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GUITARD Émilie

Domaines régionaux

Afrique de l’Ouest, Afrique centrale, Afrique australe

Domaines thématiques

anthropologie politique, anthropologie urbaine, anthropologie de l’environnement, culture matérielle

Mots-clefs

déchets, nature, ville, politiques publiques, pratiques citadines, Cameroun, Zimbabwe


Thèse

« Le grand chef doit être comme le grand tas d’ordures » : gestion des déchets et relations de pouvoir dans les villes de Garoua et Maroua (Cameroun), sous la direction de Michael Houseman (EPHE) et Christian Seignobos (IRD), soutenue le 2 décembre 2014

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Un grand tas d’ordures au cœur d’un quartier,
Garoua, 2008 (cliché É. Guitard)

Émilie Guitard étudie les rapports des sociétés africaines urbaines à leur environnement, et plus particulièrement les représentations et les modes de traitement institutionnels et populaires des déchets en milieu urbain depuis son entrée en Master d’Anthropologie. Après avoir réalisé une revue approfondie de la littérature en sciences sociales (anthropologie, sociologie, géographie, histoire, sciences politiques, développement) sur ce thème en Afrique et dans d’autres aires culturelles (notamment dans les contextes urbains), elle s’est attelée de 2007 à 2011 à une enquête ethnographique intensive sur les liens entre gestion des déchets et relations de pouvoir dans deux villes moyennes du nord du Cameroun, Garoua et Maroua. Des entretiens répétés avec les citadins, les autorités locales et les agents de la société privée chargée de la collecte municipale des déchets, ainsi qu’une observation soutenue des pratiques de gestion publiques et domestiques des déchets et des lieux de dépôt d’ordures de la sphère privée à l’espace public lui ont permis d’aborder cet objet sous ses multiples facettes, depuis l’aspect sanitaire (rapport entre la folie et l’ordure notamment, Guitard 2012b) jusqu’à ses implications matérielles (Guitard 2015) et environnementales (avec le cas particulier du sac plastique, ou la perception et les modes de gestion des « eaux usées », Guitard 2008), en passant par les versants sociaux, économiques (Guitard 2015), ou encore politiques (Guitard 2012a) et religieux (Guitard 2012d) de ce phénomène.

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La collecte porte-à-porte des déchets,
Maroua, 2011 (cliché É. Guitard)

Dans le cadre d’un doctorat d’Anthropologie de l’université Paris Ouest Nanterre La Défense, soutenu en décembre 2014, Emilie Guitard a ainsi pu analyser pourquoi, dans les villes moyennes de Garoua et Maroua, au Nord et à l’Extrême Nord du Cameroun, on dit des « chefs », soit des détenteurs de l’autorité à l’échelle d’une famille, d’un quartier, de la cité ou autrefois d’un royaume, qu’ils doivent être « comme des grands tas d’ordures ». Ce proverbe situe les relations de pouvoir et l’exercice de l’autorité dans un rapport particulier avec la gestion des déchets : le chef doit se montrer patient et hiératique comme un grand dépotoir, lorsqu’il reçoit toutes les insultes et les plaintes de ses sujets comme autant d’immondices ; mais, selon un registre ésotérique développé par les religions locales puis repris dans le cadre musulman, on attend aussi qu’il fasse preuve de la même puissance, magique notamment, que celle dégagée par une grande et ancienne accumulation de déchets. Les conceptions locales des excrétions corporelles, des objets déchus et des restes des activités du quotidien font en effet du contrôle et de la manipulation des déchets un élément majeur d’une « gouvernementalité » (Foucault) particulière. Celle-ci s’opère via des « techniques du corps » et des « techniques de soi » spécifiques autour du détachement entre soi, ses déchets corporels et ses possessions matérielles. L’analyse généalogique des discours et des pratiques de gestion individuelles et institutionnelles des déchets depuis la fondation des deux villes au XVIIIe siècle jusqu’au début du XXIe siècle, marqué par la privatisation de ce service public, a permis alors de saisir comment les tas d’ordures dans ce contexte peuvent être considérés comme de véritables « dispositifs de pouvoir » et le contrôle des immondices comme un instrument puissant de gouvernement de soi et des autres.

Dans la continuité de ces premiers travaux, Emilie Guitard poursuit une réflexion sur les interactions entre les politiques municipales de gestion des déchets et des espaces naturels urbains et les représentations et pratiques citadines en la matière dans les villes d’Afrique de l’Ouest (Nigeria), Centrale (Cameroun) et Australe (Zimbabwe). Dans le cadre d’une ANR Jeunes Chercheurs interdisciplinaire, le Programme sur les Indicateurs Autochtones de la Faune et de la Flore (PIAF), piloté par le LADYSS (CNRS/UPO), elle documente les perceptions des changements environnementaux des habitants de la petite ville de Hwange (Zimbabwe), en bordure d’une aire protégée, à travers leurs connaissances de la biodiversité animale et végétale locales. Elle prépare également un projet de recherche sur les représentations et les modes de gestion municipaux et citadins des espaces publics de nature et de dépôt d’ordures à Lagos (Nigeria), en collaboration avec l’IFRA Ibadan.


