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Séminaire d’anthropologie américaniste 2011-2012

Le séminaire d’anthropologie américaniste (SAA) est organisé par :

  • le centre Enseignement et recherche en anthropologie américaniste (EREA) du Laboratoire d’ethnologie et de sociologie comparative (LESC, UMR 7186) ;
  • le Laboratoire d’anthropologie sociale (LAS, UMR 7130) ;
  • le Centre de recherche sur les mondes américains (CERMA, Mondes américains : sociétés, circulations, pouvoirs, XV-XXIe siècles, UMR 8168)

Le séminaire a lieu le vendredi de 11h à 13h à l’Institut des Amériques
(175, rue du Chevaleret – Paris 13e, 8e étage – Salon des Amériques*, métro : Chevaleret)
*sauf exception

Attention : l’entrée du bâtiment 175, rue du Chevaleret est actuellement fermée pour travaux. L’accès aux locaux se fait par la rue Clisson (à droite au coin du bâtiment, cf. plan). L’Institut des Amériques se trouve au 8e étage. Poussez la porte DROITE en sortant de l’ascenseur, vous verrez le Salon des Amériques où se tiendra le séminaire.


Vendredi 25 mai 2012 – Le perspectivisme multinaturaliste comme transformation structurelle : un jeu avec la formule canonique, José Antonio Kelly Luciani (professeur à l’université de Santa Catarina, Florianopolis, Brésil)

L’objectif de cette conférence est de montrer que le perspectivisme multinaturaliste décrit par Viveiros de Castro peut être vu comme une transformation structurelle du totémisme et qu’il entretient ainsi une relation étroite avec la formule canonique de Lévi-Strauss. Dans un premier temps, nous montrerons comment la configuration spécifique des catégories nature/culture et humain/non-humain associée au perspectivisme peut résulter d’une « double torsion » (transformation caractéristique de la formule canonique) appliquée à la description lévi-straussienne classique du totémisme. Nous examinerons ensuite les réflexions que Lévi-Strauss consacre aux transformations du totémisme dans la pensée sauvage. Enfin, à l’aide des outils proposés par Wagner dans sa théorie de la signification, nous chercherons à mettre en évidence les liens intimes existant entre la formule canonique et le perspectivisme multinaturaliste.
[conférence en espagnol]


Vendredi 11 mai 2012, Bibliothèque Tocqueville (Institut des Amériques) – La parole et la mélodie : mémoire musicale chez les Kuikuro du Haut-Xingu, Tommaso Montagnani (post-doctorant Fyssen au Programa de Pós-Graduação em Antropologia Social, Université Fédérale de Rio de Janeiro)

Les Kuikuro du Haut-Xingu (Mato Grosso, Brésil) possèdent plusieurs formes de musique rituelle. On s’intéressera ici aux flûtes Kagutu, et plus particulièrement à la phase d’apprentissage des répertoires et à l’utilisation de procédés mnémoniques reposant en grande partie sur le langage. En effet, le langage joue un rôle fondamental car la musique instrumentale est apprise sous forme de séquences ordonnées de syllabes, selon une technique vocale très codifiée qui remplace l’utilisation de l’instrument pendant les mois ou même les années nécessaires à la mémorisation du répertoire Kagutu. En outre, selon la mythologie kuikuro, la musique des flûtes Kagutu appartient aux entités appelées Itseke et la flûte est en mesure de reproduire le nom de l’esprit-maître de la pièce, rendant ainsi manifeste la présence de l’Itseke. Les noms des esprits-maîtres de la musique constituent aussi un important outil mnémonique pour l’ordre des pièces dans les suites ainsi qu’un « incipit » favorisant le processus de remémoration du début des mélodies rituelles. Nous verrons ainsi comment la structure prosodique d’un nom dépourvu de profil mélodique peut fournir des indications sur la musique à exécuter à la flûte.


Vendredi 13 avril 2012 – Peut-on parler de réforme sociale en Amazonie indigène ?, Carlos Fausto (professeur au Museu Nacional-PPGAS, Université Fédérale de Rio de Janeiro)

Lorsque des processus d’intense transformation socioculturelle ont été menés en Amazonie par des leaders indiens, ils ont généralement été qualifiés dans la littérature de prophétiques, de millénaristes ou de messianiques. Autrement dit, ils ont été appréhendés comme des mouvements religieux pré-modernes, par opposition au réformisme moderne, guidé pour sa part par des principes rationnels ou conquis par des masses organisées. Il s’agira ici de remettre en question cette équation en s’interrogeant sur la façon adéquate de décrire les processus de changement négociés par et entre des acteurs indigènes. S’il est vrai que de tels micro-processus sont peu documentés par les sources coloniales ou nationales, ils ne devraient pas pour autant demeurer étrangers à l’ethnologue. Après tout, qu’est ce qui empêcherait un collectif de 200, 500 ou 1000 personnes de prendre des décisions, de négocier des accords ou de débattre d’alternatives impliquant des ajustements socioculturels significatifs ? Pourquoi l’image régulatrice de la petite communauté rousseauiste, réunie en face-à-face pour élaborer son contrat social, ne s’est-elle pas fait la même place dans l’imaginaire anthropologique que celle du « bon sauvage » ?


