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à R. Ginouvès
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R. Ginouvès, P. Charneux
"Reconnaissance en Arcadie. Fortifications de Paliocastro, Saint Nicolas et Hellenico"
Bulletin de Correspondance Hellénique 80, 1956, p. 522-546.

Nous présentons ici trois sites d'Arcadie occidentale, peu visités et mal connus, Paliocastro, Saint Nicolas près de Vlachorafti et Hellenico près de Moulatsi. Chacun comporte une forteresse, plus ou moins importante, dont on peut se demander quels rapports la liaient avec les fortifications de Gortys, distantes au plus de trois ou quatre heures de marche[1]. Les deux premières, particulièrement, se trouvent sur la grande voie d'accès bien connue de Pausanias et des voyageurs modernes[2], qui, passant par Gortys, fait communiquer la plaine de Mégalépolis avec la plaine de l'Elide. L'étude d'une carte, mais surtout la vision directe des lieux, montre que cette route ancienne ne pouvait suivre les cours d'eau, Alphée ou Gortynios : la vallée de celui-ci, – sa gorge plutôt –, remonte trop vers le Nord, en direction de Dimitsana, l’ancienne Teuthis ; en fait, passant entre la montagne de Zatouna, à l’Ouest, et le Klinivitsa, à l’Est, elle conduit à la haute vallée du Ladon[3]. Quant au cours de l'Alphée, qui serait la liaison attendue entre les deux plaines, il présente, à partir de Karytaina, une série de défilés difficilement franchissables. La route ancienne ne pouvait qu'emprunter la vallée assez douce, orientée en gros Nord-Ouest/Sud-Est, et comprise entre la montagne de Zatouna, au Nord, et au Sud une petite chaîne qui borde immédiatement la rive droite de l'Alphée. La forteresse de Paliocastro est située sur le dernier mamelon un peu prononcé – 300 mètres au-dessus de la mer – à l’extrémité Nord-Ouest de cette chaîne : elle domine l’entrée du passage, où coule un petit affluent de l'Alphée[4]. Le fortin de Saint-Nicolas occupe, au-dessus du village de Vlachorafti, un des points les plus élevés de ces montagnes (941 mètres), le mieux isolé en tout cas : il surveille à la fois les deux plaines, et particulièrement la route ancienne à son point le plus élevé, avant qu’elle ne redescende, au Nord de l'actuel village d'Atsicolo, vers la grande forteresse de Gortys, qui barrait l’accès à la plaine. La relation d'Hellenico avec ce système est moins nette. Ce petit poste, d'où l’on voit parfaitement l’enceinte de Gortys et le fortin de Saint-Nicolas, semble plutôt fermer une des voies qui, depuis le Gortynios, remontaient, sous les pentes du Klinivitsa, vers les pays du Nord-Est : actuellement, il domine le chemin qui conduit, depuis les fouilles du sanctuaire inférieur, aux collines de Moulatsi, d’où la route monte vers Chrisovitsi, par le passage de Stemnitsa. Le petit fortin antique pouvait contrôler cette voie d’accès, une des très rares vers le Ménale et les plateaux de l'Arcadie Orientale.

I. Paliocastro

Entre Héraia et Mégalépolis Pausanias a signalé deux localités, Mélaineai et Bouphagion[5]. A l'époque moderne, comme il arrive si souvent, c'est J. G. Frazer, Pausanias’s description of Greece, IV, p. 301-304, qui a décrit cet itinéraire avec la plus grande abondance de détails. Deux sites antiques y ont depuis longtemps retenu l'attention des voyageurs, l'un d'eux, à Paliocastro, dont la forteresse a été identifiée presque généralement, en réalité sans doute possible, à Bouphagion[6].

Comme il apparaît sur le plan (fig. 3) l’enceinte de la forteresse de Paliocastro est double. La figure 2 permet de juger le rapport entre la citadelle intérieure (immédiatement, en dessous de la petite chapelle) et la fortification extérieure (entre l’olivier à gauche, situé un peu en dessous de la tour T7, et le dernier à droite, sous lequel passe la courtine C 12). Seule d'ailleurs l'enceinte supérieure a, dans l’état actuel, un tracé déterminable avec quelque précision. Elle forme en gros un quadrilatère orienté Sud-Ouest/Nord-Est, long d'un peu plus de 45 mètres, large d'un peu de plus de 35, qui utilise habilement une position dominante naturelle. La courtine Est C1, avec son extension de 17 mètres, est comprise entre deux tours quadrangulaires, mais non rectangulaires, T1 et T2, dont il semble que le niveau inférieur communiquait avec l'intérieur de la citadelle. Elles se rattachent chaque fois par un angle à un angle de l'enceinte, si bien qu'en fait, elles présentent, quatre côtés[7], dont les plus grandes longueurs n'excèdent guère 6 mètres. La muraille Sud présente vers le milieu un décrochement qui la divise en deux courtines C2 et C3 : il est orienté de manière à faciliter la défense, en menaçant le flanc droit des assaillants[8], et de plus il coupe une courtine dont la longueur aurait dépassé les 40 mètres[9]. On ne peut préciser comment se faisait la liaison entre les courtines C3 et C4 : le petit côté Ouest de la fortification, qui reposait sur le rocher à pic, a été entièrement détruit ; pourtant, il semblerait que l'extrémité Ouest de C3 se prolonge un peu au delà de la ligne où il faut bien restituer C4, ce qui rend vraisemblable l'existence d'une tour d'angle T3. Le dispositif au Nord de C4 est tout différent : on trouve ici une tour ronde, d'un diamètre approximatif de 6 mètres, bloquée entre deux arêtes verticales de rocher, dont, l'existence semble justifier la forme particulière de la tour en cet endroit. Enfin le long côté Nord présente une courtine C5 longue d'une vingtaine de mètres, dont l’extrémité Ouest se raccorde avec un mur Nord-Sud, doublé à l’Ouest par un autre mur grossièrement parallèle, dont l’extrémité Sud aboutit au rocher contre lequel s’appuie la tour T4. L’espace entre ces deux murs est de 2 m. 20 au Nord, de 1 m. 25 au Sud, où ils sont réunis par une paroi perpendiculaire, tandis qu'au Nord ils sont indépendants : il ne peut s'agir que de l'entrée de la forteresse, avec la porte reculée au fond d'un entonnoir, et probablement une pente assez raide permettant d'accéder au plateau supérieur : le mur Ouest indépendant dominait le flanc droit des assaillants[10].

