Sommaire
Hommage
à R. Ginouvès
  Articles
Voir la version PDF sur Persée
 

René Ginouvès
"Sur un aspect de l'évolution des bains en Grèce vers le 4ème siècle de notre ère"
Bulletin de Correspondance Hellénique 79, 1955, p. 135-152.

On voudrait mettre ici en lumière, au moyen d'exemples empruntés à trois bâtiments, une transformation caractéristique de l'évolution des thermes en Grèce aux basses époques, savoir la multiplication des cuves pour le bain individuel, obtenue souvent par une transformation des piscines collectives. Cette évolution doit présenter un certain intérêt au point de vue sociologique, car les baignoires individuelles ont toujours été rares dans les grands établissements de l'Occident romain ; à peine pourrait-on citer les petites salles de bain particulières des Thermes de stables à Pompéi, qui doivent se rattacher à la tradition hellénistique, – et encore paraît-il qu'elles furent abandonnées très tôt[1]. Une série tout à fait spéciale, et sur laquelle nous reviendrons plus loin, est constituée par les cuves individuelles des établissements bâtis près de sources thermales. Certes, les anciens mentionnent quelquefois, dans leurs descriptions de bains, l'utilisation de cuves particulières : telle semble être la signification du mot solium[2] ; mais les mots piscina, baptisterium, descensio désignent de grands bassins collectifs, et il en est de même pour alveus[3].Il est aussi caractéristique que les fouilles n'aient pas mis au jour un nombre vraiment, important de “ baignoires ” proprement dites[4], même si on tient compte de la disparition possible de la plupart des exemplaires de bronze ; et encore peut-on supposer que certaines des cuves de marbre découvertes devaient constituer plutôt des bassins ornementaux. Dans l'ensemble, on admettra donc que le bain romain, aux trois premiers siècles de notre ère, se prend normalement, dans des piscines collectives[5]. Les exemples qui illustrent le renversement de cette situation seront empruntés aux thermes de l'est à Delphes, aux grands thermes d'Argos, et aux thermes du nord-est à Épidaure. Il serait possible de les multiplier, mais ceux qu'on trouvera ci-après donnent, semble-t-il, les variétés essentielles des remaniements : création d'une petite cuve supplémentaire par percement d'un mur, création d'une petite cuve à l'intérieur d'une porte, et transformation d’une piscine collective en cuves multiples, ces exemples se rencontrant soit dans des salles froides, soit dans des salles sur hypocauste.

Thermes de l'Est à Delphes.

– Ce bâtiment, d'importance moyenne, est situé en bordure est du sanctuaire, au nord de l'agora romaine dont il est séparé par un édifice à cour centrale[6].



Ici, la transformation a consisté simplement en l'adjonction d'une petite cuve dans le frigidarium, par percement d'un mur.

Le frigidarium F est, une pièce relativement vaste (fig.1), qui s'inscrit dans un rectangle de 12 mètres du nord au sud et 6 mètres d'est en ouest : elle comprend une zone centrale, carré déformé de 4 m. 80 de côté, une piscine rectangulaire au Nord. une petite abside au Sud, une baignoire semi-circulaire à l'Ouest. Cette dernière, qui nous occupera spécialement, est logée dans une abside large de 1 m. 60, qui s'enfonce de plus d'un mètre à travers le mur ouest de la pièce (fig.2), jusqu'à faire saillie à l'extérieur. Elle devait être voûtée en cul de four, et des traces de départ sur le mur nord permettent d'en restituer approximativement la hauteur, qui devait être de 2 m. 30. La margelle qui séparait le bassin de la pièce était large de 0 m. 33, avec à l'arrière une marche, ou plutôt un point d'appui, large de 0 m. 10, à 0 m. 35 au-dessus du fond. La hauteur de la margelle est aisée à reconstituer, car elle correspondait il l'arrivée d'eau située dans l'angle nord, et dont il sera question plus loin. On obtient ainsi une margelle de 0 m. 65, et un bassin d’une profondeur totale de 1 mètre[7]. La cuve est enduite d'un ciment blanchâtre, avec bourrelets aux rencontres des plans. Il n'y a pas d'orifice de vidange.


Cette cuve ne pouvait évidemment être utilisée que par une seule personne à la fois, contrairement à la piscine nord, de dimensions assez considérables (4 m. 20 x 2 m. 85).Or, il apparaît qu’elle a été installée lors d’un remaniement assez important, qui a affecté l'ensemble de l'établissement. Pour la construire, on dût entailler le mur ouest de la salle, et le raccord se fait d'une manière assez maladroite, en tout ces très visible ; et d'autre part, les matériaux utilisés sont caractéristiques de l'état Il du bâtiment[8]. Enfin, pour alimenter en eau ce nouveau bassin, il fallut modifier la piscine nord : la banquette qui l'enserre est bâtie, jusqu'à une hauteur de 1 m. 05 au-dessus du fond, en briques caractéristiques de l'état I ; au-dessus court une bande de 0 m. 25 de hauteur faite d'éléments caractéristiques de l'état II : cette surélévation a entraîné l'abandon du placage de marbre, peut-être détérioré et, de toute manière insuffisant[9], niais elle-même s'explique par la nécessité de ménager une arrivée commode à l'eau de la nouvelle cuve. En effet, le plan supérieur de la banquette est creusé d'un caniveau large et haut de 0 m. 08 environ, qui prend naissance au milieu du long côté Nord, sous l'arrivée d'eau de la piscine, et aboutit, dans l'angle sud-ouest, contre le montant qui la sépare de la salle : en cet endroit, on a ouvert un orifice irrégulier, alors que la construction était achevée (fig.3), et, au sud du montant, une encoche court dans la paroi, pour aboutir dans l’angle de la petite abside : elle contenait certainement un tuyau de plomb maintenu par du mortier, qui conduisait dans la nouvelle cuve l'eau du caniveau.

Ainsi, lors d'une transformation d'ensemble qui se caractérise par sa pauvreté, on n'hésita pas, dans ces thermes de Delphes, à ouvrir une brèche dans la paroi. et à modifier l'arrangement hydraulique du frigidarium, pour le seul besoin de compléter la piscine collective par une petite cuve individuelle. Or, l'étude des éléments internes de datation amène à placer le remaniement dans la première moitié du IVe siècle : peut-être faut-il le mettre en rapport avec une inscription trouvée tout près, concernant une donation de L. Gellius Menogenes[10], qui concernerait, d'après une hypothèse de J. Bousquet[11], la transformation des bains le texte daterait, exactement de 319 après J.-C.

