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Archives et numérisation, 25 mai 2010

Le Laboratoire d’ethnologie et de sociologie comparative a, depuis une vingtaine d’années, accumulé un savoir en matière de traitement et de valorisation des matériaux de terrain des ethnologues et a mené une réflexion méthodologique sur l’archive à la fois outil et objet de recherche. Durant cette période, les centres récemment intégrés au laboratoire ont, pour l’EREA (Enseignement et recherche en ethnologie amérindienne), mené des expérimentations portant sur le traitement des archives de terrain et, pour le CREM (Centre de recherche en ethnomusicologie), élaboré des outils de recherche et d’analyse permettant de documenter les 3 500 heures d’archives sonores inédites dont ils sont dépositaires (projet de plateforme collaborative Telemeta).

Partant de l’analyse des réalisations achevées, en cours ou en projet, le séminaire s’est voulu un temps de réflexion sur deux aspects particulièrement importants de ces travaux. D’un côté, la numérisation, l’indexation et le traitement automatique de corpus de données et de l’autre l’édition des matériaux de terrain sur Internet ou leur « retour », sous forme numérique, dans les communautés auprès desquelles ils ont été collectés. Dans cet exercice, il a été particulièrement question de deux des partenaires des archives. D’un côté les chercheurs, en tant qu’utilisateurs, et de l’autre les « communautés observées », autrefois coproductrices et aujourd’hui elles aussi utilisatrices des archives. Le double but de cette journée est, en effet, d’évaluer les travaux menés en matière de numérisation et de traitement des corpus à l’aune des besoins des chercheurs et du nécessaire respect de la nature patrimoniale des archives et, par ailleurs, de tenter d’apprécier les enjeux éthiques, scientifiques et politiques posés par une diffusion large des matériaux de terrain.

L’enjeu et le débat dépassant, bien évidemment, le seul LESC, de nombreux experts ont été invités à présenter leurs réalisations et à exposer leur point de vue sur ces différentes questions.


Matinée : Numérisation, description & indexation des archives, traitement automatique de corpus. Quel apport pour la recherche ? – modérateur : Stéphane Pouyllau

Après-midi : Édition en ligne ou « retour » des archives : approches politiques, éthiques et scientifiques – modérateur : Antoinette Molinié

  • Mark Turin – Collect, protect, connect : The ethics of anthropological archives online through the lens of the Digital Himalaya Project
  • Jessica De Largy Healy – Les enjeux locaux de la restitution numérique des collections : archives culturelles et transmission du savoir dans le nord de l’Australie
  • Anne-Gaël Bilhaut et Nathalie Petesch – Ethnoarchivage ou autoarchivage ? L’expérience des Indiens Zápara de Haute Amazonie et les pratiques cinématographiques des Indiens Karaja du Brésil central
  • Éric Jolly – Les archives ethnographiques : une édition en ligne pour qui et pour quoi ? Réflexions autour du fonds Griaule
  • Jean Lambert – Autour d’une expérience de « retour » d’archives au Yémen

Webographie


Numérisation, description & indexation des archives, traitement automatique de corpus. Quel apport pour la recherche ?


Présentation de la journée, Gilles Tarabout, directeur du LESC
Introduction de la matinée, Stéphane Pouyllau, TGE Adonis


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Gilles Tarabout, directeur du LESC, ouvre la journée en soulignant les nouvelles possibilités de recherche et d’analyse qu’offrent aujourd’hui les nouvelles technologies dans les approches que l’on peut avoir des archives. Il présente Stéphane Pouyllau, ingénieur au CNRS, spécialiste des Digital Humanities (« Humanités numériques ») pour le Très Grand Equipement (TGE) Adonis, qui a bien voulu accepter d’être le modérateur de cette première partie du séminaire.
Stéphane Pouyllau prend la parole et précise que la discipline des « Digital Humanities » n’existe pas dans les SHS en France, l’expression elle-même fait débat. Il propose quant à lui la formule : « SHS numériques ». Il y a en France un mouvement important de structuration de ces SHS numériques. Une réunion a eu lieu les 18 et 19 mai pour travailler sur les plates-formes numériques, et sur l’accompagnement numérique des publications SHS. La communauté des personnes impliquées dans ce mouvement a préparé un « manifeste » [1] des éditions numériques à la française pour mener un lobbying au niveau des grands chantiers. C’est un mouvement compliqué car certaines archives sont des papiers à valoriser tandis que d’autres ne sont QUE numériques, il y a donc un problème de conservation de données numériques SANS support papier.


Les matériaux de terrain des ethnologues : objet d’expérimentation et patrimoine scientifique à sauvegarder
Marie-Dominique Mouton, LESC, responsable de la bibliothèque Éric-de-Dampierre et des archives des ethnologues


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MDM présente un rapide historique des travaux sur les archives tels qu’ils se sont développés au LESC depuis la fin des années 1980 et, en particulier depuis le dépôt des premiers fonds, les fonds Marcel-Griaule et Pertev Naili Boratav. Elle insiste sur l’intérêt que les chercheurs ont toujours manifesté pour ces fonds, et le rôle que certains d’entre eux ont joué dans les différents dépôts. Au départ, le projet de création d’un « entrepôt » d’archives avait pour but à la fois d’offrir un lieu de conservation pour des documents qui à cette époque ne faisaient pas l’objet d’un grand intérêt de la part des structures traditionnelles, mais aussi d’ouvrir, avec ces archives, de nouveaux terrains de recherche. La bibliothèque devenait ainsi un lieu où il était possible de consulter en même temps les données de terrain, les différentes étapes de l’élaboration de la recherche (projets d’articles ou d’ouvrages à différents stades d’écriture) écrits sur ces écrits (compte-rendu, controverse, analyse des travaux), enfin les publications ayant utilisées les archives sous une forme ou sous une autre (ré-analyse des données par exemple). Il s’agissait en quelque sorte de créer des liens entre ces divers documents, liens que nous nous employons maintenant à rendre visibles de façon virtuelle.
Parallèlement à ce travail, la bibliothèque, en collaboration avec la bibliothèque du LAS (Marion Abélès), et avec l’appui de quelques chercheurs (parmi lesquels Éric Jolly), s’est impliquée dans une réflexion méthodologique, qui a donné lieu à plusieurs rencontres organisées à la MAE en 1999, 2001, 2004. Par la suite, les matériaux de terrain des ethnologues sont devenus un des objets de recherche du laboratoire, par exemple au travers de l’ACI « Le terrain et son archivage » (2004-2007) dirigée par Antoinette Molinié.
On peut ainsi dire que le développement des archives a créé une nouvelle synergie entre le laboratoire et sa bibliothèque, entre les chercheurs du laboratoire, les doctorants qui travaillent sur des fonds et les chercheurs français et étrangers qui viennent, en grand nombre, travailler sur les fonds.

Le Portail des archives des ethnologues du LESC [2] permet de voir que la bibliothèque conserve actuellement vingt-deux fonds composés de documents constitués entre 1928 et 1990. Ces fonds portent sur l’Asie, l’Europe, l’Amérique mais principalement sur l’Afrique. On y trouve, en particulier les matériaux de terrain récoltés au cours des premières missions scientifiques en Afrique (Dakar-Djibouti et les suivantes) Les données conservées actuellement ont été recueillies sur des supports traditionnels (fiches et carnets de terrain, photographies argentiques, quelques bandes magnétiques). Aucune de nos données n’est née numérique.
Parmi les fonds recueillis jusqu’à maintenant, certains ne comprennent que des données de terrain tandis que d’autres sont constitués également de documents de travail et d’éléments plus personnels, telles des correspondances. Il s’agit là d’archives constituées après le décès de leurs producteurs. On peut penser que les chercheurs, s’ils choisissent à l’avenir de déposer leurs données, procéderont eux-mêmes au tri dans les documents qu’ils ont produits et à la réorganisation de leurs papiers. Nous aurons ainsi des dépôts de corpus plutôt que d’archives.

La numérisation s’est imposée comme une évidence dès l’arrivée du premier fonds (en 1996) pour sauvegarder des documents fragiles, éviter la désorganisation des fichiers et faciliter l’accès aux données. La politique de numérisation, élaborée en fonction de nos moyens et de l’évaluation des besoins, a privilégié les photographies [3] et les fiches et carnets de terrain. Aucun fonds n’a fait l’objet d’une numérisation globale comme cela a pu être fait dans certaines autres expériences d’archivage [4]. Il nous semble important, par ailleurs, de s’assurer de la conservation du document original, même si nous en possédons l’image numérique, pour des raisons à la fois patrimoniales et scientifiques. La nature des matériaux numérisés (textes manuscrits et photographies) ne se prête pas à des expériences de traitement automatique ou semi-automatique des données. Ces expériences ne peuvent s’opérer que sur les métadonnées ou sur une transcription des matériaux en mode texte [5].
La numérisation s’est accompagnée de la création d’une base de données, de métadonnées archivistiques et documentaires. La donnée numérisée est ainsi toujours replacée dans la description archivistique du fonds ; son accès est contrôlé, elle n’est, en effet, consultable que depuis les postes de la bibliothèque. Pour autant la visibilité donnée aux archives à travers le portail internet qui lui est dédié a multiplié les demandes de consultation qui émanent de chercheurs et de doctorants français et étrangers.

La publication en ligne d’une partie des archives est actuellement à l’étude. Nous travaillons à l’élaboration d’un modèle de valorisation des archives qui permette la contextualisation des données et soit respectueux des normes déontologiques et éthiques. Des questions se posent en particulier à propos de la sauvegarde des droits sur les savoirs traditionnels (savoirs botaniques, principes pharmaceutiques, motifs décoratifs, thèmes musicaux traditionnels longtemps pillés sans contrepartie) et du respect du droit de la personne pour les photographies.

Nos projets :

  • élargir les cibles de la collecte à d’autres types de support, d’autres catégories de documents (web), d’autres catégories de producteurs (néo-indiens, tenants de la world culture), aux sources de la recherche en train de se faire… ;
  • promouvoir des projets de numérisation dans le cadre de la discipline ;
  • élargir le champ des financeurs (Communauté européenne) ;
  • tenter des expériences de traitement automatiques des documents ;
  • développer la collaboration Sud-Nord autour du « retour » des archives et du travail en commun sur les matériaux de terrain ;
  • identifier et collaborer à la sauvegarde des sources existantes dans les différents pays ;
  • ouvrir de nouveaux objets d’étude grâce à la globalisation, la délocalisation et la dématérialisation des terrains.

DISCUSSION
Pascale Dollfus pose une question sur les mots clés et les thésaurus.
MDM : Il faut que les mots clés proviennent des fiches des chercheurs et non de listes élaborées dans l’abstrait : il faut retenir le vocabulaire d’origine, et suivre l’évolution historique du vocabulaire thématique. Nous travaillons en collaboration avec d’autres équipes à l’élaboration de thésaurus thématique, mais il y a déjà un thésaurus géographique très fin créé ici par Isabelle Donze.
S. Pouyllau : Est-il prévu de travailler sur les images sans légendes dans la communauté des chercheurs concernés ?
MDM : Oui, mais il y a eu peu de travaux jusqu’à présent, un projet soumis à Adonis ayant été refusé pour le moment.
SP : Il s’agit de commenter plus que de décrire, et il faut identifier la communauté scientifique concernée.
MDM : Oui, mais chacun s’investit selon son projet de recherche.
SP : Et ce genre de travail n’est pas valorisé dans les travaux des chercheurs.
MDM : Ceux qui s’y investissent sont souvent des doctorants et des docteurs spécialisés du domaine et rémunérés.
GT : À propos du traitement automatique ?
MDM : A. Monod Becquelin a mené une expérience de lecture à voix haute de ses carnets de terrain pour évaluer le rapport coût/intérêt.

