé des baignoires où l'on pouvait s'allonger[12]. Mais à l’époque hellénistique on pouvait le pratiquer soit dans de grandes cuves, soit même dans des baignoires couvertes, du type de nos “ sabots ” du XVIIIe siècle, et dont on connaît un exemplaire à Théra et un autre à Agrigente[13]. Le “ bain de propreté ”, au contraire, n'exige pas que le baigneur soit allongé : – la position accroupie permet d'atteindre plus facilement toutes les parties du corps. Il n'implique pas non plus qu'il est complètement immergé : il est plus hygiénique de répandre sur le corps (ou de faire verser par un serviteur) une eau toujours renouvelée. De là les caractères des “ baignoires ” du type de celle de Delphes, où l'on pratiquait, non pas un “ bain de siège ” ou un “ bain de pieds ”, comme on l'a dit, mais bien un lavage complet. Nos contemporains, eux, confondent le “ bain de propreté ” et le “ bain de délassement ”[14], si bien qu'ils acceptent de laver telle partie de leur corps avec une eau qu'ils ont déjà utilisée pour en nettoyer une autre. et qu'ensuite ils se reposent dans un bain complètement souillé[15].

Mais on ne devait pas utiliser la cuve dé Delphes autrement que les nombreux exemplaires du même type, qu'on rencontre dans toutes les régions du monde grec. L'intérêt spécial de la trouvaille récente tient à deux faits plus particuliers : d'abord, une transformation qu'a subie la baignoire. et qui suggère une évolution dans l'art de se laver; ensuite le dispositif de chauffage, qui est ici pour la première fois nettement reconnaissable.

Sur la datation d'ensemble de l'installation, peu de doutes semblent possibles. Notre baignoire se rattache à de nombreux documents connus dans le monde grec[16], qui ont été généralement datés de l'époque hellénistique. Les dimensions, d'abord, concordent dans l'ensemble : partout les cuves ont environ 1 mètre de long et 0 m. 50 de large[17]. Leur plan peut différer légèrement, mais le plus souvent on a donné plus de largeur à l'arrière qu'à l'avant, pour qu'elles soient mieux adaptées à la forme du corps humain assis[18]. La profondeur de la cuve n'est jamais très grande, et reste assez proche des mesures de Delphes[19]. Les dimensions du bol hémisphérique, qu'on rencontre toujours[20], sont aussi comparables[21]. La seule particularité notable de la cuve de Delphes est qu'il y manque comme dans d'autres sites d'ailleurs, le siège qu'on rencontre à l'arrière de la plupart des exemplaires connus[22]. Mais je ne vois pas qu'il faille établir une différence chronologique bien nette entre les deux séries de documents[23], qui, à deux exceptions près, appartiennent à la période hellénistique[24]. On peut donc placer la cuve de Delphes, elle aussi, aux environs du IIIe ou du IIe siècle avant notre ère.

Mais la construction en présente des particularités intéressantes. On peut distinguer, à ce point de vue, deux séries parmi les exemplaires qui nous sont parvenus : les uns sont en argile cuite, donc transportables dans une certaine mesure, les autres sont bâtis[25], et c'est à cette dernière catégorie que se rattache la baignoire de Delphes. Cette technique serait déjà, à ce qu'il semble, caractéristique d'une époque assez avancée : les baignoires d'Olynthe sont portatives et, par là, se rattachent à celles qu'on connaissait à l'époque d'Aristophane[26], et même beaucoup plus tôt[27]. Mais, à mesure que se généralisait l'emploi de la brique cuite et du ciment, on dut préférer même dans les maisons les cuves bâties, qui n'avaient pas la même fragilité excessive.

Or, une transformation qu'a subie la cuve de Delphes semble confirmer cette évolution : le fond en avait été brisé, pendant la fouille, près du bol hémisphérique, et, en retirant un fragment de la dalle de béton qui la constitue, on put constater qu'elle recouvrait un deuxième fond, de terre cuite celui-ci (fig.3).

La dalle de béton butait simplement à angle droit, sans liaison intime, contre la partie inférieure de la paroi nord de la cuve, qui se raccorde au contraire par une courbe douce au fond de terre cuite. Il s'agit donc d'une réparation qui a surélevé le fond primitif. Mais quelle en fut la raison ? On constate que le rebord de la cuvette hémisphérique en pierres dépasse de plusieurs centimètres le niveau du fond inférieur, si bien qu'elle ne peut appartenir au premier état : et il parut d'abord que la fragilité d'une première cuvette hémisphérique, en terre cuite, aurait été la cause de la réparation : car on connaît, à Olynthe, à Mycènes, plusieurs cas où cette partie de la baignoire, plus faible qu'une autre (car elle constituait une saillie), et peut-être plus maltraitée (du fait qu'on y puisait les dernières gouttes) a été réparée avec des moyens plus ou moins grossiers[28]. A Delphes, on aurait remplacé la cuvette de terre cuite par une cuvette de pierre : une modification toute semblable a été effectuée à Gortys, où plusieurs des baignoires de la rotonde ont reçu un bol de pierre dure à la place de leur bol primitif de terre cuite[29] – et ces bols de pierre sont en tout point semblables à celui qu'on a utilisé à Delphes ; mêmes dimensions, même pierre parfaitement polie[30]. Mais comme la cuvette de pierre, à Delphes, dépassait le fond primitif, il aurait fallu surélever celui-ci au moyen de la dalle de béton.