Grands thermes d'Argos.

- Les grands thermes d'Argos, situés entre le théâtre et l'odéon romain. ont été dégagés presque entièrement en 1954[12]. Ici encore, ou distingue an moins deux états de la construction, dont le second se caractérise précisément par la multiplication des petites piscines : c'est ainsi (fig.3, p.322) qu'une pièce intermédiaire entre le frigidarium et les salles chaudes. G, a reçu une cuve froide de petites dimensions ; et, dans les pièces chaudes, si le caldarium C3 avec ses trois piscines rectangulaires assez vastes ne semble pas avoir été remanié, la grande piscine du caldarium C2 a été divisée en deux bassins, et le caldarium C1, caractérisé par une grande piscine semi-circulaire, a reçu en plus une toute petite cuve rectangulaire.


La transformation de la salle G (fig.4) est celle qui correspond le plus à l’exemple de Delphes : car il s'agit, ici aussi, d'une pièce froide, non pas frigidarium, dans son premier état, mais tambour de distribution entre F et les caldaria[13]. t, d'autre part, le remaniement a été effectué de la même manière : on a ouvert dans le mur nord de la pièce une brèche large de 1 m. 54 au sud, 1 m. 95 au nord, en entaillant les parois en biais[14]. A l'arrière, on a construit, une abside semi-circulaire, dont le rayon intérieur est de 1 m. 20 (fig.5). Cette excroissance pénètre largement dans la salle H, située immédiatement au nord, autant et plus que la nouvelle abside du frigidarium de Delphes n'entamait, la cour de service située en arrière. L'abside est occupée par un bassin bien conservé, avec tout son placage de marbre en place, maintenu par des crochets de fer[15], et des bourrelets
horizontaux et verticaux aux rencontres des plans. On accédait à la cuve, depuis G, en franchissant une margelle haute de 0 m. 53, large de 0 m. 47, doublée à l'arrière par une marche large de 1 m. 33[16] située à 0 m. 52 au-dessus du fond. Il y a un orifice de vidage. La cuve est plus grande que celle de Delphes, mais, si elle pouvait être utilisée à la rigueur par deux personnes à la fois, il est certain que ses dimensions ne peuvent être mises en rapport avec celles des grandes piscines de F.

Les autres transformations de ce bâtiment d'Argos portent sur des pièces chaudes. Le caldarium C2 ne comportait certainement qu'une seule piscine dans son état premier : en tout cas, l'arc qui limite au nord la pièce s'ouvre en son milieu d'un orifice voûté destiné manifestement à recevoir un dispositif “ testudo alvei [17]. Toute autre trace de la piscine a disparu, avec la reconstruction de l'hypocauste. Lors du grand remaniement, on établit une cuve de dimensions restreintes dans l'angle nord-est. De plan un peu irrégulier, pour s'adapter au tracé en arc du mur de fond, elle dessine en gros un rectangle de 1 m. 75 x 2 m. 10 intérieurement. La margelle, large de 0 m. 37 et de hauteur indéterminée, était doublée en avant par une marche large de 0 m. 34, en arrière par une autre marche de 0 m. 25 de large et 0 m. 44 de haut. La cuve comporte une vidange ; dans la paroi nord on a ouvert un orifice destiné à recevoir le dispositif de chauffage de l'eau. La cuve est construite en matériaux caractéristiques de l'état II du bâtiment. Il est tout à fait probable qu'une autre cuve semblable avait été bâtie dans l'angle nord-ouest de la pièce, encore qu'il n'en soit resté pratiquement aucune trace, toute cette partie du bâtiment ayant beaucoup souffert ; mais dans la paroi nord s'ouvre un orifice de testudo alvei symétrique de celui de la cuve nord est, et qui confirme l'existence en cet endroit d'un bassin à chauffer. Enfin, l'existence, entre les deux cuves, d'une large ouverture (celle de la tesludo alvei primitive) dont le niveau supérieur dépassait largement, celui du plancher suspendu, nécessitait un arrangement spécial. On voit encore, contre le bord ouest de la cuve conservée, les restes d'une sorte de petite voûte obliqué, descendant du nord vers le sud, et dont la fonction devait précisément être de racheter la différence entre le niveau de l'ancienne testudo et celui de la suspensura.


Tout autre est la transformation qui a affecté le, caldarium C1 : ici, on a installé une petite cuve individuelle (fig.6) dans la porte qui faisait communiquer C1 et C2. La cuve a donc des dimensions tout à fait réduites, 0 m. 92 x 1 m. 19 intérieurement. On y accédait, depuis C1, par une margelle large de 0 m. 40 et haute de 0 m. 75 par rapport au fond[18], précédée par une marche large de 0 m. 24, et suivie par une marche large de 0 m. 19, haute de 0 m. 40. La construction de la paroi nord est particulièrement légère. Comme on voulait laisser son ordonnance au caldarium C2, on disposait seulement de l'épaisseur de la cloison chauffante, c'est-à-dire une quinzaine de centimètres : aussi la cloison a-t-elle actuellement à peu près complètement disparu. La cuve comportait un orifice de vidange vers le sud, au niveau du plancher suspendu de C1 ; l'alimentation se faisait par un tuyau débouchant dans la paroi sud, et provenant de la grande piscine semi-circulaire de C1. Il semble donc que, dans la mesure où on voulait remplir la petite cuve d'eau non souillée, il fallait, le faire quand on venait d'emplir la grande piscine, en utilisant le trop-plein qui les unissait[19] ; ensuite, il suffisait de couper la communication. La cuve était entièrement plaquée de marbre blanc, avec bourrelets horizontaux et verticaux aux angles rentrants. La plaque inférieure comporte un graffito gravé fortement : . Une plaque, brisée en deux parties, et tombée dans la cuve, devait provenir de sa paroi est : elle portait la même inscription, dont on a trouvé encore un troisième fragment, dans les déblais. On reviendra sur son interprétation.