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Traitement des archives de terrain à l’EREA : Inventaire, catalogage et numérisation de données audio, photo, vidéo
Valentina Vapnarsky, directrice du centre EREA au LESC


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Le centre Enseignement et recherche en ethnologie amérindienne (EREA) recourt à un programme léger et maniable de catalogage de documents de terrain des chercheurs, et de numérisation des documents photographiques, sonores et vidéo, pour en assurer l’archivage, l’accessibilité et la conservation. Il s’agit avant tout d’un outil pour le chercheur (sur ses propres collections), puis pour les autres chercheurs sur ces collections avec la possibilité d’exportation sur des bases de données plus larges.
La mise en œuvre a consisté en deux étapes :

  • élaboration du programme et formation : contrat avec H. Sicard (IFEA, Unesco).
  • numérisation-conservation : mise à disposition du matériel de numérisation, d’une aide technique et d’une salle de stockage par l’unité audiovisuelle du centre G-A Haudricourt (A. Paouri).

Le financement s’est fait sur fonds propres EREA (mise en place du programme, formation des chercheurs), avec des vacations ponctuelles sur projets de recherche (par ex. des ANR) ; il n’y a pas eu de personnel dédié.

On a élaboré un bordereau général de collection. Chaque fiche de description d’une collection est constituée de 4 pages :

  • identification de la collection (collecteur, contenu…) ;
  • description des supports (quantité, nature), de l’état de référencement de la collection et des numérisations faites ou à effectuer ;
  • description de la documentation liée aux enregistrements (transcriptions, traductions, publications, droits) ;
  • expression des souhaits du détenteur de la collection quant à la sauvegarde, à l’archivage et à la consultation de sa collection.

On a ensuite créé un catalogue d’archivage sur Excel, avec un fichier par collection comprenant les informations suivantes :

  • identification : Numéro d’inventaire ; cote originale ; localisation du document ; label exact ; type de support ; description du support
  • typologie : type de document, genre, contexte d’enregistrement
  • réalisation de l’enregistrement : collecteur ; locuteur/informateur/interprète ; lieu d’enregistrement ; langue ; durée de l’enregistrement ; caractéristiques techniques ; matériel d’enregistrement
  • analyse du contenu : description du contenu ; mots-clés, documentation liée ; auteur de l’analyse
  • numérisation : état/priorité ; date et réalisateur de la numérisation
  • droits : modalités de consultation ; droits
  • notes complémentaires
  • + Feuilles associées au REGISTRE : localisation, langues, lieux, informateurs, genre, contexte, mots-clef, docs liés, aide

L’ensemble de ces procédures permet de savoir immédiatement où se trouvent les documents et ce qu’ils contiennent ; une fois ceux-ci numérisés, on accède directement aux enregistrements.
Un état des lieux a été dressé des documents sonores enregistrés sur support non numérique : environ 200 heures ont été numérisées (genres parlés variés, musique), 260 cataloguées, mais il en manque encore des centaines. Les collections comprennent par ailleurs également des documents sonores et vidéo directement enregistrés sur support numérique, objets d’un travail de catalogage et d’archivage (avec transfert numérique pour les MD de 1re génération). Les difficultés principales sont le temps que cela prend – c’est très long – et le manque de personnel dédié, en particulier pour les numérisations.
Par ailleurs nous avons cherché à développer la réflexion sur les conditions d’accès aux enregistrements, sur l’intégration à une base de données plus générale, sur le système d’indexation (idiosyncrasique ou normalisé ? lien avec les transcriptions ? etc.), et sur la conservation (techniques et finalité).

DISCUSSION
Fabrice Melka (CEMAf) : Cette expérience est menée en aval avec des corpus déjà présents. Il faut réfléchir avec les bibliothécaires et les chercheurs sur l’indexation en amont, dès la production de ces documents, pour gagner du temps ensuite. Comment automatiser au maximum, et comment intégrer les métadonnées ? VP : C’est le cas de ce fichier que l’on peut remplir dès le terrain. FM : Pourquoi pas le développement d’une application spécifique de terrain ?[...] Dans les fichiers des appareils photo numériques, par exemple, il y a déjà beaucoup de données, c’est à mettre en place en dialogue avec les chercheurs. SP : Il faut réfléchir aux métadonnées avec les chercheurs car elles sont souvent cachées, c’est la même chose pour les photos. On voit cependant les usages des chercheurs changer, malgré une progression lente.
La discussion porte aussi sur les mots-clés : les chercheurs établissent les leurs, et les fichiers personnels peuvent être échangés.

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Les archives du Centre de recherche en ethnomusicologie (CREM)
Joséphine Simonnot & Aude Julien, centre CREM du LESC


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Le CREM assure la gestion d’un vaste fonds d’archives d’ethnomusicologie, copropriété du CNRS et du musée de l’Homme, et reçoit le soutien de l’université Paris Ouest Nanterre et du ministère de la Culture. Il fut créé en 1932 par André Schaeffner, responsable du département d’organologie au musée du Trocadéro devenu Département de la musique du musée de l’Homme en 1937. En 1968, sous la direction de Gilbert Rouget, le département devient le Laboratoire d’ethnomusicologie du CNRS, rebaptisé Centre de recherche en ethnomusicologie et intégré au LESC en 2007.

Ce fonds d’archives sonores, dont les plus vieux enregistrements datent de 1900, compte près de 6 000 collections correspondant à plus de 3700 heures de documents édités (plus de 5 000 disques dont certains très rares), environ 3 800 heures d’enregistrements de terrain inédits (conservés à la BNF depuis septembre 2009), et s’enrichit actuellement de documents numériques et audiovisuels. Il couvre le monde entier, en complémentarité des collections du domaine français déposées aux ATP (actuel Mucem). Une centaine de publication ont été réalisées depuis 1946 dans le cadre de la Collection de disques CNRS-Musée de l’Homme sur 78 t, 33 t, 45 t et CD. Le fonds inédit contient différents types de supports : cylindres, bandes magnétiques, disques pyral gravés lors des missions ; supports fragiles qui se détériorent.

Il est donc urgent d’effectuer des copies de sauvegarde, de numériser. 1 500 heures le sont déjà, grâce à des opérations de transfert pièce par pièce réalisées avec les chercheurs ou à partir des données consignées. Ce travail nécessite un travail conjoint de documentation (saisie sur des fiches documentaires papiers aujourd’hui informatisées) et pose depuis les débuts de la gestion du fonds de nombreuses questions sur la manière de se repérer et visualiser le son (avec un chronomètre, des repères visuels au crayon sur les disques, le découpage des bandes magnétiques, etc.). Il est possible aujourd’hui, grâce aux nouveaux outils notamment d’analyse, de « naviguer » dans le son et d’avoir une meilleure représentation du son. La sauvegarde, tout d’abord sur CD de consultation, est aujourd’hui organisée sur disque durs et serveurs (une sauvegarde pérenne est organisée avec le TGE Adonis).

Pour répondre à l’ensemble de ces besoins, le CREM (avec la société Parisson, le LAM, Adonis) est à l’initiative du projet Telemeta, une plateforme web permettant la consultation des enregistrements et des métadonnées, l’enrichissement de celles-ci par un travail collaboratif, et la sécurisation des données. Ce projet utilise des logiciels libres et des formats standards internationaux, notamment une base de données MySql accessible en ligne. Le CREM a collaboré avec la bibliothèque Éric-de-Dampierre pour intégrer le thésaurus GéoEthno et permettre la géolocalisation des collections. Des maquettes sont en ligne, pour le CREM http://crem.telemeta.org (pour plus de détails : http://telemeta.org). Le fonds est organisé sur deux niveaux : collection et item (pièces), auxquels correspondent deux types de fiches de description (migrées de l’ancienne base 4D). Il est possible de faire une recherche textuelle et avancée. La fiche pièce permet de consulter et visionner le son (forme d’onde, spectre sonore), de l’indexer et l’annoter à l’aide de marqueurs. C’est un outil accessible au public et aux chercheurs (avec un compte d’accès). Une vision des métadonnées en Dublin Core permet un export par moissonnages OAI-PMH pour communiquer avec d’autres systèmes documentaires.

DISCUSSION
S. Pouyllau : Le logiciel TELEMETA est un logiciel libre utilisable par tous et pas seulement dans le cadre du CREM, téléchargeable et paramétrable pour l’ethnologie, la linguistique ou l’acoustique.
F. Melka : La collection CNRS-musée de l’Homme est-elle arrêtée ?
J. Simmonot : Oui, depuis 10 ans. L’idée est de la diffuser en ligne, ainsi que les disques, c’est en projet.

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Les archives sonores de l’ancien musée national des Arts et Traditions populaires ATP (actuel MuCEM, musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée)
Marie-Barbara Le Gonidec, docteur en ethnologie (option ethnomusicologie) de l ’université Paris X-Nanterre, responsable du département de la musique et de la phonothèque du MuCEM


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Le MNATP (Paris, mai 1937) est devenu en juillet 2005 le MuCEM. Basé dans les locaux du musée parisien qui a fermé au public en septembre de la même année. Il a ouvert une antenne à Marseille, au fort saint Jean, disposant ainsi d’un espace d’exposition qui, bien que modeste, lui a permis une certaine lisibilité, en attendant que deux nouveaux bâtiments soient inaugurés à Marseille au printemps 2013. Il s’agira :

  1. du musée proprement dit, situé entre le vieux et le nouveau port (architecte : R. Riccioti), chargé des expositions et de l’animation culturelle ;
  2. d’un Centre des collections et des ressources, implanté sur la Friche de la Belle de Mai (architecte : C. Vezzoni), comprenant :
    • tous objets « à 3 dimensions » (France et Europe, dépôt musée de l’Homme)
    • collections iconographiques (estampes, photos, cartes postales…)
    • toutes archives scientifiques (écrites, sonores, filmiques…)
    • toute documentation

C’est Claudie Marcel-Dubois (1913-1989), pianiste recrutée par A. Schaeffner pour la phonothèque du MET et qui suivit Rivière au MNATP, qui fut la créatrice du département musique puis de la phonothèque en 1943. Les premières collections inventoriées contiennent des disques commerciaux 78 tours (Chants français harmonisés, Danses maraîchines, Chants du Bocage vendéen et de Bresse, Chants de Champagne). Les premiers enregistrements de terrain comprennent 98 disques double face dans le cadre de la Mission de folklore musical en Basse-Bretagne de 1939. Comme l’écrit Maguy Pichonnet Andral (collaboratrice de Claudie Marcel-Dubois), ces enregistrements sont le fruit d’une politique de constitution d’objets sonores, comparable à celle menée par ailleurs envers les objets de culture matérielle : « La technique de consignation du son a été, à tort, identifiée à celle de l’image, tant dans ses moyens que dans sa finalité : l’une comme l’autre étant censée aboutir à la reproduction d’un modèle original, visuel ou sonore. Or il y a entre les deux procédés une profonde différence de nature. Le document photographique reproduit un objet matériel tangible dont il n’est qu’un reflet, une image réduite, couché sur un support papier ou une pellicule photographique tandis que l’enregistrement sonore, en reproduisant un document oral, va devenir lui-même cet original dont il est, en fait, la seule réalité matérielle » (Collections ethnographiques françaises, vol. 1, fasc. 8, L’enregistrement et l’exploitation des documents sonores, tapuscrit, MNATP, fév. 1971, 22 p.).

Le fonds contient 1 789 collections éditées ou inédites, dont 84 032 items originaux et édités correspondant à environ 5.000 heures d’enregistrement. Il s’agit de fonds sur l’ethnomusicologie de la France, qui comportent des :

  • documents parlés (litt. orale ou ethnographie), environ 500 collections = 20 000 items (ou phonogrammes) : poèmes, récits, contes, prières, annonces, déclamations, sermons, discours, recettes ;
  • documents à dimension institutionnelle : récit d’évènements historiques, politiques ou patriotiques, témoignages concernant les corporations, le compagnonnage, les annonceurs publics ;
  • informations contextuelles : qui évoquent des conteurs, ou commentaires d’intérêt linguistique ;
  • rituels communautaires liés à la religion, au calendrier et aux âges de la vie qui constituent la partie la plus développée de ces collections orales (Carême et Carnaval, la Saint-Jean, les noces, les fêtes locales) ;
  • pratiques populaires : médecine populaire et magie ;
  • témoignages sur le travail (activités du secteur rural) : 18 collections sur la cueillette, la chasse, la pêche, l’apiculture, 10 sur l’élevage, 6 sur l’agriculture ;
  • activités du secondaire (bois, pierre et terre, métaux, textile), du commerce ;
  • loisirs (34 collections) avec prédominance de la danse, quelques descriptions de jeux, du cirque, de la fête des géants des Flandres ;
  • enquête thématique : l’hôpital parisien ;
  • enquêtes hors de France : Roumanie et Bulgarie (plusieurs années, par Jean Cuisenier).