Allocations, contrats, bourses…

  • mars-juillet 2015, contrat CNRS post-doctoral dans le cadre de l’ANR Jeunes Chercheurs « Programme Interdisciplinaire sur les indicateurs Autochtones de la Faune et de la Flore » (PIAF), France (LADYSS, CNRS/UPO Nanterre, Dynafor, INRA/UMR 1201 Toulouse), Cameroun (Université de Ngaoundéré), Zimbabwe (LBBE Université Lyon 1/UMR 5558) et USA (Université de Géorgie Athens), accueilli par le LADYSS.
  • 2010-2011, financement dans le cadre du projet « Nouveaux regards sur les déchets » (CREA/IREGE) financé par le programme « Déchets et Société » de l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie)
  • 2007-2010, allocation de recherche MNRT

Publications

  • soumis (avec D. Van Dallen et W. Van Beek),« Le religieux dans le bassin du lac Tchad », actes du XVIe colloque du réseau Méga-Tchad, 25-27 septembre 2014, Tilburg University, African Studies Collection, Leiden.
  • soumis, « Le pouvoir en restes : assujettir et (se) subjectiver par les déchets au Cameroun (Garoua et Maroua) », Techniques et culture, numéro « Réparer le monde. Excès, reste et innovation ».
  • soumis (avec V. Milliot), Introduction au thème et « Est-ce que c’est ta voirie ?! ». Manipulations des déchets et contrôle des espaces collectifs à Garoua (Cameroun), Ethnologie française, numéro « Propre et sale en ville ».
  • 2015, « “C’est pas le déchet, c’est le diamant !”. Pratiques de récupération et gestion publique des déchets à Garoua et Maroua (Cameroun) », in C. Cirelli et B. Florin (éd.), Sociétés Urbaines et Déchets. Éclairages internationaux (Tours, Presses Universitaires François-Rabelais) : 59-86.
  • 2012, Le chef et le tas d’ordures : la gestion des déchets comme arène politique et attribut du pouvoir au Cameroun, Politique africaine, 127 (3) : 155-177.
  • 2012, Le fou, le génie, et le tas d’ordures : la passion des déchets comme marqueur de la déviance mentale dans une ville moyenne africaine (Garoua, Nord-Cameroun), in E. Rothmaler, H. Tourneux et R. Tchokothe (éd.), Man and health in the Lake Chad Basin/L’homme et la santé dans le bassin du lac Tchad (Bayreuth, Rüdiger Köppe Verlag) : 91-108.
  • 2012, “The Great Chief Must Be Like The Great Trash Pile”. A Political Anthropology of Waste in African Urban Contexts, Anthropology News, American Anthropological Association [en ligne].
  • 2012, “Le tas d’ordures possède une grande connaissance, un grand savoir” : connaissances et pratiques de gestion des déchets en milieu urbain au Nord-Cameroun (Garoua et Maroua), 1er Congrès de l’Afea Connaissances : No(s) Limit(es), AFEA, EHESS, Paris [en ligne].
  • 2012, Waste disposal authority, in C. A. Zimring, W. L. Rathje (éd.), Encyclopedia of consumption and waste : The social science of garbage (Thousand Oaks, CA, Sage Publications) : 975-979.
  • 2008, Les « eaux usées » : une catégorie pertinente pour les citadins de Garoua (Nord-Cameroun) ?, in Anne-Marie Guimier-Sorbets (éd.), L’eau. Enjeux, usages et représentations (Paris, De Bocard) : 185-194.