Ainsi, dans cet établissement plus encore qu'à Delphes, le sens de la transformation est clair : sans aller jusqu'à supprimer toutes les piscines collectives, on les double le plus possible par des cuves individuelles ou semi-individuelles, – car les plus grandes même ne peuvent avoir été utilisées correctement par plus de deux personnes à la fois. Or, ici encore, la transformation peut se dater avec une relative précision : elle doit être postérieure aux destructions des Goths, lors de leur seconde invasion : en effet, on a remployé pour le seuil de H une statue brisée, et la nouvelle organisation de cette pièce est contemporaine de la cuve absidiale de G. Les éléments de datation interne conduisent à cette même seconde moitié du IVe siècle.

Thermes du nord-est à Épidaure

– Mais la transformation la plus caractéristique est celle qu'ont subie les thermes du nord-est à Épidaure[20]. Ici, le frigidarium proprement dit n'a pas été modifié, mais on l'a doublé en supprimant l'hypocauste d'un des caldaria. Pour les autres, on a multiplié les cuves individuelles, tantôt en les créant de toutes pièces, tantôt en morcelant des piscines collectives (fig.7).

En C1, la partie nord de la pièce est occupée par des baignoires jumelles mais légèrement dissemblables (fig.8) ; par leurs dimensions d'abord, car celle de l'est mesure intérieurement 1 m. 20 du nord au sud, l'autre 1 m. 35. D'autre part, la margelle qui les sépare du reste de la pièce se présente différemment dans les deux cas : à l'ouest, c'est une banquette large de 0 m. 28, qui s'élevait ; a une hauteur de 0 m. 90, comme l'indique un fragment de placage horizontal conservé dans le montant est ; en avant, une marche intermédiaire, large de 0 m. 22 et haute de 0 m. 53 au-dessus du pavement, facilitait le passage ; la margelle franchie, on descendait dans la cuve par une marche de 0 m. 22 de large et 0 m. 53 de haut. Comme pour la cuve voisine, l'ensemble était recouvert de plaques de marbre, dont des fragments importants sont restés en place. Pour la baignoire est, le dispositif était plus simple : la margelle est large de 0 m. 33, et sa hauteur ne dépassait pas 0 m. 72 ; on n'a pas jugé bon d'établir une marche d'accès, seule subsiste la marche intérieure, large de 0 m. 26 et haute de 0 m. 48 au-dessus du fond. Un trou est percé dans la paroi entre les deux cuves, à 0 m. 88 au-dessus du fond de la cuve ouest, et 1 m. 10 au-dessus du fond de la cuve est : il limitait le niveau de l'eau de celle-là, mais servait surtout à remplir celle-ci, qui n'avait pas d'alimentation indépendante. Inversement, seule la cuve est possède un trou d'évacuation ; d'un diamètre de 5 cm.5, il est percé dans sa paroi antérieure, an niveau du sol de la salle, où les eaux pouvaient ruisseler, mais 0 m. 33 au-dessus du fond de la cuve : si bien qu'il ne pouvait fonctionner ni comme trop-plein, ni comme vidange. En fait, il était impossible de l'établir plus bas, au niveau du fond, car il aurait donné dans l'hypocauste ; aussi, l'orifice ne pouvait servir qu'à l'évacuation d'une partie de l'eau par dessus le pavement de C1 ; le reste devait être puisé, comme chaque fois que le trou de vidange fait défaut. Le chauffage des deux cuves était, réalisé par un hypocauste dont le fourneau se trouvait derrière la cuve ouest (fig.9).Il s'ouvre par un arc haut de 1 m. 15, donc plus élevé, de 0 m. 40 que le fond de la cuve. D'autre part, on voit, à la naissance de l'arc, le décrochement caractéristique de la testudo alvei. Ainsi, la cuve ouest avait moins besoin d'orifice d'évacuation, puisqu'on pouvait régler le niveau et vidanger depuis l'extérieur. Le remplissage de la cuve est se faisait par le trou de communication, quand la cuve ouest était pleine ; quand celle-là était pleine à son tour, il suffisait de boucher l'orifice pour les rendre indépendantes. Les deux cuves reposent sur un même hypocauste ; un rideau de tegulae mammatae courait sur les faces est et nord de la cuve est, et sur la face ouest de la cuve ouest, renforcées par des tuyaux de tirage verticaux.

L'appareil des murs des cuves, en grosses pierres à peu près entourées de briques, est caractéristique de l'état II du bâtiment. Fort heureusement, des traces assez nombreuses ont subsisté de l'état I pour qu'on puisse le restituer avec quelque certitude. On remarque, à l'extérieur du bâtiment, que le mur droit qui forme la paroi nord des cuves s'encastre dans un mur semi-circulaire, dont il reste une portion importante à l’ouest. Il est construit selon la technique de l'opus mixtum caractéristique de l'état I. De plus, vers l'intérieur, sur les parois est et ouest, on note une coupure nette (très apparente sur la fig.10) entre la partie nord, dont, la technique est celle de l'état II, et dans laquelle s'ouvre le conduit de tirage vertical, et la partie sud, toute en briques du type I, formant une sorte de montant large de 0 m. 60.Dès lors, il apparaît, que l'état I comportait à cette place une abside semi-circulaire, profonde approximativement de trois mètres, et qui faisait pendant, dans l'ordonnance générale du bâtiment, par delà la petite abside de C2, à celle de C3. Les deux montants de brique devaient la limiter vers le sud. Cet arrangement, implique la présence d'une piscine semi-circulaire, chauffée par un foyer placé en son centre ; la transformation a consisté à la remplacer par les deux cuves individuelles.