Il s’agit là uniquement de ce qui a été déposé. Certains chercheurs du musée n’ont pas encore déposé leurs archives sonores car il s’agit d’archives vivantes en cours de constitution. Des déposants extérieurs au musée ont également laissé des fonds liés à la musique, à la danse, à la linguistique ou à l’ethnologie générale.

Grâce à la numérisation, une politique du « retour au Pays » a été entreprise auprès de diverses institutions de Bretagne, PACA, Midi-Pyrénées, Corse, Haute-Normandie, Aquitaine, Poitou-Charentes, Rhône-Alpes. En échange de la mise à disposition de nos fonds sonores, les centres ont fait l’indexation selon un système descriptif uniforme entre leurs collections et les nôtres, uniforme également à l’ensemble du réseau. Ce travail s’est fait aussi en lien avec le département de l’audiovisuel de la Bibliothèque Nationale de France, dont certains centres sont Pôles associés. Aujourd’hui, alors que le musée, fermé, ne dispose pas encore de ressources en ligne, nos fonds peuvent être trouvés dans le catalogue numérique de certains de ces centres.

La numérisation des fonds sonores permet une plus grande facilité de consultation, parce que le public des régions peut se rendre désormais, qui à Rennes, qui à Toulouse, qui à Pau, etc. ; cela a fortement réduit les demandes de consultation sur Paris, qui, pour celles qui s’y font, ont été facilitées par une manipulation plus aisée des supports sur CD. MBLG montre un exemple de la valorisation scientifique d’un fonds d’archives multi-support entièrement numérisées, le plus ancien au musée, celui de Basse-Bretagne de 1939, première enquête d’ethnomusicologie de la France. Au livre (publié aux éd. CTHS et Dastum, nov. 2009) qui présente l’enquête est joint un DVD restituant l’ensemble de la collecte, soit 7h de musique, 437 photos, 25 minutes de film, toutes les transcriptions musicales et linguistiques, la traduction des textes bretons, et le journal de route.

DISCUSSION
Question : le MuCEM participe-t-il au projet Telemeta ? MBLG : Oui, on peut tout reverser à Telemeta. J. Simmonot Il reste à informatiser les registres papier mais c’est un problème car le CNRS s’est désengagé quand le Musée des ATP est devenu le MuCEM. S. Pouyllau : Adonis sollicité n’a pas pour vocation d’être un programme de numérisation et le MinESR est impliqué avec le grand emprunt. Néanmoins, il y a un vrai problème de financement, et plus, d’orientation, des grandes politiques nationales au sein du CNRS. Ce type de financement existe à la Culture, il en faudrait aussi pour les données de recherche, mais surtout, de la part du CNRS, il faut une décision sur ses archives, et ce d’autant plus que Claudie Marcel-Dubois était personnel CNRS. Il y a une vraie nécessité d’un portail d’accès commun. La discussion s’engage ensuite sur les anciens formats des développements utilisés par les DVD comme celui-ci ou celui sur les AKA Pigmées, formats parfois devenu illisibles, comme le langage DVD Flash. S. Pouyllau signale qu’à la demande du MSER, Adonis a édité deux guides de bonnes pratiques sur les formats de numérisation et de pérennisation des données : il faut surtout garder les données brutes ; l’open source ne marche pas pour certaines données comme les 3D, qui deviennent inutilisables hors des logiciels commerciaux. Ces guides sont courts, 20 p, et très lisibles pour les chercheurs, qu’il les encourage à consulter.
Nader : Le mieux est que les formats soient lisibles par les humains et les machines. Mais avec la BDD Access, par ex., il faut archiver le logiciel (format XML) avec la BDD.

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Le thésaurus GeoEthno et les archives de chercheurs : comment utiliser un outil documentaire pour des archives ?
Isabelle Donze, Bibliothèque Éric-de-Dampierre


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Il s’agit là d’un travail spécifique aux bases de données et au catalogage bibliographique, concernant l’indexation des mots-clés, qui traite des questions de vocabulaire lié à l’ethnologie. Le thésaurus GeoEthno est un thésaurus de noms géographiques conçu pour la bibliothèque d’ethnologie (et non pour les archives au départ). Il a été créé par ID en 2001 à partir de l’index des mots-clés géographiques du LESC (2 000 termes) ; car il n’y avait pas d’outil francophone équivalent disponible à cette époque. En effet les anciens thésaurus édités sur support papier étaient devenus obsolètes à la suite de nombreux changements toponymiques, et sur internet coexistaient plusieurs listes d’une grande hétérogénéité, généralement reliées à des bases de données spécifiques. Le seul véritable thésaurus géographique disponible était le Getty Thesaurus of Geographic Names, pour le monde anglophone.

Le thésaurus GeoEthno contient actuellement 15 653 descripteurs + 536 noms historiques, avec une couverture générale, sur tous les continents et îles. Il est structuré par régions géographiques, celles-ci étant définies par rapport au découpage des régions statistiques de l’ONU. Une version internet réalisée en 2003 est en accès libre et gratuit (http://www.mae.u-paris10.fr/dbtw-wpd/bed/index-lesc.html).

Le premier objectif était de disposer de mots-clés géographiques pour l’indexation documentaire des catalogues des bibliothèques du Réseau Ethnologie. Grâce au thésaurus, on retrouve les mots-clés quel que soit leur statut. GeoEthno est par ailleurs adaptable aux archives, en particulier sur les terrains les plus « pointus », les plus anciens. ID montre comment se fait l’utilisation « classique » du thésaurus avec la base de données bibliographique, puis les expériences d’utilisation menées sur des fonds d’archives :

  • GeoEthno et le Fonds Denise-Paulme (fiches de terrain, Mali, 1935), 4 876 fiches donnant lieu à 535 descripteurs archivistiques d’information ; on trouve 115 termes géographiques sans précision, et on obtient 9% de recouvrement en utilisant le thésaurus (le non-recouvrement concerne les villages mentionnés par D. Paulme par ex. qui ne sont pas dans le thésaurus créé à partir de la bibliographie) ;
  • GeoEthno et le Fonds Guy-Stresser-Péan (Archives photographiques, Mexique, années 1950), sur les photos légendées par l’auteur ; avant de consulter le fonds, elle a entré dans la BDD les noms de 2 177 municipes de 25 états ; puis elle a testé GeoEthno sur les 3 988 fiches, contenant 84 noms de municipes, elle a obtenu 67% de recouvrement total, 25% partiel, 8% sans recouvrement ;
  • GeoEthno et les archives ethnomusicologiques (Application Telemeta, CREM). Pour cette troisième expérience, ID a fourni un fichier GeoEthno en XML à Telemeta, lequel correspond avec les bases SIG sur internet, donc on a dans Telemeta des cartes de type google avec points SIG.

DISCUSSION
Q : sur l’aspect thématique ?
ID : Oui, nous possédons une grande base thématique, qui est à nettoyer. C’est un travail que nous effectuons en collaboration avec l’INIST car nous utilisons le même type de vocabulaire.
Q (d’une documentaliste spécialisée en langage) : vous avez amélioré la BDD pour aborder les archives G. Stresser-Péan, c’est cela qui est intéressant pour la communauté. Suit une question sur le fonctionnement du thésaurus et la fonction des descripteurs, y compris ceux qui sont indiqués comme « historiques ».
QR : Quand deux noms sont homonymes, on rajoute les codes ISO du pays.
Nader : Pourquoi ne pas intégrer les BDD géographiques du genre Geonames ?
ID : Ce n’est pas la même perspective au départ, les bases de données toponymiques et les SIG n’ayant pas directement la fonction de thesaurus.
Discussion sur la gestion du thésaurus en XML, il faut une norme internationale (par exemple norme SKOS). La base Geonames, même s’il y a des lacunes, est alimentée par plusieurs individus et institutions, et a un projet de branche historique.
P. Dollfus : Geonames est multilingue
ID : Oui, mais c’est hétérogène…
Nader : Pour un même nom, on peut avoir plusieurs lieux.

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Le logiciel Lignes de temps pour l’accès aux archives vidéos et leur enrichissement en ligne
Alexandre Monnin & Johann Holland, IRI/ Centre Pompidou


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Johann Holland s’exprime en premier :
L’Institut de recherche et d’innovation (IRI) du Centre Georges Pompidou (http://www.iri.centrepompidou.fr/), fondé en 2006, est depuis 2008 une association de recherche autonome dont les membres administrateurs sont le Centre Pompidou, le Centre de Culture Contemporaine de Barcelone, Microsoft France, le Goldsmiths College, l’Université de Tokyo, l’Institut Telecom et l’ENSCI. Il est au carrefour des SHS et des STIC.

Le logiciel Lignes de temps est un logiciel d’annotation de contenu audio-visuel, téléchargeable gratuitement sur le site de l’IRI, qui repose sur le principe d’une spatialisation de la durée d’un contenu temporel. Le travail se fait avec Telemeta pour articuler ensemble les deux applications, avec un player video, des informations par onglets, un repérage graphique des contenus vidéo, temporel, plan par plan.

La durée se traduit en espace comme dans un logiciel de montage :

  • représentation par stratification : on peut accumuler les lignes de représentation et en créer de nouvelles, par ex. une ligne montrant tous les gros plans, ou triant par personnages leur apparition à l’écran, etc. ;
  • segmentation, annotation d’une durée : on ouvre une ligne et on crée des segments suivant un nouveau critère personnel soit en utilisant des segments existants (par glisser déposer sur la ligne créée), soit en créant ses propres segments (par création de points d’entrée et de sortie aux time-codes désirés dans la vidéo). On peut ensuite annoter chaque segment en indiquant : titre, texte libre, mots-clés qu’on crée et qu’on utilise en même temps ;
  • comparaison d’extraits (bout-à-bout) : on peut ensuite comparer sur deux écrans deux rituels par ex. avec l’outil « bout à bout » en travaillant dans une nouvelle fenêtre sur deux lignes où on a fait glisser les segments => deux players s’ouvrent ;
  • recherche dans les annotations ;
  • structuration d’un parcours, d’un discours : cela peut aider à mettre en forme des hypothèses. Il existe une fonctionnalité « vue » qui montre les étapes d’un discours (apparemment, sur ce film, il s’agit de la lecture qu’en fait le chercheur) ;
  • le logiciel en mode Web collaboratif : gestion de communautés et d’espaces personnels, partage et travail à plusieurs, afin que des communautés s’en emparent ; par ex. dans un espace virtuel en ligne, une expérience a été faite pour échanger des lignes de description sur un même film, et une autre est prévue pour écrire un article critique sur un film.

Alexandre Monnin prend ensuite la parole :
L’application web permet d’aller plus loin que l’utilisation du logiciel chacun sur son ordinateur. Le but est d’intégrer Lignes de temps au « web sémantique » sous format RDF (Ressources Descriptive Framework) : il s’agira de décrire des connaissances et non plus des documents, c’est donc plus expressif comme langage que html. Sur le web la publication de ressources inclut la définition de la propriété et des responsabilités (principes repris sur OAI-ORE). Les données sont centralisées et on gère l’accès des autres, ce n’est pas forcément copiable.