Mais une objection s'opposait à cette interprétation : pourquoi n'aurait-on pas enfoncé la cuvette de pierre un peu plus profondément, de manière à ce qu'elle soit au niveau du fond de terre cuite, comme c'est le cas à Gortys. Le dégagement du côté sud de la cuve montra qu'en réalité la transformation avait été plus complexe. Il apparut en effet que la cuve avait, de ce côté, une paroi en terre cuite épaisse de 2 cm. 8, – tandis qu'au nord la paroi est large de 0 m. 10 et constituée par des briques posées à plat et recouvertes d'un béton de tuileaux. Mais cette dualité n'est qu'apparente : car les briques forment seulement la partie la plus haute de la paroi nord : sept centimètres plus bas en moyenne, une ligne sinueuse marque la limite supérieure de la paroi de terre cuite, qui fait retour à l'est et à l'ouest. Une fouille plus complète, en dégageant le dessous de la baignoire, a expliqué ces particularités (fig.4) : on a utilisé, pour construire la cuve hellénistique, une baignoire plus ancienne dont des fragments importants nous ont été ainsi conservés (fig.5).

La dalle de béton, dont la face supérieure est oblique (hachures verticales sur la coupe), a été coulée sur le fond de l'ancienne cuve (en blanc sur la coupe), horizontal (car il se raccorde à angle droit avec les parois est et ouest). Mais ce fond avait été brisé, et pour éviter que le mortier ne s'échappe en trop grande quantité pendant la construction, on fit chevaucher l'un des fragments sur l'autre. Quant aux parois, dont le sommet aussi avait dû subir des dommages, on les compléta, au nord et à l'est, par des briques maçonnées, – comme dans un cas à Olynthe[31] –, ce qui rendait fixe l'installation ; pour les parois sud et ouest, nous le verrons, le problème était différent. Enfin, aucun indice ne permet de supposer que la cuve ait possédé un bol hémisphérique : et la faible épaisseur du fond (2 centimètres) rend cette hypothèse improbable.

Ainsi, sous la cuve hellénistique bâtie, à fond incliné, et à cuvette hémisphérique, nous en trouvons une autre, en terre cuite, à fond plat, et sans cuvette. Ses dimensions étaient sensiblement les mêmes que celles de la cuve hellénistique ; peut-être avait-elle quelques centimètres de plus
d'est en ouest. Sa hauteur était partout supérieure à 25 centimètres, ce qui la distingue encore des cuves de type hellénistique, en général sensiblement plus basses à l'avant[32]. Comment dater ce nouveau document ? D'une part, le sol dans lequel il était enfoui contenait un grand nombre de tessons de céramique attique, datant tous du Ve siècle. D'autre part, cette cuve semble légèrement antérieure aux cuves d'Olynthe, plus perfectionnées : car l'évacuation de l'eau y est facilitée par l'existence de la cuvette hémisphérique, l'inclinaison du fond, et la hauteur moins grande du rebord antérieur. On pourrait trouver, d'un autre côté, un terminus post quem dans une petite terre cuite qui représente un personnage assis dans une baignoire :

Vu dans une collection particulière, provenance inconnue : longueur: 0 ni. 134; largeur au dos : 0 m 079, aux pieds : 0 m. 077 ; hauteur de la baignoire : m. 039; épaisseur des parois : 4 m/m 7 à 4 m/m 2. Argile rosâtre. Pas de trace d'engobe ni de couleur (fig. 6 et 7).

On peut restituer les dimensions réelles de la baignoire représentée d'après la position du personnage : il est assis, les jambes repliées dans une attitude qui exige une cuve de 1 mètre environ – longueur de l'exemplaire de Delphes ; ses bras reposent sur les rebords, qui doivent être à 0 m. 28 du sol environ : or, à Delphes, les parois de terre cuite sont conservées sur une hauteur de 0 m. 25 : on peut penser qu'elles avaient quelques centimètres de plus, et même qu'elles se terminaient peut-être par un “ repose-bras ” débordant, comme sur la petite terre culte. Il semble cependant que la cuve de Delphes est postérieure à ce document : car celui-ci nous présente un fond arrondi, ce qui devait faciliter l'évacuation de l'eau, mais aussi augmenter la fragilité de la cuve, et surtout exiger un dispositif spécial qui la fixe pendant l'utilisation ; le fond plat de la cuve de Delphes nous ramène plutôt vers Olynthe. Comme la figurine date apparemment du Ve siècle (le caractère lâche du style, s'il donne beaucoup de saveur au morceau, ne favorise guère une datation précise), la cuve de Delphes serait de la fin du Ve ou du début du IVe, dates que ne contredisent pas les tessons trouvés tout autour. De nouveaux documents du même type permettront peut-être un jour de dater celui-ci d'une manière moins théorique. Ce qui apparaît dès maintenant, c'est qu'avant l'époque hellénistique la dissociation des deux fonctions du bain, le plus souvent, n'était pas parfaitement réalisée : dans la première cuve de Delphes, comme dans la petite terre cuite, comme dans les documents de l'époque archaïque[33], le corps baigne davantage dans l'eau[34], mais la position repliée des jambes interdit de penser à un “ bain de délassement ”. A l'époque hellénistique au contraire, on invente des formes plus commodes pour le bain de repos, et, dans les cuves destinées au seul nettoyage, un siège ou la pente du fond éloignent le plus possible le corps du baigneur de l’endroit où se rassemble l'eau salie.

Le mur sud de la salle de bains n'est pas plein, à l'ouest du seuil d'entrée : il est constitué par deux montants de pierre (E et F sur le plan), l'un contigu au seuil, l'autre au mur ouest de la salle, qui laissent entre eux un intervalle de 0 m. 67. Ce sont des blocs de calcaire, dressés, de section grossièrement rectangulaire[35]. Leur surface supérieure, qui a été aplanie (fig.2) est à 0 m. 30 au-dessus du seuil, mais à 0 m. 64 au-dessus des dalles qui complètent le dispositif au sud.

