Sommaire
Hommage
à R. Ginouvès
  Articles
Voir la version PDF sur Persée
 

R. Ginouvès S. Charitonidis,
"Le bain romain de Zevgolatio près de Corinthe"
Bulletin de Correspondance Hellénique 79, 1955, p. 102-120.

La zone nord de la Corinthie, le long du golfe, est formée de plateaux plus ou moins larges, séparés par des pentes abruptes, quelquefois de véritables falaises, et qui s'élèvent vers les montagnes du sud. Au pied s'étend la bande la plus ample, qui constitue la plaine proprement dite : appelée de nos jours Vocha[1], elle devait se partager dans l'antiquité entre Corinthe et Sicyone. Le bain présenté ici est situé dans un petit ravin creusé dans le troisième de ces plateaux ; le tènement, appelé Agios Charalambos, du nom d'une église voisine, ruinée, mais non ancienne, est compris dans la commune de Zevgolatio, gros village dont il est éloigné d'un peu plus d'une demi-heure de marche ; la distance qui le sépare d'Assos, village situé près de la route Corinthe-Patras, et qui porte certainement un nom ancien, ne dépasse guère un kilomètre à vol d'oiseau ; enfin, un chemin conduit à l'Ancienne Corinthe en moins de deux heures de marche. Le site était occupé, depuis une assez haute antiquité : près du bain, surtout, vers l'ouest, on remarque des traces qui remontent dans l'ensemble à l'époque classique, mais, semblent déborder aussi cette période. Un peu plus loin, sur la route carrossable qui mène à l'ancienne Cleônai et aux villages de Némée, S. C. a entrepris de petites fouilles dans une nécropole d'environ 500 av. J.-C.[2]. Dans le ravin même, les conditions étaient propices à l'établissement, d'un bain : l'eau y coulait avec abondance encore à une époque peu éloignée de la nôtre; les roseaux qui depuis l'ont envahi sont peut-être la cause, ou une des causes, de son assèchement. Au point même où il prend naissance, on remarque les vestiges d'un petit bassin, large de 2 m. 20, et long à peu près d'autant, dont les murs, épais de 0 m. 25, sont faits de briques et de maçonnerie : il est probable que l'eau recueillie dans ce réservoir, immédiatement au-dessous d'une source, était destinée à l'établissement de bains, bien qu'on n'ait pas retrouvé de traces du conduit qui les unissait. C’est le propriétaire du champ, Panayotis Papayannopoulos, habitant de Zevgolatio, qui, en plantant des oliviers, a remarqué l'existence d'un édifice ancien, et en a entrepris la fouille, aidé seulement de son fils, dans l'espoir d'y trouver des trésors. Le byzantiniste Pallas, le premier, a visité les ruines après ces premières tentatives, et a signalé l'existence du bain, qui fut fouillé par S. Charitonidis, aux frais du Ministère grec, et, par la suite, de la commune de Zevgolatio. Des recherches complémentaires ont été menées plus tard par S. C. et R. G. avec l'architecte J.-N. Conan.

L'établissement thermal (fig. 1-2) se développe sur une petite terrasse juste au-dessus du ravin, à l'est, et occupe dans sa plus grande extension une surface à peu près carrée de 16 mètres de côté. Le champ était semé de blé, avec des noyers le long du ravin, et des oliviers plantés récemment. La surface moderne présente une pente assez accentuée de l'est vers l'ouest, et une autre, moins forte celle-là, du sud au nord. C'est à ces variations de niveau qu'est due la différence des hauteurs conservées du bâtiment : dans l'angle sud-est, on trouve encore des murs de plus de 2 m. 50, tandis que la conservation est très mauvaise dans la zone ouest, en particulier vers l'abside ouest de F : en cet endroit, l'accumulation des terres était si faible que la face extérieure du mur était déjà visible avant la fouille. Mais, de toute manière, la plupart des arrangements sont aisément lisibles : sur le plan de l'état actuel (fig. 1), on reconnaît un apodyterium A, un frigidarium F avec deux piscines P1 et P2, deux caldaria C1 et C2, le premier comportant une abside semi-circulaire R1 et un foyer en Q1, le second une piscine semi-circulaire H2 et une piscine rectangulaire Q2, avec un foyer en M. Les trois salles X1, X2, X3 pouvaient constituer des pièces de service. Tous ces éléments sont juxtaposés à partir de l'intérieur, sans qu'on 'ait cherché à donner à l'ensemble du bâtiment une forme simple[3]. Par contre, on constate un souci de symétrie assez prononcé (et relativement exceptionnel dans les bâtiments de cette classe)[4] : de chaque côté de l'axe qui séparerait les deux caldaria, C1 répond exactement à C2, P1 à P2, Q1 à Q2, R1 à H2 ; et l'ensemble du tracé est orthogonal : les seules irrégularités en sont l'implantation bizarre de Q1 et l'ordonnance de l'ensemble X1-X3, plus facilement explicable, car il s'agit d'une addition tardive. L'orientation dit bâtiment semble avoir été déterminée, selon la coutume, par le souci d'exposer an sud les pièces chaudes[5].

L'apodyterium A.

– L'étude de la pièce A présente de grandes difficultés, qui tiennent d'abord à l'ampleur de la destruction en cet endroit. De plus, la fouille n'a pu en être achevée et ses limites même n'apparaissent pas clairement. Un retour du mur est semble indiquer que la profondeur de la pièce était de 3 m. 60, mais on n'a pu trouver contre le mur sud aucune trace nette d'arrachement du mur ouest : si on le restitue, très hypothétiquement, à l'extrémité du mur sud, c'est-à-dire symétriquement au mur est par rapport à l'axe du bâtiment, on obtient une pièce de vastes dimensions, plus grande en tout cas que toutes celles qui suivent : niais le fait ne doit pas étonner s'il s'agit bien d'un apodyterium[6]. On n'a pas trouvé de trace de sol : il est vrai que seule une faible partie de la surface a été fouillée : peut-être était-il établi d'une manière précaire, en matériaux légers. De même, les murs ne sont pas bâtis en briques, comme l'ensemble du bâtiment, mais en moellons, et nous verrons que cette construction correspond à un remaniement général. La faiblesse de ces parois ne permet pas d'imaginer une voûte, et d'ailleurs les apodyteria étaient le plus généralement couverts en charpente[7].