Le tracé de la grande enceinte, qui dans l'ensemble suit un mouvement du terrain situé entre 10 et 20 mètres plus bas, est malheureusement beaucoup plus difficile à déterminer. Pour la face Nord même, il est à présumer qu'elle a entièrement disparu, les blocs ayant roulé sur la pente très abrupte, le long de laquelle on les rencontre çà et là. Il semble pourtant qu'ici encore le tracé formait un grand rectangle allongé selon l'axe de l'éperon, avec une extension totale qui dépassait 200 mètres pour une largeur d'une centaine de mètres[11]. Au Sud-Ouest apparaissent, dominant directement l'Alphée, les courtines C6 et C7, longues au plus chacune d'une vingtaine de mètres, et occupant une série de positions fortes, sans qu'on puisse établir comment se faisait leur liaison[12]. Plus au Sud, la tour T5 s'appuye, comme T4, sur une arête de rocher qui fait nettement saillie au Sud. Il semble qu'on ait alors une courtine rectiligne C8 (25 mètres environ), à l'extrémité de laquelle la liaison avec le long côté Sud-Est se faisait non par une véritable tour, mais par une sorte d'arrondi T6, flanquant correctement C8, mais se prolongeant en ligne droite vers C9. Toute cette partie de la forteresse est d'ailleurs extrêmement ruinée, et on ne retrouve plus que des lambeaux de murs, jusqu'à la tour T7, que dans l'état actuel on devine plus qu'on ne voit[13].Ensuite vient une longue courtine droite C10, longue de 37 m. 50 et bien conservée (fig. 4-7), flanquée à droite par une puissante tour quadrangulaire, mais irrégulière, T8, large de 6 m. 50 en façade, et à laquelle elle se rattache par un pan coupé. Encore que cette région soit rendue peu claire par l'accumulation des blocs tombés, il semble évident qu'il faille y restituer l'entrée de la forteresse. En effet, la face Nord de T8 fait nettement retour à son extrémité occidentale, avec l'angle marqué par des blocs plus gros : ainsi est réservé un passage de plus de deux mètres entre la tour et la courtine C11, dont malheureusement on ne peut étudier la limite Sud, cachée sous les terres ; mais il est probable qu'elle rejoignait le mur M7, dont on voit les traces au niveau du sol actuel, et qui dessine ici encore une entrée en entonnoir le passage entre M7 et C10, large de plus de 5 mètres au Nord, se réduit à 2 m. 50 à ce qui paraît être son extrémité méridionale, là où il faut restituer une porte[14] : une petite fouille permettrait d'éclaircir ce dispositif de toute manière intéressant, et peut-être aussi les constructions qui le suivent au Nord et à l'Est. Car on ne voit guère, pour le moment, la relation entre C11 et le bastion T9 (dont la face Nord-Ouest est nette, la face Nord-Est moins assurée) ; ni le rôle de la courtine C12, qui a pu s'articuler, par l'intermédiaire de la tour d'angle T 10, avec les courtines C13 et C14. S'agit-il là d'un ouvrage indépendant, ou, en partie du moins, de soutènements pour une rampe d'accès vers l'entrée principale, avec défenses accessoires, ou encore d'un dédoublement de l'enceinte de ce côté Est, qui était le plus exposé[15] ? Encore faut-il tenir compte, en cet endroit particulièrement, de différences d'appareil, qui peuvent indiquer des remaniements du tracé.

En effet, l'appareil de l'ensemble de la fortification, tel qu'on peut l'étudier facilement à la courtine C 10 (fig. 5-7), est du type “ trapézoïdal à décrochements ”[16]. Les blocs, d'un calcaire local veiné gris-bleu, mesurent de 0 m. 40 à 1 m. 20 de long, pour une hauteur de 0 m. 40 en moyenne[17], mais qui peut dépasser 0 m. 60. L'obliquité des joints verticaux est rarement très marquée. Les lits de pose et d'attente forment des lignes souvent très proches de l'horizontale, interrompues parfois, sur une pierre même, par des décrochements quelquefois très faibles, ailleurs pouvant atteindre une dizaine de centimètres ; mais on trouve aussi des exemples où le décrochement se fait d'une pierre à l'autre : dans ce cas, pour éviter la superposition de deux joints verticaux, on utilise un petit bouchon quadrangulaire, qui produit un décalage entre le décrochement d'une assise et celui de l'assise supérieure[18] (fig. 5, fig. 6). Ainsi, les blocs sont généralement quadrangulaires ; on en trouve pourtant quelques-uns pentagonaux, qui tantôt se résolvent dans le bloc supérieur voisin (fig. 5), tantôt nécessitent l'interposition de bouchons triangulaires (fig.6, fig.7). Dans l'ensemble, l'appareil est très soigné : le parement des blocs présente un bossage assez accentué, avec un traitement rustiqué de la surface ; les joints sont fins, et ne laissent, aux rencontres de trois blocs, qu'un interstice minime[19]. L'épaisseur du mur, pour la courtine C10, est de 1 m. 82. Le contre-parement semble aussi correctement exécuté, quoiqu'avec des matériaux de taille nettement plus réduite[20]. Le coeur de la muraille est garni par un emplecton.