Vendredi 6 avril 2012 – L’Amazonie et l’anthropologie des rituels, Marnio Texeira Pinto (professeur à l’université de Santa Catarina, Florianopolis, invité à l’EPHE)

Ces dernières décennies, l’ethnologie amazoniste a fait preuve d’une vitalité remarquable, proposant de nouveaux modes de description et d’analyse des systèmes de parenté, de nouvelles perspectives comparatives sur des modèles sociologiques régionaux, une redéfinition du rôle de l’affinité et, plus récemment, deux théories distinctes (Viveiros de Castro et Descola) sur le régime socio-cosmologique qui semble prévaloir de façon plus ou moins généralisée dans la région. Une grande partie de ces innovations sont issues de propositions formulées dès les années 1970, qui ont notamment pointé la nécessité de prêter une plus grande attention aux multiples formes de « comportement symbolique » des Amérindiens. Depuis, l’importance de la dimension symbolique et rituelle dans ces sociétés n’a fait qu’apparaître encore plus clairement. Pourtant, malgré ce constat, et en contraste flagrant avec sa créativité dans d’autres domaines, l’ethnologie amazoniste n’a produit aucune grande réflexion théorique sur les pratiques rituelles, ou, plus précisément, sur l’aspect proprement rituel des pratiques sociales. L’exposé s’attachera d’abord à cerner certaines des difficultés pouvant expliquer cette remarquable lacune. Quelques pistes seront ensuite esquissées dans la perspective de la combler. Pour cela, on partira de la description du complexe rituel des Arara (groupe caribe du Pará, Brésil) tout en menant quelques incursions comparatives ailleurs dans les Basses Terres. Enfin, cette réflexion sur les rituels sera mise en regard avec certains aspects des modèles théoriques dominants.
La conférence sera donnée en espagnol.


Vendredi 23 mars 2012 – Lutter contre les guêpes chez les Yupka : du cycle de vie au « fracassement » de l’année, Ernst Halbmayer (professeur à la Philipps-Universität de Marburg et directeur du département d’anthropologie sociale)

Si les applications de fourmis et de guêpes jouent un rôle central dans les sociétés caribes, on observe toutefois des différences significatives entre ces pratiques selon que l’on se trouve chez les Caribes des Guyanes, chez ceux du Haut Xingu ou chez les Yupka du nord-ouest du Venezuela. En partant de ces logiques différentes, on présentera les usages que les Yupka font des guêpes et la place qu’elles occupent dans leur mythologie. Il ne s’agit en effet pas tant ici d’accroître le pouvoir individuel ou l’énergie vitale de l’initié, ni d’assurer au chasseur l’accès au monde des animaux. C’est plutôt en relation avec la naissance, la mort et les moments de transition entre les saisons que les guêpes détiennent un rôle primordial.


Vendredi 9 mars 2012 – « Des plantes et des entités étiologiques : les articulations logiques de la pensée diagnostique chez les Yanesha (piémont amazonien du Pérou) », Céline Valadeau (ATER à l’université Bordeaux II, associée au Centre EREA DU LESC)

Chez les Yanesha, la personne se construit en partie grâce à l’administration répétée de plantes « de soin », pare’shemats. En partant de la perception yanesha du vivant, des espèces végétales et des entités étiologiques, il s’agira de comprendre comment s’organise une partie de leur système nosologique. L’organisation de l’univers végétal – en particulier celui de ces plantes de soin, qui apparaissent « humanisantes » – sera d’abord examiné au travers des mythes et d’une étude du système nomenclatural, mettant en évidence un mode de catégorisation signifiant. Celui-ci sera alors mis en perspective avec les différentes maladies induites par les entités étiologiques, les activités thérapeutiques des plantes et les modes de préparation des remèdes. Nous verrons comment il est dès lors possible de concevoir des schémas de catégorisation transversaux qui permettent de comprendre les logiques du discours diagnostique, dont nous analyserons certains exemples.