Ainsi, le bâtiment semble avoir comporté, dans son dernier état, cette pièce d'entrée, à fonction d'apodyterium, dont la nécessité apparaît assez clairement, même pour un bain de dimensions réduites[8] : en fait, il n'en fut pas toujours ainsi : d'abord, les murs tardifs qui limitent la pièce ne semblent pas avoir pris la place des beaux murs de la construction primitive, dont il ne reste aucune trace ni d'élévation, ni de fondations. Puis l'arrangement du passage entre A et F est caractéristique : la porte, large de 1 m. 08, comporte un seuil de pierre dure, avec feuillure à l'arrière, trous de gond et de fixation pour un battant ouvrant vers F. Or, les bains d'époque romaine ne comportent, pas de fermeture entre les pièces, pas même à l'entrée du frigidarium. On admettra donc que ce beau seuil, qui fait partie de la construction primitive, conduisait directement de l'extérieur du bâtiment au frigidarium : cette singularité se comprendrait si le petit bain faisait partie d'une villa plus importante, ou le déshabillage pouvait se faire dans une pièce de l'habitation proprement dite.

Le frigidarium F.

- - Le frigidarium F, dont le dégagement est, à peu près complet[9], est une pièce allongée transversalement à l'axe du bâtiment et comportant à chaque extrémité une petite cuve-baignoire dans une abside (fig. 2, coupe E-F).La partie rectangulaire de F, longue de 8 m. 80 et large de 1 m. 97, était pavée de plaques carrées de marbre blanc et de marbre noir (0 m. 26 - 0 m. 28 de côté), disposées selon un damier oblique. Des éléments de calcaire grisâtre semblent appartenir à une réparation. Les murs étaient plaqués de marbre blanc appliqué contre un enduit épais[10].La pièce était voûtée en berceau, dont on a trouvé un fragment dans les déblais. Les cuves-baignoires sont, remarquables par leurs petites dimensions, qui les rendaient inutilisables à plus d'une personne à la fois[11].Elles sont bâties en effet dans des absides de rayon 0 m. 70 intérieurement. Les détails de l'arrangement ne sont parfaitement conservés ni en P1 ni en P2, mais les indications données se complètent, si bien que la restitution en est assurée ; la séparation de la cuve avec la salle se faisait par une margelle large de 0 m. 34, dont le plan supérieur régnait à 0 m. 74 au-dessus du pavement : ainsi, la cuve avait une profondeur de 1 m. 30[12]. On y pénétrait en enjambant la margelle[13] puis on descendait en s'aidant d'une marche intermédiaire, large de 0 m. 23 et haute de 0 m. 51 au-dessus du fond[14]. Le fond des cuves était plaqué de marbre blanc, comme les parois, où la courbure était réalisée par une série de bandes verticales, larges de 0 m. 18 à 0 m. 20, se rejoignant à angles obtus. La liaison entre le fond et les parois se faisait par un petit bourrelet de maçonnerie, destiné à faciliter le nettoyage[15]. La cuve P1 présente au fond un orifice de vidange ; le trop-plein devait s'effectuer par ruissellement, au-dessus de la margelle, selon l'habitude normale dans les thermes romains[16] : à cet effet, on avait ménagé, en avant de la margelle, un caniveau plaqué de marbre, en pente vers le nord, qui ensuite longeait la paroi nord de la pièce en dessous du pavement ; devant P1, il est large de 0 m. 18 et profond de 0 m. 08.L'eau de ce caniveau sortait du bâtiment par un orifice ménagé dans la paroi nord, non loin de l'angle nord-est. La cuve de P2 comportait à l'avant le même caniveau de trop-plein, mais pas de trou de vidange : cette absence n'est pas étrange en soi[17] : on s'étonnerait, plutôt, qu'on n'ait pas utilisé le même dispositif dans les deux cuves correspondantes Pl et P2.

En définitive, ce frigidarium se caractérise seulement par sa forme allongée et l'exiguïté de ses cuves. Le plan est dérivé du type à piscines opposées, fréquent dans les bains romains[18].

Le caldarium C1.

– Le caldarium C1 (fig. 4), dans lequel on pénétrait depuis F par une porte de 0 m. 97[19], est une pièce approximativement carrée (2 m. 79 x 2 m. 82) complétée au sud par une abside semi-circulaire (1 m. 39 de rayon intérieurement). Le sol de la salle, qui était pavé d'un dallage de marbre dont il ne reste que le négatif, repose tout entier sur un hypocauste parfaitement conservé. Au-dessus d'un radier inférieur de terre battue, les pillettes sont faites, sur les deux rangées centrales selon l'axe est-ouest, d'éléments ronds supportant un chapiteau en briques carrées (fig. 6) ; les deux rangées qui encadrent les précédentes au nord et; au sud sont faites d'éléments ronds ; enfin, contre les murs, les pillettes sont faites d'éléments rectangulaires pour faciliter l'accrochage de la suspensura : le diamètre des éléments ronds est de 0 m. 235, les briques carrées ont 0 m. 26-0 m. 28 de côté.. La hauteur de la chambre de chauffe est, de 0 m. 91[20] et le plancher suspendu est. épais de 0 m. 23.La circulation de l'air chaud le long des murs se faisait par un double système de briques creuses, “ tubuli ”, et de tuyaux verticaux. Les tubuli, dont il reste quelques éléments en place, formaient autour de la salle un rideau presque continu, qui s'appuyait sur le plan supérieur des pillettes de l'hypocauste. Ces briques creuses dessinent en coupe un rectangle aux angles arrondis (0 m. 31 x 0 m. 105) avec une hauteur supérieure à 0 m. 25 ; les parois en sont très fines (1 cm. 4 en moyenne). Pour régulariser la circulation de l'air chaud dans l'espace ainsi créé, chaque brique est percée sur ses deux petits côtés d'un trou circulaire d'un diamètre de 3 cm. 5. Tout cet arrangement est particulièrement intéressant pour sa rareté en Grèce propre[21]. Le tirage produit par ces éléments était accéléré par l'existence de conduits verticaux placés immédiatement en arrière de la paroi chauffante ; larges de 0 m. 19 à 0 m. 21 et de plan rectangulaire, ils étaient renforcés de briques semi-circulaires dressées dont on n'a retrouvé en place que des débris brûlés. Ces dispositions sont normales dans les thermes romains de Grèce, mais elles semblent constituer une rareté par rapport à l'ensemble du monde romain[22]. En avant de la paroi chauffante régnait un placage de marbre, qui se raccordait à celui du soi par un petit bourrelet.