En effet, le passage réservé entre ces deux montants de pierre mettait la salle de bains en communication avec une fosse creusée dans le sol de la pièce située immédiatement au sud (G sur les fig. 1 et 8), et que les découvertes qu'on y a faites désignent comme un foyer. Il s'agit d'une cavité presque carrée[36], bordée de tous côtés, sauf au nord, par des plaques de calcaire. Ces dalles, larges en gros de 0 m. 38 et épaisses de 0 m. 20, sont taillées grossièrement sur leur bord extérieur (le bord est de la dalle sud n'est pas dans l'alignement du bord est de la dalle est), mais vers la fosse au contraire elles sont soigneusement dressées, et comportent un rebord de 0 m. 09[37]. Au-dessous de ces dalles, les rebords de la fosse sont simplement constitués par le front de terre. Il n'y a pas de fond cimenté ni en pierre (preuve de plus que le dispositif n'était pas destiné à contenir de l'eau), mais, à 0 m. 45 au-dessous du niveau des dalles, on rencontre un sol dur de terre battue (fig. 8).

Toute cette fosse était remplie, au moment de la découverte, de cendres et de débris de charbon. Il est certain qu'elle constituait un foyer, en relation directe avec la baignoire voisine. Mais il semble aussi qu'elle n'était pas destinée uniquement au chauffage de l'eau du bain. Si l'on restitue au-dessus le chaudron plein d'eau, il aurait suffi d'un trou ou de deux dans le mur pour faire passer les canalisations vers la baignoire : la large ouverture entre les montants de pierre n'aurait plus aucune justification. Enfin il faut tenir compte de l'espace assez important réservé, dans la salle de bains même, entre la baignoire et l'extrémité sud de la pièce : car le rebord est de la baignoire, au lieu de se rabattre vers l'ouest, au sud comme au nord, s'infléchit là vers le sud-est de manière à rejoindre le montant de pierre contigu au seuil (cf. fig. 1, 2, 9). Il semble donc que le rôle du foyer était plus complexe : d'une part, il devait servir normalement à la cuisson des aliments et au chauffage de toute une partie de la maison, dans une salle qui pouvait être la cuisine[38] : on retrouve d’ailleurs des documents comparables dans plusieurs sites du monde grec, où ils jouaient le rôle de foyers de cuisine[39]. D'autre part, il était employé pour le chauffage de la salle de bains : le “ chauffe-eau ” devait se trouver immédiatement au nord de l'ouverture, c'est-à-dire dans l'espace libre au sud de la cuve, – là où le baigneur pouvait l'utiliser le plus facilement. Son chauffage était réalisé
par la flamme et les gaz chauds du foyer, qui passaient entre les montants de pierre, s'élevaient jusqu'au niveau de la baignoire par une sorte d'escalier en brique cuite (P sur les fig. 1 et 8), et la longeaient par le sud : la présence de cendres et de débris de charbon confirme ce trajet, que le plan déjà suggère. Enfin, la fumée devait être évacuée par un conduit situé derrière la baignoire : remarquons en effet que, là où le conduit de chaleur longe la baignoire, on n'a pas complété la paroi de terre cuite de la cuve la plus ancienne par une murette de briques posées à plat: c'est le cas pour la paroi sud, mais aussi pour la paroi ouest; de plus, alors que le mur ouest de la salle de bains est constitué par des moellons irréguliers, il aboutit, derrière la baignoire, à un bloc soigneusement dressé sur ses faces est et sud[40], qui a dû jouer quelque rôle dans le dispositif d'évacuation de la fumée (fig.9). Mais la partie sud du mur est trop démolie pour qu'on puisse déterminer les dimensions du conduit.

Peu de dispositifs de chauffage de bains étaient connus jusqu'à présent dans le monde grec. C'est à Olynthe surtout qu'on les a cherchés, – a cause de l'habituelle proximité de la cuisine et de la salle de bains[41]. mais rien de bien clair n'est apparu[42]. Dans la Mycènes hellénistique, on a cru trouver l'emplacement du chauffage d'un bain dans un réduit approximativement carré réservé dans un angle de la salle[43], mais comme aucune trace d'un arrangement quelconque n'a subsisté, il ne s'agit que d'une hypothèse. A Gortys d'Arcadie, une fosse dont le dégagement ne sera terminé que cette année paraît correspondre au grand foyer nécessaire aux neuf baignoires de la rotonde, selon un arrangement qui apparaît encore en Sicile, à Syracuse, dans un bâtiment sur l'interprétation duquel les fouilleurs ont hésité[44], mais qui est, on le montrera prochainement, un établissement de bains du type à double rotonde, si fréquent dans l'Égypte ptolémaïque, et connu en Grèce à Oeniadae, à Érétrie et à Éleusis[45]. Mais il s'agit là d'édifices publics, comme aussi le bain III d'Olympie, où le dispositif de chauffage peut être assez facilement restitué[46]. Le seul dispositif de chauffage d'un bain privé qu'on connaisse vraiment se trouve dans l'Égypte ptolémaïque, à Tell Edfou[47] : il n'est pas sans présenter quelque analogie avec celui de Delphes. Un four de 0 m. 70 par 0 m. 85 est accolé à un réservoir à eau, qu'il devait ne chauffer que médiocrement mais, de l'autre côté, il communique par un conduit de briques cuites avec un réduit ménagé par une cloison de briques minces contre une paroi de la salle de bains, - réduit qui correspondrait à l'espace réservé à Delphes entre l'ouverture du foyer et la baignoire. Dans les deux cas, il ne s'agissait pas de réaliser simplement un dispositif “ chauffe-eau ” ; à travers la mince paroi de briques ou de terre cuite, la chaleur devait passer dans la salle de bains même : et des arrangements comme ceux de Tell Edfou et de Delphes semblent bien à l'origine des “ murs chauffants ” des thermes romains.