Tel est l'appareil dont est fait l'essentiel des deux enceintes[21]. Pourtant, on rencontre une technique sensiblement différente en quelques points, notamment en C13 (fig.10). Ici, les blocs sont plus gros, dans l'ensemble, puisqu'ils mesurent généralement plus d'un mètre de long, pour une hauteur égale ou supérieure à 0 m. 50 ; le parement ne présente pas de bossage, mais une surface très sommairement dressée ; et surtout les joints sont extrêmement grossiers, laissant entre eux des intervalles sensibles, souvent comblés par des moellons de dimensions réduites. Cette muraille se développe sur une longueur de près de 7 mètres, pour une hauteur atteignant 2 mètres par endroits, et on ne saurait l'assimiler soit à un soubassement de l'appareil soigné, soit même à une construction récente, ce que d'ailleurs interdirait sa liaison avec C 14 et T 10. Ces derniers vestiges, malheureusement, ne sont pas conservés sur une hauteur suffisante pour qu'on puisse rien dire de leur appareil, non plus que pour celui de C12[22]. Par contre, la face Nord de T8 présente un dispositif assez caractéristique (fig. 11) : en dessous du bel appareil trapézoïdal (blocs 1-5) passe une construction dont la ressemblance avec celle de C13 est assez frappante. La liaison entre les deux appareils est très maladroite : le bloc 1 repose à gauche sur la pointe d'un bloc vaguement pentagonal, à droite dans une encoche entaillée dans la pointe du bloc voisin ; le bloc 2 n'a pratiquement pas de contact avec l'un des trois blocs qu'il surmonte. Ces particularités font autant de présomptions en faveur d'une construction plus ancienne, que la belle enceinte en trapézoïdal aurait en partie utilisée.

On aimerait pouvoir préciser les dates de construction et d'utilisation de ces ensembles. Le type même de l'appareil trapézoïdal est bien connu pour le IVe siècle[23].Mais une comparaison plus poussée avec les enceintes de Gortys montre qu'il faut plutôt le rattacher au fortin Sud de ce dernier site : on y trouve, en effet, l'emploi assez régulier des bouchons triangulaires qui manquent pratiquement dans les parties les plus anciennes de la grande forteresse[24].D'autre part, les murailles de Paliocastro sont aussi caractérisées par l'emploi des bouchons quadrangulaires, qui à Gortys n'apparaissent qu'au fortin Sud[25]. D'un autre côté, le type même des tours accolées par un angle à un angle de l'enceinte rappelle de très près, encore une fois, cette petite forteresse de Gortys. Ces analogies permettraient, en définitive, de dater la construction de Paliocastro de la fin du IVe siècle ou du début du IIIe. Ce pourrait être alors un témoignage supplémentaire de l'occupation macédonienne de cette région. Ainsi, cette forteresse n'aurait point fait partie, au moins dans l'état où nous la connaissons, du système protégeant la cité fédérale arcadienne, et dont la grande forteresse de Gortys devait être la pièce maîtresse en direction de l'Élide[26]. Heraia était hostile à la Ligue, en tant qu'alliée des Spartiates, et la position de Paliocastro la rattache directement à l'orbite d'Heraia : c'est le dernier point fort avant le col qui devait marquer, sur la route dont il a été question plus haut, la limite d'influence entre les deux systèmes. C'est par là que durent passer les Gortyniens, lors de leur expédition de décembre 370 sur le territoire d'Heraia[27], et peut-être détruisirent-ils quelques constructions existantes. Vers la fin du IVe siècle et au début du IIIe, l'occupation macédonienne, on l'a bien montré, semble avoir reposé sur des fortifications réduites, tenues par de petites garnisons très sûres[28]. Ainsi s'expliquerait, avec la nouvelle organisation de l'enceinte de Gortys, la forteresse de Paliocastro, et aussi le point fort de St. Nicolas, dont nous verrons que la technique en est semblable. Les dimensions mêmes de ces constructions, bien qu'assez différentes, sont du même ordre de grandeur, et attestent une occupation de caractère semblable. On reviendra à propos d’Hellenico sur le problème de la datation de l'appareil plus ancien.

Il est probable que des sondages effectués à l’intérieur de l'enceinte aboutiraient à des renseignements chronologiques intéressants. On ramasse çà et là, sur les terres labourées, des tessons de céramique grossière quelquefois à vernis noir, probablement du début de l'époque hellénistique. C'est à cette même époque que ramènent les deux monnaies dont nous avons pu prendre connaissance[29]. L'intervalle entre les deux enceintes, particulièrement à l'Est, comprenait des constructions dont plusieurs affleurent. Si les murs M1 et M2 ne correspondent probablement qu'à des terrasses, le mur M4, particulièrement soigné[30] (fig.8), pourrait être en rapport avec la belle citerne N, creusée dans le rocher un peu plus au Nord[31]. Les murs M3 (fig.9), M5 et M6 sont sensiblement parallèles, et les deux derniers au moins pouvaient faire partie d'un même ensemble, dont le mur de fond, à l'Ouest, s'appuyait contre une dénivellation du terrain. A l'intérieur de la petite citadelle, des fouilles entreprises par les paysans lors de la construction de la chapelle ont mis au jour, au Sud de cet édifice, des fondations que la tradition orale indique comme assez importantes : deux dalles, qui en ont été arrachées, sont réutilisées sous l'iconostase, et on a maçonné dans un mur un triglyphe de calcaire, qui pouvait provenir du même bâtiment[32]. Il faut peut être y rattacher aussi un tambour de colonne dorique travaillé dans le même calcaire, actuellement posé devant l'église du village[33]. Mais un chapiteau gardé à l'école, dont nous donnons un relevé à cause de ses particularités (fig.12), doit remonter à une date de toute manière antérieure à la construction de l'ensemble de la fortification[34]. Dans des maisons du village sont conservées deux pierres de meules, du type bien connu à l'époque hellénistique[35] (fig.13).

Les habitants nous ont aussi montré une inscription, déposée depuis au musée de Dimitsana, où nous aurons à la revoir. Les circonstances dans lesquelles elle nous a été communiquée nous ont empêchés d’en prendre autre chose qu'un estampage hâtif et nous ne pouvons en donner ni les mesures ni la description.