Le remaniement a été tout aussi radical dans la pièce chaude C4. Dans le dernier état, on y pénétrait depuis le vestibule V’’’, et on disposait d'une petite cuve semi-circulaire au nord, de deux cuves rectangulaires à l'est. L'étude de ces différents éléments montre que le plan primitif était tout autre. Et d'abord le vestibule V’’’, pièce de 3 m. 13 x 1 m. 55, comporte des traces manifestes d'un hypocauste, avec ses pillettes en place. Mais cet hypocauste ne pouvait recevoir de chaleur d'aucun côté, les quatre murs qui l'entourent étant pleins. Pourtant la paroi est porte, à ce niveau inférieur, des traces d'une réfection presque totale : dès lors, il apparaît que la pièce était chauffée dans l'état I ; lors de la transformation on combla l’hypocauste, en laissant subsister les pillettes encore en place. V’’’ devenait ainsi le vestibule froid d'une pièce chaude[21]. Mais la transformation avait une signification : tout autour de la pièce un ressaut large de 0 m. 11 environ règne à 1 m. 02 au-dessus du sol, et, il n'a aucune utilité dans l'état II du bâtiment. D'autre part, l'ouverture nord, qui met V’’’ en communication avec C3, est postérieure à l'état I du bâtiment : une brèche a été ouverte dans le mur. Ainsi, dans l'état I, V’’’ ne s'ouvrait que sur C4. Enfin, ce passage entre C4 et V’’’ présente des particularités caractéristiques : dans l’état II, la porte n’était large que de 0 m. 90 ; mais la paroi dans laquelle elle s'ouvre se compose de deux parties nettement distinctes : au centre, l'appareil est celui de l'état II, et de chaque côté, un montant bâti selon un appareil de l'état I fait une avancée de 0 m. 33 sur les parois nord et sud. Ces deux montants, qui laissent entre eux une baie de 2 m. 80, étaient plaqués de marbre sur leurs faces intérieures, et des fragments de cette décoration sont restés pris sous l'appareil de l'état II. On pressent ainsi comment pouvait, se présenter la pièce V’’’ primitivement : à l'extrémité d'une grande salle, un réduit fermé de tous côtés, mais ouvert largement sur elle ; tout nous invite à restituer là une piscine, montée sur hypocauste, qui faisait pendant, selon un schéma tout à fait courant, à la piscine rectangulaire qu'on restitue à l'est. Mais, lors de la grande transformation, cette grande piscine V’’’ parût inutile, et on profita de sa démolition pour établir à sa place un vestibule d'entrée à C4, alors qu'on bouchait l'entrée directe de C3 en cette pièce.

En effet, dans le dernier état du bâtiment, C4 présente sur sa face nord une petite abside semi-circulaire, occupée par une cuve individuelle. Sa largeur est de 0 m. 98, sa profondeur de 0 m. 73, et elle est séparée du reste de la pièce par une margelle large de 0 m. 19 dont on ne peut déterminer la hauteur. Le fond de la cuve était dallé de marbre, et les parois ornées de petites plaques verticales larges de 0 m. 20 seulement, pour mieux s'adapter au plan circulaire. La niche repose tout entière sur un blocage, sans qu'on ait essayé de prolonger l'hypocauste en cet endroit. Il est certain qu'il faut attribuer sa construction à l'état II ; car l'abside est bâtie selon un appareil caractéristique, qui, surtout, s'appuie sur le placage de marbre vert, de la paroi sud de G3 : or, dans l'état I, cette paroi s'interrompait sur une largeur de 0 m. 98, avec des têtes rectilignes : ainsi, c'est par cette ouverture qu'on pénétrait primitivement dans C4 depuis C3. Lors de la grande transformation, on jugea commode d'installer dans cette ouverture une cuve individuelle, la porte était déplacée plus au sud, à travers la paroi nord de la piscine ouest V’’’, transformée, elle, en vestibule. Ce remaniement évoque directement celui du frigidarium de Delphes et celui de la pièce C1 à Argos ; comme dans ce dernier exemple, et comme aussi pour la petite cuve de C1 à Argos, on a utilisé l'ouverture d'une porte pour y installer une cuve aux moindres frais ; dans les trois cas, l'abside fait saillie sur la pièce située en arrière, qui par là perd sa belle ordonnance[22].

La transformation de C4 fut rendue complète par le remaniement de la zone est de la pièce. Dans le dernier état, elle comportait deux cuves de dimensions sensiblement inégales, comme dans la salle C1. Celle du nord mesure 1 m. 02 du nord au sud, avec une largeur de 1 m. 31 ; celle du sud 1 m. 60. De l'agencement intérieur on ne peut, rien dire, car la suspensura s'est effondrée : mais le chauffage se faisait par deux fourneaux situés derrière la paroi est, avec chaque fois un dispositif de testudo alvei[23]. Le parallélisme très net entre les dispositions et les dimensions de ces cuves et celles de la pièce C1, pour lesquelles l'attribution à la seconde époque est, assurée, nous inviterait déjà à leur donner la même date. Cette hypothèse est confirmée par l'examen de la construction, particulièrement du mur qui les enserre. Il se compose en effet de deux parties nettement distinctes : à l'extérieur, un mur bâti en opus mixtum caractéristique de l'état I est large de 0 m. 58 à l'est, davantage au sud où il détermine l'abside est de F. A l'intérieur, une paroi large de 0 m. 48 à l'est, de 0 m. 29 au nord et au sud, construite en moellons entourés de briques, appartient à l'état second. Peut-on maintenant imaginer quel devait, être l'arrangement primitif de cette partie de la pièce? Encore qu'on n'ait pas ici de traces évidentes comme en C1, il est tout à fait, vraisemblable qu'il y avait une grande piscine unique, faisant pendant à la piscine ouest V’’’, et qu'on aurait remplacée par deux petites cuves, exactement comme dans C1.

Ainsi, les thermes du nord-est à Épidaure constituent probablement le bâtiment où apparaît avec le plus d'évidence ce goût pour le bain individuel dont, nous avons voulu rassembler ici quelques manifestations architecturales : car, sans compter le bain annexe sur lequel nous reviendrons, cinq cuves particulières au moins ont été créées, avec suppression ou transformation de trois piscines collectives. La date de ce remaniement doit être approximativement, fixée, par comparaison entre les appareils et ceux d'autres bâtiments d'Épidaure, à la fin du IVe siècle ou au début du Ve.