Encore faut-il remarquer que la salle de bains d'Edfou est plus complexe que celle de Delphes, avec ses trois cuves dont une pour bain par immersion, et que sa date en semble plus basse que celle de Delphes[48]. La découverte de l'an dernier constitue donc, à ce qu'il semble, le document le plus ancien sur le chauffage d'une salle de bains familiale dans l'antiquité grecque.

Elle a enfin ce mérite, qu'elle paraît illustrer d'une manière claire un passage d'Aristophane assez controversé. Dans les Guêpes (vers 139 ss.). Bdélycléon, juché sur le toit, surveille la cheminée par où pourrait s'échapper son père, qu'il entend fureter comme une souris dans le fourneau et il ordonne à un serviteur de veiller à ce qu'il ne s'évade point par le “ trou de la baignoire ”. Les scholiastes ont cru qu'il s'agissait là du troll d'évacuation, par où on rejetait dans la rue l'eau salie du bain. Ce serait une plaisanterie forcée, car ces trous étaient évidemment trop étroits pour permettre le passage d'une personne : mais l'image contenue dans pourrait la justifier, car les rats s'introduisent dans les maisons par les trous d'évacuation des eaux salies.

Cependant, cette interprétation ne tient absolument pas compte du mouvement du texte, qui unit étroitement le foyer où se trouve le père et le trou de la baignoire sur lequel il est nécessaire de veiller : Bdélycléon appelle vite () un serviteur parce que ( ) son père est entré dans le fourneau, et l'ordre qu'il lui donne() est destiné à contrecarrer cette manœuvre. La plupart des commentateurs modernes ont senti cette liaison, et ils ont essayé de la rendre, d'une manière plus ou moins heureuse. Dans l'édition Van Leeuwen, on indique bien que le était percé entre la cuisine (où se trouvait le foyer) et la pièce où se trouvait, la baignoire (qui serait la “ lavatrina ”) ; mais on s'y rapporte au passage de Varron, de Ling. Lat. V, 118, “ trua, qua e culina in lavatrinam aquam fundunt ” : le trou dont parle Aristophane aurait donc servi à l'évacuation des eaux usées de la cuisine vers la salle de bains. Mais les témoignages archéologiques qui pourraient appuyer cette interprétation sont bien rares ; et surtout elle repose sur une série d'à peu près : elle implique qu'on traduit par “ salle de bains ”, et ne rend pas la liaison étroite que le texte suggère entre “ le foyer ” et “ l'orifice ”. On retrouve cet arbitraire dans Miller[49], pour lequel ne signifie pas “ salle de bains ”, ni “baignoire ”, mais “évier de la cuisine ” “ kitchen-sink ” ; de plus, ne signifierait pas “ foyer ”, mais “ cuisine ” : il est facile assurément d'établir entre deux mots le rapport qu'on veut, si on commence par en changer le sens ! Car, si le scholiaste interprète par , l'image de ne se comprend que dans la mesure où le vieillard gratte la cendre d'un foyer. Quant à la traduction de par “ kitchen-sink ”, elle paraît absolument gratuite, car elle ne s'appuie sur aucun témoignage littéraire, mais seulement sur une évolution de sens supposée. Tout aussi problématique est l'interprétation proposée par Liddell-Scott-Jones (suivis par Hickle) “ kitchen-boiler ”, avec comme seule référence le passage des Guêpes dont nous nous occupons. Les fouilles d'Olynthe ont fait avancer la question. L'argument essentiel que W. Miller opposait à la traduction de par “ bath ” était celui-ci : “ but the kitchen was not a bathroom ! ” ; mais Robinson a souligné la liaison étroite qui existe à Olynthe entre la cuisine et la salle de bains : car il fallait profiter de la chaleur de la cuisine pour chauffer une pièce où l'on devait se déshabiller ; et surtout il fallait pouvoir préparer facilement l'eau chaude pour le bain. C'est ainsi qu'il a corrigé l'erreur de W. Miller et celle de Liddell-Scott-Jones[50]. Mais il semble encore croire que le trou auquel fait allusion Aristophane est celui par lequel les eaux usées de la baignoire étaient évacuées dans la rue : dès lors si on le mentionne immédiatement après le foyer, ce serait uniquement à cause de la proximité des deux pièces.

Pourtant, la liaison indiquée par le texte entre le foyer et la baignoire semble beaucoup plus forte, et seul un dispositif du genre de celui de Delphes en rend compte aisément : le père furette dans le foyer pour essayer de s'échapper ; deux voies s'offrent à lui : ou bien il grimpera dans la cheminée qui surmonte ce foyer (et c'est ce qui se passera réellement, au vers 114), – mais le fils est là qui veille ; ou bien en il essayera de sortir par le “ trou de la baignoire ”, qui doit donc mettre celle-ci en relation avec le foyer. On voit qu'il ne peut s'agir que d'un “ trou de chaleur ”, à l'image de celui de Delphes. Il suffisait au père de gratter un peu dans la cendre “ comme une souris ” pour s'y ouvrir un passage. Certes la cuve de Delphes, dans son deuxième état, est très postérieure à Aristophane. Mais peut-être un dispositif semblable, encore que plus simple, existait-il dès son premier état : le foyer, nous l'avons vu, trouve des parallèles dans les documents du Ve et du IVe siècle. Et de toute manière, il semble bien qu'on doive imaginer un dispositif de cette sorte si l'on veut donner du passage d'Aristophane une interprétation plausible.