Hauteur des lettres : 0 m. 015. Interligne 0 m. 015.

A la ligne 3, entre E et T il y a place pour deux lettres : sur l'estampage on distingue seulement deux hastes verticales d'égale longueur, la seconde encore assez éloignée du T. La pierre semble complète à gauche.

Mentionnons encore quelques pointes de flèches, du type à deux barbelures courtes, bords convexes, et longue soie[36] (fig.14), et une pointe de lance en bronze à quatre faces plates raccordées à la virolle par quatre triangles sphériques, et longue douille lisse[37] (fig. 14).


Mais les antiquités de Paliocastro ne se limitent pas à la forteresse même. En descendant, vers le Nord, dans la vallée que suivait la route antique, on trouve, sur une petite colline (lieu dit Stiplia), d'une part une sorte de cuve, taillée dans un bloc de calcaire (fig.15), qui pourrait être une baignoire[38], d'autre part une série de blocs provenant vraisemblablement d'un grand tombeau : on a ainsi deux dalles, hautes de 0 m. 33, dont l'une, brisée, avait une longueur de plus de 2 m. 40, deux autres blocs plus épais (0 m. 49), dont l'un présente de gros tenons de bardage, l'autre une cavité, large de 0 m. 35, destinée à recevoir la stèle ; de celle-ci, on a encore l'extrémité, conservée sur une longueur de 1 m. 30, avec son fleuron terminal, haut de 0 m. 47, large de 0 m., 75 à la base, sans trace de décoration visible[39] (fig.16). Surtout, une région située plus à l'Ouest, après les belles sources de Képhalari, au lieu dit Mingliova, mériterait probablement une fouille importante. Il y a là, dominant l'affluent de l'Alphée, deux falaises superposées de calcaire très tendre, orientées d'abord Nord-Ouest/Sud-Est, puis s'incurvant pour suivre une ligne parallèle à la colline de Paliocastro (fig.17).Toute cette région comportait une très vaste nécropole, dont les traces apparaissent partout: ce sont, dans la falaise, des niches hautes d'1 à 2 mètres, larges de 2 à 3, vestiges de tombes à chambres dont la partie antérieure s'est effondrée : on en compte six serrées en un seul endroit, sur deux niveaux superposés, et en avant le rocher est creusé de tombes à fosse ; c'est, tout près, une très grande tombe à chambre, avec son dromos bien conservé, long de 4 mètres et large de 1 m. 40 ; la chambre, voûtée en tholos, a un diamètre de 5 m. 60 au niveau dégagé (elle est utilisée comme abri pour les bergers) ; à gauche de l'entrée, à 90° environ, on aperçoit le sommet d'une petite porte, large de 0 m 96, qui devait conduire dans une chambre latérale. C'est, un peu plus à l’Est, une série de quatre ou cinq entrées de dromos, avec leur forme trapézoïdale, plus large à la base qu'au sommet. C'est enfin, 500 ou 600 mètres plus à l'Est encore, une nouvelle tholos creusée dans le rocher, utilisée actuellement comme bergerie, où le propriétaire, en nivelant le sol, a trouvé des squelettes et un vase mycénien que nous avons pu acheter et donner au Musée de Dimitsana (fig.18)[40]. Il est probable qu'un certain nombre de ces tombes ont été pillées, d'autres, dont le plafond s'est effondré, ou dont on ne fait qu'apercevoir l'emplacement, pourraient donner des renseignements précieux pour l'histoire de cette région aux hautes époques : l'occupation a dû en être assez ancienne, puisque, à l'intérieur même de la forteresse, nous avons trouvé sur le sol des fragments de couteaux en obsidienne.

II. La forteresse de Saint Nicolas


Cette petite fortification se dresse sur le piton isolé, abrupt, qui domine immédiatement au Nord-Est le village de Vlachorafti[41]. Comme le montre le plan (fig.19) il est probable que l'enceinte était double, au moins sur une partie de son développement. Au niveau inférieur, on trouve un angle puissant en A, qui devait se prolonger vers l'Ouest en suivant une ligne de rochers, défense naturelle au pied de laquelle on aperçoit un certain nombre de blocs tombés. Sensiblement au même niveau, on retrouve le mur en B, qui ensuite file vers le Nord, en escaladant la pente de la colline. Une tour rectangulaire C (trois mètres de développement en façade) marquait un changement dans la direction de l'enceinte. Après le point D, on ne trouve plus que des blocs épars, et il semble que la face Nord de la forteresse soit entièrement détruite. De toute manière, cette courtine D dépasse nettement l'origine de la barre rocheuse E-F qui devait constituer le côté Nord de la fortification supérieure : elle présente, en effet, des parois abruptes des deux côtés, nécessairement utilisées pour la défense de cet endroit. Contre cette barre rocheuse s'appuye un angle de la forte tour pentagonale G[42] (dimensions maxima : 6 mètres x 4 mètres), tandis que de l'angle conjoint part la courtine H-J, longue de 17 m. 50 au moins, interrompue par la poterne I, large seulement de 0 m. 82[43]. Il est impossible pour le moment de déterminer si cette courtine H-J rejoignait l'enceinte inférieure, ou si plutôt elle ne faisait pas un angle vers l'Ouest, pour s'appuyer sur la butte où est bâtie l'église, en fermant ainsi le système défensif supérieur. De toute manière, les dimensions de la forteresse ne semblent pas avoir dépassé une quarantaine de mètres du Nord au Sud, une cinquantaine d'Est en Ouest. Il s'agit, donc plutôt d'un poste de garde, d'une guette, que justifie la situation exceptionnellement favorable du piton. Sur la face Nord, une vingtaine de mètres en dessous de la forteresse, s'ouvre dans le rocher une anfractuosité profonde, obstruée à l'heure actuelle mais les paysans parlent d'une double caverne, avec une citerne ( ?) : en fait, il est possible que la garnison ait conservé là une provision d'eau utile en cas de siège.