L'abside sud présentait le même système de chauffage, en particulier la paroi de tubuli. Mais son sol était plus élevé que celui du reste de la pièce d'une hauteur de 0 m. 34 environ. Or, aucun élément ne permet de restituer en cet endroit une piscine. On doit donc supposer une utilisation spéciale à ce renfoncement, qui devait être voûté en cul-de-four, et constituer ainsi une partie plus chaude du dispositif d'ensemble. Un tel arrangement n'est d'ailleurs pas exceptionnel en Grèce : on en connaît un, très caractéristique, dans les thermes du nord-est à Épidaure[23], un autre à Olympie, qui a été interprété comme une étuve humide[24]. Rien n'indique ici l'existence d'un dispositif hydraulique, et on songerait plutôt à une étuve sèche ou laconicum[25].
L'hypocauste de C1 est isolé complètement de celui de C2. Son foyer N est situé en QI. Ainsi, il n'y a aucune raison d'admettre que cette première pièce chaude était, moins chauffée que la seconde, et on ne peut lui donner le nom de tepidarium, que semblerait appeler le schéma d'ensemble avec une pièce froide et deux pièces chaudes. D’autant que l'arrangement de l'abside sans bassin n'aurait aucune utilité dans un tepidarium[26].

Le caldarium C2.

– Les dimensions du caldarium C2 sont pratiquement les mêmes que celles de C1, tant pour le rectangle central que pour l'abside. Mais celle-ci était occupée par une piscine, de même que la pièce Q2, qui fait partie du même ensemble.

Dans la partie centrale rectangulaire, la suspensura s'est effondrée (fig. 5-8), et il ne reste plus trace des parois chauffantes. Ici, les pillettes, qui encore une fois reposent sur un sol de terre battue, sont faites de briques carrées ou rectangulaires (0 m. 28 x 0 m. 28 environ et 0 m. 28 x 0 m. 12-0 m. 14, avec des épaisseurs de 3 cm. 8 à 4 centimètres, et des joints de 4 centimètres à 5 cm. 5) ; les éléments rectangulaires, qui sont des briques carrées cassées en deux, sont utilisés sur les bords[27] et aux endroits où se fait la communication entre l'hypocauste central et celui des piscines. Deux parois (nord et est) comportent des tuyaux verticaux de tirage (fig. 8), ce qui laisse supposer l'existence, en avant, d'un rideau de chauffage, partout où l'installation n'en était pas empêchée par la nécessité de réserver un passage vers les piscines.

Pendant, le dégagement de C2 on a trouvé, mêlés aux débris de la construction et de l'hypocauste, un certain nombre de petits tuyaux de terre cuite, longs de 0 m. 12 environ, et présentant à une extrémité une couronne convexe (fig. 9). Leurs dimensions trop faibles interdisent d'y reconnaître des éléments d'aération ou d'éclairage à travers un mur ou une voûte ; on songerait plutôt à les comparer à ces éléments de tubes destinés à alléger les voûtes, et souvent utilisés par les constructeurs romains[28].

L'abside R2 (fig. 10) était occupée par un bassin chaud dont on reconnaît les arrangements : il était séparé de la salle par une margelle large de 0 m. 30, et, dont la hauteur ne peut être restituée avec certitude, comportant à l'arrière une marche destinée à faciliter la descente, large de 0 m. 20 et haute de 0 m. 48 au-dessus du fond. Le fond de la cuve, comme les parois, était plaqué de marbre ; mais un fragment de stuc rouge, tombé dans la paroi chauffante, semble avoir appartenu à la décoration des parties hautes. Il n'y avait pas d'orifice de vidange : l'eau usée devait donc être puisée avec un récipient, comme dans la cuve nord du frigidarium[29]. Les dimensions assez restreintes de cette cuve font, qu' elle ne pouvait être utilisée commodément que par une seule personne à la fois.

Le réduit Q2 était, lui, occupé par une cuve quadrangulaire (fig. 3 et 7) à peine plus importante, puisqu'elle mesurait 1 m. 19 x 1 m. 61 intérieurement.

On y pénétrait en enjambant une margelle de 0 m. 32 de large, dont la hauteur ne peut être restituée : à l'arrière, la marche complémentaire est large de 0 m. 18 et haute de 0 m. 40 au-dessus du fond. De rares traces de placage indiquent que la décoration était la même que pour R2. Le chauffage n'était pas réalisé simplement par l'hypocauste, mais encore par une paroi chauffante au nord et au sud, renforcée chaque fois par un conduit vertical de tirage. La particularité de ces parois chauffantes est qu'elles ne sont pas faites de tubuli ni de tegulae mammatae, mais simplement d'une file de briques plates (longues de 0 m. 56, épaisses de 0 m. 03), retenues à 0 m. 075 du mur par des crampons de fer, dont plusieurs sont restés en place. Une couche de fragments de briques à plat, un enduit et le placage de marbre renforçaient vers l'intérieur cette mince cloison. Le système parait assez exceptionnel. L'eau de la cuve était chauffée directement au-dessus du foyer : on constate en effet, dans la paroi du fond, une ouverture en arc de cercle, large de 0 m. 56, haute de 0 m. 32, qui faisait communiquer l'intérieur de la cuve avec l'espace situé immédiatement à l'ouest. Il s'agit évidemment de l'arrangement, appelé par Vitruve “ testudo alvei ”[30], qui permettait, non seulement de chauffer directement, au-dessus du foyer extérieur, l'eau de la piscine, mais encore d'en surveiller le niveau et d'en assurer plus facilement la vidange, sans pénétrer dans le bâtiment. Dès lors, on voit mal l'utilité de l’orifice de vidange parfaitement conservé dans la paroi ouest de Q2 : peut-être faut-il admettre qu'il était seulement destiné à l'évacuation des dernières gouttes, le fond de la cuve étant légèrement plus bas que le fond de la testudo[31].