Athènes, mai 1952.


[1] Cf. le compte rendu de fouilles dans BCH, 76 (1952), 249-250.
[2] Je dois à la générosité de M. Jean Bousquet l'autorisation d'étudier cette salle de bains. Qu'il trouve ici l'expression de nies remerciements bien sincères.
[3] Par exemple un escalier. Mais ces constructions ont été tellement remaniées qu'il peut bien s'agir des fondations de murs postérieurs. Ainsi les murs marques N sur le plan n'ont aucun rapport avec les constructions que nous étudions.
[4] La figure 1 en indique les détails. Le seuil est constitué par une dalle unique de calcaire gris, large de 0 m. 53 au total et longue de 0 m. 75. La feuillure indique que la porte s'ouvrait vers le sud. Au sud de la feuillure se trouve la cavité destinée à la crapaudine, et au nord les trous d'encastrement pour les montants de la porte. Ils ont tous deux même profondeur (0 m. 01), et même longueur (10 m. 10), mais celui de l'est est beaucoup plus large que celui de l'ouest. De plus, celui de l'ouest est contigu au bord du seuil, qui lui-même est contigu au montant de pierre. tandis que celui de l'est est à 0 m.. 08 de l'autre bord, de manière que sa face externe est dans le prolongement de la face interne du mur est, sous lequel le seuil s'engage. Le seuil a donc été préparé, exactement pour la place qu'il occupe, et il doit être contemporain de l'installation de la pièce.
[5] Cette pente expliquerait l’irrégulière répartition des cailloux dans le mortier. Les maçons ont dû répandre, sur la couche encore molle, une certaine quantité de cailloux, qu'ils ont ensuite répartis, en lissant la surface avec de grandes règles, selon une technique encore en usage. Les cailloux, de faibles dimensions, étaient ainsi entraînés dans le sens de la pente, et se rassemblaient dans les parties les plus basses.
[6] L'entaille sous le seuil est haute de 0 m. 04. Le conduit lui-même est constitué, par un tuyau de terre cuite, de 0 m. 14 de diamètre, avec des parois de 0 m. 015 d'épaisseur : on le retrouve plus bas, (en H sur la fig. U, sous la forme d'une canalisation en U (segments emboîtés de 0 m. 72 de long, larges de 0 m. 22 à une extrémité, de 0 m. 21 à l’autre, et profonds intérieurement de 0 m. 095), couverte par des couvre-joints de tuiles, en marbre, longs de 0 m. 63 et larges de 0 m. 22. On connaît ces canalisations en U à Délos (cf. par ex. BCH, 31 (l907) pp. 478-479. et fig. 5) et aussi à l'Agora d'Athènes (cf. Hesperia, Suppl. IV. Homer A. Thompson, pp. 90-91) dans la première moitié du Ier siècle avant J.-C. Le conduit visible sur le plan en J ne fait pas partie du complexe de la salle de bain.
[7] Car sa face supérieure est détruite. Elle ne saurait avoir eu plus de 0 m. 13 ou 0 m. 14 à l’est : car c'est là la hauteur du rebord sud-est, dont il sera question plus loin, et qui est intégralement conservé. Mais vers l'ouest elle devait monter bien davantage, pour former un dossier. selon le schéma courant.
[8] Si on considère que le rebord avait quelques centimètres de plus, il eau les ajouter il la profondeur de la cuve en cet endroit.
[9] Et les angles rentrants arrondis, pour faciliter le nettoyage.
[10] Avec un instrument du type de l' (Cf. W. Miller, Daedalus and Thespis, II, p. 568, qui cite Aristophane, , Fragm. 429 M. et Antiphane, , Fragm. 25 M).
[11] Le schéma s'en trouve dans les différentes publications de baignoires hellénistiques, sans qu'on en ait tiré, semble-t-il, les vraies conséquences qu'il comporte. C'est ainsi qu'on considère en général que ces cuves étaient destinées à des “ bains de pieds ” ou “ des bains de siège ” en partant du fait que seuls trempaient dans l'eau les pieds et les fesses du baigneur, ou même seulement ses pieds, quand la cuve comportait un siège à l'arrière. On précise même que dans ces civilisations où l'art équestre était beaucoup pratiqué, le bain de siège était particulièrement nécessaire après de longues chevauchées... Mais c'est admettre le postulat, extrêmement contestable comme on essaie de le montrer dans le texte, que les Anciens se faisaient du bain la même idée que nous.