Vendredi 17 février 2012 – « Le modèle topologique des sociétés amazoniennes », Klaus Hamberger (maître de conférences à l’EHESS, Laboratoire d’anthropologie sociale)

L’exposé se propose d’esquisser, à travers une analyse comparative de l’organisation sociale et spatiale au Brésil central, en Amazonie du Nord-Ouest et en Guyane, un modèle topologique commun aux sociétés amazoniennes. Ce modèle, à la fois androcentré et allocentré, repose sur l’identification du centre avec l’extérieur : le centre de l’espace social se définit autant par l’absence des femmes que par la présence des Autres (affins, rivaux, visiteurs, ennemis, etc.). L’espace social est ainsi structuré par l’interaction entre deux axes d’opposition – hommes/femmes et nous/autres – dont chacun peut adopter, selon les cas, une forme diamétrale ou concentrique.
Cette topologie est la plus manifeste lorsqu’un dualisme concentrique des sexes se combine avec un dualisme diamétral entre affins ou co-affins, comme dans les villages du Brésil central. Toutefois, elle reste intacte lorsque le dualisme entre les sexes devient diamétral (en même temps que la distance entre affins augmente), comme en Amazonie du Nord-Ouest, ou lorsque celui entre affins devient concentrique (en même temps que la distance entre les sexes se réduit), comme en Guyane.
Pour comprendre la logique sous-jacente à ce modèle topologique, nous envisagerons l’espace masculin sous trois aspects : en tant que résidence des célibataires, en tant que lieu d’accueil des non-humains, et en tant que lieu de passage initiatique. Au terme de ces analyses, nous tenterons de montrer que la position centrale des hommes correspond à une fonction de médiation entre les femmes et les Autres.


Vendredi 10 février 2012 – « Entre l’idéal et la pratique : note sur les mariages jarawara », Fabiana Maizza (docteur en anthropologie de l’université de São Paulo)

L’exposé se propose d’examiner en détail la manière dont les Jarawara – établis sur le moyen Purus (état d’Amazonas, Brésil) et appartenant à la famille linguistique arawá – utilisent et manipulent leur système de parenté, en soi typiquement amazonien. Dans cette société cognatique et endogame, le système dravidien ne résulte pas en un réseau symétriquement divisé sur un mode diamétral. Alors que dans le modèle canonique les différents parcours qui lient Ego à Alter sont cohérents entre eux, ce n’est pas le cas ici, où quelques « mariages incorrects » ont produit une « torsion » du réseau. On se penchera donc plus précisément sur ce que les Jarawara appellent des « mariages incorrects », à savoir ceux qui se nouent entre parents parallèles ou appartenant à des générations différentes. Ces mariages s’inscrivent cependant dans un réseau dont la nature même offre aux conjoints les moyens d’une argumentation visant à « légitimer » leur union. Nous verrons ainsi comment et pourquoi, chez les Jarawara, tous les mariages, même « irréguliers », sont corrects du point de vue des époux, et si ceux-ci parviennent ou non à imposer leur point de vue, et à qui.


Vendredi 27 janvier 2012 – « Autobiographie indigène et ethnologie perspectiviste au Brésil », Oscar Calavia Saez (professeur au Département d’anthropologie de l’université fédérale de Santa Catarina, Florianopolis, chercheur associé au centre EREA)

Le recueil d’histoires de vie – ou plus précisément d’autobiographies prises sous la dictée, ou même écrites par les Indiens eux mêmes – a longtemps constitué l’une des principales activités de l’ethnologie nord-américaine, et ces récits sont devenus plus tard le genre narratif majeur de la littérature des Native Americans. C’est au fond à peine surprenant si on considère la place que tient l’individu dans la cosmologie nationale nord-américaine. Le fait qu’aucune autobiographie – et du reste aucune histoire de vie – d’un índio n’ait été publiée au Brésil jusqu’à très récemment ne résulte pourtant pas simplement de l’absence d’un tel biais individualiste dans ce pays. C’est aussi l’expression d’une idéologie qui y fait de l’Indien un être à caractère collectif, un « nous » consacré par l’entremise de l’ethnologie (spécialisée) et de la sociologie (populaire) brésiliennes, idéologie qui ne laisse aucun espace à une quelconque expression à la première personne du singulier. Aujourd’hui, alors que ce cadre commence à changer avec la publication des récits autobiographiques de plusieurs dirigeants indiens bien connus, il y a lieu de s’interroger sur les raisons de ce changement et sur ses incidences dans le champ ethnopolitique. De même, et bien que l’idée même d’autobiographie soit d’une certaine manière incompatible avec l’approche perspectiviste dont une bonne partie de l’ethnologie brésilienne actuelle se revendique, le rapport entre le « je » du discours autobiographique et le point de vue qui marque le lieu d’une première personne cosmologique reste néanmoins largement à définir.