L'explication de ce goût nouveau peut être cherchée dans plusieurs directions, et il est probable qu'effectivement des tendances diverses ont, concouru à le faire naître. Tendances dont on aimerait connaître la durée : il sera question plus bas du bain turc ; mais, pour l'époque byzantine, si on s'en tenait aux découvertes archéologiques, on manquerait de documents indiquant une persistance du goût pour le bain individuel. Il est vrai qu'en ce domaine nos informations sont très limitées : les tentatives faites pour retrouver les bains byzantins dans des bains turcs sont extrêmement, aléatoires[24], et les quelques bains de monastères connus ne sont ni assez nombreux ni suffisamment, bien conservés pour permettre la moindre conclusion assurée[25]. Par contre, les textes semblent indiquer une faveur assez continue du bain individuel : à preuve la distinction linguistique qui apparaît dans les passages concernant les bains entre les mots désignant la piscine collective,vv, la plupart du temps, ou [26]; et les mots qui désignent la petite cuve, ,[27].Encore faut-il admettre une certaine indifférenciation du vocabulaire. Le fait que désigne bien une cuve particulière est attesté par la correspondance [28]; mais l' ne pouvait-elle être collective ? Malgré la correspondance plusieurs fois établie v[29], certains exemples pourraient l'indiquer[30].Finalement il semble y avoir eu un certain flottement dans les usages ; et jamais cette vogue des cuves individuelles ne supplanta entièrement le bain collectif ; en tout cas, elle ne pénétra pas en Occident, nous l'avons vu.

Mais enfin, quelle qu'ait pu être sa fortune, il demeure qu'elle est parfaitement constatable en Grèce vers le IVe siècle de notre ère. Or, il ne faut pas essayer de faire intervenir, pour expliquer cette multiplication des cuves individuelles aux dépends des piscines collectives, des considérations d'ordre économique, en rapport par exemple avec l'appauvrissement généralisé après les ravages des Goths, qui se manifeste, dans les bains même, par la réduction du nombre des foyers[31] ; car il n'était pas plus facile de chauffer deux cuves petites qu'une grande, au contraire[32] ; et d'ailleurs une explication de cet ordre ne rendrait pas compte des petites cuves des frigidaria.

L'hypothèse la plus séduisante, suggérée par la date de ces transformations, les mettrait en rapport avec quelque réaction de pudeur chrétienne contre l'immoralité des bains pris en commun dans les piscines collectives. Et certes les textes ne manquent pas, surtout en Orient, qui stigmatisent la mollesse qu'engendrent les bains : mais, dans la plupart des cas, ils visent plutôt la complaisance envers la chair, dont les soins de propreté sont une forme, que l'impudeur de la promiscuité. Ainsi, les ascètes s'abstenaient de bains, surtout dans le monachisme oriental, au point que la règle de Saint Pacôme les interdit presque[33], plutôt pour vaincre les tentations charnelles que par souci de décence[34]. Certains textes pourtant témoignent d'un ordre de préoccupations qui pourrait expliquer les cuves individuelles : ainsi, Saint Athanase semble indiquer que Saint Antoine ne se lavait pas pour qu'on ne le vît pas nu[35] ; et, chez les Latins, Saint Jérôme, qui essaya de faire passer en Occident les règles du mouvement ascétique, demande qu'une vierge chrétienne ne se baigne pas avec les eunuques ou avec les femmes mariées même, afin que la révélation de leur corps ne soit pas source de pensée impure[36]. En ce sens, le christianisme aurait retrouvé la rigueur des vieilles mœurs romaines, pour lesquelles le père ne pouvait se baigner avec le fils, ni le gendre avec le beau-père[37], et ainsi la création des petites cuves correspondrait, en l'accentuant, à la tendance qui présidait, précisément à la même époque, à la création de bains séparés pour hommes et femmes[38], souvent par dédoublement de bains déjà existants : le cas d'Épidaure est caractéristique, les deux transformations étant exactement contemporaines[39].

Mais l'exagération de ce souci de pudeur ne pouvait se contenter de la suppression des piscines collectives, et aboutissait en fait à la suppression même du bain : car il ne s'agit plus de ne point laisser voir son corps, ou de ne point regarder le corps d'autrui, mais bien de ne pas voir le sien propre : ainsi le attribué à Saint Athanase recommande aux jeunes filles chrétiennes de ne point user de bains qui obligent à se dévêtir jusqu'à la nudité[40] ; et la veuve Olympias, que Saint Jean Chrysostome donnait en modèle[41], forcée par quelque maladie de prendre un bain[42], ne descendait dans l'eau qu'avec quelque vêtement[43]. De toute manière, il importe de distinguer les règles de la pratique ; l'habitude du bain en commun entre hommes et femmes subsista assez longtemps, en pleine période chrétienne, pour qu'on n'ait pas marqué une particulière répulsion envers le bain pris en commun dans une piscine par des individus du même sexe : l'insistance des Pères pour réprimer cette habitude là[44] montre que, pour la grande masse des usagers, les scrupules de pudeur ne jouaient pas un rôle tellement important dans la conception du bain ; en tout cas, ils ne sauraient à eux seuls expliquer l'engouement pour les cuves individuelles. On ne peut négliger, pour l'ensemble de la période byzantine, les textes auxquels nous avons fait allusion plus haut et qui mentionnent les piscines collectives, ni les figurations chrétiennes de bains collectifs[45]. Et, à l'objection que ces derniers exemples appartiennent à une période postérieure à la transformation des bains d'Argos, d'Épidaure ou de Delphes, on répondrait que, dans ces trois bâtiments, rien n'indique qu'on ait complètement abandonné l'emploi des piscines collectives, dont certaines paraissent n'avoir subi aucune modification.