On retrouve ainsi le type très commun du caldarium à double piscine, une quadrangulaire, l'autre semi-circulaire[32], disposées sur deux parois conjointes. Mais, dans la plupart des cas, chaque piscine est, chauffée également, avec son foyer et sa testudo alvei. Ici, Q2 était nécessairement favorisée, d'abord par sa proximité plus grande du foyer, ensuite parce qu’elIe seule possédait un chauffage direct de l'eau[33], au moins dans le second état du bâtiment : car, dans la construction primitive, la cuve de R2 comportait elle aussi une testudo alvei : les traces de son arc sont encore parfaitement visibles dans le mur au fond de l'abside, et le foyer devait occuper l'emplacement de X3 : mais le praefurnium fut bouché lors du grand remaniement, et un rideau de tegulae mammatae suivit la courbe entière de l'abside.

Salles de service.

– On rangera d'abord parmi les salles de service les trois pièces X1, X2, et X3, qui n'ont aucune communication directe avec l'établissement, et qui ont été bâties à une époque postérieure, comme l'indique leur construction. Leur implantation peut signifier qu'elles s'alignaient sur quelque construction située plus au sud, et qui n'a pas été dégagée[34]. Les salles avaient
une largeur moyenne de 1 m. 30 pour une longueur variant de 1 m. 58 à 2 m. 33 : on y accédait depuis le sud par des portes en plein cintre. Seule la pièce ouest a été vidée : elle ne comportait aucun arrangement particulier. Les trois salles pouvaient constituer les magasins à combustible, à moins qu'elles ne fussent complètement indépendantes du fonctionnement des thermes[35].

Au contraire, les foyers M et N jouaient un rôle essentiel. N est formé normalement de deux massifs de blocage réservant entre eux un espace large de 0 m. 50 environ et long d'au moins un mètre. Le dispositif était à ciel ouvert, peut-être protégé simplement par un auvent léger, selon l'arrangement habituel dans la plupart des exemples connus en Grèce[36]. Par contre, le foyer M, constitué par deux blocs hauts de 0 m. 35 au moins et laissant entre eux un espace long de 0 m. 69 et large de 0 in. 44, a été installé dans la pièce Q1, qui correspond pour le plan à la cuve Q2. Il y a là un élément étrange au premier abord. De plus, les parois nord et sud de la pièce comportent, à partir d'une certaine hauteur, des saignées verticales semblables à celles des pièces chaudes voisines, et qui ne peuvent avoir été réalisées qu'en fonction d'un hypocauste ensuite détruit. On est conduit ainsi à admettre un remaniement, qui a reporté le foyer de l'extérieur à l'intérieur de Q1, et qui a transformé cette pièce chaude en simple salle de service. Cette transformation fait partie du remaniement d'ensemble, qu'éclaire l'étude des techniques de construction.

Les techniques de la construction.

– On distingue à première vue deux appareils très différents ; l'un, qui est employé le plus généralement, est fait entièrement de briques, l'autre se compose de moellons maçonnés, et caractérise un remaniement ; mais une variété du premier appareil de briques doit avoir été employée conjointement avec l'appareil de moellons.

Un bon type du premier appareil de briques est fourni par les parois de C2, à leur partie inférieure. Les briques, bien cuites et de couleur rouge-brun, sont longues de 0 m. 275 à 0 m. 280, assez régulièrement. Leur épaisseur varie de 0 m. 030 à 0 m. 034, avec en moyenne un peu plus de 0 m. 03. Les joints de mortier ont une épaisseur d'un peu moins de 0 m. 03, avec quelques exceptions un peu plus fortes. Pour un ensemble de deux briques et deux joints, on obtient des hauteurs allant de 0 m. 11 à 0 m. 13.

Mais la paroi sud de C2, au niveau de l'hypocauste, porte la trace de remaniements assez importants : on y lit l'existence primitive de trois passages faisant communiquer la chambre de chauffe de la piscine R2 avec la chambre de chauffe de C2 ; seul, le passage central fut conservé, et les deux autres furent bouchés par un remplissage de briques sensiblement différentes des premières (fig. 12). De même, la paroi intérieure de la niche R1 montre une coupure assez sensible un peu au-dessus du niveau du sol suspendu : l'appareil inférieur est le même que pour les murs de C2 ; l'appareil supérieur est fait de briques longues de 0 m. 28 encore, ou un peu davantage, mais avec des épaisseurs de 0 m. 038 à 0 m. 040 normalement ; les joints aussi sont sensiblement plus épais, puisqu'ils vont de 0 m. 036 à 0 in. 055. Pour deux briques et deux joints, on obtient des hauteurs de plus de 0 m. 016. Dans la plupart des cas, les joints ont été gorgés d’un mortier plus fin, retracé ensuite avec le fer tenu obliquement vers le bas, ce qui a dégagé lui peu l'arête supérieure de chaque brique. Cette particularité s'observe aussi en quelques endroits du premier appareil : il doit s’agir dans ces cas de reprises.

L'exemple le plus net de mur de moellons est fourni par la paroi est de A : les moellons, de formes très irrégulières, sont disposés par lits de 0 m. 15 de hauteur en gros ; les joints, de mortier pauvre, ont été regarnis de mortier fin, sur lequel ou a dessiné une sorte d'appareillage, qui tantôt suit d'assez près les formes des moellons, tantôt simule un appareil pseudo-isodome, avec des rectangles de 0 m. 17 de haut et de 0 m. 20 à 0 m. 30 de long. Ces retraçages sont faits an double trait (fig. 13). On trouve des exemples de cet appareil dans le mur entre A et F, et généralement tout autour du bâtiment, dans la paroi extérieure. Il semble que, sauf pour la salle A, il s'agisse dans tous les autres cas de reprises de murs du premier appareil, qui auraient été plus ou moins endommagés. On pourrait dès lors se demander s'il s'agirait d'un troisième état, le second correspondant simplement aux briques du deuxième type ; mais la construction des pièces X1-X3 semble indiquer le contraire. En effet, tandis que leurs murs sont en moellons, leurs voûtes, qui ont été bien conservées, sont en briques du type II. La technique est d'ailleurs ici intéressante : les berceaux sont faits de briques dont les plans correspondent, aux rayons de l'arc générateur, sauf au centre, où ils correspondent à l'arc lui-même (fig. 11). On remarquera surtout l'étroitesse de cette bande centrale, large d'une brique seulement ; la technique habituelle, à époque tardive, consistait à établir seulement un départ en briques a plan axial, et, quand l'encorbellement était assez fort, à établir la voûte par tranches appuyées les unes sur les autres[37]; mais ici, la faible portée de l'arc permettait de n'utiliser ces tranches que tout à la fin, un peu comme une clef. Pendant la construction, toute la voûte reposait sur une forme fixe, dont nous connaissons la composition ; en effet, la surface intérieure porte, dans le mortier, une série d'empreintes de roseaux : car les roseaux poussent en abondance dans la région, et, s'il en était de même dans l'antiquité, il était, économique d'en établir un berceau, soutenu et mis en forme par des cintres légers, qu'on pouvait réutiliser pour les trois voûtes ; quant aux roseaux, on devait les arracher quand la maçonnerie avait fait corps.