Communications

  • déc. 2014, « Le sorcier couvert d’ordures : le recours aux déchets dans l’envoûtement au nord du Cameroun (Garoua et Maroua) », colloque international « Le pluralisme (médical, religieux, anthropologique, juridique...) en Afrique : Le regard d’Éric de Rosny », Université Catholique d’Afrique Centrale, Yaoundé (Cameroun).
  • nov. 2014, « Le pouvoir en restes : assujettir et (se) subjectiver par les déchets au Cameroun (Garoua et Maroua) », workshop international Techniques et Culture « Réparer le monde. Excès, reste et innovation », MuCem, Marseille.
  • sept. 2014, « “Le grand tas d’ordures du chef est un instrument pour faire vivre longtemps la chefferie”. Gestion des déchets et royauté sacrée des Guiziga Bui Marva (Diamaré, Cameroun) », XVIe colloque international du réseau Méga Tchad « Religions, rituels et croyances dans le bassin du lac Tchad », Tilburg University, Tilburg (Pays-Bas).
  • juin 2014, « “The trash pile neither speaks, hears nor sees, but what’s inside speaks, hears and sees” : waste management and religious subjectivation in North Cameroon », colloque « The Bodily and Material Cultures of Religious Subjectivation », Department of Anthropology, University College London, Londres (Grande-Bretagne).
  • avr. 2014, « “Le grand chef doit être comme le grand tas d’ordures” : gestion des déchets, subjectivation et exercice du pouvoir au Cameroun (Garoua et Maroua) », Séminaire « Anthropologie à Nanterre », Université Paris Ouest La Défense, Nanterre.
  • avr. 2014, « Être ou ne pas être (comme) son tas d’ordures ? Relations entre objets, corps et espace de vie dans la gestion des déchets à Garoua et Maroua (Cameroun) », Séminaire international Culture matérielle, Musée du Quai Branly, Paris.
  • janv. 2013, « La gestion des déchets en milieu urbain africain, un service public comme un autre ? Réflexions depuis Garoua et Maroua (Cameroun) », Rencontre des Jeunes Chercheur(e)s en Etudes Africaines, EHESS, CEMAF, Sciences Po Paris/CERI/Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Paris.
  • juin 2012, « Tas d’ordures et espaces naturels urbains à Garoua et Maroua (Nord Cameroun) : une continuité paradoxale ? », Journée d’étude « Questions de recherche sur “environnement et société” », LESC, Université Paris Ouest La Défense, Nanterre.
  • fév. 2012, « “Le grand chef doit être comme le grand tas d’ordures” : la gestion des déchets comme arène politique et objet de pouvoir en milieu urbain africain », séminaire de recherche « La deuxième vie des objets », EHESS, Paris.
  • sept. 2011, « “Le tas d’ordures possède une grande connaissance, un grand savoir” : connaissances et pratiques de gestion des déchets en milieu urbain au Nord-Cameroun (Garoua et Maroua) », 1er congrès de l’Afea (Association française des ethnologues et des anthropologues), EHESS, Paris.
  • sept. 2010, « “Le tas d’ordures, c’est la richesse”, l’accumulation de déchets comme source et emblème de richesse dans quelques chefferies de l’Extrême Nord du Cameroun », atelier « La richesse en milieu rural », congrès des Études africaines en France, IEP/CEAN, Bordeaux.
  • sept. 2010, « “Le grand chef doit être comme le grand tas d’ordures” : pouvoir et gestion des déchets dans deux villes moyennes africaines (Garoua et Maroua, Nord Cameroun) », atelier d’écriture de la revue Politique africaine, congrès des Études africaines en France, IEP/CEAN, Bordeaux.
  • avril 2010, « Le fou, le génie, et le tas d’ordures : la passion des déchets comme marqueur de la déviance mentale dans une ville moyenne africaine (Garoua, Nord-Cameroun) », XIVe colloque international du réseau MEGA-TCHAD « L’homme et la santé dans le bassin du lac Tchad », Université de Bayreuth, Allemagne.
  • déc. 2009, « Le “leed’a” (sac plastique) à Garoua, Nord-Cameroun : un déchet propre ? », Ier colloque international de l’Association d’écologie humaine Afrique (AHEA) « L’interface santé-environnement dans la ville africaine à l’aube du XXIe siècle : enjeux et perspectives », ENS Yaoundé, Cameroun.
  • juin 2007, poster : « Les “eaux usées”, une catégorie pertinente pour les citadins de Garoua (Nord-Cameroun) ? », colloque de la Maison René-Ginouvès « L’eau : enjeux, usages et représentations », Université Paris Ouest Nanterre La Défense.

Enseignement

  • Département d’ethnologie, université Paris Ouest Nanterre La Défense
    • 2013-2014, Attachée Temporaire de Recherche et d’Enseignement (192h)
      • CM M1/M2 « Études africanistes et monde arabe et musulman » (avec O. Kyburz et S. Camelin)
      • CM et TD/L2 « Organisation sociale »
      • TD/L1 « Introduction à l’Ethnologie »
    • 2010-2011, vacations
      • CM/L3 Écologie et sociétés (avec E. de Garine, 10h)
    • 2009-2010, monitorat
      • CM/L3 Écologie et sociétés (avec E. de Garine, 12h)
      • TD/L2 Organisations sociales (24h)
      • TD/L3 Textes fondamentaux (22h)
    • 2008-2009, monitorat
      • CM/M1 Anthropologie politique de l’Afrique (24h)
      • TD/L3 Textes fondamentaux (24h)
    • 2007-2008, monitorat
      • CM/M1 Anthropologie politique de l’Afrique (20h)
      • TD/L2 Religions du Livre, religions autres (22h)
  • interventions ponctuelles
    • 2013, « De la saleté au déchet, en passant par la souillure. Des catégories "propres" à chacun ? », cours dans le séminaire de L3 « Objets et société », dirigé par F. Wateau, Université Paris Ouest La Défense/Quai Branly
    • 2011, présentation de l’aire culturelle ouest-africaine dans le séminaire de L3 « Modèles régionaux », dirigé par L. Caillet, université Paris Ouest Nanterre La Défense

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Mis à jour le 2 mars 2015





Docteur en ethnologie, université Paris Ouest Nanterre La Défense

Contact

http://u-paris10.academia.edu/EmilieGuitard