LE PRESTIGE À ROME – Colloque de l’équipe ESPRI-LIMC

29-30 septembre 2014
Colloque autour de la hiérarchie, de la différenciation et de la reconnaissance sociales entre République et Principat

Organisé par Robinson Baudry et Frédéric Hurlet
ArScAn, équipes ESPRI et LIMC

Lieu
MAE, salle du conseil

CONSULTER LE PROGRAMME

Plusieurs notions, empruntées aux sciences sociales (« honneur », « crédit », « capital, social et symbolique ») ou au vocabulaire latin antique (dignitas, gloria, auctoritas …), permettent de qualifier les formes de distinction personnelle et de penser les hiérarchies internes à la société romaine. En fait également partie le « prestige », dont la signification n’a presque jamais fait l’objet d’une définition tant elle paraît aller de soi. L’organisation à la MAE de Nanterre en juin 2013 d’un colloque pluridisciplinaire réunissant historiens, archéologues et ethnologues a permis d’affiner l’acception de cette notion en en faisant une qualité que l’on attribue à quelqu’un ou quelque chose et qui lui donne un surcroît de position sociale en le distinguant. Le grand nombre et la qualité des propositions de communication faites à cette occasion par des antiquisants ont conduit à traiter de cette question d’histoire sociale et politique de façon plus approfondie dans le cadre d’un colloque portant plus spécifiquement sur la fin de la République romaine et le début du Principat. Il s’agira de s’interroger sur les modalités de la  reconnaissance sociale et de la hiérarchie (certains sociologues élaborent ainsi des « échelles de prestige »), de manière à analyser avec plus de finesse le fonctionnement d’une société romaine marquée par la prégnance de la « culture politique aristocratique » (K.-J. Hölkeskamp). L’enquête devra, notamment, réfléchir aux effets induits par la substitution partielle du Prince au peuple comme instance de reconnaissance du prestige.

Quatre questions peuvent être posées, qui sont conçues comme autant de pistes à approfondir sans prétendre épuiser le sujet. La première porte sur les modes d’acquisition du prestige, ce qui suppose d’interroger aussi bienles valeurs et les critères à l’aune desquels s’établit la hiérarchie sociale que les stratégies mises en oeuvre par les acteurs pour sortir de leur condition héritée. Cette réflexion rejoint le questionnement relatif aux formes de la mobilité sociale et à l’affirmation de l’homme nouveau comme type social spécifique à la fin de la République. Une étude de la visibilité du prestige constitue une deuxième piste de réflexion : inscriptions, monuments, discours, rituels notamment funéraires, variations onomastiques représentent autant de moyens de rendre publiques des qualités distinctives et, partant, de produire du prestige. Il s’agit également d’en assurer la perpétuation en en fixant la mémoire dans l’espace civique. Se pose donc aussi la question de la conservation ou, au contraire, de la perte du prestige. Les efforts de Pompée, au cours de la décennie 50, pour tenter d’en enrayer l’érosion témoignent de la volatilité de cette notion, la perte du prestige pouvant entraîner des formes, subtiles et réversibles, de déclassement. Elle n’était pas nécessairement le résultat d’un phénomène d’usure, mais elle pouvait aussi avoir été entraînée par une conduite jugée infamante. Malgré son caractère éphémère, le prestige pouvait enfin être transmis. On le sait, ce débat opposa les nobles, qui revendiquaient un prestige familial hérité, aux hommes nouveaux, qui n’accordaient de valeur qu’au prestige individuel. Il arrivait aussi que des individus, par des revendications généalogiques fallacieuses, tentent de capter à leur profit le prestige d’un groupe familial.

Arscan