Ainsi, les briques du deuxième type et l'appareil de moellons étaient conjointement utilisés dans la construction de ces trois salles, et on admettra que ces deux modes correspondent, à un seul remaniement du bâtiment. La différence des techniques s'expliquerait par la différence des conditions d'utilisation : ainsi, on employa plutôt les moellons pour reprendre les parements extérieurs des murs, mais on choisit les briques pour les voûtes et pour les arrondis intérieurs, comme celui de R1. Les murs de moellons ne nous sont d'ailleurs pas connus sur une hauteur suffisante pour que leur technique apparaisse clairement : Il est probable qu'ils étaient renforcés de chaînages de briques constituant un opus mixtum.

Les deux états du bain.

– En définitive, il semble qu'on puisse distinguer deux états assez cohérents dans l'histoire du petit bain de Zevgolatio. Dans le premier, on entrait directement dans le frigidarium F ; de là on passait dans les pièces chaudes C1 et C2, de plan symétrique. Car le foyer de C1 était à l'extérieur de Q1, symétriquement à M, et on passait de C1 en Q1 par une porte de 0 m. 90, dont la trace apparaît clairement dans le mur de séparation ; la salle Q1 était alors fermée à l'est, au moins au-dessus du plancher suspendu : la porte actuelle a été manifestement ouverte dans un mur déjà existant. Il n'est pas facile d'imaginer quel rôle pouvait jouer cette pièce, annexe du premier caldarium. Car on ne peut supposer en cet endroit une cuve répondant à celle de Q2 : elle aurait été séparée de C1 par une margelle, alors que l'existence d'une porte étroite paraît assurée : on songerait plutôt à un réduit fortement chauffé, jouant le même rôle que l'abside R1. Enfin, le second caldarium C2 était chauffé par deux fourneaux, celui de Q2, et celui de R2, dont l'existence est, attestée par l’arc de la testudo alvei : ainsi, l'eau des deux piscines était chauffée également. et la communication entre les hypocaustes de R2 et de C2 se faisait largement par trois orifices. Dans l'ensemble, le bain était du type “ en file ”, avec le schéma suivant[38] :
F > C1 > C2

L'état Il se caractérise par l'adjonction probable d'un grand apodyterium, et par une transformation assez sensible du régime des pièces chaudes : on abandonne Q1, pour y installer le foyer de C1 ; on supprime le foyer de R2, et on limite les communications des hypocaustes de C2 et R2. L'installation de la pièce X3 peut expliquer la disparition d'un foyer; il est possible, sans qu'on ait pu le vérifier, que l'installation de X1 ait aussi entraîné la disparition d'un foyer particulier de R1 ; on aurait alors une explication supplémentaire au déplacement du foyer de Q1 : la nécessité de maintenir élevée la température de la pièce aurait conduit à rapprocher le seul foyer restant en activité, quitte à supprimer la salle Q1, qui faisait double emploi avec R1. Ainsi, la transformation comporte une réduction du nombre des foyers, entraînée par la construction de X1-X3 et rendue possible certainement par un souci nouveau d'économie[39] ; et, d'autre part, avec l'édification d'un apodyterium et de salles de service accolés au bâtiment, on assiste à un regroupement des fonctions du bain, qui semblent avoir été antérieurement davantage dispersées dans un ensemble plus important. En même temps, on reprend l'ensemble des murailles, qui avaient subi certainement une destruction considérable.

Peut-on maintenant dater, au moins approximativement, les deux états du bâtiment ? La fouille n'a pratiquement donné ni tessons, ni monnaies, – sauf, vers le niveau du sol, de rares fragments de l'époque turque (une pipe de terre-cuite), et, plus bas, de pauvres fragments de verre et un peson conique. On doit donc se contenter des éléments, très incertains, que procurent les techniques de la construction, – l'absence de toute décoration datable rendant, encore plus difficile le problème. Pour l'état I, l'épaisseur des briques est légèrement supérieure à celle du mortier ; mais on ne rencontre pas de briques coupées en triangle. L'appareil étant certainement postérieur à celui de l'état I des thermes du nord-est à Épidaure, ou à celui des grands thermes d'Argos, mais antérieur à celui de l'état I des thermes de l'est à Delphes, on penserait[40] au tournant du second et du troisième siècle de notre ère. Pour l'état II, le rapport des épaisseurs de la brique et du mortier indique une date nettement plus basse[41] ; le retraçage de l'appareil de moellons avec le double trait ne semble guère antérieur au IVe siècle[42] ; enfin, la technique des voûtes est tout à fait celle du second état des grands thermes d'Argos, postérieur à la seconde invasion des Goths : ainsi, on pourrait adopter la même date pour le remaniement du bain de Zevgolatio, qui peut-être s'explique par les mêmes raisons.



Séraphin CHARITONIDIS et René GINOUVES.


