La MAE reçoit Stefania De Vido

Dans le cadre de son cycle de conférences internationales, la MAE reçoit Stefania De Vido (Università Ca’Foscari Venezia, Dipartimento di Studi Umanistici)

 

Vendredi 4 avril – 10h30-12h30
MAE – salle 2 (rez-de-jardin)

« Mobilité et interactions dans la Méditerranée à l’époque archaïque : le cas des Eubéens »

Stefania De Vido présentera une nouvelle interprétation du rôle joué par les Eubéens en Méditerranée pendant la période de « colonisation » qui suivit la période appelée parfois « Âges obscurs ». S’appuyant sur des sources historiques et archéologiques, elle suivra les Eubéens le long d’une route allant de la Méditerranée orientale du début du Ier millénaire av. J.-C., aux colonies occidentales du viiie siècle. Deux zones géographiques ont une importance centrale dans l’étude des Eubéens : Al Mina, à l’embouchure de l’Oronte, un centre de commerce auquel on a pu appliquer le concept de port of trade développé par K. Polanyi ; et Lefkandi, où fut mis au jour le célèbre bâtiment funéraire. Dans les deux cas, on peut souligner l’importance des contacts avec les routes commerciales phéniciennes et de la circulation des objets de luxe, céramiques et métaux. Le rite funéraire observé met aussi en lumière des éléments intéressants concernant à la fois la culture héroïque (homérique ?) de l’aristocratie eubéenne et le rôle politique du couple inhumé. Comme ailleurs dans le monde grec, l’Eubée aussi connaît la formation de cités-états : Chalcis et Erétrie partagent les premières expériences coloniales vers la Chalcidique et vers l’Occident, via Corcyre. Après la guerre lélantine du viiie siècle, le rayonnement d’Erétrie se réduit à une dimension locale autour de liens particulièrement étroits avec la Béotie. Quant à Chalcis, elle fut longtemps active sur les routes occidentales de la Méditerranée, particulièrement dans le golfe de Naples, la région de l’Etna en Sicile et le détroit de Messine. Il est possible d’identifier plusieurs éléments pouvant suggérer l’existence d’un « modèle eubéen » dans la colonisation occidentale : le grand nombre de colonies de deuxième génération, l’importance des détroits et le caractère mixte des fondations (jusqu’au cas limite d’Himère, fondée conjointement par des Ioniens et des Doriens). Finalement, la présence des pirates peut expliquer certains traits sociaux caractéristiques de l’expérience eubéenne, ceux d’une aristocratie liée à la terre (et à l’élevage des chevaux), mais aussi capable d’un grand dynamisme, à la fois dans les domaines politique, social, et dans le développement économique.

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