L'on a spécialement discuté sur l'utilisation de la cuvette hémisphérique : pour certains, elle aurait été destinée à recevoir les pieds du baigneur (cf. par ex. H. Goldman. Excavations al Gôzlii Kule, Tarsus, I, p.13 et AJA 39 1935, p. 542 ; A. B. Schütz. Der Typus des hellenistischen ägyptischen Hauses, p. 25). Mais la forme circulaire et surtout les dimensions trop réduites de ces cuvettes rendent cette interprétation improbable : tout au plus le baigneur pouvait-il y reposer ses pieds, sans qu'on puisse supposer que leur rôle principal était tel, – sauf peut-être pour les baignoires d'Olynthe (cf. l’interprétation donnée dans Excavations at Olynthus, VIII, p. 200 ; XII, p. 249, etc.), où la cuvette plus large conviendrait spécialement à cet usage. Peut-être faut-il envisager une évolution : on aurait réservé un creux pour les pieds, dont les cuves d'Olynthe donneraient un exemple : mais il dut paraître inutile, et on le réduisit à la cuvette destinée à faciliter l'évacuation, et à laquelle on donna une forme circulaire, plus facile à réaliser.
Il n'est pas jusqu'au siège arrière qui n'ait reçu une interprétation bizarre : à Dionysias en Égypte (cf. Fouilles franco-suisses, – Rapports, I, Qasr-Qarum / Dionysias. J. Schwartz et H. Wild. 1950, p. 59 et note 2) on a considéré que le baigneur devait appuyer “ ses coudes en arrière sur la tablette qui sépare la cuve de la paroi ”, – position qui paraît bien inconfortable quand on considère une coupe de la baignoire.
[12] Cf. Ath. XII, 17, p. 519 e.
[13] Cf., pour Théra, Th. Wiegand, Il. Schrader, Priene, p. 293, fig. 311 ; et pour Agrigente, NSA 1925, p. 422.
[14] Les installations les plus modernes retrouvent les principes anciens : la cuve est réalisée de telle manière qu'on puisse d'abord s'y laver sous la douche, et ensuite s'y reposer dans une eau propre en donnant an corps une position qui lui assure une détente aussi parfaite que possible.
[15] La différenciation des deux fonctions se trouve parfaitement réalisée dans certaines salles de bain de l'Égypte ptolémaïque, où sont accolées la baignoire courte pour le nettoyage, et la baignoire longue où on repose un corps déjà lavé. Cf. Annales du Service des Antiquités de l'Égypte, XXIII, 1923, p. 107 et Pl. 1, fig. 1 (Karnak) ; et encore : Fouilles franco-polonaises. Rapports, I, Tell Edfou, pp. 66 ss. Plus tard, dans les frigidaria et les caldaria des thermes romains, c'est au même souci que répond la distinction du labrum et de l’alveus (Cf. Vitruve, De arch.V, X, 22) dont il faudrait chercher l'origine dans les palestres grecques (cf. J. Delorme, BCH 73 (1949), pp. 398-420).
[16] Voici une première liste, forcément incomplète, des lieux où des documents de ce type, ont été trouvés : Grèce propre : Délos, Egine, Éleusis, Érétrie, Gortys, Mycènes, Œniadae, Olynthe, Olympie, Leukas, Théra. Sicile et Grande Grèce : Caulonia, Selinonte, Sessa Orlando, Syracuse. Asie Mineure : Colophon-nord, Priène, Smyrne, Tarsus. Égypte : Abukir, Abusir, Alexandrie, Karnak, Kôm el-Ahmar, Kôm el-Vasat, Kôm en-Negilah, Médinet el-Glioran, Qasr-Qarum / Dionysias, Taposiris, Tell Atrib, Tell Edfou.
[17] Le tableau qui suit est très incomplet, car de nombreuses publications omettent même les dimensions essentielles. Le premier terme de la multiplication représente la longueur de la cuve, le deuxième sa largeur (quand il y a deux nombres, la plus grande et la plus petite largeur).