[1] signifiait probablement “ la poussiéreuse ” ; cf. qui signifie “ la boueuse ”.
[2] On en trouvera un bref compte rendu dans la chronique des fouilles du BCH 1954.
[3] Pour racheter les inégalités du tracé extérieur, on comptait probablement sur une cour ou nu couloir de service, comme c'est le cas aux grands thermes d'Argos, fouillés cette année (cf. ci-dessous, p. 323 sq.) ou aux thermes du nord-est à Épidaure (cf. le plan ci-dessous, fig. 7).Mais quand la limitation de la place accordée au bâtiment, au milieu de constructions déjà existantes, donnait plus d'importance au tracé extérieur, l'ordonnance intérieure en subissait le contrecoup : c'est le cas par exemple pour les thermes de l'est à Delphes. Les cuves du bain de Zevgolatio, en saillie sur les murs extérieurs, rappellent les “ baptisteria ” de Pline le Jeune (Lettres, II, 17, 11 : “ velut ejecta sinuantur ”).
[4] La plupart des bains romains en Grèce ignorent toute symétrie; encore l'arrangement de Zevgolatio ne peut-il pas être mis directement en rapport avec celui des grands thermes impériaux de l'Occident : ceux-ci comportent normalement une file de pièces axiales (en général, un frigidarium, un “ tepidarium ” et un caldarium), tandis qu'ici l'axe de l'établissement coïncide avec celui du seul frigidarium. Et le petit bain ne pouvait comporter les pièces dédoublées se répondant de chaque côté de l'axe.
[5] Vitruve énonce la règle dans son De architectura, V, X, 1-2 ; et elle devait correspondre à un besoin réel, car on la voit suivie généralement dans le monde romain, et, en Grèce, à Delphes, aux thermes du Cladeos à Olympie (cf. IV. Bericht über die Ausgrabungen in Olympia, pl. 22), à Sicyone (cf.v, 1935, p. 76, fig. 4). Mais son application pouvait être empêchée par des conditions locales (comme aux thermes du nord-est à Épidaure) ou par le développement de la composition (comme aux grands thermes d'Argos).
[6] Déjà à Pompéi, dans le Bain de Stabies, l’apodyterium est plus vaste que le frigidarium: il en est même dans le Bain près du Forum, pour l'apodyterium des hommes. A Timgad, dans les petits thermes de l'est, on a pu s'étonner des dimensions de cette pièce (cf. D. Krencker, Die Trierer Kaiserthermen, p. 186 et p. 231). D'ailleurs, Pline le Jeune (Lettres, V, 6, 25) fait mérite à un apodyterium d'être “ laxum et hilare ”.Cette salle prendra une importance plus grande encore dans les bains tardifs, byzantins, puis turcs (cf. Abd El-Mohsen El-Kashar, Ptolemaïc and Roman Baths of Kôm el-Ahmar, Suppl. aux Annales du Service des Antiquités de l'Égypte, Cahier n°, 10, pp. 23-25) si bien qu'on comprendrait qu'à Zevgolatio elle ait été ajoutée à basse époque ; et, de fait, il semble qu'on assiste à la même transformation au bain romain d'Asiné (Cf. 0. Frödin et A. W. Persson, Asine, p. 106).
[7] Cf. pour l'ensemble du monde romain, Krencker, l. l., p. 183. Il en était ainsi aux thermes de l'est à Delphes ; et cf. les restitutions du bain du Cladeos à Olympie (IV. Bericht, pl. 23).
[8] En Grèce même, la tendance serait plutôt de multiplier ces pièces d'entrée : ainsi à Olympie, à Argos, etc. Cette considération nous fait préférer l'hypothèse (le l'apodyterium à celle qui reconnaîtrait en A une simple terrasse. Dans ce cas, le mur est de A serait un mur de soutènement destiné à créer un terre-plein en avant de l'entrée de l'établissement ; et certes la pente du terrain est très forte en cet endroit, à la fois vers le nord et vers l'ouest. Mais on ne comprendrait pas pourquoi ce mur de soutènement ne se retrouve pas précisément à l'ouest, là où la pente est la plus forte, comme l'indiquent les fondations en escalier du mur sud de A.
[9] Pour préserver un olivier, on a dû maintenir une butte de terre environ cri son milieu.
[10] On note qui fragment de placage gris, et un autre en brèche violette, sans qu'on puisse vraiment parler d'essai cohérent de polychromie.
[11] On revient sur le problème des cuves individuelles dans un autre article, cf. ci-dessous, p. 135-152.
[12] Dans la pratique, la profondeur des piscines des thermes romains est environ de un mètre.
Ainsi, on trouve des exemples de 0 m. 92 à 1 mètre à Antioche (cf. Antioch on the Orontes, I,
The Excavation of 1932, pp. 8 et 22) ; légèrement supérieurs à un mètre dans les thermes de
Philippes en Macédoine et un peu partout à Épidaure ; de 1 m. 14 à Lambaesis dans les Grands
Thermes, dits Palais dia Légat (cf. Krencker, l. l., p. 215). Quand la hauteur est nettement plus
grande, c'est que le niveau de l'eau était limité par un trop-plein, romane à Kôm el-Dosheh (cf.
Daressy, A Travers les Koms du Delta, Annales du service des Antiquités de l'Égypte, 12 (1912)
p. 180). A Zevgolatio comme dans la plupart des exemples, ce trop-plein est constitué par la
margelle antérieure, cf. ci-dessous, n. 16.
[13] L’absence de marche antérieure s’explique, par la situation du fond de la cuve, qui est notablement plus bas que le sol de la pièce ; ainsi, la hauteur à franchir n'était pas très importante. Dans le cas des cuves chaudes, que nous rencontrerons plus loin, l'explication rejoint celle de la note suivante.
[14] On pourrait s'étonner de cette hauteur, encore assez considérable ; mais elle n'est pas moindre dans la plupart des exemples connus : on trouve 0 m. 54 et 0 m. 56 à Kom el-Dosheh (cf. Daressy, l. l., pp. 178 et 180) ; 0 m. 51 et 0 m. 63 à Lambaesis (cf. Krencker, l. l., p. 215 et p. 229) ; 0 m. 64 aux thermes de l'est à Delphes, etc. En réalité, ces “ marches ” étaient plutôt des points d'appui, ce qui justifie aussi leur faible largeur.
[15] Cette technique, tout à fait fréquente dans les bains romains de Grèce, était déjà connue à l'époque hellénistique, dans l'établissement de Gortys d'Arcadie et à Olympie (cf. IV. Bericht, pl. 17).