On trouverait une autre possibilité d'explication dans un parallèle entre les cuves individuelles d'Épidaure et celles d'un certain nombre de stations thermales du monde romain. Car on rencontre assez fréquemment en Occident des baignoires ou cuves particulières, mais dans des établissements à valeur médicale marquée, en particulier quand ils sont bâtis sur des sources chaudes : ainsi le bain des Aquae Flavianae en Algérie[46], en Gaule le bain d'Arles avec ses petites cuves destinées aux malades[47] ou les établissements d'Amélie-les-Bains[48], en Italie les bains de Baïes[49], et le bain de Badenweiler en Forêt-Noire[50]. Dans ces exemples, l'emploi de cuves individuelles doit être évidemment mis en rapport avec le souci d'isoler les malades, par mesure d'hygiène. Il serait tentant d'expliquer par les mêmes considérations les cuves individuelles d'Épidaure, que devaient utiliser les fidèles venus chercher auprès du dieu la guérison. Mais l'explication encore serait partielle, puisque les piscines froides collectives demeurèrent intactes ; et surtout elle ne vaudrait pas pour des bains tels que ceux d'Argos ou de Delphes, où ces considérations ne pouvaient intervenir au même titre. L'hypothèse ne saurait donc être adoptée sous cette forme : mais il est probable qu'il faut chercher l'explication dans un domaine voisin, et faire intervenir non plus exactement l'hygiène, mais un souci de commodité et d'agrément, lié à une évolution de l'art du bain. L’idée devait nécessairement venir qu'il était plus agréable de se laver dans une cuve individuelle que dans une piscine collective. Pour l'époque hellénistique déjà un texte de Polybe[51] montre ce goût, que les réalités archéologiques confirment[52]. A cet égard, l'inscription sur la petite cuve d'Argos est caractéristique : elle rappelle, avec l'usage, courant ait Bas-Empire, de désigner par le seul mot les bains publics[53], l'inscription d'une vasque représentée sur un vase à figures rouges[54]. Mais on ne peut la mettre sur le même plan que les nombreuses mentions de bains “ publics ” de l'antiquité : car il est trop évident que l'ensemble du bâtiment était à la disposition de la collectivité. Si on a jugé bon de rappeler sur la petite cuve le caractère commun du bain, c'est qu'à cause de sa commodité particulière elle aurait pu être réservée en droit ou accaparée en fait par quelque habitué de l'établissement, et que dès lors il importait de bien marquer qu'elle était accessible à tous. Et certes on constate dans les textes une sorte de raffinement croissant dans les exigences des baigneurs : aux premiers siècles de l'empire, le bain chaud collectif se prenait dans une piscine dont la température était indépendante du désir de chacun ; mais, à l'époque byzantine, la cuve est remplie d'eau chaude mêlée d'eau froide à la convenance du baigneur, qui la tâtait de la main avant d'entrer dans la cuve[55] ; ainsi, puisqu'il fallait changer d'eau à chaque baigneur[56], on avait intérêt à faire la cuve aussi petite que possible. Enfin, cette transformation semble correspondre à l'aboutissement de toute une évolution de l'art du bain ; dans les premiers établissements romains, comme dans les bains hellénistiques, la différenciation est très marquée entre le bain de propreté et le bain de délassement[57] : on se lave d'abord autour du labrum[58] avant de se tremper dans la piscine. Mais les deux fonctions se mêlent progressivement : à l'époque byzantine, on connaît plusieurs produits détergents, qu'on emploie largement pendant le bain[59], mais rien n'indique qu'ils soient utilisés avant l'entrée dans la baignoire[60] ; en réalité, des cuves individuelles comme celles d'Épidaure devaient être utilisées exactement comme nos baignoires actuelles, pour l'ensemble des fonctions de propreté ; les serviteurs dont il est fait souvent mention[61], se tenaient près de la cuve pour verser l'eau sur les épaules et la tête du baigneur, selon la manière archaïque[62]. Dans ces conditions, le bain ne pouvait guère être qu'individuel, et il présentait les agréments et les défauts du bain occidental moderne : cependant, il était suivi de l'immersion dans une cuve froide, bien attestée[63], qui, elle, pouvait être collective, car, d'une part, il n'y avait pas à tenir compte des goûts de chacun pour telle ou telle température de l'eau, et, d'autre part, les corps avaient été déjà lavés dans les petites cuves individuelles. On comprendrait ainsi que, dans l'ensemble, les cuves froides des thermes n'aient pas été modifiées.

Dès lors, il semble qu'on doive établir une coupure très nette, sinon au point de vue morphologique, du moins en ce qui concerne l'utilisation, entre ces bains byzantins et les bains turcs. Car, dans la période turque, on semble avoir eu une telle répugnance pour l'immersion dans une eau souillée, que le nettoyage faisait l'essentiel du bain, au point que le “ bain de délassement ” était très souvent complètement éliminé : certes, quelques établissements publics comportaient des baignoires, avec gradins pour y descendre, mais on ne les utilisait que dans les cas où l'immersion était ordonnée pour des raisons médicales[64] ; dans la plupart des cas, les exemples de baignoires individuelles dans les bains turcs sont tout à fait modernes[65]. Du bain byzantin, seule est conservée l'ejpavntlhsiς, mais effectuée en dehors de la cuve. On assisterait donc, dans l'histoire du bain, à une sorte de mouvement de va-et-vient : le bain par immersion, de propreté et de délassement à la fois, courant à l'époque préhellénique et archaïque, est peu à peu remplacé par le bain de propreté classique et hellénistique, pris dans une cuve plate, et qui toujours précédait le bain de délassement ; puis, vers l'époque romaine, le bain par immersion se répand de plus en plus, à cause de son agrément, et on tend à retrouver l'indifférenciation des fonctions, qui explique le développement des cuves individuelles pour le bain chaud ; la réaction, dans le bain turc, sera d'abandonner presque complètement l'immersion, au profit des seules ablutions de propreté.