L'appareil des murs est très proche de celui de Paliocastro dans le principe, encore que par endroits il paraisse moins soigné. On retrouve (fig.20 et 21) les assises tendant à l'horizontalité de l'appareil trapézoïdal, et les deux types de décrochements. Mais on note aussi l'emploi plus fréquent des blocs plus hauts que larges, et l'utilisation nombreuse de petits bouchons, d'ailleurs bien taillés. Les dimensions des pierres sont assez irrégulières, avec çà et là quelque tendance au mégalithisme, particulièrement à la paroi Sud de la tour G (fig. 20), avec à gauche les deux blocs placés curieusement en oblique, comme pour s'opposer à un glissement possible, et aussi aux angles, où l'on rencontre, en A par exemple, des blocs de 1 m. 70 de long, d'autres hauts de 0 m. 90 pour une longueur de 1 m. 10 et une largeur de 0 m. 70. En A, l'angle est souligné par une feuillure assez finement ciselée, de 0 m. 10 environ de côté[44] (fig. 22). L'épaisseur des murs est variable : elle atteint 1 m. 82 en A, 1 m. 54 pour la courtine H-J, tandis qu'elle ne dépasse guère 1 m. 33 à la tour G[45] : en cet endroit, le mur n'est formé que d'un parement et de son contreparement, en éléments légèrement plus petits : il n'y a pratiquement pas de remplissage.



Malgré les différences assez sensibles que présente cet appareil avec celui de Paliocastro, il semble bien qu'on doive le dater de la fin du IVe ou du début du IIIe siècle, et le rattacher au même système[46].

A environ 500 mètres du cimetière de Vlachorafti, en allant vers Atsikolo, on voit affleurer sur la pente, au-dessus de la route, un petit monument de calcaire[47].

III. La forteresse d'Hellenico

Cette construction, la plus petite et la plus curieuse de celles que nous considérons ici, occupe toute l'extension d'un éperon rocheux, orienté grossièrement Est-Ouest, rattaché à l'Est à une colline, dominant largement deux ravins à l'Ouest. Le plateau est aplani sur une longueur de moins de 70 mètres, avec une largeur un peu supérieure à 20 mètres à l'Est, mais qui se réduit à l'Ouest au point de n'avoir plus guère qu'une largeur d'une dizaine de mètres : en cet endroit, il est occupé par un gros rocher, qui devait être utilisé dans le système défensif, nous allons le voir (fig. 23 et 24). Seuls sont conservés quelques rares vestiges du mur d'enceinte : au Nord, on reconnaît pourtant une tour rectangulaire A, présentant en façade un développement de 4 mètres. Plus à l'Est, la muraille s'accroche aux rochers naturels (fig. 25). Il en est de même pour toute la fortification au Sud, C (fig. 26), qui utilise au mieux une ligne de rochers fortement surplombants. La courtine B pouvait barrer l'éperon, ou simplement faire partie d'un dispositif d'entrée, dont il semble qu'on aperçoive des traces immédiatement à l'Est. Au point où le plateau est le plus resserré, il est coupé par le mur D, qui devait limiter un réduit intérieur. Ici, les traces de muraille sont encore plus évanides. On remarque pourtant un alignement en E, un autre en F, dont la fonction semble claire : il s'appuye sur le très haut rocher qui le domine au Nord, et pouvait constituer ainsi à peu de frais un donjon dominant la jonction des ravins.

Les fig. 25 et 26 donnent une idée de l'appareil, dont les éléments s'accrochent souvent au rocher naturel, à peine préparé. Aux endroits où la muraille est conservée sur une hauteur de plus de deux assises, on remarque le tracé sinueux des assises ; l'irrégularité des dimensions des blocs, dont certains atteignent une longueur de 1 m. 50, pour une hauteur de 0 m. 70 (dans un cas, on a 1 m. 90 x 0 m. 80), tandis que la plupart ne dépassent guère 0 m. 60 x 0 m. 40 ; le caractère lâche des joints, et l'emploi de très nombreux bouchons sommairement ajustés.[48]



En façade, les pierres présentent une surface extrêmement irrégulière, normalement sans bossage, et même à peine dégrossie, telle qu'au sortir de la carrière. Cette technique, dont la ressemblance avec le premier appareil de Paliocastro est assez frappante, pourrait simplement correspondre à un travail très hâtif. Mais il est plus probable qu'elle témoigne d'une époque de construction plus ancienne. Les ressemblances avec certains appareils, sinon “ lesbiques ”, du moins d'influence lesbique[49], ne témoignent probablement que d'une rencontre de styles, due à l'analogie des conditions. Par contre, on est tenté de faire le rapprochement avec un certain appareil “cyclopéen polygonal ”, tel qu'on le connaît à Corinthe par exemple[50]. Dans ce dernier cas, il ne semble pas que la construction puisse remonter à l'époque mycénienne ; elle daterait plutôt de la fin de l'époque archaïque. Il est probable qu'il en était de même à Hellenico. Il est regrettable qu'on ne soit pas davantage aidé, pour la détermination de la période d'utilisation de la forteresse, par des trouvailles faites en ce lieu. Sur le plateau même on remarque trois blocs de calcaire, taillés soigneusement, larges de 0 m. 68, avec des longueurs atteignant 1 m. 60 et 1 m. 80, pour une hauteur (incomplète) de 0 m. 47 au maximum. Dans un champ au pied de la forteresse une pierre inscrite (fig.27) peut au moins donner une date approximative dans l'occupation du lieu.

<Stèle calcaire brisée en haut à gauche. Sur la face supérieure, à 0 m. 04 de la face inscrite, petite cavité de 0 m. 03 sur 0 m. 02. Hauteur : 0 m. 565 ; largeur: 0 m. 24 ; épaisseur : 0 m. 185. Hauteur des lettres : 0 m. 045. Interligne : 0 m. 04 entre et E ; 0 m. 02 entre K et et K et M. On rencontre des au VIe siècle en Eubée, à Ithaque, dans l'Italie méridionale, au Ve siècle à Tarente (W. Larfeld, Handbukhder griech. Epigr., I, Taf. III).

