Karine RIVIÈRE – Les actes de culte comme marqueurs des transitions historiques : le problème du passage de l’époque mycénienne à l’époque archaïque

Les actes de culte comme marqueurs des transitions historiques : le problème du passage de l’époque mycénienne à l’époque archaïque

Karine RIVIÈRE
Membre scientifique de l’École française d’Athènes
Page personnelle

TRANSITIONS HISTORIQUES : rythmes, crises, héritages.
12e colloque annuel de la MAE

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Dans le prélude à son essai sur la périodisation, J. Le Goff rappelle que le découpage de l’histoire en périodes « n’est pas un simple fait chronologique, il exprime aussi l’idée de passage, de tournant(…). Les périodes ont par conséquent une signification particulière; dans leur succession même, dans la continuité temporelle ou, au contraire, dans les ruptures que cette succession évoque, elles constituent un objet de réflexion essentiel pour l’historien » (1). Si on admet que la périodisation est un élément essentiel à la pratique de l’histoire, on peut revenir sur la question des « continuités » et des « ruptures », et réfléchir aux conditions dans lesquelles la « succession » entre deux périodes devrait plutôt être pensée comme une transition.

C’est en ces termes que pourrait par exemple se poser le problème du passage de l’époque mycénienne aux siècles longtemps appelés « obscurs », puis à l’époque archaïque. Cette périodisation canonique en trois temps du moment de l’histoire grecque qui s’étend du XVe au début du Ve siècle av. J.-C. a surtout été établie à partir de l’évolution des décors des vases peints. Il s’agit donc d’un découpage qui privilégie les successions nettes et tend à éliminer les phases de flottement. L’examen des changements dans les pratiques cultuelles, qui peuvent s’avérer à la fois les témoins et le résultat d’évolutions importantes de la société, invite à réfléchir à un découpage différent, mettant davantage en exergue le problème des transitions entre les périodes.

Si la période mycénienne semble bien séparée de la période suivante par une courte phase de transition, les siècles dits « obscurs » apparaissent en eux-mêmes comme des siècles de transitions, au cours desquels sont façonnés, en différentes étapes successives, les cultes tels qu’ils sont attestés à partir du VIIe siècle, et sans doute avec eux l’organisation des cités grecques archaïques.

(1) LE GOFF, J., Faut-il vraiment découper l’histoire en tranches ?, Paris, 2014, p. 13.

Mots-clés :
périodisation, transitions, dynamiques cultuelles, naissance des cités grecques.