[1] Cf. A. Mau, Pompeji in Leben und Kunst, p. 174 et fig. 85, p. 175.
[2] Cf. Lucrèce, De natura rerum, 6, 800 (pour un bain chaud) ; Tite-Live, 44, 6, 1 (il s'agit d'une baignoire royale) ; Sénèque, Epist. LXXXIII, 5 (pour un bain tiède) ; Pline, Nat. hist. XXXIII, 152 (dans un cas d'ailleurs assez particulier).Dans Vitruve, IX, praef. 21, il s'agit d'un exemple, historique, qui ramène an bain grec ; et les textes de Scribonius Largus, 130, et Celse, VII, 26, 5 concernent des bains médicaux. Cf. aussi Suétone, Divus Augustus, 82, 2, où l’interprétation de sotium en correspondance avec le mot dureta est difficile : il est probable qu'il ne s'agit pas d'un simple tabouret (contra. éd. Budé, trad. H. Ailloud), l'emploi même d'un terme étranger indiquant quelque particularité de l'objet. Mais il est douteux qu'il s'agisse d'une cuve à immersion, car alors la fin de la phrase devient peu claire. Le mot solium désigne une baignoire collective chez Pétrone, Satiricon, 73.
[3] Cf. Cicéron, Pro Caelio, 67 ; Vitruve, V, X, 2.4.Alveus a pu désigner la petite cuve, cf. Julius Capitolinus, Clodius Albinus, 5 ; mais cf. la distinction de Festus, p. 298 b, 22 M. Les alveoli de Vitruve (V, X, 7 “ testudinesque alveolorum ”) évoqueraient les petites cuves individuelles, chauffées par le même hypocauste, d'Épidaure par exemple.
[4] Cf. la bibliographie de l'Exploration archéologique de Délos, XVIII, le mobilier délien, p. 88. notes 6 et 7 et fig. 123. Mr E. Kunze me communique aimablement qu'une grande baignoire de marbre vient d'être trouvée dons des thermes romains tardifs d'Olympie.
[5] On ne tiendra évidemment pas compte des bains privés, bains de villas, etc., de très petites dimensions et où les cuves sont nécessairement restreintes ; ainsi en est-il au bain de Zevgolatio, cf. ci-dessus, p. 102-120.
[6] Les trois bâtiments seront publiés en même temps dans un fascicule des Fouilles de Delphes.
[7] Sur la profondeur habituelle des bassins, cf. ci-dessus p. 106, n. 4.
[8] Dans ce bâtiment. les constructions de l'état I sont remarquables par leurs briques de 0 m. 28 à 0 m. 30 de côté, épaisses de 3 cm. 3 à 3 cm. 6, le plus souvent coupées en deux. L'état II
se caractérise par des briques carrées de 0 m. 40 à 0 m. 42 de côté, épaisses de 3 centimètres à
3 cm. 5. et par des briques rectangulaires de 0 m. 21-0 m. 22 x 0 m. 29-0 m. 30, épaisses de 0 m. 03. Mais les deux états se différencient aussi par la technique des joints, des enduits etc.
[9] Il n'était pas question de le remplacer ni même de le compléter, tout le remaniement ayant été réalisé aux moindres frais.
[10] Cf. R. Phil. 1911, pp. 183 ss, et pp. 347-348.
[11] Cf. BCH 76 1952, 653-660.
[12] Cf. ci-dessous, Chronique des fouilles, pp. 323-328.
[13] On ne peut appeler cette pièce tepidarium, car elle n'est pas bâtie sur hypocauste. Sur ces tambours intermédiaires entre pièces chaudes et froides, cf. l'exemple de Delphes et ci-dessus, p. 110, n.4.
[14] En cet endroit existait, clans l'état I, une porte large de 1 m. 20. Les traces des tableaux en sont très visibles à la partie intérieure de la margelle.
[15] Le dispositif d'accrochage, avec crampon apparent au milieu de la ligne supérieure de chaque plaque, semble tout à fait tardif.
[16] Cette “ marche ” est au niveau du sol de la salle G, c’est-à-dire qu'on a posé la margelle sur le sol déjà existant. Il en est de même pour la petite cuve de Delphes.
[17] Cf. ci-dessus, p. 114, n. 1.
[18] Le niveau du fond de la cuve correspond à celui du pavement de la salle ; dans la cuve de G et dans celle de Delphes, le sol ancien sert de marche de descente.
[19] On retrouvera un procédé comparable à Épidaure, cf. ci-dessous, p. 143.
[20] Nos remerciements les plus sincères vont au Service Archéologique grec et en particulier à Mr J. Papadimitriou, qui nous ont permis, en 1952, de faire de nombreuses observations dans ce bâtiment.
[21] En fait, la salle C3 aussi était devenue à ce moment une pièce froide, ses deux fourneaux ayant été bouchés.
[22] C'est à Delphes que la gêne est la moins grande, la salle située en arrière étant une cour de service. Mais à Argos la construction de la petite cuve en abside entraîna un remaniement complet de H, et, à Épidaure, une des portes de C3 devint malaisément utilisable.
[23] Tardivement, le chauffage se faisait seulement par la cuve nord, et on retrouvait ainsi exactement le dispositif de C1.
[24] Cf. par exemple, Ch. Texier, Architecture byzantine, pl. LVII et pp. 175 ss., à propos du bain de Mahomet II à Constantinople.
[25] Cf. A. Orlandos, , p. 29, le bain du monastère près de Derbenosalesi dans le Cithéron, qui date du XIIe ou XIIIe siècle, et ne semble pas comporter de cuves individuelles.
[26] Cf. Koukoulè, t. 4, p. 434, notes 3-5.
[27] Cf. ibid., p. 438, notes 2-5.
[28] Cf. le lexique de Suidas, s.v. et le lexique de Zonaras, s. v. . Tel était d'ailleurs le sens du mot à l'époque classique : cf. les nombreux exemples d'Aristophane, etc. Peut-être pourrait-on tirer une indication supplémentaire du texte d'Eustathe de Thessalonique parlant des moines qui se plongent (an pluriel) (cf. Tafel, Eustathii opuscula, 220, 29).
[29] CI. Koukoulé, l. l, p. 438, n. 6.
[30] Par exemple le texte de Théophane AM 5864 = AC 364 (l'anecdote évoque d'ailleurs Polybe XXX, 29 (23), 3). Cf. aussi les scholies de Reiske à l'de Constantin Porphyrogénète (2, 626 = 554.13) où on fait ressortir la ressemblance de formation des mots et descencio. On pourrait ajouter qu'Alexandre d'Aphrodisias, (Ideler, Physici et medcri graeci minores, I, 37, 22) emploie le mot pour caractériser l'entrée dans l'v, ce fini confirme la correspondance de celle-ci et de la descensio: or la descensio est essentiellement collective. Cf. aussi certaines dérivations tardives, qui semblent souligner ce caractère, Koukoulé, l. l., p. 439, n. 6, à la fin. Pourtant le fait que désignent souvent des chaussures caractériserait une cuve relativement étroite.