[16] Il en est ainsi pour toutes les cuves des thermes de l'est à Delphes, des thermes du nord-est à Épidaure, etc. Pourtant, on trouve quelques exemples de trop-plein dans les grands thermes d'Argos, comme dans quelques cas en Italie (à Pompéi, aux Bains centraux ou aux Bains de Stabies par exemple). Mais, dans l'ensemble, l'usage du trop plein n'était guère répandu, ce que confirme un témoignage de Galien, De methodo medendi, XI, 10 = X 723 K.
[17] Il n'y a pas de trou de vidange dans la piscine du frigidarium aux thermes de l'est à Delphes, ni dans une des piscines froides des thermes du nord-est à Épidaure, etc.
[18] Pour le monde romain, cf. Krencker, , l. l., p. 183, fig. 241 b. Le dernier exemple, en Grèce même, est celui des grands thermes d'Argos.
[19] L'étroitesse des communications est normale en Grèce, même dans les bains de plus grandes dimensions elle petit s'expliquer par le désir de réduire les échanges thermiques.
[20] Vitruve (l. l., V, X, 8 recommande une hauteur de deux pieds et demi, soit 0 in. 75 approximativement : mais Faventinus (cf. A. Choisy, Vitruve, De architectura, t. I, p. 192) distingue les bains publics, où la hauteur de la chambre atteint trois pieds, et les bains privés, où elle se réduit à deux pieds et demi. En réalité, la hauteur dépasse en général 0 m. 90 ; on a ainsi 0 m. 91 dans les thermes de l'est à Delphes, 0 m. 95 à Milet, (cf. Armin von Gerkan et Fritz Krischen, Milet, I, 9, Thermen und Palaestren. Römische Thermen am Hümeitepe), 0 m. 94 dans les Barbarathermen à Trèves (Krencker, , l. l., p. 363), et 1 m. 04 dans les Thermes impériaux de la même ville (ibid., p. 69), etc. Tout au plus note-t-on dans le bain A d'Antioche (cf. Antioch, I, p. 8) une chambre de chauffe haute de 0 m. 67 seulement; à Olympie, dans les thermes du Cladeos, les exemples sont légèrement supérieurs à 0 m. 80 (cf. IV. Bericht., pl. 24).
[21] Le système le plus fréquemment employé en Grèce est celui des tegulae mammatae. Pourtant, on connaît des tubuli à Olympie (cf. IV. Bericht, fig. 35, p. 69 et p. 68), dans des conditions d'utilisation particulières d'ailleurs, et à Néa-Anchialos (cf. v, 1935, p. 68, fig. 19).
[22] On trouve ces cheminées, en Grèce, à Delphes, Épidaure, Éleusis, Argos, Sicyone, Asiné (et. 0. Frödin et A. W. Persson, Asine, fig. 78, pièce C, et p. 110). Elles semblent absentes à Olympie, à Sparte (cf. A. J. B. Wace, ABSA, 12 (1905-6) pp. 411 ss.); et à Nea-Anchialos, où l'emploi des tubuli les rendait moins nécessaires. En dehors de la Grèce, les exemples connus se trouvent normalement en Orient, à Milet (cf. Milet, I, 9, p. 134), à Antioche, timidement pour les bains A et B, franchement pour le bain C (cf. Antioch, I, pl. III, fig. 7. p. II, et p. 28). On en trouve nu autre exemple, mal compris, en Syrie (et. H. C. Butler, Architecture and others arts..., 1904, pp. 384-390 et fig. 134, bain de Shehbâ, dans le Djebel Haurân). Assez proche encore est le procédé, utilisé à Pergame (cf. Pergamon, VI, pp. 89-90 et fig. 29).La transition entre ce système et celui des murs à tubili semble se faire par des arrangements comme celui de Kom el-Dosheh (cf. Daressy, A travers les Koms du Delta, p. 179), où des séries de quatre à huit tuyaux occupent une portion plus ou moins importante des murs. Cf. encore les “ terme nuove ” à Ostie (MAAR, 10 (1932) pl. 43).
La survivance du système des conduits verticaux (tans l'architecture byzantine apparaît dans le bain du monastère de la Vierge près de Derbenosalesi, du XIIe ou XIIIe siècle : cf. A. K. Orlandos, , pp. 60-61 et fig. 92-93 (mais il faut supposer que les tuyaux étaient couverts même dans leur partie inférieure, sans quoi l'atmosphère serait vite devenue irrespirable) ; et aussi au bain de Kaisariani, du XIe ou XIIe, siècle (ibid., pp. 62-63 et fig. 94).
[23] Cf. ci-dessous, p. 141, fig. 7. pièce chaude C2.
[24] Cf. IV. Bericht, pp. 63-64, et pl. 23.
[25] On ne voudrait pas dissimuler l'étrangeté du dispositif, avec son sol surélevé et son hypocauste communiquant par une seule porte avec celui de C 1 ; mais, nous le verrons, ou pourrait peut-être restituer un foyer indépendant derrière R 1. On retrouve la même difficulté d'interprétation dans l'exemple d'Êpidaure, où les deux hypocaustes sont différenciés tout aussi nettement, et dans celui d'Olympie, pour lequel la restitution proposée est très conjecturale.
[26] La dénomination de “ tepidarium ” ne devrait être acceptée que dans des cas relativement simples, quand il y a simplement trois pièces en tout, et de plus en plus chaudes, selon le schéma de Vitruve (l. l., V, X) ou d'un autre théoricien, Galien (cf. De methodo medendi, XI, 10 = X 723 Köln). Ce schéma est, réalisé quelquefois, par exemple dans le petit bain annexe des thermes du Cladeos à Olympie (cf. IV, Bericht, p. 64), ou dans le bain annexe des thermes du nord-est à Épidaure, ou dans le bain de la maison du Buste en Argent à Vaison de Provence. Le terme de tepidarium peut convenir à la rigueur dans des exemples à peine plus complexes, comme le bain près de l’Olympieion à Athènes (cf. I. Travlos,, 1949, p. 34 et pl. A) où, après les pièces froides, viennent une première pièce chaude, qu'on appelle “ tepidarium ”, puis un caldarium double comme celui de Zevgolatio, le premier sans installations hydrauliques, le second comportant des baignoires. Mais, dans les ensembles de quelque importance, on a simplement une succession de pièces chaudes, et le chiffre de trois est tellement le plus fréquent que Krencker, dans ses plans. les désigne par les chiffres I, II, III. Encore faut-il tenir compte des variations de nombre, que montrent les monuments, et que soulignent les textes : si Pline le Jeune (Lettres, V, 6, 26) distingue une fois dans un bain le frigidarium, le caldarium, et une “ cella media ” qui dans ce cas correspondrait bien an tepidarium, dans un autre passage (Lettres, II, 17, 11) sa liste des pièces chaudes comporte au moins quatre locaux, dont le premier et le dernier sont bien déterminés (propnigeon et caldarium), mais dont les deux autres ne semblent pas avoir joué de rôle particulier ; de plus, le mouvement du texte vent, me