Hassan BOUALI – Prestige et pouvoir dans la première moitié du Ier siècle de l’hégire : entre histoire et écriture de l’histoire

« Prestige et pouvoir dans la première moitié du Ier siècle de l’hégire : entre histoire et écriture de l’histoire »

Hassan BOUALI
Doctorant, Université Paris Ouest Nanterre La Défense

En nous focalisant sur la période (632-661), soit de la mort du Prophète Muhammad à celle de l’accession au pouvoir de Mu’awiya, nous entendons montrer que le prestige, et les représentations sociales qui en découlent, sont intrinsèquement liées à l’affirmation d’un État islamique, le tout dans un contexte de lutte acharnée pour désigner le successeur du Prophète. Trois axes guideront notre communication :

1. Le compagnonnage prophétique, source ultime du pouvoir après la mort du Prophète ?

L’exemple des quatre premiers califes démontre à bien des égards, le statut privilégié des Compagnons du Prophète. On s’attachera notamment à considérer les modalités d’incarnation et d’affichage de ce groupe. Ce dernier n’est d’ailleurs pas homogène comme en témoigne sa hiérarchisation interne, qui combine la prise en compte du prestige du sang, ainsi qu’un retour à la solidarité clanique préislamique.

2. Les représentations sociales du prestige : un élément déterminant de la première guerre civile musulmane (656 -661)

Sans remettre en question les multiples facteurs explicatifs de la fitna, nous entendons démontrer que les représentations sociales du prestige sont au cœur de cette première discorde musulmane. Le meurtre du calife Uthmân par exemple, est intimement lié à la dégradation de son prestige de Compagnon. Par la suite, les grands Compagnons que sont Talha et al-Zubayr, se rebellent contre le nouveau calife Ali, car ils estiment avoir autant de prestige que lui, pour accéder au pouvoir. Ces faits, ainsi que le meurtre de Ali, nous permettront de montrer qu’appartenir à la famille du Prophète, ne fut donc pas perçu comme un élément majeur de différenciation sociale, quant à la légitimité d’exercer le pouvoir.

3. Sauvegarder le prestige des Compagnons dans l’histoire universelle d’al-Tabari

L’historien abbasside al-Tabari, est l’auteur d’une histoire universelle écrite dans un contexte marqué par la canonisation de la tradition islamique. Dans ce cadre, les Compagnons du Prophète, qui sont censés avoir transmis les traditions prophétiques, sont érigés en modèle de piété à suivre, pour le commun des Croyants. Par le biais d’une stratégie de compilation qui lui est propre, l’historien abbasside sauvegarde le prestige des Compagnons, dont l’honneur a été mis à mal par leur alignement controversé, durant la grande fitna.

Le Prestige, autour des formes de la différenciation sociale
10e colloque annuel de la MAE