[31] Cette tendance apparaît bien à Épidaure, à Zevgolatio (cf. ci-dessus, p. 119, n. 1), etc.
[32] En tout cas, in multiplication du nombre des cuves ne correspond pas à une multiplication du nombre des foyers ; l'eau chaude provient de la cuve contigüe (Épidaure) ou d'une piscine voisine (petite cuve d'Argos).
[33] Cf. Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie, t. II, 1 B, s. v. “ bain ”, col. 87.
[34] Cf. les autres exemples ibid., col. 88.
[35] Cf. Patrologia Graeca, t. XXVI, col. 912.
[36] Cf. Ep. CVII, ad Laetam, Patrologia Latina, t. XXII, col. 876.
[37] Cf. Cicéron, De off. 1, 35; 129 ; Plutarque, Calo maj. 20; mais Valère-Maxime (2, 1, 7) et saint Ambroise, De officiis 1, 18, 79, qui connaissent cette règle, en parlent comme d'une chose ancienne.
[38] Ce sont les (ci. Koukoulé, l. l., p. 137 et n. 1) par opposition aux .
[39] Sur le plan fig. 7. les petites pièces a. f, t, c, dans l'angle sud-ouest, constituent un petit bain indépendant, avec dans le frigidarium et le caldarium de petites cuves individuelles, là même où on pouvait établir une piscine commune ; le type du frigidarium, avec ses étroites cuves absidiales juxtaposées, évoque directement celui d'Asiné (cf. O. Frödin et A. W. Persson, Asine, fig. 83). On pourrait expliquer de la même manière le bain particulier dans les thermes du Cladeos à Olympie (cf. IV. Bericht, pl. 422).
[40] Cf. P. G., L. XXVIII, col. 264.
[41] Cf. Palladius, Vita S. J. Chrysostomi, P. G., t. XLVII, col. 61.
[42] Étant en bonne santé, elle n'aurait pas pris le bain, ce qui est l'autre aspect de l'interdit religieux, le souci de mortification de la chair.
[43] Comme de nos jours dans certains établissements religieux. Cf. aussi l'anecdote de Saint Nil et le précepte “ ne aspicias corpus tuum ”, Dict. d'arch. chrétienne et de liturgie, 1. 1., col. 89, n. 3.
[44] Ainsi le Concile de Laodicée, dans son canon 30 (cf. Mansi, Concil. collect., t. II, col. 569) puis Justinien (Cod. Just. I. V, tit. XVII, leg. 11, § 2) ; le concile “ in Trullo ” (cf. Mansi, l. l., t. XI, col. 978) ; et cf. en général le Dict. d'arch. chrétienne, II, 1, B, col. 81-82. Il est vrai que même le rédacteur de la Didascalie admet, sous certaines réserves, le bain en commun des hommes et des femmes (La Didascalie, tract. par Nau, p. 13, 18, c. II et III). Mais cette tolérance est supprimée par le rédacteur des Constitutions apostoliques qui l'adapte. Et cf. les attaques contre les femmes (fui se faisaient frotter aux bains par leurs domestiques, dans Clément (Pédagogie, 3, 5, 32) et Oribase (cf. Koukoulé, l. l., p. 450, n. 8).
[45] Cf. la miniature du XIIIe siècle représentant le Bain de Pouzzoles (Paciaudi, De sacr. christian. balneis, p. 58, tab. II).
[46] Cf. St. Gsell, Monuments antiques de l'Algérie, I, fig. 72.
[47] Cf. D. Krencker, Die Trierer Kaiserthermen. p. 249, avec bibliographie.
[48] Cf. De Caumont, Bull. Mon, 1870, p. 620, p. 218.
[49] Cf. une bibliographie dans le D. A. (Daremberg-Saglio-Pottier), I, p. 662. n. 213.
[50] Cf. ibid., p. 661, n. 209.
[51] Historiae, XXX. 29 (23) 3.
[52] L'époque hellénistique connaît aussi bien le bain collectif par immersion (au gymnase de Delphes, cf. Fouilles de Delphes, II, J. Jannoray, Le Gymnase, p. 61 ; à Gortys, dans le sanctuaire du plateau, cf. BCH, 64-65 (1940-41), p. 280) que le bain par immersion dans des cuves individuelles (à Gortys, le bain du sanctuaire du torrent, cuves de la salle D, cf. ci-dessous, p. 333). Et cf. la réaction de Galien, De meth. med. VII 6 = X 473 K.
[53] Cf. J. et L. Robert, REG, 59-60 (1946-47), Bull. épigr., 207.
[54] Cf.Tischbein, Recueil, I, 51 ; Millin, Peint. de Vases II, 45 ; cette inscription est à mettre en rapport avec celle du vase Durand, , cf. R. Rochette, Mon. Inéd. d'antiquité figurée, p. 236, n. 4.
[55] Cf. Koukoulé, l. l., pp. 452 (particulièrement n. 4) et 453.
[56] Cf. Hesseling-Pernot, Poèmes prodromiques, III, 118.
[57] Cf. sur ces notions R. G., BCH 76 (1952), pp. 545-546.
[58] Cf. dans A. Mau, Pompeji in Leben und Kunst, le caldarium des hommes dans les Thermes de Stabies, qui comporte un alveus rectangulaire et un support de labrum rond (p. 177) ; de même pour le caldarium des femmes (p. 178) ; de même pour le caldarium des hommes des Thermes du Forum (p. 181) ou pour le caldarium des femmes (p. 191), etc. Et cf. les mentions épigraphiques du labrum.
[59] Cf. Koukoulé, l. l., p. 451, et l'apparition des mots .
[60] D'après Koukoulé, l. l., p. 4.52, il faudrait distinguer le bain comportant un nettoyage suivi d'ablutions (mais on ne donne pas de références), et le bain comportant l'immersion dans la cuve, auquel se rapporteraient les témoignages cités p. 453. Il semble bien que ni les textes ni les réalités archéologiques ne rendent nécessaire, ni même acceptable, cette distinction.
[61] Et dont les Pères recommandent de réduire le nombre, cf. Koukoulé, l. l., p. 450, n. S.
[62] Cf. la petite terre-cuite de Chypre, BCH 24 (1900), p. 515, fig. 2.
[63] Cf. Koukoulé, l. l., p. 454.
[64] Cf. Millingen, Gazette médicale d'Orient, Ier janvier 1858, in S. S. Mavrogény, Leg bains orientaux, 1891, p. 59.
[65] Cf.K. Klinghardt, Türkische Bäder, p. 9, qui cite le bain de Kükürdli Hamam à Brousse, avec une salle entière réservée au bain individuel, mais construite à l'imitation des bains occidentaux ; par contre, dans le bain de Jeni Kaplidesca , on ne trouve qu'une seule cuve dans une salle latérale, et il en est ainsi généralement.

Haut de la page Retour à la liste des articles en ligne

© Archéologie et systèmes d'information, UMR 7041 ArScAn. Hommage à René Ginouvès (en ligne), 2003 (consulté le ...) <www.mae.u-paris10.fr/ginouves/index.html>