Jean-François THOMAS – Le prestige politique à Rome : de l’ « auctoritas » patricienne au prince « augustus »

« Le prestige politique à Rome : de l’auctoritas patricienne au prince augustus »

Jean-François THOMAS
Enseignant-chercheur
Université Montpellier III
Page personnelle

La période de la fin de la République romaine et des débuts de l’Empire invite à réfléchir sur les mécanismes du prestige, car s’il a contribué aux changements politiques, les formes et la signification qu’il revêt présentent des différences entre la gens patricienne et le pouvoir augustéen. Est adoptée une démarche philologique et sémantique qui, partant des mots, vise à éclairer l’enjeu politique et social du prestige. Le latin n’a pas de terme unique pour désigner la prééminence reconnue et praestigium lui-même désigne l’illusion trompeuse du charlatan et du magicien, valeur d’ailleurs encore attestée en français littéraire. Le mot essentiel est auctoritas, en relation avec d’autres pour lexicaliser cette distinction manifeste. La gloria n’est pas qu’une réputation forte, mais une notoriété qui s’impose, la maiestas est une supériorité reconnue liée à une qualité et qui suscite le respect. L’auctoritas, d’origine religieuse, n’est pas un simple pouvoir moral, elle ne se réduit pas à l’autorité du pouvoir, mais c’est une prééminence qui entraîne une adhésion (la fides) et débouche sur l’action. Si la richesse occupe une place essentielle dans le positionnement social car elle ne se cache pas, son influence est encadrée  par le cens et les lois somptuaires, pour des raisons morales, philosophiques et politiques. Dans l’élaboration de l’auctoritas et de la gloria entrent beaucoup d’autres facteurs : la tradition familiale (le rituel des imagines), les hauts faits, l’éloquence, la felicitas du chef, autant d’éléments dont le poids relatif évolue durant la période car le prestige n’est pas seulement celui de la personne à travers sa famille, mais il s’individualise jusqu’aux excès de l’ambition. Ce mouvement n’est pas sans conséquence sur l’image donnée d’Auguste qui a plus l’auctoritas que la gloria. La concentration des pouvoirs autour d’Augustus change le status aristocratique et la richesse, d’instrument qu’elle était pour une carrière politique, devient une fin en soi avec le personnage du « nouveau riche ». Les distinctions de M. Weber ont tout leur intérêt : à Rome, le prestige est moins un pouvoir à côté des pouvoirs économique et politique, que la résonnance dynamique de ceux-ci. Il est à la croisée. Fait de langue et de culture, le prestige à Rome peut apporter une réflexion plus large sur ces phénomènes dans de nombreuses sociétés.

Le Prestige, autour des formes de la différenciation sociale
10e colloque annuel de la MAE