Par rapport à un système d’échanges de fichiers, il vaut mieux privilégier le commentaire des ressources, le tagging. L’idée implémentée avec Lignes de temps est précisément le tagging (tag = mot-clé) selon une conception collaborative : celui qui consulte sur web peut ajouter des mots-clés, qui s’ajoutent à la ressource sans la modifier. Un exemple de tagging au service de la recherche est l’ISICIL (Information Semantic Integration through Communities of Intelligence onLine, http://isicil.inria.fr/), projet ANR pour l’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie), un projet de tagging au service de la recherche pour réaliser une veille en commun. Les chercheurs et documentalistes peuvent tagger facilement, et des associations entre tags apparaissent.

L’intégration avec Telemeta : l’enjeu c’est l’interopérabilité entre Telemeta et Lignes de temps. Pour essayer :

Plus d’information :

DISCUSSION
S. Pouyllau : L’intérêt ici, c’est que des outils différents peuvent se rejoindre, entre des communautés qui n’ont pas au départ les mêmes objectifs. La BNF et les Archives de France ont eu conscience dès le début des problèmes de format. « GéoEthno » et cette présentation peuvent apparaitre au chercheur comme envahissant son univers de travail. Or, il faut souligner que ce sont des outils très performants, facilitant la publication. S’ils sont perçus comme difficiles à utiliser par les chercheurs, c’est parce que ceux-ci n’ont pas trop le temps d’encoder les données, le plus long, et qu’il y a peu de documentalistes qui auraient le temps de le faire.
Q : Comment faire si on a besoin de conseils et de techniques et qu’on a de l’argent de l’ANR ?
S. Pouyllau : Il faut plutôt identifier les besoins avant, pour pouvoir intégrer les conseils techniques dans le projet ANR.
Q : Oui mais on découvre souvent pendant les projets les vrais besoins en la matière.
SP : Oui je vois fréquemment les gens s’en soucier en 3e année de projet. J. Simmonot : Il faut le temps de suivre les échanges des réseaux SHS dans le domaine.
SP : Il existe une formation CNRS « gestion numérique des sources de la recherche », un séminaire pour chercheurs ayant des connaissances de base pour la gestion des projets ANR, avant et après projet.
V. Vapnarsky : C’est un outil passionnant pour la vidéo. Pour ma part j’utilise ELAN pour le son.
Johann : Oui il est vrai que le son, l’analyse du son, est le parent pauvre du logiciel en comparaison de l’image. On fonctionne avec des projets ANR, Media et européens, qui portent plutôt sur l’image que sur le son. Mais l’outil est susceptible de faire la même chose pour le son. Pour le moment il donne l’enveloppe sonore complète.
Q : Peut-on combiner Telemeta et Lignes de temps ?
Johann : Oui c’est prévu, mais cela dépend des financements (demandés auprès du TGE Adonis).
G. Tarabout : ICAR à Lyon travaille sur les interactions visuelles et linguistiques : est-ce que cela serait intégrable ?
Johann : Oui, on peut segmenter ce qu’on veut, comme le chapitrage DVD. Si vous voulez un séquençage automatique, il faut créer l’algorithme adéquat et l’implémenter dans la brique d’import du logiciel. Alexandre : On travaille sur la manière de tagger les segments et de pouvoir analyser toute la documentation sur chacun d’eux.
Q sur l’indexation en ethno, les commentaires et les mots-clés.
Johann : Oui c’est faisable par ligne, commentaires ethnomusicologiques, etc. On peut faire des recherches avec croisement de critères (a priori sans limitation de critères, mais en pratique au-dessus de 4 critères il devient difficile graphiquement de présenter par jeux de couleurs les résultats de ces recherches croisées). Aujourd’hui on fait des recherches en full text sur tous les mots utilisés dans les commentaires ; pour la recherche avancée, il faut, avec la version actuelle, repasser par des moteurs externes de recherche web articulés avec la version on-line de Lignes de temps.

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Édition en ligne ou « retour » des archives :
approches politiques, éthiques et scientifiques


Introduction de l’après-midi
Antoinette Molinié, LESC


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Antoinette Molinié introduit la session de l’après-midi en rappelant les réflexions déjà menées sur le rapport du terrain aux archives, et sur les questions qui se posent à leur « retour » – une problématique nécessairement au cœur de la pratique ethnologique.


Collect, protect, connect : The ethics of anthropological archives online through the lens of the Digital Himalaya Project
Mark Turin, University of Cambridge


Mark Turin présente le site Digital Himalaya, lancé en décembre 2000 [6]. Le but en est de conserver du matériel anthropologique des régions himalayennes sous forme numérique, matériel qui s’abîmait sous sa forme actuelle et qui comprend des films, des photos, des enregistrements audio, des notes de terrain, des cartes et des publications rares, afin que ces ressources soient accessibles par le web aux étudiants et chercheurs, et aussi par DVD aux descendants des peuples auprès desquels ils avaient été recueillis.

Trois facteurs ont rendu possible ce lancement :

  • l’argent : une occasion de financement avec un donateur des USA tourné vers les urgences anthropologiques ; le projet a été le seul à y répondre ;
  • l’urgence de numérisation de nombreuses collections privées ;
  • le développement technologique qui, il y a 10 ans, a permis de faire ce travail. Il était improbable que tous les pays du sud aient rapidement une connexion. Le projet a donc consisté à proposer des DVD en même temps que les documents étaient mis en ligne sur le site Internet.

Le travail a débuté modestement, par ex. en procédant à la numérisation, de mauvaise qualité dans un premier temps, d’une grande collection privée de films ; le fait que ces films soient maintenant connus devrait leur permettre d’obtenir des fonds plus importants. Il cite les soutiens financiers dont ils ont bénéficié : institutionnels, dont le Cambridge Museum ; mais aussi commerciaux. Ils ont par exemple ajouté des liens vers Amazon, et 4 % des gains de cette publicité leur est reversé, ce qui permet d’entretenir le site, très visité. À certaines époques, c’est grâce aux liens vers Amazon (USA, UK & Germany) qu’ils ont survécu ! Le projet fonctionne aussi grâce à un réseau d’amis chercheurs. Quand ils arrêtent les activités sur le site faute d’argent, il y a une mobilisation et ils obtiennent généralement de nouveaux fonds.

Beaucoup d’archives conservées à Cambridge étaient coupées de leur contexte. Grâce au projet, des films sur des rituels au Népal ont pu être vus et commentés par des gens âgés, maintenant décédés : l’urgence de ce genre d’opérations est vraiment évidente.

Parmi les matériaux mis en ligne on peut citer des cartes officielles et des tables de recensement en accord avec les institutions concernées (les pays de la région, ne disposant souvent pas de connexions Internet suffisamment performantes). JSTOR n’ayant pas à son programme de numériser des journaux locaux, ils ont mis 30 journaux de l’Himalaya sur le site. Dans certain cas, il s’agit d’un lien vers une collection disponible sur un autre site dans d’autres cas la revue a été numérisée par leurs soins, en prenant bien évidemment en compte les numéros anciens, et en instaurant des barrières mobiles pour les publications les plus récentes. Dans la majeure partie des cas, il n’y a pas de problème de concurrence avec les éditeurs locaux. Si c’était le cas ils enlèveraient le lien ou la présentation. Google indexe leur site qui apparaît donc dans les recherches.

Les bénéfices inattendus de ce projet : le développement de l’inter-connectivité à travers l’Asie où le site compte autant de visiteurs utilisateurs qu’il y en a en Occident. Les étapes futures : renouveler les contenus chaque année, pour maintenir une grande visibilité sur le net, développer les aspects techniques (Dspace, options de recherche pour les journaux, etc.) ; produire et distribuer une série de DVD pour les écoles et collèges au Népal.

Enfin, Mark Turin aborde les questions éthiques. En la matière, ne rien faire c’est également un choix éthique, pas très bon. Qui est propriétaire de telles collections ? Si c’est nous, il faut les rendre transparentes. Mais peut-être en sommes-nous seulement les gardiens ? La politique retenue est celle de tout montrer, et de retirer des données si les montrer pose un problème – une politique qui a eu l’avantage jusqu’ici de susciter de nombreuses collaborations – et d’ajouter de nouvelles informations sur les archives elles-mêmes. MT montre, à partir du site archives.org, le site des archives officielles des USA et celui des archives des communautés par ex. en Nouvelle Zélande. Une fonction ethic&access permet, quand on dépose des archives, de décider du niveau d’accessibilité que l’on souhaite (ce n’est pas « tout ou rien »).

Il existe le concept de sweat equity (par distinction de financial equity) pour ceux qui participent et soutiennent le site par le travail bénévole ; celui de crowd sourcing pour désigner les gens ayant accès au site et fournissant des informations ; ces deux concepts et les formes de travail sous-jacentes attirent controverses et critiques. Pourtant ce projet montre que cela fonctionne.

Un autre projet est en préparation, il s’agit de World Oral Literature Project, lancé en janvier 2009 pour documenter et rendre accessibles les littératures orales en danger avant qu’elles ne disparaissent sans laisser d’enregistrement.

DISCUSSION
Q : sur les droits à payer au revues ?
M. Turin : Nous avons contacté les publishers (éditeurs) ; certains ont refusé car ils travaillaient par ex. avec un serveur qui les payaient.
Q : sur le modèle de construction du site ?
MT : Il s’est construit peu à peu selon les données que nous avions.
Q : sur les retours des matériaux ? Les Naga, par exemple, comment peuvent-ils utiliser le site pour leur propre image en opposition à d’autres images d’eux qui sont diffusées ? Qu’en est-il des réactions négatives ?
MT revient sur des explications données plus haut. La discussion porte aussi sur les changements de technologie web. L’équipe est passée à PHP il y a quelques années, c’est mieux mais il y a encore des problèmes et M. Turin dit regretter de ne pas s’être lié aux services de l’université pour ces mises à jour et ces changements.

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Les enjeux locaux de la restitution numérique des collections : archives culturelles et transmission du savoir dans le nord de l’Australie
Jessica De Largy Healy, LAS


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L’exposé porte sur les processus locaux de réappropriation des objets virtuels en Australie, pour et dans la production artistique notamment.

Il y a en Australie depuis les années 1990 des restitutions de collections (de toutes sortes) concernant les communautés indigènes. Le processus touche, en particulier, les « communautés isolées » (2/3 des indigènes vivent aujourd’hui en ville). Des infrastructures de télécom ont été développées sur leur lieu de résidence, ils ont la radio, la TV. Dès les années 1980, des enquêtes anthropologiques ont montré que ces communautés piratent les signaux pour mettre leurs propres contenus, notamment des images filmées par les Aborigènes. C’est le cas chez les Warlpiri qui ont créé la Warlpiri Media Association, et dans les territoires du Nord. Ces communautés sont donc isolées géographiquement, mais communiquent entre elles et avec le monde extérieur grâce aux média.

JLH prend comme exemple les communautés de la Terre d’Arnhem. Les municipalités aborigènes y sont dotées de Conseils élus qui accordent aujourd’hui les permis aux chercheurs en sciences humaines. Une politique muséale a été mise en place, les musées travaillant en collaboration avec les communautés aborigènes. Dans ce cadre, la recherche ne peut être que collaborative.

Il a été créé des Centres des savoirs autochtones, comme celui de Galiwin’ku, pour procéder à des opérations d’archivages au sein des communautés : il s’agit de permettre l’accès aux archives constituées localement et de récupérer des copies des données concernant ces communautés, données conservées dans diverses institutions. La ville compte 1 800 résidents répartis en 20 clans. Le projet est financé par la Bibliothèque des Territoires du Nord. On trouve dans cette ville un Mémorial, créé en 1957, composé d’objets rituels jusqu’alors secrets et confiés par les « anciens ». Ce mémorial a été édifié face à l’église de l’ancienne Mission. Il a été construit en réaction à un film projeté au même endroit, dans les années 1950 qui montrait précisément ces objets secrets. Les Aborigènes ont voulu se réapproprier la diffusion de ces pratiques jusque là gardées secrètes. Et c’est la génération suivante qui a fait le Centre des savoirs.