Voir le texte fig. 27.

Ligne 2 : : le lapicide, faute de place, a gravé l’ E final perpendiculairement au reste du texte, le long du bord droit de la stèle.

Les tessons identifiables, ramassés sur le site sont extrêmement rares nous n'avons guère trouvé qu'un fragment de terre cuite, provenant probablement d'une statue archaïque de femme ; les paysans nous ont montré une monnaie archaïque en argent, un petit cochon votif de terre cuite, très fragmentaire, et une petite tête à yeux en pastille, probablement archaïque aussi. Tous ces indices concourent au moins à désigner pour l'occupation de la forteresse une date assez ancienne, de toute manière antérieure à la ligue arcadienne, et archaïque, plutôt que mycénienne. Seules des fouilles méthodiques permettraient probablement, par une étude plus abondante du matériel céramique, de confirmer cette hypothèse. On en dirait, autant pour le premier appareil de Paliocastro, et c'est à la période archaïque qu'on penserait encore. Certes, l'existence, au pied de la colline, d'une grande nécropole mycénienne autorise à y chercher aussi des fortifications de même époque. Mais ce ne sont pas nécessairement celles dont nous avons parlé. Au contraire : la grande hauteur de la colline ne s'accorde guère avec les habitudes mycéniennes, et cette acropole primitive pouvait être sur quelqu'un des monticules situés plus au Nord, dominant immédiatement la voie de communications, en un point qu'il reste encore à trouver.

Pierre CHARNEUX et René GINOUVES


[1] Ce travail a été préparé à l’occasion des diverses fouilles executées à Gortys, tout particulièrement pendant l’été 1955 (cf. BCH 80 (1956), p. 430), puis pendant un séjour rapide en juillet 1956. Nous remercions ici chaleureusement Mr Georges Pisimisis, instituteur à Paliokastro, qui a été pour nous le plus dévoué et le mieux informé des guides, nous faisant profiter de lsa grande connaissance de la région de Paliokastro, aux antiquités de laquelle il consacre beaucoup de soins.
[2] Cf. Pausanias VIII, 27, 28, passim, et BCH, 71-72 (1947-1948), p.81, n. 1 et 2 (R. Martin).
[3] La forteresse de Gortys d'Arcadie est bâtie précisément au croisement de cette route et de celle qui nous occupe dans cet article, cf. R. Martin, Les enceintes de Gortys d’Arcadie, dans BCH 71-72 (1947-1948), pp. 81-147, important travail, auquel nous renverrons souvent.
[4] Probablement le Bouphagos ; cf. la note suivante.
[5] VIII, 26, 8 