Égine 1,09 x0,515
1,12 x 0,505.
1,03 x 0,68.
Priène 1,08 x O,51 (cf. Th. Wiegand, FI. Selirader, ll. p. 292.).
Tarsus 0,90 x O,60 (cf. IL Goldmann, 11, I, p. 17).
Olympie :
Bain Il : 1,23 x 0,62 et 0,54 (cf. IV Bericlit über die Ausgrabungen in Olympia. F.
Kunze et H. Schleif. 1940-41, Berlin 1944, p. 35 et p. 46). Bain III : 1,07 x 0,58 et 0,54
Délos : 0,95 x 0,50 approx. (Cf. BCH. 30 (1906) p. 661).
0,95 x 0,60 et 0,46 (Cf. BCH. 30 (1906) p. 579).
1,20 x 0,71 (dim. ext.) (Cf. Expl. arch. de Délos, pp. 85-86).
Tell-Edfou : 0,95 X 0,75 (Cf. Fouilles franco-polonaises, Rapporls I, Tell-Edfou, pp. 66
ss.).
0,90 x 0,65
Kôm el-Ahmar : 0,80 x 0,55 (Cf. Abd El-Mohsen El-Kashab. Plolemaic and Roman Baths of
Kôm el-Ahmar. Suppl. aux Annales du Serv. des Ant. de
l’Egypte, p. 31).
Karnak : 0,95 x 0,50 (Cf. Annales du Serv. des Ant. de l'Égypte. XXIII, 1923. p. 107).
0,95 x 0,60
Alexandrie : 1,03 x 0,66 (Cf. Breccia : Di alcuni bagni nei dinforni d'Alessandria. Bull.
de la Société arch. d'Alexandrie, no 18, nouv. série, 1921,
p. 144).
[18] La forme la plus aberrante est réalisée par les cuves ovales de certains sites de l'Égypte ptolémaïque (cf. par ex. un des bains de Tell Edfou, ll., p. 66). A Égine, les rebords sont rectilignes et les longs côtés parallèles (Cf. A. Furtwängler, Aegina, das Heiliglum der Aphaia, p. 95). Mais dans la plupart des cas, les rebords sont légèrement cintrés, et le plan d'ensemble trapézoïdal. Si cette dernière particularité n'a peut-être pas donné l'idée de ranger les cuves en cercles, elle s'accordait du moins parfaitement aut plan de ces “ tholoi ” balnéaires dont il sera question plus bas. Je ne pense pas qu'on puisse soutenir la proposition inverse : c'est bien la forme trapézoïdale, suggérée par la forme du corps, qui est première, si bien qu'on l'a adoptée même quand la cuve est isolée, comme à Delphes.
[19] Le dossier, à Delphes, devait monter aussi haut que dans les autres sites (Alexandrie, 0 m. 40. Olynthe, Mycènes, 0,42. Délos, 0,50, 0,53. Tell Edfou, Kôm el-Ahmar, 0,55. Kôm en-Negilah : 0,60). A l'avant, la hauteur est normalement plus faible qu'à Delphes (Kôm en-Negilah : 0,12. Tell Edfou, Mycènes : 0,18. Délos : 0,20. Égine, Mycènes, Alexandrie, Karnak : 0,22). Ce rebord antérieur pose un léger problème à Priène et à Tarsus. A Tarsus, seule la paroi latérale est indiquée sur te plan et apparaît sur les photographies (Cf. ll. fig. 19) : il faut bien pourtant restituer un rebord à l'avant, sans quoi la cuvette hémisphérique n'aurait plus de raison d'être : il a dû être complètement détruit, comme aussi à Priène, où l'on en voit simplement le départ.
[20] Sauf deux fois dans l'Égypte ptolémaïque : dans les cuves de Qasr-Qarum / Dionysias. Cf. J. Schwartz. H. Wild. ll. p. 54) et dans celle de Medinet el Ghoran (Cf. BCH 25 (1901) p. 393).
[21] Délos : maison epsilon VI : prof. 0 m. 18. Maison C : diam. 0 m. 245 (cuvette de marbre). Égine : diamètres : 0 m. 315 ; 0 m. 32 ; 0 m. .31. Prof. : 0 m. 145 ; 0 m. 145 ; 0 m. 165). Mycènes : prof. 0 m. 15 ; diam. : 0 m. 30. Oeniadae : prof. : 0 m. 21 ; 0 m. 14. Diam. : 0 m. 37 0 m. 34.. Olympie : diam. : 0 m. 29 et 0 m. 25. Tell Edfou : diam. : 0 m. 20. Alexandrie : diam. 0 m. 29 ; prof. : 0 m. 09.
[22] A Mycènes, Tarsus, dans les cuves de l'Égypte ptolémaïque, dans les rotondes de Gortys
et d'Érétrie, du même type que les rotondes ptolémaïques, et dans toutes les baignoires de
Sicile. Il manque au contraire à Priène, à Délos, et surtout dans les cuves d'Égine, très semblables à celle de Delphes ; et encore dans une terre cuite de Myrina en forme d baignoire : Cf. Musées
impériaux ottomans. Catalogue des figurines grecques de terre cuite. Constantinople, 1908, pp. 436-437. Peut-être pouvait-on placer à l'intérieur de la cuve un siège de bois ou même de pierre,
comme celui qu'on aurait trouvé à Égine, à l'intérieur d'une baignoire (Cf. A. Furtwängler, ll.,
p. 95).
[23] Contrairement à l'opinion de Robinson, qui voit dans le siège une caractéristique de l'époque hellénistique (Cf. Excavations al Olynthus, VIII, p. 201, note 75). Mais on rencontre le siège dans neuf des baignoires d'Olynthe (serait-ce là une raison supplémentaire de supposer, avec plusieurs savants, que le site fut réoccupé après 348 ?) ; et aussi dans le bain II d'Olympie. Inversement, il manque dans les maisons hellénistiques de Délos, de Priène, etc.
[24] Les baignoires d'Olympie et celles d'Olynthe seraient parmi les plus anciennes de ce type qui nous aient été conservées (Ve et IVe siècle). Ailleurs, on date les documents du IIIe siècle (Priène) ou de la fin de ce siècle (Syracuse, Égine), du Ier, quart du IIe (Tarsus), du IIe (Mycènes, Agrigente), de l'époque “ hellénistique ” on “ ptolémaïque ”, sans plus de précision, pour les autres cas. Quelques documents me semblent avoir été datés beaucoup trop bas (ceux, par exemple, de Tell Edfou, de Qasr-Qarum / Dionysias, et surtout le bain d'Érétrie qui n'est certainement pas “ romain ” comme le signalent AJA, 2e série, V, 1901, p. 96 et AM XXV, 1900, p. 456).
[25] La cuve de Priène était maçonnée, à ce qu'il paraît. Il en était de même à Tarsus, à Délos (maison C), à Égine, où la technique est à ce point comparable à celle de Delphes qu'on y retrouve le bourrelet (mais cette fois concave) courant autour de la cuve ; et surtout en Égypte ptolémaïque (à Karnak, par exemple, le rebord des cuves est formé de “ murettes de briques posées à plat, larges d'environ 0 m. 15 enduites de plâtre rougeâtre ”, exactement comme à. Delphes).