JLH mentionne le cas d’une peinture élaborée dans la communauté yolngu de Galiwin’ku, qui présente les différents accès au savoir selon la position de parenté que l’on occupe vis-à-vis du clan détenteur de ce savoir. Une deuxième peinture superposée à la première montre les peintures corporelles aux différents âges de la vie. Elle est accolée à la première pour préciser les conditions personnelles de l’accès au savoir. Joe Gumbula, un dirigeant et universitaire aborigène, en visite à Melbourne, a trouvé dans des réserves de musées les peintures faites autrefois par son propre clan : il les a reconnues, puisque chaque clan a des droits précis, et a rapporté des images numériques de ces œuvres, dont certaines représentent un esprit appelé Murayana. Une série de rituels destinés à cet esprit ont alors été initiés par la communauté.

Le projet de base de données qui devait être mise en place au Centre des savoirs de Galiwin’ku n’a pas abouti faute de financement, mais d’autres projets ont été repris par les clans faisant leur propre recherche dans ces archives. Le problème est que chaque clan a des droits d’accès différents au savoir global rassemblé : qui pourrait autoriser l’accès aux archives selon des droits différentiels ? Personne ne peut prétendre au savoir de tous rassemblé sur l’archive. La bibliothèque du Nord est revenue un an après dans la communauté avec un autre modèle pour rapatrier les collections dispersées. Elle a acheté la licence d’un logiciel permettant la mise en place d’une base à plusieurs niveaux d’accès ; ce logiciel dispose, en particulier, d’une fonction qui permet de cacher les morts, c’est-à-dire leur image. Ce projet a été financé en 2005 par la Bill Gates Fondation.

Une autre possibilité consiste à utiliser YouTube, comme plateforme. Un projet porté par un Centre d’Art à Yirrkala consiste d’une part à récupérer des vieux films et d’autre part à former des jeunes au cinéma : les films sont diffusés sur YouTube.

JLH pour sa part travaille sur le fonds d’archive de Karel Kupka, ethnologue français d’origine tchèque, qui a réuni une grande collection de peintures sur écorce bien légendées (une photo le montre sur le terrain avec les Aborigènes dans les années 1960). Elle a travaillé sur la transmission et la continuité des droits sur les savoirs et les peintures, et a contribué à rassembler le corpus entier de Kupka en documentant ses photos.

Plus encore que de conserver des archives sur des peuples, il s’agit là de la constitution même de ces archives en tenant compte du statut sociologique et politique des savoirs impliqués.

DISCUSSION
Discussion générale : sur la démarches des Aborigènes aujourd’hui qui, en consultant les peintures plus anciennes, voulaient voir ce que leurs parents avaient fait, pas pour reproduire ces peintures à l’identique, mais pour tenter de retrouver les significations politiques qu’elles expriment (notamment comprendre les liens existant entre clans à une époque donnée).
Q : Comment résoudre le problème des objets à ne pas montrer et qui sont exposés en Europe ?
JLH : C’est un problème, car si les Aborigènes voient un objet interdit ils peuvent tomber malades. Mais en Australie une collaboration a été mise en place entre les musées et les communautés. Il y a eu également le cas d’un expert aborigène appelé en Suisse pour un objet qui ne pouvait pas être montré.
G. Tarabout : Y a-t-il toujours consensus dans la communauté vis-à-vis de toutes ces questions ?
JLH : Dans cette communauté, oui, mais toutes ne sont pas organisées avec des descendants directs comme celles-ci, donc le consensus n’est pas toujours aussi clair.

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Ethno-archivage ou auto-archivage ? L’expérience des Indiens Zápara de Haute Amazonie et les pratiques cinématographiques des Indiens Karaja du Brésil central
Anne-Gaël Bilhaut et Nathalie Petesch, EREA


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ANNE-GAËL BILHAUT : L’expérience des Indiens Zápara de Haute Amazonie

Dans cette communication, nous souhaitons aborder plus spécialement les pratiques d’archivage menées par les peuples indigènes eux-mêmes, en Amazonie.

Parmi les objectifs de cette journée d’études, il y a celui d’observer comment s’effectue le retour les travaux des chercheurs dans les communautés elles-mêmes. Or on remarque sur le terrain que de plus en plus de communautés produisent désormais leurs propres archives. Non seulement elles collectent ce qui a été produit sur elles, sur leur langue, leur histoire, leur culture, mais elles s’engagent désormais, à des niveaux d’implication plus ou moins élevés, dans la production, la collecte et la conservation de données. Lorsque Marie-Dominique Mouton nous a invitées à participer à cette journée, tandis que je parlais d’ethno-archivage, elle m’a interrogée sur ce que serait l’ethno-archivage par rapport à l’auto-archivage. Je n’ai pas, je crois, de réponse très précise. Mais cette interrogation, qui reste ouverte, est assez féconde et j’aimerais vous faire part de quelques réflexions, ou pistes à discuter.

Pour moi, l’ethno-archivage, c’est l’archivage à la façon des indigènes (ce qu’ils archivent, comment, comment ils effectuent les choix, sur quoi ceux-ci se fondent, et la dimension originale de cet archivage). J’avais utilisé ce terme dans ma thèse pour rendre compte de la manière dont les Zápara collectent, conservent et archivent, dans une démarche volontaire, des données, y compris d’ailleurs par les voies oniriques. L’ethno-archivage, c’est l’archivage à la manière des Indiens.

L’auto-archivage renvoie davantage à la façon dont les chercheurs archivent, stockent leurs données ; ce terme désigne généralement la mise en dépôt public sur Internet de publications scientifiques par les auteurs, par les chercheurs. Or des groupes étudiés par les ethnologues commencent eux aussi à faire cela à travers des blogs, des articles, des ouvrages dont ils sont les auteurs. Est-ce alors de l’auto-archivage indigène ?

En fait, il me semble que l’auto-archivage se caractérise par la volonté de rendre visibles et publiques des données (écrites, visuelles, audio-visuelles, audio) qui constituent, par ailleurs, des archives, tandis que l’ethno-archivage a pour premier objectif la conservation de données.

Je vais illustrer cela par quelques données issues de mon terrain chez les Zápara d’Equateur (estimés à 600, dont 300 en Equateur) : ils se sont constitués en association, puis organisation depuis 1997 ; dans un processus de patrimonialisation de la culture depuis 1999 au moins ; en 2001, ils candidatent à l’Unesco pour que leur culture soit reconnue patrimoine mondial de l’humanité.

D’après ses statuts, les quatre objectifs de l’association étaient, en 1997, la collecte de données sur la langue, sur l’histoire, la sauvegarde des traditions chamaniques, et la reconnaissance légale de leur territoire. Après s’être constitués en organisation, ils ont fondé leur propre système éducatif trilingue par lequel les élèves doivent apprendre à devenir des Zápara. C’est là le premier volet de la tentative de production et de transmission de leur patrimoine. L’objet de ma présentation a davantage à voir avec le second volet : l’enregistrement et l’archivage de données sur leur culture ainsi que la production (par les Indiens) de livres et de films, qui promeuvent l’originalité de leur peuple dans et hors du territoire. De même, la collecte d’objets laissés par les ancêtres est un autre moyen d’apprendre sur le passé.

Petit à petit, au contact de touristes, de linguistes, d’ethnologues, les Zápara ont commencé à effectuer des enregistrements sonores de mythes, chants, vocabulaire de la langue zápara, et de bribes d’histoire, à l’aide de magnétophones à cassettes… Des enregistrements qu’ils ne retranscrivent pas, et qu’ils écoutent rarement. L’organisation dispose d’une caméra vidéo et d’un appareil photo numérique pour garder la trace des assemblées de villages et rendre compte de l’artisanat. Sont aussi photographiées les personnes et les activités quotidiennes. Ils conservent ces données, qu’ils ajoutent à d’autres. Ils disposent en effet :

  • d’ouvrages d’explorateurs du XIXe siècle, récemment traduits et publiés en espagnol ;
  • de littérature grise rédigée en anglais par des linguistes du Summer Institute of Linguistics dans les années 1950 ;
  • de copies d’articles plus récents rédigés par des linguistes et anthropologues, principalement en anglais ;
  • des copies de films réalisés sur eux.

Enfin, ils ont commencé depuis l’année 2001 à produire et éditer leurs propres textes. En 2001, leur candidature à l’Unesco consistait en une monographie rédigée par un linguiste équatorien ayant eu un contrat deux années auparavant pour élaborer leur dictionnaire trilingue (zápara, kichwa, espagnol), et un film de 16 minutes. Depuis, ils ont participé à d’autres films, mais ils n’en ont jamais réalisé eux-mêmes. Ils sont néanmoins très désireux de produire des documents sur leur patrimoine, et ont supervisé quelques petites publications dont ils étaient les commanditaires.

Quelle est la place de ces documents écrits, si peu consultés ?
La manière dont les Zápara s’approprient l’ensemble des documents écrits dépend de la langue de rédaction, du contenu même de l’objet et de la part active qu’ils ont jouée dans sa réalisation. Seuls les documents en espagnol sont susceptibles d’être sortis des classeurs et étagères du bureau de l’organisation. Même ceux-ci bénéficient de peu d’attention à moins qu’ils ne soient accessibles pour eux en termes d’ergonomie de lecture. Les Zápara demeurent peu instruits et leur aptitude à la lecture et à la compréhension d’un texte écrit restent faibles. En conséquence, la prise en main de l’un des livres des explorateurs ou missionnaires est rarement suivie d’une lecture. À celle-ci se substitue un feuilletage rapide, sans considération particulière pour les chapitres traitant des Zápara mais avec des arrêts sur les figures, ce qui vaut une préférence à la publication du récit d’un explorateur italien, qui a agrémenté son texte d’illustrations.

L’ensemble des écrits du XIXe siècle est perçu comme un témoignage sur leur existence à cette époque, leur mode de vie, mais aussi sur leurs conditions de vie face aux colons et missionnaires (épidémies, esclavage par le boom du caoutchouc). Aussi ces ouvrages sont-ils rangés et conservés comme des archives écrites. Le statut des photocopies des articles des linguistes est autre : ce qu’elles contiennent, c’est du zápara d’autrefois, c’est la langue des années 1950, parlée encore de manière fluide par quelques-uns. Elles sont donc une ressource essentielle pour la mise en œuvre de la revitalisation linguistique, que seuls les linguistes en contrat avec l’organisation savent consulter.

Si le dictionnaire trilingue est l’objet le plus consulté, feuilleté, regardé, c’est surtout parce qu’il est « le plus hybride » des livres des Zápara : d’une part, c’est un objet fabriqué par un linguiste avec lequel ils ont eux-mêmes fait un contrat pour réaliser ce travail. D’autre part, ils sont nombreux à avoir participé directement à l’étude : sont Zápara les assistants, coordinateurs, informateurs. Et l’organisation est l’éditeur : toute la chaîne de production du dictionnaire est contrôlée par l’organisation zápara, qui s’est ainsi complètement appropriée l’objet et l’a distribué dans toutes les familles. Tous ont pris part à un moment donné à la réalisation de la recherche. Ils sont donc des témoins participatifs ou des acteurs à des degrés différents, de la constitution de l’objet hybride. Posséder ce dictionnaire est pour chaque foyer la trace tangible de son investissement dans le projet de l’organisation et sa réalisation.

Quand la chaîne de production et la distribution des documents écrits sont toutes deux menées par l’organisation zápara, le succès est immédiat. Ainsi, confrontés à la culture de l’écrit et à l’intérêt d’archiver des choses tangibles renfermant un savoir sur la langue et la culture zápara, le livre demeure pour eux un objet qui leur est étranger mais qu’ils parviennent à s’approprier. Il n’est plus un ensemble de feuillets reliés mais un document de travail, d’apprentissage et d’informations qu’ils peuvent revendiquer comme leur. Quant aux ouvrages plus anciens, tels ceux des explorateurs, ils sont comme les vestiges d’une culture qui disparaît, des traces et des informations sur les êtres du passé.

Ces quelques éléments montrent comment un peuple réalise son propre archivage. Celui-ci est toujours en cours de constitution : une maison de la culture zápara va être construite dans un village, peu accessible aux non-zápara en raison des distances et des modalités de déplacement dans cette zone. Néanmoins les femmes continuent de réfléchir à la constitution d’un musée zápara, qui se trouverait à Puyo, dans la capitale régionale, donc, un musée à destination du grand public. Qui dit musée dit aussi collectes et collections d’objets, en plus d’archives et d’archivage.