:Cf. V, 7, 1 et VIII, 27, 17.
[6] Ces deux sites sont : 1° une acropole, elle même appelée autrefois Paliokastro, maintenant Hellenico, près de Palumba : 2° au delà de l’ancien village de Trypaes (cf. E. Meyer Pelop. Wander., p. 106), sur une colline dominant la rive droite de l’Alphée, la forteresse étudiée ici. Frazer se dirigeait ensuite vers Sarakini et Atsikolo : c’est la même route que nous suivons encore pour aller de Gortys à Paliokastro. La forteresse a été quelquefois identifiée à Maratha (ainsi Leake, Peloponnesiaca, p. 232-233 ; Frazer, l.l.). Mais Maratha est situé par Pausanias, VIII, 28, 1, entre les sources du Bouphagos et Gortys, ce qui exclut une colline au bord de l’Alphée (cf. maintenant E. Meyer, Pausanias’ Beschr. Griechenl., p. 407, avec la note 4). L’identification avec Bouphagion était déjà proposée par Gell, Itin. of the Morea, p. 110-113, et Probestücke von Städtemauern, p. 33-34, avec la planche XII. Cf. aussi Bursian , Geogr. Von Griechenl., I, p. 258. C’est cette solution que fait prévaloir définitivement E. Meyer, qui a revu en détail la région et lui a consacré un chapitre de ses Pelop. Wander. (1939), p. 101-106. On se reportera avant tout à son exposé pour la topographie moderne du pays et la critique des anciens voyageurs. E. Meyer avait dressé un plan sommaire de la forteresse de Paliokastro, ibidem, pl. V.
[7] Ainsi les tours flanquent mieux les courtines. On retrouve le même arrangement à Gortys, dans le petit fortin Sud, et avec des dimensions très proches (Martin, l.l., p. 118) ; et aussi à Oinoé-Myopolis (cf. L. Chandler, JHS 46 (1926), p. 9, fig. 4), à Eleuthères, à Léontion (cf. E. Meyer, Pelop. Wanderungen, pl. VI), etc. Au contraire, d’autres forteresses présentent des tours dont le quatrième côté coupe en diagonale l’angle de l’enceinte, si bien qu’elles ne saillent que de trois côtés : cf. par exemple Rhamnonte (J. Poulloux, La forteresse de Rhamnonte, plan, TD), Aléa (E. Meyer, l.l., plan II, tour 15), Keryneia (ibid., plan IX), etc. Il me paraît pas que ces deux techniques se répartissent selon une règle géographique ou chronologique simple.
[8] C’est le principe même des “ crémaillères ” de Gortys et d’ailleurs (cf. R. Martin, l.l., pp. 93-94, 97-99). Les dimensions des flancs, de 1 m. 40 à 2 m. 50, sont du même ordre qu’à Paliokastro.
[9] Cette longueur aurait constitué une faiblesse : en effet la porée utile d’un javelot de devait guère dépasser 25 ou 30 mèters. A Gortys, la longueur des courtines est en général légèrement supérieure à 20 mètres (cf. R. Martin, l.l., p. 86 et 116), quelques fois beaucoup plus faible (entre 11 et 12 mètres sur le mur à crémaillères Nord-Est), et elle atteint une fois 47 m. 70 (en C2), à cause d’une particularité du tracé. A Paliokastro nous trouverons dans l’enceinte inférieure une courtine de 37 m. 50 (C10).
[10] Cf. ci-dessous, l'accès à la forteresse inférieure, et, à Gortys, la porte B (Martin, l. l., p. 103), à propos de laquelle on a évoqué les entrées de palais crétois. Ces portes de Paliocastro sont remarquables par leur largeur réduite, par rapport à celles de Gortys, qui va de 3 m. 20 à 4 m. 60.
[11] Ces dimensions sont très inférieures à celles de la grande forteresse de Gortys, avec ses 425 mètres de long pour une largeur màximurn de 160 mètres, cf. Martin, l. l., p. 85. Elles évoqueraient plutôt celles de la forteresse Sud du même site (ibid., p. 116, 131 mètres x 70 mètres au maximum). Cf. ci-dessous, p. 532.
[12] Le pointillé du plan n'a qu'une valeur indicative.
[13] Elle devait renforcer l'enceinte à ce changement de direction particulièrement important. Sur le rôle des tours rondes aux angles, cf. Martin, l. l., p. 88 et p. 89, n. 2.
[14] L'existence, en arrière d'une première porte étroite, de cette sorte de place triangulaire assez vaste pourrait correspondre à la même préoccupation qu'à Gortys et ailleurs (Martin, l. l., p. 103 et n. 2) l'élargissement du passage vers l'intérieur. Il était possible de concentrer en cet endroit, à l'abri de l'ennemi, des troupes assez nombreuses pour une sortie ; inversecnent, les ennemis qui auraient franchi la première porte se seraient trouvés dans une sorte de “ souricière ”, sous les coups des défenseurs.
[15] Tout cet ensemble est situé à un niveau nettement plus bas que le reste de la grande enceinte, entre 10 et 20 mètres au-dessous. Ce serait une présomption en faveur de la dernière théorie.
[16] Dans la classification de R. L. Scranton, Greek Walls, cette technique rentrerait dans la catégorie du “ trapézoidal irrégulier ”, p. 23 et p. 72.
[17] On rencontre, mais tout à fait exceptionnellement, des blocs plus hauts que large, particularité qui semble presque inconnue à Gortys, cf. Martin, l. l., p. 122 et n. 2.
[18] Mais il arrive aussi que le bouchon rectangulaire supplée simplement à une imperfection de la pierre, cf. fig. 5, à gauche.
[19] L'ouverture qui apparaît fig. 5, à droite, sur une hauteur de deux assises, peut correspondre, soit à une meurtrière (cf. Corinth, III, 2, fig. 9 et p. 10), soit plutôt à un orifice d'écoulement, pour les eaux qui auraient pu s'accum uler dans le remblai derrière le mur. L'ignorance dans laquelle nous sommes sur le niveau du sol ancien à l'intérieur empêche de décider.
[20] Les blocs ont en moyenne 0 m. 60 x 0 m. 30, avec quelques dalles très plates, hautes de 0 m. 12 ou 0 m. 13, longues de 0 m. 40 au plus. Les joints sont très fins, les bossages légers.
[21] Pourtant, l'enceinte supérieure semble faite d'éléments plus petits et plus irréguliers. Les faces Ouest des tours T1 et T2 butent contre des murs dont les blocs n'ont guère plus de 0 m. 50 x 0 m. 25 en moyenne, au moins au départ. Par contre, l'appareil de T4 est très soigné, avec des blocs taillés en coin.
[22] La seule particularité notable est, pour la tour T10, qu'elle semble reposer sur un socle débordant de 0 m. 25 à 0 m. 30 environ, qui doit en constituer la fondation.
[23] Cf. Martin, l. l., p. 125-126.
[24] Ibid., p. 1'26 et 128. On les connaît, en Attique, à une date plus ancienne, dans des ensembles an vrai assez différents (cf. W. Wrede, Attische Mauern, fig. 25 et p. 10, fig. 75 et 76) ; ils sont habituels à Corinthe (cf. Corinth, III, 2, p. 12-13, fig. 7-8), ainsi que dans les remparts d'Aléa.
[25] Cf. Martin, l. l., p. 129. On les trouve fréquemment aussi dans la grande enceinte de Rhamnonte, cf. J. Pouifloux, l. l., p. 49 et n. 4.
[26] Cf. Martin, l. l., p. 139-142.
[27] Cf. Xénophon, Hellenica, VI, 5, 22.
[28] Cf. Martin, l. l., p. 144-145.
[29] L'identification et la description de ces deux monnaies nous a été communiquée par Tony Beekmans :

Bronze d'Antigone Gonatas (maintenant au Musée national). D = 18 millimètres. Au droit tète d'Athéna à droite, avec le casque corinthien. Au revers Pan érigeant un trophée ; à ses pieds, à gauche, casque macédonien; entre ses jambes le monogramme A/ ; dans le champ : en haut à gauche B, à droite A ; en bas à droite traces incertaines. Surfrappe : un trident. Cf. Syll. numm. Graec. I, Macedonia, nos 1205-1213 (277-239 av. J.-C.).

Bronze de Ptolémée III (chez Mr Pisimisis, instituteur à Paliocasttro). D = 19 millimètres.
Au droit tête laurée de Ptolémée III à droite, dans un cercle pointillé. Au revers; aigle à gauche assis sur un foudre; dans le champ, à droite, corne d'abondance. Cf. Svoronos, , no 1000 (env. 244 av.J.-C.). Neuf pieces identiques ont été découvertes dans les fouilles de Gortys.