[26] Dans les Thesmophories, v. 562, une femme enfouit son père sous une baignoire. Il doit s'agir d'une de ces cuves de terre cuite, qu'on pouvait déplacer : mais l'occasion ne devait s'en présenter que rarement, ce qui faisait de l'endroit une cachette sûre.
[27] Nous ne faisons pas entrer en ligne de compte ici les cuves construites en blocs appareillés. oomme celles du bain II à Olympie ou celles de Gortys ; car on les rencontre seulement dans des édifices publics, où les conditions de construction et d'utilisation étaient différentes. Mais là encore il y eut une évolution, que matérialise à Olympie la comparaison entre le bain II et le bain III ; la technique de ce dernier, daté d'environ 300 av. J.-C., est très proche de celle de Delphes.
[28] Cf. Excavations at Olynthus VIII, p. 66 : la cuvette a été réparée avec des crampons de plomb. Cf. aussi ibid., VIII, p. 200 ; XII, p. 281, etc. A Mycènes, (cf. BSA, XXV, 1921-2 ; 1922-3, p. 100), des débris de plomb an milieu de la cuvette brisée doivent provenir d'une réparation.
[29] De plus, les dernières cuvettes de terre cuite, sauf une, avaient été brisées dès l'antiquité : – peut-être intentionnellement à vrai dire, pour servir de cachette, car on a trouvé dans un de ces trous une vingtaine de pièces de monnaies. Mais ce fait même prouve la fragilité particulière de cet élément de la baignoire.
[30] On rencontre encore à Délos (cf. BCH, 1933, pp. 164 ss.) une cuvette de marbre dans une cuve bâtie. Il en est de même à Kôm en-Negilah (cf. Breccia, ll, p. 144). Mais on n'indique pas s'il s'agit là d'une réparation. Peut-être voulait-on, dès la construction de la baignoire, donner à la cuvette le maximum de solidité. En tout cas, dans le bain II d'Olympie, réalisé en pierres, la cuvette hémisphérique, est taillée dans un bloc de marbre rapporté.
[31] Dans la “maison d'un amateur” (cf. l. l., II, pp. 44 ss.) une paroi de la cuve a été détruite, et réparée avec des briques et du ciment.
[32] C'est la réutilisation d'une cuve ancienne, plus profonde, qui expliquerait pourquoi la deuxième baignoire de Delphes a un rebord antérieur aussi élevé. Encore la cuvette de pierre dépasse-t-elle de plusieurs centimètres le fond de terre cuite.
[33] Et dans ceux du monde Égéen, dont la bibliographie est très importante. Pour l'époque archaïque, cf. la note suivante.
[34] La scène est illustrée par une terre cuite de Chypre, BCH, 24 (1900) p. 515, fig. 2.
[35] En gros, 0 m. 50 d'est en ouest et de 0 m. 30 du nord au sud.
[36] 0 m. 76 d'est en ouest, 0 m. 80 du nord au sud.
[37] Il se compose d'une bande plate de 0 m. 07 du côté de la fosse, et d'un léger biseau en pente vers l'extérieur.
[38] Ce serait là un nouvel exemple de l'ensemble “ cuisine-salle de bains ”, bien connu à Olynthe par exemple (cf. 11, XII, pp. 396 ss.) et que nos modernes “ blocs d'eau ” ont retrouvé.
[39] A Priène par exemple (cf. Th. Wiegand, Il. Schrader, ll, p. 292), un foyer est constitué par quatre blocs de calcaire, qui déterminent un carré d'environ un mètre de côté. Si, à Délos et à Olynthe, on utilisait surtout des feux portatifs, on connaît cependant à Olynthe neuf foyers fixes (cf. ll, VIII, p. 186), formés normalement par quatre blocs de calcaire entourant un espace d'approximativement un mètre carré. Il est vrai que ce dispositif est habituellement placé au centre de la pièce. Mais dans une maison de Florina en Macédoine (cf. , 1932, p. 58), il se trouve dans un angle de la cuisine, comme d'ailleurs dans une maison du Ve siècle près d'Athènes (mentionnée dans le même article), et on le retrouve contre un mur de la pièce dans une maison de Syracuse qui pourrait être du Ve siècle avant notre ère (cf. Fabricius, Das antike Syracus, Beiheft 28 de Klio, 1932, p. 7, pl. IX, fig. 17).
Cette interprétation suppose une isolation entre la salle de bains et la pièce située au sud, isolation qui pouvait être facilement réalisée au-dessus du niveau de l'ouverture : la face supérieure des montants de pierre est soigneusement dressée et pouvait recevoir un linteau de pierre qui supportait tout le poids du mur. Il faut d'ailleurs supposer de toute manière que ce mur existait, faute de rendre sans objet la fermeture que suppose le seuil de l'entrée.
[40] 0 m. 27 du nord au sud ; 0 in. 23 de l'est à l'ouest; h. 0 m. 35.
[41] Cf. Excavations al Olynthus, VIII, p. 199 et p. 200, note 73; ibid., XII, p. 378.
[42] Cf. ibid., XII, p. 233, où, malgré certaines caractéristiques des parois et le fait que de la cendre passait sous le mur entre cuisine et salle de bains, on n'a pu découvrir aucun dispositif clair. Dans les autres maisons, les murs sont conservés sur une hauteur trop faible pour qu'on puisse y trouver d'utiles renseignements. Et d'ailleurs le problème ne se posait pas de la même manière qu'à Delphes, le foyer étant, à Olynthe, normalement au centre de la cuisine.
[43] Cf. BSA, XXV, 1921-2/1922-3, p. 99, note 1.
[44] Cf. NSA, 1938 (XVI), pp. 261-301.
[45] Ce dernier signalé dans le JDAI 46 (1931) p. 238.
[46] Cf. IV. Bericht über die Ausgrabungen in Olympia, Berlin, 1944, pp. 47-48.
[47] Cf. Fouilles franco-polonaises, Rapports, I. Tell-Edfou, pp. 66 ss.
[48] Mais les arguments sur lesquels les fouilleurs se fondent pour placer la construction de ce bain à la fin du Ier siècle après J.-C. ne semblent pas déterminants.
[49] Cf. W. Miller, Daedalus and Thespis, I, p. 223.
[50] Cf. Excavalions ai Olynthus, VIII, p. 199, note 72.

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