L’archivage suppose des pratiques de conservation. Pour le moment, les Zápara n’en font pas vraiment. Ils archivent, rangent. Ils ne conservent pas, et même, ils perdent des documents. C’est là que la « maison de la mémoire onirique » rapidement évoquée en introduction est extrêmement efficace. Elle renferme pour eux, potentiellement, toute la mémoire du groupe. Quelques personnes expérimentées se rendent dans cette « maison de la mémoire » uniquement accessible par le rêve. Elle renferme une « mémoire collective » gardée par des ancêtres et conserve des connaissances que le rêveur peut consulter. Il peut aussi y apporter sa contribution en apportant sa propre mémoire à l’édifice, mémoire qui a alors la forme d’une pierre… Cette maison préfigure ce qu’est le patrimoine zápara : un ensemble de données archivées, rangées, conservées, consultées et questionnées.

Choisir des archives à rêver est particulièrement pertinent puisque cela suppose une expérience irréfutable et réelle comme l’est toute production onirique : une astuce formidable quand la transmission de la connaissance est orale et qu’il y a une défaillance de la mémoire du groupe. En d’autres termes, ce que les Zápara reconstituent par le rêve, c’est le patrimoine immatériel.

NATHALIE PETESCH : les pratiques cinématographiques des Indiens Karaja du Brésil central

Vingt-cinq ans après avoir réalisé une étude chez les indiens Karaja du Brésil, NP a été invitée pour le tournage d’un film sur le rituel d’initiation masculine réalisé par les Indiens eux-mêmes. Les Karaja vivent sur un affluent méridional de l’Amazone, entre savane et forêt, et appartiennent à la famille linguistique gê-bororo. Ils ont un corpus mythique et rituel important qui attire depuis longtemps ethnologues, journalistes et autres visiteurs. Accoutumés à être étudiés, photographiés ou filmés, ils ont décidé de se réapproprier l’enregistrement audio et vidéo de leur patrimoine culturel et l’usage de cette production. À l’instar de leurs voisins du Xingu qui ont déjà réalisé plusieurs tournages, les Karaja ont obtenu la collaboration d’une association de cinéastes pour la fourniture de matériel et la formation à la technique vidéo.

Cette démarche indigène suscite quelques interrogations : pourquoi se filmer soi-même ? Comment se filme-t-on ? Quelles sont les difficultés et les contraintes de la réalisation ? Qu’en est-il de l’archivage de la production ? Et enfin quelle est la place assignée à l’ethnologue ?

Les objectifs sont à la fois internes et externes. Il s’agit tout d’abord d’endiguer la perte du savoir culturel transmis oralement, le film étant le moyen de conserver et de transmettre ce savoir via une technique moderne susceptible d’intéresser les jeunes et utilisable comme outil pédagogique dans les écoles. Se filmer soi-même permet également de contrôler sa propre image, de parler de soi à sa manière, et de diffuser ces enregistrements en langues étrangères à des fins de valorisation culturelle et d’information au niveau international sur les menaces qui pèsent sur leur territoire amazonien.

La formation des jeunes indigènes au maniement de la caméra est généralement rapide. En revanche l’initiation à la réalisation cinématographique (élaboration du scénario, tournage et montage du film avec commentaires), telle qu’elle est dispensée par un cinéaste, se révèle plus difficile, notamment quand il s’agit de filmer un rituel. La pensée mythico-rituelle avec ses propres structures narratives peine à se plier à la logique de l’exercice. En outre, différentes contraintes à la fois culturelles et techniques ne facilitent pas la pratique. La position sociale des différents participants au film et les relations qu’ils entretiennent influe sur la réalisation du tournage et le travail en équipe. Ceux qui filment le rituel (les jeunes gens) ne sont pas ceux qui sont habilités à en parler (les plus âgés). Contrairement à un cinéaste non indigène, il ne leur est pas possible de filmer certains lieux ou certaines entités spirituelles. L’exercice de l’interview n’est applicable qu’avec ses consanguins. Enfin, les contraintes matérielles ne sont pas négligeables : difficulté de recharger les batteries quand le générateur est en panne, dégradation du matériel par la poussière et l’humidité.

Comment conserver les enregistrements dans ces conditions matérielles ? L’archivage local ne peut donc concerner que des copies, renouvelées régulièrement par l’association de cinéastes. Si chaque famille peut en recevoir copie (lesquelles copies seront sans doute intégrées dans le système d’échange d’objets et de services), l’utilisation de ces enregistrements est idéalement réservée aux équipes enseignantes et aux représentations politiques.

Au delà des difficultés inhérentes à une première expérience cinématographique, peut-on imaginer que les Karaja puissent à terme atteindre une autonomie cinématographique qui allierait maîtrise technique et narrativité indigène ? Nul doute que cet outil moderne, comme d’autres, sera mis au service de nouvelles formes d’expression indigène.

Le rôle assigné à l’ethnologue lors du tournage du rituel fut plus symbolique que réel. Sa présence (et surtout celle de son livre censé renfermer la parole des anciens) passait pour l’incarnation de la mémoire des personnes disparues, et servait en quelque sorte de caution culturelle, voire de relais entre une transmission orale sur le déclin et des supports techniques accessibles à chacun. Aujourd’hui « producteurs » de culturel sous forme d’artisanat, d’enregistrements sonores et visuels, transformant de l’immatériel en matériel, les groupes indigènes sollicitent les ethnologues (qui se doivent d’y répondre) pour assurer la promotion et la valorisation de cette production à l’étranger.

DISCUSSION des deux communications ensemble
Q : Autour du chamanisme : y a-t-il eu récupération chez les Zapara ?
AGB : Oui avec l’enseignement du dernier chamane du groupe, au Pérou, mais c’est arrêté.
Q : sur la standardisation des rituels Karaja ?
NP : Les costumes sont brûlés à la fin des rituels donc il y a des costumes neufs à chaque fois, et aussi de nouvelles mises en scènes qui n’existaient pas il y a 25 ans, et de nombreux invités, c’est nouveau.
Eric Jolly fait une remarque sur le fait, pour un peuple, d’être parfois pris dans la contrainte de se conformer à ce que les autres disent et voient de soi. Ici aussi on observe d’une certaine manière le jeu de miroir entre l’ethnologue, ce qu’il a capté des gens, et ces gens eux-mêmes.
Barbara Glowczewki : Ils ont besoin de cela pour survivre comme tels, comme nous le faisons aussi chez nous, ce n’est pas la conservation qui compte, c’est la vitalité et l’usage inventif d’outils pour devenir visibles et obtenir ce dont ils ont besoin.

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Les archives ethnographiques : une édition en ligne pour qui et pour quoi ? Réflexions autour du fonds Griaule
Éric Jolly, CEMAf


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Le titre de ma communication laisse peut-être penser que le fonds Marcel Griaule est déjà en ligne, alors qu’il ne s’agissait que d’une hypothèse de travail sur les avantages et les inconvénients d’une éventuelle mise en ligne. Et pour donner d’emblée mon point de vue, je pense que les inconvénients dépassent les avantages, dans ce cas particulier. La position que je vais essayer de défendre est en effet celle d’un relativisme prudent. Chaque fonds ethnographique est unique puisqu’il est le résultat des choix, des présupposés et des objectifs d’un ethnologue singulier, dans un contexte particulier, sur des thématiques ou des populations particulières. En raison de toutes ces singularités, chaque fonds peut se trouver au coeur d’enjeux très différents, de nature identitaire, politique, artistique, idéologique, touristique, scientifique, etc. Par conséquent, avant de diffuser très largement tel ou tel fonds ethnographique, il convient d’abord de s’interroger sur ses différentes réceptions, appropriations et détournements possibles. C’est ce que je vais faire ici à propos des archives Griaule (en me limitant toutefois à sa partie sur le pays dogon, soit une majorité des 10 000 photos et des 17 000 fiches ou pages manuscrites rassemblées par Griaule entre 1926 et 1956).

Première interrogation : qui consulterait et exploiterait ces archives Griaule si elles étaient accessibles sur le net ? Les premiers utilisateurs ne seraient pas les Dogon, mais les multiples groupes ou mouvances qui fantasment sur la culture dogon telle qu’elle a été construite par Marcel Griaule, en particulier tous ceux qui sont persuadés que les Dogon sont les derniers dépositaires d’un savoir crypté transmis aux hommes il y a 25 000 ans par des extraterrestres originaires de Sirius, ou encore tous ceux qui font de la société dogon un Eden préservé ou un paradis originel. Cela concerne tout à la fois les partisans de la théorie des anciens astronautes, la mouvance New Age, les Afro-centristes, les avant-gardes artistiques, les touristes, les collectionneurs d’art premier, etc. Tous puisent dans les publications de Griaule des symboles, des dessins et des mythes isolés qu’ils réinterprètent afin de les utiliser comme des indices ou des preuves d’une vérité cachée. Une fois sélectionnés, ces extraits graphiques et mythologiques de l’oeuvre de Griaule circulent en boucle sur Internet en transformant la culture dogon en gardienne planétaire d’un passé paradisiaque ou extraterrestre et en réservoir de symboles universels à connotation spirituelle ou ésotérique.

Si les archives Griaule sont mises en ligne, le même phénomène va bien sûr se répéter, et même s’amplifier, d’une part parce qu’on pourra plus facilement extraire des dessins ou des citations de Griaule pour les coller sur son propre site, et d’autre part parce que les archives Griaule auront un pouvoir attractif encore plus fort sur toutes ces mouvances ésotéristes. De leur point de vue, en effet, Griaule a été initié par les dogon aux secrets les plus anciens, mais n’en a révélé qu’une partie, si bien que l’autre partie doit nécessairement se trouver dans ses archives. Et s’ils ont accès à ces archives, les membres de ces mouvances ésotéristes y trouveront bien sûr ce qu’ils ont envie d’y trouver, au regard de leur imagination débordante et de leur capacité de surinterprétation symbolique.

On peut d’autant plus facilement imaginer un tel scénario que certains ufologues ont déjà fait passer certaines publications de Griaule pour des documents inédits auxquels ils auraient eu personnellement accès. C’est le cas par exemple de l’espagnol Juan Benitez qui, à travers deux photos, se met en scène en train de consulter de vieux documents jaunis en suggérant qu’il s’agit d’archives déposés par Griaule au Musée de l’Homme, alors qu’il s’agit simplement d’un article de Griaule et Dieterlen paru dans le Journal des Africanistes, en l’occurrence l’article intitulé « Un système soudanais de Sirius ». À partir de ces pseudo-archives qu’il aurait exhumées, Benitez reproduit sur son propre carnet les signes les plus mystérieux pour les présenter ensuite aux Dogon et leur faire dire en substance que les êtres mythiques descendus sur terre sur une arche ne sont en fait que des extraterrestres amphibiens dans leur vaisseau spatial. Et au final, comme preuve, il publie lui-même ses propres carnets secrets, qui combinent en fait des dessins décontextualisés de Griaule associés à des annotations ou des croquis personnels. En d’autres termes, les pseudo-archives secrètes de Griaule lui permettent de produire ses propres archives secrètes, pour légitimer doublement sa théorie.

Vous me direz que ce n’est pas bien grave : ces gens là ne sont pas sérieux. Certes, mais ils sont de plus en plus pris au sérieux : ils ont une audience planétaire et leur théorie est aujourd’hui relayée non seulement par Internet, mais aussi par la télévision, le cinéma, les journaux, les livres, les romans de SF, les BD (même si la France est un peu moins concernée que d’autres pays).

Par ailleurs, peut-on être sûr que cela se passerait de façon très différente avec des gens a priori sérieux. Personnellement, j’ai quelques doutes car j’ai le souvenir de certains collègues ayant utilisé les notes de terrain et surtout les dessins de Griaule comme de magnifiques illustrations chargées d’une beauté à la fois esthétique et symbolique, sans jamais s’interroger sur le contexte de production de ces données, pas même sur l’auteur de telle note ou de tel dessin.