[30] La photographie montre la finesse des joints, ainsi que l'utilisation des bouchons rectangulaires plats, qui assimilent parfaitement ce mur à la courtine C10.
[31] De forme vaguement ovoïde, avec trois pans coupés nettement marqués au Sud, elle mesure plus de 10 mètres dans son plus grand diamètre. Ses parois présentent à leur bord supérieur, sur les trois faces Sud, une feuillure large de 0 m. 35-0. m. 40, haute d'autant, qui probablement recevait la couverture.
[32] Longueur totale, avec la métope, 0 m. 65 ; hauteur, 0 m. 445 ; largeur du triglyphe, 0 m. 196 ; hauteur du bandeau, 0 m. 06. Fonds des canaux triangulaires, extrémité supérieure droite à triangle oblique.
[33] Le tambour, dont le lit de pose, sans anathyrose ni mortaise, est conservé, comporte 20 cannelures. Rayon au fond des cannelures 0 m. 1835 ; rayon maximum 0 m. 189.
[34] La gorge sous l'abaque et surtout le nombre des cannelures (16 restituables) seraient des arguments contre une datation trop basse, tandis que le matériau employé, – le calcaire veiné local –, empêche de remonter trop haut. L'ensemble des rapports des mesures, comparé aux séries connues (cf. le tableau de Mr P. de La Coste-Messelière, dans P. Amandry, Observations sur les monuments de l'Héraion d'Argos, dans Hesperia, 21 (1952), p. 257-259) indiqueraient le milieu du Ve siècle. Les annelets paraissent typiquement péloponnésiens.
[35] C'est le type dit “ broyeur rectangulaire à entonnoir ”, cf. par exemple W. Deonna, Mobilier Délien, Expl. Arch. de Délos, XVIII, p. 126-129 et fig. 154.
[36] Cf. W. Deonna, l. l., p. 208-209 et pl. 556; Excavations al Olynthus, X, pl. 121,1949; etc.
[37] Cf. Olympia, IV, pl. 64, 1050-1058 et texte, p. 175-176; AJA 43 (1939), p. 193, etc. La ressemblance est particulièrement frappante avec un objet semblable conservé au Metropolitan Museum (no 38.11. 7. Cf. Bulletin of the M. M., 1939, pp. 146 ss., fig. 3; Richter, AJA (1939), P. 189, 194 ss., fig. 4 et 5 ; Tod, JHS (1942), p. 66; Richter, Handbook of the Greek Collection..., pl. 49 et p. 209) dédié aux Dioscures sur le butin pris aux habitants d'Heraia, précisément.
[38] La forme en est quadrangulaire, avec intérieurement les angles arrondis. Longueur intérieure : 0 m. 82 au fond, 0 m. 95 en haut ; hauteur intérieure, 0 m. 37 au maximum ; largeur des parois, 0 m. 10 à 0 m. 17 en haut.
[39] Elle était probablement peinte. La forme même du couronnement implique une palmette centrale, avec une volute de chaque côte, cf, les exemples de A. Conze, Die allischen Grabreliels, pl. 315, 1514 et 1525 ; 342, 1617, etc.
[40] La décoration de la circonférence supérieure comporte, du côté du goulot, deux séries de triangles concaves, de l'autre, deux séries de triangles convexes (type des “ demi-cercles concentriques ”) reliées par un chevron. Cf. le style III C 1 de A. Furumark, The Mycenaean Poli6ry, fig. 58, p. 345 (nos 30,31, 32, 32).
[41] Elle a été signalée par S. Charitonidis, dans BCH 79 (1955), p. 253 et fig. 12. On corrigera sur ce point E. Meyer, Pelop. Wander., p. 105.
[42] Pour les tours pentagonales, assez rares, cf. l'exemple de Doura, Syria, 5 (1926), p. 26, et les préceptes de Philon (ibid., n. 2).
[43] Les poternes des courtines C2 et C3 à Gortys sont légèrement plus larges (1 m. 15 à l'extérieur, 1 m. 05 au minimum à l'intérieur). La poterne est ici suffisamment rapprochée de la tour pour être sous sa protection directe. Dans l'état actuel, on ne voit pas de trace de dispositif de fermeture.
[44] On rencontre cette feuillure d'angle à Platées (et. Scranton, l. l., fig. 15), à Gyplitokistro (cf. Wrede, l. l., fig. 83-86), à Aigosthènes (cf. J. Pouilloux, l. l., pl. 28, fig. 3), à Rhamnonte (ibid., p. 44), à Titané (Meyer, l. l., pl. IV, a), etc., sans qu'on puisse y reconnaitre la marque d'une époque trop précise (cf. Pouilloux, l. l., p. 50, n. 1).
[45] Cette épaisseur relativement exceptionnelle (cf. pourtant Martin, l. l., p. 116 et 117, pour la forteresse Sud de Gortys) pourrait se justifier par la position très dominante du lieu, et le puissant contrefort constitué par la barrière rocheuse.
[46] Des différences de technique, même dans un même ensemble, peuvent s'expliquer par des différences d'atelier (cf. Pouilloux, l. l., p. 47, mais aussi R. Martin, Journal des Savants,
janvier-mars 1956, p. 40-41) ; à plus forte raison quand il s'agit de deux sites différents, clans
des conditions différentes.
[47] On distingue dans l'état actuel un socle, fait de dalles longues de 0 m. 65 et 0 m. 99, etc., sur lequel reposent deux gros blocs accolés, hauts de 0 m. 50, longs de 1 m. 13 et 0 m. 93, présentant en façade une surface piquetée, avec tout autour un bandeau plat de 7 ou 8 millimètres de large. Tout près, on voit une dalle brisée, de 1 m. 13 de long encore pour une largeur de 0 m. 40, et une autre de 1 m. 03 x 0 m. 46 X 0 m. 55, qui doivent avoir appartenu au même ensemble.
[48] Les murs D et F, conservés sur une assise seulement, comportent des éléments plus petits, ne dépassant guère 0 m. 40 ou 0 m. 50 de longueur. Il est possible qu'il s'agisse d'une bande de fondations.
[49] Cf. R. L. Scranton, Greek Walls, p. 27 et p. 32, fig. 6. De toute manière, l'appareil vraiment “ lesbique ” est exceptionnel dans le Péloponnèse.
[50] Cf. Corinth. III, 2, fig. 26 et p. 30-34.

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