Vendredi 13 janvier 2012 – « Agent ou patient : performativité de la pensée/mémoire (yuya) et illusion du performatif dans les Andes boliviennes », Laurence Charlier (docteur en anthropologie de l’EHESS)

L’exposé traitera de l’agentivité dans le contexte de la prédation. En premier lieu, on soulignera la capacité agentive de la pensée/mémoire des humains puisque pour les informateurs (ayllus Aymaya et Kharacha, Nord Potosí), cette dernière (yuya en quechua) est performative : la pensée/mémoire constitue une mise en œuvre, un accomplissement. Dès lors, les entités prédatrices se trouvent affectées par cette pensée/mémoire. Pourtant, dans un autre contexte, les prédateurs recouvrent le statut d’agent et mettent en scène des pièges destinés aux humains. Or, nous verrons que ces pièges consistent précisément à faire croire aux humains que ce qu’ils expérimentent est une objectivation de leurs pensées. L’homme demeure alors dans l’illusion du performatif. Ces données nous conduiront à souligner les déterminants du statut de l’homme (agent ou patient) et de son sort (proie ou non).


Vendredi 16 décembre 2011 – « Le créole, la langue sans maître. Les conceptions de l’altérité et de l’humanité chez les Palikur à partir de leur rapport au créole », Artionka Capiberibe (professeur au Département de sciences sociales de l’université fédérale de São Paulo, EFLCH/UNIFESP)

Dans la région frontalière entre le Brésil et la Guyane française, le créole, une lingua franca d’origine française, agit comme connecteur entre les populations très diverses qui habitent cet espace (Créoles guyanais, Amérindiens, Français métropolitains, Brésiliens, etc.). L’exposé analysera la relation que les Palikur – peuple amérindien parlant une langue maipure affiliée à la famille arawak – entretiennent avec le créole. Cette langue est en effet de plus en plus présente dans leurs réseaux de sociabilité, ce qui suscite chez les intéressés eux-mêmes réflexions et débats sur ce qu’est « être Palikur ». La discussion portera en particulier sur la notion d’altérité, et sur la façon dont elle intervient dans la conception de l’humanité telle qu’on la trouve dans cette société amérindienne.


Vendredi 2 décembre 2011 – « Relations amérindiennes : une ethnographie des rapports entre espèces chez les Tsachila de l’Équateur et ailleurs », Montserrat Ventura Oller (professeur au Département d’anthropologie sociale et culturelle à l’université autonome de Barcelone)

La notion de « métis » évoque le mélange, l’idée d’un fruit issu de l’union de deux souches d’origine pure, mais différentes. Dans plusieurs sociétés amérindiennes, cette notion se révèle cependant inexistante, ce qui aiguille l’étude des systèmes de classification sociale vers le domaine des ontologies. Dans la société tsachila, pourtant elle-même issue d’une ethnogenèse d’origine coloniale, l’absence de métis peut apparaître d’autant plus paradoxale. Cela nous conduit à nous intéresser aux conditions de possibilité de l’existence de métis, et par là aux limites de la condition de personne et d’humanité. L’ethnographie tsachila – où l’on observera en particulier le chamanisme et la mythologie – servira de socle à cette réflexion, qui s’ouvrira par ailleurs à la comparaison avec des sociétés voisines.


Vendredi 18 novembre 2011 – « La scolastique, les Indiens et les intraduisibles. Une anthropologie de la lexicographie coloniale des langues amérindiennes », Alexandre Surralès (chercheur CNRS, Laboratoire d’anthropologie sociale/Collège de France)

On peut examiner les premiers lexiques des langues amérindiennes à la lumière de la thèse, aujourd’hui classique, d’auteurs tels qu’Antonello Gerbi ou Anthony Pagden, selon laquelle l’entreprise anthropologique trouverait son origine dans les premiers grands programmes d’ethnologie comparative proposés par Bartolomé de las Casas et José de Acosta durant le premier siècle de présence européenne en Amérique. Si l’on s’accorde sur ce point, il importe toutefois d’ajouter que Las Casas et Acosta – qui ne parlaient pas eux-mêmes de langue amérindienne –, entretenaient avec quelques lexicographes une communication permanente, dont témoignent des correspondances suivies. Leur travail consistait entre autre à trouver des équivalents à des concepts cardinaux de l’anthropologie (âme, corps, humain, etc.) pour lesquels, comme bien souvent eux-mêmes le reconnaissaient, faute d’entités correspondantes, il n’existe pas de traduction possible. Ce premier geste lexicographique en Amérique constitue sans doute un socle primordial pour ce qui adviendra deux siècles plus tard : la naissance de la réflexion anthropologique.


Mis à jour le 8 novembre 2013




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