Bref, les Dogon ne seront probablement pas les premiers utilisateurs d’éventuelles archives Griaule accessible en ligne. Mais est-ce si important qu’ils le soient ? Oui, diront certains : pour pouvoir restituer aux Dogon les travaux qui ont été réalisés sur eux, et avec eux. Or même cette idée de restitution me semble problématique. C’est du reste un sujet que nous avions abordé avec deux collègues maliens, chercheur et archiviste, dans le cadre d’un volet de l’ACI « Le terrain et son archivage », en concluant ensemble que restituer aux Dogon les matériaux de terrain mis en forme par Griaule en pays dogon, cela n’avait pas de sens à moins de considérer, à tort, que les archives de Griaule se confondent avec les archives de la société dogon. Je dis à tort car il s’agit de documents construits par l’enquête et mis en forme par Griaule, à l’exclusion d’ailleurs de toute retranscription d’un récit, d’un discours ou d’un chant. Autrement dit, l’immense majorité des notes de terrain des missions Griaule sont trop décontextualisées ou trop reconstruites pour nous renseigner sur la société dogon des années 1930, 1940 ou 1950.

En revanche, ces documents sont particulièrement intéressants pour ceux qui veulent étudier l’histoire de l’ethnologie française (notamment l’évolution de ses méthodes et de ses présupposés théoriques entre 1926 et 1956). Du reste, c’est sous cet angle historique que j’ai traité ce fonds, et en aucun cas comme une base d’informations sur la société dogon, alors que je travaille pourtant sur le pays dogon. Il serait donc normal et même souhaitable que les chercheurs maliens puissent accéder eux aussi à ces documents, non pas pour se les approprier mais pour pouvoir justement analyser la façon dont un chercheur français a construit le savoir académique de référence sur l’une des populations de leur pays. D’autant que leur analyse apporterait des éclairages nouveaux et complémentaires, comme l’a montré l’article de Denis Douyon dans le cadre de l’ACI déjà évoquée.

À noter que ces mêmes chercheurs maliens partagent ma crainte d’une réappropriation du fonds Griaule par les associations néo-traditionnelles dogon qui ont émergé à la suite du classement du pays dogon au patrimoine culturel mondial (classement qui devait d’ailleurs beaucoup aux travaux de Griaule). Car une telle appropriation aurait pour effet de transformer ce fonds en étalon de la tradition dogon, ou en réservoir d’emblèmes identitaires, en interdisant ainsi toute analyse critique ou toute recherche sur le passé. Il faut savoir que la plus importante des associations culturelles dogon, ginna dogon, a choisi son logo non pas à partir des multiples signes dogon observables de visu, mais en combinant des signes symboliques publiés par Griaule dans les années 1950.

J’ai peu parlé jusqu’à présent des photographies. Or, c’est vrai : les photographies du fonds Griaule restituent davantage que les notes de terrain une certaine réalité de la société dogon des années 1930-1950, et elles posent moins de problèmes de réappropriations ésotériques. Mais il serait faux de croire que ces photographies correspondent à un enregistrement objectif de la réalité. Elles sont avant tout le produit du regard du photographe. En d’autres termes, ces images ont été produites par et pour l’enquête. Or là encore les personnes qui regardent ces images ont tendance à l’oublier, qu’ils soient d’ailleurs occidentaux ou Maliens.

Par ailleurs, au Mali ou dans d’autres pays africains, la réception de certaines images peut aujourd’hui poser problème, pour des raisons identitaires, en particulier dans le cas de photographies de femmes, d’hommes ou même d’enfants nus. Ces photos peuvent renvoyer aux africains concernés une image de primitivité jugée dévalorisante. J’ai le souvenir par exemple d’une exposition de photos anciennes à Bamako, avec toute une série d’hommes nus dont le sexe avait été systématique masqué au stylo par des visiteurs. Le problème peut être plus complexe. Par exemple, pour un dogon, une photo d’enfant nu n’est absolument pas choquante en soi : ce qui est choquant, c’est l’idée que l’enfant de cet enfant puisse voir un jour le sexe de son père ou de sa mère par l’intermédiaire de cette photo, alors qu’il s’agit d’un interdit majeur, aujourd’hui comme hier, en pays dogon. On peut aussi se poser la question de toutes les photos que les femmes, ou inversement les hommes, ne seraient pas censés voir, parce qu’ils renvoient à des rituels ou à des préparatifs rituels exclusivement masculins ou féminins… Dans ce cas, que faut-il faire ? Trier les photos en censurant certaines d’entre elles ? Mais dans ce cas on toucherait à l’intégrité du fonds, en interdisant de ce fait son analyse.

Bref, comprendre comment les données archivées ont été produites et classées, mais aussi s’interroger sur leur réception, me semblent un préalable indispensable avant une libre diffusion sur Internet, surtout lorsque cette mise en ligne risque de transformer ce fonds en base de données « certifiées », en savoir « supérieur » et en révélations inédites sur la société ou la tradition dogon la plus « authentique ». Un tel résultat irait à l’encontre des buts recherchés. Au lieu d’être interrogées en priorité par les Dogon, ces archives en ligne alimenteraient avant tout l’imaginaire planétaire sur les Dogon, en servant notamment de caution ou de pourvoyeurs de symboles à une « world culture » dogon qui se construit en partie sur le Web, indépendamment de la réalité observable (c’est-à-dire indépendamment des Dogon eux-mêmes). Cette diffusion par Internet aurait également pour effet pervers d’imposer aux Dogon la vision griaulienne de leur propre société, sans vraiment leur donner la possibilité de questionner et de critiquer ce regard occidental. N’étant ni chercheurs, ni familiers d’Internet, ni même témoins des années 1930-1950, les Dogon n’auraient en effet d’autres choix que de s’approprier le point de vue et les documents d’un ethnologue étranger, ou inversement de les rejeter en bloc (mais les enjeux touristiques, et par voie de conséquence le poids du regard occidental, biaisent et limitent encore un peu plus ce choix manichéen). Si les Dogon, dans un contexte colonial, n’étaient pas libres de dire ce qu’ils voulaient à Marcel Griaule, ils ne sont pas davantage « libres », aujourd’hui, de faire ce qu’ils veulent des archives Griaule, dans un contexte touristique. En d’autres termes, à vouloir restituer au monde entier des notes ethnographiques produites dans un contexte colonial, on risque d’imposer ces documents comme témoignage du passé et comme « étalon », vitrine ou conservatoire de la tradition dogon en favorisant ainsi, involontairement et paradoxalement, une forme de néocolonialisme ou d’impérialisme (sur le plan à la fois du regard, du savoir, de l’histoire et de la technologie).

En outre, ouvrir ces documents à tous revient à les rendre quasiment inexploitables par les chercheurs maliens, a fortiori si ces archives deviennent au Mali un trésor patrimonial intouchable en tant que ressource touristique ou en tant que référence identitaire. À condition de trouver des solutions adaptées (copie numérique, accès en ligne réglementé…), l’accès des archives Griaule aux chercheurs maliens favoriserait en revanche une analyse croisée et éclairante de ces documents, dans un esprit résolument « postcolonial » (avec la prise en compte, enfin, du ou des points de vue des anciens « ethnographiés »).

DISCUSSION
A. Molinié : C’est une question importante que ce problème de la confusion entre une culture et certaines archives sur cette culture, ainsi que la question des « néo ».
M.-D. Mouton : Néo-Dogons, néo-Indiens, il est important de collecter leur production, ces élaborations nouvelles, des archives différentes, il y a tout un travail de sauvegarde de certains sites web où ils apparaissent et s’expriment.
E. Jolly : Oui, mais la différence est que ces néo-archives ne sont pas le fait des Dogons mais des Occidentaux ou des Afro-américains, ou de projets artistiques aussi. Il y a une sorte de world culture dogon, construite par Griaule et régénérée par ajouts successifs. L’association Ginna Dogon a ainsi récupéré des illustrations transformées plusieurs fois à partir d’un dessin de M. Griaule.
GT dit que la position d’E. Jolly le rend un peu inconfortable : il y aurait un Nous et un Eux, Nous qui décidons qui peut être héritier des archives coloniales.
E. Jolly : Non, j’ai tout fait avec des chercheurs maliens, c’était bien l’objectif de l’ACI, ces chercheurs sont venus avec un regard d’analyse critique.
J. Lambert : Alors il faut appliquer la solution Telemeta avec niveau d’accès différent.
Q : La question des accès est utopique !
E. Jolly : Internet n’est pas utile comme outil de recherche pour les maliens, ils n’ont pas assez accès à internet, c’est plutôt les papiers.

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Autour d’une expérience de « retour » d’archives au Yémen
Jean Lambert, Directeur du centre CREM au LESC


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Figurant sur la liste du Patrimoine oral et immatériel de l’Humanité depuis 2003, le Chant de Sanaa (al-ghinâ al-san‘ânî ou C. S.), une des principales formes musicales du Yémen, a fait l’objet d’un projet de préservation de l’UNESCO, de 2006 à 2009 (également soutenu par le Fond social de développement du Yémen, et le ministère de la Culture). Ce projet fut largement centré sur la collecte et la numérisation d’enregistrements sonores. Dans ce cadre, je m’interroge sur la manière dont ce projet a pu contribuer effectivement à la « préservation » de cette musique, sur les principales difficultés rencontrées, ainsi que sur la manière dont cette intervention extérieure a pu affecter la musique elle-même, sa pratique traditionnelle ainsi que sa perception dans la société.

Rappelons d’abord que cette musique est fondée sur la forme de suite appelée qawma, sur laquelle est chantée la poésie homaynî marquée très fortement par le dialecte et l’imaginaire de la ville de Sanaa. Elle est jouée sur deux instruments très spécifiques, le qanbûs/turbî (ou luth yéménite) et le plateau en cuivre, sahn mîmiyeh, dont la tradition s’est accumulée pendant une longue période où Sanaa a été la capitale du pays.

Quel fut l’impact de la campagne internationale menée par le projet ? Deux ans après sa fin, on peut en faire une première évaluation. Au delà de la « préservation » et de la « conservation » (enregistrement, documentation), est-il possible de faire « revivre » selon des critères « traditionnels » une tradition musicale qui a rejeté ceux-ci lors de son évolution « naturelle », sous l’influence de facteurs extérieurs (musique égyptienne de variété, etc.) ? Et quel impact aura dans un proche avenir l’existence de fonds numérisés, accessibles au Yémen même, sur le public mélomane et les musiciens ? Ces interrogations sont d’autant plus cruciales qu’elles concernent des éléments importants comme l’instrumentation, les techniques de jeu et le style.

Il faut rappeler que, jusqu’au milieu du XXe siècle, Sanaa représentait une ville isolée dans une société rurale, non industrielle et où la tradition orale avait une grande importance. En outre, la musique instrumentale avait été interdite en public et bannie pour des raisons de puritanisme religieux (en gros, de 1920 à 1962). Aussi les musiciens avaient développé des attitudes à la fois élitistes et de repli sur soi, qui s’exprimèrent notamment par le refus de jouer en public. Or si, depuis, la pratique de la musique s’est beaucoup démocratisée et libéralisée, les musiciens qui sont restés les plus proches de la tradition ont vieilli et ont conservé les réticences anciennes à la pratique en public. Pour cette raison, il est particulièrement difficile de les enregistrer.

Le fait que la Vieille ville de Sanaa soit habitée par les anciennes élites fait que ce Chant de Sanaa est facilement assimilé à un symbole de l’ancien régime imamite (renversé par la Révolution républicaine de 1962). Ce rejet a certainement contribué, à partir de 1962, en assimilant le C S. à l’ancien régime, à l’abandon de ses deux instruments caractéristiques, le luth yéménite et le plateau en cuivre, et l’adoption du luth égyptien et de la darbûka, instrument « arabe » typiquement acculturé.