semble-t-il, qu'on coupe “ adjacet unctorium hypocauston, adjacet... ” (contra, éd. Budé), ce qui ferait une cinquième pièce chaude. En fait, il semble qu'on doive tenir compte, dans ces problèmes comme dans ceux qui concernent la maison, d'une certaine indifférence des anciens à spécialiser chaque pièce. Aussi on n'acceptera pas sans réserves la classification de Krencker, qui détermine un caldarium indépendamment des pièces I, II ; III : si, comme il l'admet (ibid., p. 184), I est une sorte de tepidarium, Il un caldarium, III un sudatorium, les pièces I et II font chacune double emploi, puisque très souvent on a, en plus, une pièce tampon peu chauffée qui devrait plutôt être interprétée comme un tepidarium (sans parler des exemples comme les thermes de l'est à Delphes où la transition entre pièces froides et pièces chaudes se fait par des pièces tampons non chauffées), et que d'autre part une dernière salle, plus vaste et pourvue de piscines, correspond nécessairement au caldarium vitruvien. La seule méthode raisonnable, dans des cas comme celui de Zevgolatio où les salles sont également chauffées, serait de distinguer les pièces à chaleur sèche (laconicum) des salles à chaleur humide (sudatio) et les salles à piscines (caldarium).
[27] Cet arrangement peut sembler étrange, puisqu'on donne en général plus d'importance aux pillettes des bords. qui doivent soutenir la cloison chauffante. Mais, si elles avaient eu ici les dimensions normales, les intervalles n'étaient plus suffisants. Et au sud, où elles sont le plus étroites, l'existence d'une margelle implique l'absence de paroi chauffante.
[28] Cf. par exemple J. Durm, Die Baukunst der Römer, fig. 321-326 et pp. 295-301. Mais ces éléments, d'une longueur comparable à ceux de Zevgolatio, puisqu'il en est de 0 m. 120 de long, sont normalement destinés à s'emboîter, alors qu'ici l'accrochage ne pouvait être que superficiel. Peut-être comptait-on sur la couronne pour faciliter la courbure des files.
[29] Le problème de la vidange des piscines chaudes est différent, selon que leur fond est au niveau de la suspensura de la salle, ou plus bas ; cf. l'arrangement étrange d'Épidaure, ci-dessous, p. 143. Mais à Zevgolatio il y avait la possibilité d'établir une évacuation vers l'extérieur. Ces problèmes pratiques ne semblent guère avoir préoccupé les anciens.
[30] Cf. Vitruve, De architectura, V, 10, 1. Ce dispositif, fréquent dans les thermes romains (cf. Krencker, l. l., pp. 303-304 et fig. 448), était connu en Grèce, à Olympie, dans un édifice d'environ 100 avant J.-C. (cf. IV. Bericht, p. 54).
[31] A Delphes, dans le caldarium des Thermes de l'est, une cuve présente aussi un orifice de vidange, malgré l'existence de la testudo ; et cf. IV. Bericht., p. 65.
[32] Cf. Krencker, l. l. p.181. Le caldarium des thermes de l'est à Delphes et celui du bain près de l’Olympieion à Athènes présentent la même disposition qu'à Zevgolatio.
[33] On connaît aux époques tardives des cuves de pièces chaudes comme R2 dans lesquelles l'eau n'était pas chauffée directement : ainsi, à Argos, la baignoire nord de C 1, où le système de chauffage rappelle, toutes proportions gardées, celui d'une d’une des cuves de la salle C 1 dans les thermes du nord-est d'Épidaure (cf. ci-dessous, p. 140).
[34] La découverte en cet endroit d'un chapiteau ionique tardif, peut-être du IVe siècle, indique la présence d'autres bâtiments.
[35] On serait tenté de restituer au-dessus des voûtes, à un niveau supérieur à toutes les cuves, un réservoir destiné à les alimenter, selon l'arrangement normal. Mais aucune trace n'en a été conservée : les voûtes n’étaient surmontées que d’un blocage.
[36] par exemple aux thermes de l'est à Delphes, aux thermes du nord-est à Épidaure, aux grands thermes d'Argos, etc. Mais, dans ce dernier cas, les foyers furent intégrés à date tardive dans un ensemble de couloirs voûtés, et la même transformation, mais partielle, fut effectuée aux thermes du nord-est à Épidaure.
[37] En Grèce même, cette technique est représentée par exemple dans les thermes du nord-est à Épidaure ; et cf. A. Choisy, L'art de bâtir chez les Byzantins, fig. 36, p. 36 et pp. 33-40.
[38] Cf. le classement de Krencker, l. l., pp. 177-181.
[39] Les thermes du nord-est à Épidaure présentent aussi des exemples de cette réduction du nombre des foyers à époque tardive.
[40] On peut difficilement utiliser, pour l'étude de ces appareils de brique, les conclusions des recherches faites en Italie (cf. E. B. Van Deman, Methods of determining the date of roman concrete monuments, AJA, 16 (1912) pp. 387-432, etc.). An mieux, il est possible de noter un certain parallélisme dans révolution générale, et, de temps à autre, l'introduction en Grèce d'une mode qui semble purement romaine. En Grèce même, il faut tenir compte des habitudes locales, qui font que des conclusions tirées des appareils de Philippes par exemple ne seraient pas valables pour Delphes, etc. On s'efforce pourtant d'établir des séries comportant quelques points de repère absolus. L'appareil I de Zevgolatio semble assez proche de celui du premier remaniement dans le bain de sparte (cf. ABSA, 12 (1905-6) p. 414).
[41] A Delphes, à Argos, etc., on constate un affaiblissement progressif du rapport de l’épaisseur des briques à l'épaisseur du mortier; celle-ci semble dépasser celle-là vers la fin du IVe siècle.
[42] Cette technique, connue à l'autre bout du monde romain, à Vaison de Provence (dans la Maison des Messii), se retrouve fréquemment à Delphes, où elle paraît caractériser les constructions du Ive siècle. Et on a pratiqué un retraçage à traits simples ou doubles sur l'opus mixtum de l'Octogone de Salonique, qui serait de l'époque de Galère (cf. , 1950, p. 307, fig. 4).

Haut de la page Retour à la liste des articles en ligne

© Archéologie et systèmes d'information, UMR 7041 ArScAn. Hommage à René Ginouvès (en ligne), 2003 (consulté le ...) <www.mae.u-paris10.fr/ginouves/index.html>