Actuellement, le C. S. est en pleine évolution. On ne peut pas dire à proprement parler qu’il est en train de disparaître : il y a de nombreux jeunes musiciens qui pratiquent cette musique et ajoutent de nouvelles compositions au répertoire, mais non sans de nombreuses ruptures esthétiques. Tous sont des chanteurs solo qui s’accompagnent du luth oriental et qui sont accompagnés par une formation orchestrale restreinte, principalement rythmique. En revanche, le milieu naturel de cette musique, qui était représenté par les séances quotidiennes d’après-midi, appelées à Sanaa le magyal, est train de disparaître ou de se transformer. Ceci pose la question de la survie même de la transmission orale, de la culture de l’apprentissage par imprégnation, etc.

Sur le plan formel, ce qui disparaît, ce sont certaines caractéristiques aussi importantes que les instruments, le jeu instrumental, les timbres de voix et la lutherie. Sans doute ces caractéristiques étaient-elles liées à une période historique bien définie : celle de la société yéménite pré-révolution de 1962. Or certains de ces aspects, comme le timbre de la voix ou un certain sentiment esthétique (al-hiss al-san’ânî, d’après certains musiciens), sont extrêmement subtils et sont bien difficiles à expliquer au grand public et aux décideurs. Pourtant, ce sont eux qui paraissent les plus précieux dans cette tradition, et ce sont eux qu’il faudrait préserver.

Le régionalisme est une des grandes difficultés sur lesquelles un tel projet achoppe. Dans le contexte nationaliste actuel, la mise en évidence de spécificités régionales paraît souvent suspecte. Or le Chant de Sanaa, à la fois par sa dénomination et par son style (notamment par le dialecte de sa poésie), est perçu par de nombreux Yéménites comme une défense régionaliste et identitaire des hauts Plateaux, à majorité zaydite. Aussi sa spécificité est-elle fréquemment mise en doute, et à cet effet, les points communs qu’elle entretient avec d’autres traditions régionales sont volontiers soulignés. C’est ignorer l’existence d’une tradition qui a son histoire bien particulière, composée de formes musicales, d’instruments et de concepts spécifiques n’existant nulle part ailleurs au Yémen. Pour lancer un projet de préservation, il fallait cependant éviter d’entrer dans des questions identitaires sans fin. Conscient de ces problèmes et même, dès le départ, en désaccord avec la dénomination officielle de « Chant de Sanaa », le coordinateur national du Projet, un collègue yéménite, a proposé une autre dénomination qui permet d’arrondir les angles : il parle de al-muwashshât al-yamaniya, ce qui, pour les Yéménites, veut dire quelque chose comme « le chant classique du Yémen ». Sur le plan ethnomusicologique, cette dénomination ne veut absolument rien dire et ne correspond à aucun terme local, ou quasiment pas, mais elle permet de ne pas afficher un « régionalisme coupable ». Le Projet a accepté cette dénomination, à titre de compromis, pour pouvoir travailler.

Une difficulté est le manque de chercheurs. Si le Yémen a quelques rares chercheurs en musicologie, en revanche, aucun n’a émergé du terroir de Sanaa ni pour s’intéresser à cette musique même de l’extérieur. Par ailleurs, comme la tradition ne s’est pas réellement interrompue, le grand public comme les acteurs (musiciens, poètes, compositeurs, et même chercheurs…) n’ont pas vraiment conscience que des changements socio-économiques et culturels importants sont en cours. Du fait même qu’ils vivent ces changements, ils les remarquent à peine. Enfin, dans l’atmosphère traditionnelle et puritaine de Sanaa où, depuis les années 1980, l’enseignement de la musique a été supprimé par les autorités pour donner des gages politiques à la vague islamiste, la musique n’est pas considérée comme un domaine d’études noble. Et il n’y a littéralement plus d’enseignement de la musique, même pas dans les écoles primaires, a fortiori pas à l’Université. En revanche, il y a beaucoup de connaisseurs traditionnels, qui savent plein de choses, mais qui ne prendront jamais la plume…

Pour les mêmes raisons de puritanisme, le monde des femmes artistes traditionnelles nous est, jusqu’à aujourd’hui, presque entièrement fermé. Autant nous parvenons à enregistrer des femmes chantant des chants de mariage populaires, qui étaient pratiqués par une caste de musiciens et de musiciennes professionnels, autant la tradition classique fait l’objet d’un tabou absolu pour ce qui est de l’enregistrement de la voix féminine. Si nous ne connaissons pas les noms de ces chanteuses « clandestines », nous savons que certaines d’entre elles pratiquent encore le répertoire, et en quelles occasions, mais jamais personne n’est encore parvenu à en capter le témoignage sonore et à le diffuser publiquement. Ce fut d’ailleurs une des difficultés à faire classer le Chant de Sanaa à l’UNESCO.

L’institution chargée de réaliser le projet de l’UNESCO est le Centre du Patrimoine Musical du Yémen (CPMY, Ministère de la Culture). Celui-ci avait été créé en 1998, à la suite d’un colloque international sur la musique yéménite (1997). Il avait été équipé et ses cadres formés grâce au soutien de l’Ambassade de France au Yémen. Le projet de l’UNESCO, lancé en été 2006, a permis de créer avec le CPMY de nombreuses synergies entre le niveau local et l’international. De nombreuses archives sonores et audio-visuelles sont en train d’être rassemblées, et numérisées. Un classement sur banque de données a été effectué et une phonothèque a été ouverte au public au printemps 2009. De nombreuses archives sonores, photographiques et audio-visuelles sont en train d’être rassemblées, et numérisées. Un inventaire sur banque de données a été effectué et une phonothèque a été ouverte au public au printemps 2009. Un CD de réédition de 78 tours a été édité : The Masters of the Sanaa Song in the first Musical Recording in Yemen, UNESCO, YCMH, SFD, CEFAS (1 CD avec présentation en anglais et 1 CD avec présentation en arabe) (2009). Un livre collectif est également en préparation : Le luth monoxyle et la musique yéménite, Sanaa, sous la dir. de Jean Lambert et Samir Mokrani, Sanaa, UNESCO, Social Fund for Development, Centre français d’archéologie et de sciences sociales, Paris, Geuthner.

Dans sa conception initiale, le projet de préservation de l’UNESCO comprenait un volet « transmission ». Or cet aspect pose des problèmes particulièrement difficiles à résoudre. Le recrutement d’« apprentis » ou d’« étudiants » par le Projet s’est révélé extrêmement difficile, peu de volontaires étaient intéressés. Et par ailleurs, les quelques maîtres encore en vie exprimaient le sentiment que le monde actuel, et en particulier la jeune génération, n’était pas digne de se voir confier ce trésor.

L’une des solutions adoptées est la défense des instruments en voie de disparition, et qui sont devenus les symboles du projet (le luth yéménite, le plateau en cuivre). Leur construction a fait l’objet d’ateliers, grâce à un facteur d’instruments qui a repris la fabrication dans les années quatre-vingt, après que la tradition se soit complètement interrompue. Les instruments ont donc été pour nous à la fois un prétexte et un support de campagne, autour duquel nous essayons de faire passer des messages moins faciles, et dont nous essayons de tirer le meilleur parti.

Comment créer une nouvelle dynamique autour de cette musique ? Faut-il se contenter de la sociabilité et du bouche-à-oreille traditionnels ? Ou bien faut-il faire à cet enseignement une large publicité par les média modernes, afin d’attirer un public nouveau, au risque de transformer radicalement la tradition ? Devant la difficulté de mobiliser la jeune génération, dans une société très conservatrice et imperméable à l’action associative, c’est le choix de la numérisation, de l’archivage et de la documentation qui a été privilégié. Nous avons fait le pari que, lorsque tous ces matériaux seront accessibles au public, les mentalités changeront vis-à-vis d’un genre musical qui, jusqu’ici, avait été très dévalorisé. Mais il est encore trop tôt pour le dire.

Une difficulté importante rencontrée durant cette entreprise fut de faire le lien entre le corpus de mes recherches, que je mis au service de ce Projet, et les archives au sens strict. En effet, tout chercheur recueille autour de son travail un nombre important de matériaux qu’il va conserver jusqu’à sa retraite sans nécessairement les organiser. Par ailleurs, dans l’optique de sa recherche, il numérise et organise une partie de ces matériaux, selon la logique de sa recherche, une logique de « corpus ». Il créée alors un fond d’archives d’un genre très particulier, selon une logique analytique, et non pas encyclopédique. Aujourd’hui avec les moyens multimédias actuels, cette formalisation peut acquérir des formes très diverses, et aussi à des niveaux très divers d’organisation et de conceptualisation. Dans le cas du projet de l’UNESCO Chant de Sanaa, on pourrait dire qu’il y a eu rencontre entre la problématique scientifique qui était la mienne : monter une base de données pour organiser mon corpus de matériaux, en vue de l’étude d’un genre musical particulier et une problématique gestionnaire internationale du patrimoine, celle de la « Liste du Patrimoine immatériel ».

On ne documente pas un corpus comme un fond documentaire ordinaire : l’outil d’analyse est bien sûr plus spécialisé. Les formats ne sont pas les mêmes, dans la mesure où ils peuvent être secondaires par rapport aux documents plus bruts : d’où probablement une moindre qualité technique dans le corpus. En revanche, du fait que l’outil est plus spécialisé sur le plan informatique, il est un peu moins accessible au tout venant, et par ailleurs, il risque de devenir obsolète beaucoup plus vite. Cette tension a été très enrichissante, mais pose aussi des problèmes de compréhension de la part des tutelles, surtout lorsque, s’agissant du ministère de la Culture, sa mission principale n’est pas la recherche. Par ailleurs, la qualité de la numérisation, qui demande un haut degré de technicité, laisse encore à désirer, dans un pays où même l’enseignement primaire est de niveau très faible.

A l’issue de deux années et demie d’activité intense, le Projet a déjà beaucoup réalisé en matière de collecte, de documentation et d’archivage. Face aux difficiles questions politique, régionale, morale, sociale, technique, face également à l’évolution rapide – ou à la décadence – de la tradition, le manque de chercheurs et la difficulté de transmettre une tradition qui a du mal à s’adapter, la voie était étroite. Le choix de privilégier la documentation et la constitution d’archives numériques a été de parier sur la modernisation des conditions d’accessibilité, mettant la science et la technique au service de la tradition, en espérant transmettre malgré tout aux générations futures un peu de notre passion pour cette tradition inestimable.

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Webographie


  • Fürer-Haimendorf Archive Digitisation Project (SOAS). Creating an online resource for the historical study of tribal cultures in South Asia and the Himalayas
    http://www.soas.ac.uk/furer-haimendorf/

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Tous droits réservés

Mis à jour le 23 mai 2012

[1] Cf. « Manifeste des Digital humanities », THATCamp. Non conférence sur les Digital Humanities : http://tcp.hypotheses.org/318, consulté le 14 septembre 2010.

[2] http://www.mae.u-paris10.fr/dbtw-wpd/arch/ar.aspx?archive=lesc, consulté le 27/09/2010.

[3] Les photographies, souvent des négatifs difficiles à consulter, bien qu’elles ne soient pas des données objectives ni neutres, sont plus faciles à ré-exploiter, pour des études d’anthropologie visuelle, pour amorcer un nouveau travail sur le même terrain (cf. Sophie Blanchy, « Une expérience de retour d’archives : la collection photographique Henri Pobéguin à Ngazidja, Comores », Terrain et archive, 21 août 2006, http://lodel.imageson.org/terrainarchive/document195.html, consulté le 27/09/2010.

[4] ODSAS. Online Digital Sources and Annotation System for the social sciences : http://www.odsas.fr/index.php, consulté le 27/09/2010.

[5] Une expérience est actuellement menée avec le logiciel de reconnaissance vocale Dragon.

[6] Il conseille aussi d’aller voir le site « The New Zealand Film Archive » comme exemple de présentation d’archives sur un site, et comme projet concernant des collections de documents patrimoniaux, mettant en relation les possesseurs de ces archives avec le grand public.