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Anthropologies en partage ?, 10 mai 2011

Le processus de décolonisation a profondément transformé les pratiques et les problématiques de l’anthropologue en bouleversant les rapports que celui-ci pouvait entretenir avec son sujet d’étude – autrefois « indigène » puis « informateur », désormais interlocuteur.
Les critiques post-moderne et post-coloniale, pour leur part, ont soulevé des difficultés épistémologiques majeures à cet égard, qui font toujours débat.
Par ailleurs, le nombre croissant d’anthropologues originaires d’autres pays que ceux de l’Europe ou de l’Amérique du Nord, bastions historiques de la discipline, entraîne un certain rééquilibrage des régions de production des écrits anthropologiques, non sans influer sur leurs thématiques et leurs perspectives méthodologiques, et sur leur éventuel engagement dans les grandes « causes » sociales et politiques du moment.
Dans le même temps, le développement de l’internet fait qu’il existe désormais une circulation sans précédent des travaux, des documents, et des idées parmi les anthropologues du monde entier. Il importe alors de réfléchir aux tensions qui naissent de la tentation de constituer des anthropologies « nationales », de leur confrontation au sein d’une mise en réseau toujours plus large des anthropologues, et de la nécessité, constitutive du projet anthropologique lui-même, d’élaborer des catégories générales « transnationales ».
La journée de séminaire du 10 mai à Nanterre voudrait aborder et débattre de ces différentes questions, qui ont déjà fait l’objet de plusieurs travaux récents [1].


Matinée – modératrice : Stefania Capone

Après-midi – modératrice : Elisabeth Claverie

Matinée – modératrice : Stefania Capone (CNRS, LESC)

Anne-Marie Peatrik (CNRS, LESC) – Le statut de l’anthropologie en Afrique de l’Est

Jusqu’à récemment au Kenya, comme bien souvent en Afrique, il n’était guère recommandé de se réclamer de l’anthropologie ou de l’ethnologie. L’exposé présentera les éléments recueillis inopinément lors d’une récente mission, qui conduisent à envisager un autre statut pour l’anthropologie au Kenya, puis amorcera une réflexion sur ce que laisse entrevoir cette nouvelle situation.


Jean-Paul Colleyn (EHESS, CEAf) – Partenariat Nord/Sud et échange inégal

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L’évolution de l’anthropologie de l’Afrique contemporaine nous enjoint à placer le partenariat avec nos collègues africains au premier rang de nos priorités. Toutefois, notre travail d’anthropologue s’inscrit dans des contextes matériels, sociétaux et épistémologiques très différents. L’inégalité de nos « conditions » est telle qu’il faut, de part et d’autre, bien du talent pour ne pas frapper d’ambiguïté le concept même de partenariat.


Barbara Glowcewski (CNRS, LAS) – L’anthropologie australienne : politique dans tous ses états

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La dernière conférence de l’association des anthropologues australiens à l’automne 2010 avait pour thème « Anthropology and the Community to Come » en référence au Comité invisible auteur en France de « L’Insurrection vient : Tiqqun’s response is to call for a new ethics of friendship – a community to come ». Cette thématique, qui est loin de représenter les préoccupations de la majorité des anthropologues australiens, fut proposée par l’hôte de la conférence, Rohan Bastin, Professeur à l’université Deaken, indianiste, ancien élève de Bruce Kapferer (Bergen University). Elle faisait suite à un débat houleux qui a secoué la liste de l’association : Bastin et quelques autres mettant en question le consentement de nombreux anthropologues australiens à une forme d’anthropologie appliquée qui sert l’État plutôt que les populations étudiées, notamment avec l’interventionnisme australien, tant à l’égard des Aborigènes que dans le Pacifique et la politique de rigueur à l’égard des réfugiés. Lors du colloque de l’AAS 2009, Ghassan Hage invoquait Bourdieu dans son keynote sur « l’Anthropologie et la passion du politique », rappelant que si la sociologie vise à défataliser, l’anthropologie vise à dénaturaliser.
Je vais montrer que si différents courants de pensée français sont aujourd’hui mobilisés dans les débats des anthropologues australiens, la scène universitaire est étouffée par un certain protectionnisme national et une frilosité à l’égard de l’engagement anthropologique.

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Après-midi – modératrice : Elisabeth Claverie (CNRS, GSPM-Institut Marcel Mauss)

Laurence Caillet (UPO, LESC) & Sophie Houdart (CNRS, LESC) – Des Japonais en quête d’auteur

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« Six personnages surgissent sur une scène de théâtre. Ils demandent au Directeur de prendre en charge leur drame, mais sont insatisfaits de l’interprétation que les acteurs font de leurs personnages. » (Pirandello, 1921)
Hors de tout drame, l’ethnologue non-japonais spécialisé sur le Japon partage le destin du Directeur. Sollicité par ses pairs japonais de produire des idées sur le Japon, il échappe difficilement aux discours des Japonais sur eux-mêmes, discours eux-mêmes souvent construits par oppositions ou par ressemblances avec des théories occidentales. Choyé ou critiqué, érigé en juge de japonité en ou en bavard faiseur de sermons à Buddha, il est dans tous les cas contraint de s’interroger sur la nature des matériaux d’enquête, à la fois vrais et fictionnels, d’ici et de là-bas, produits en relation avec des collègues qui sont aussi des informateurs et avec des informateurs lecteurs d’ethnologie. L’historicisation des concepts et la narration du détail sont peut-être les seuls recours pour sortir de ce chaos.
Ces questions seront explicitées à la lumière des débuts américains de l’ethnologie au Japon, des avatars insulaires d’Œdipe et de trois séquences issues de terrains qui mettent en scène, de manières similaires, les effets de miroir de l’ethnographie au Japon.


Juan Javier Rivera Andía (Visiting Professor, Leiden, Leuven, Bergen ; post-doctorat Hermès rattaché au LESC) – L’ethnographie andine dans le Pérou contemporain

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Jusqu’à aujourd’hui, l’ethnographie andine a constitué le fondement de la construction de l’identité nationale ainsi que des sciences sociales au Pérou. En effet, les études sociologiques, ethno-historiques et anthropologiques menées par les Péruviens sur le Pérou se sont traditionnellement concentrées sur la zone andine. L’étude actuelle des populations indigènes des Andes a pour piliers principaux le folklorisme et les études sur développement. Entre ces deux centres d’intérêt, qui diffèrent par leur origine et leurs orientations politiques, l’ethnographie détaillée et comparée des Andes est aujourd’hui limitée. Cette situation est d’autant plus paradoxale que le Pérou compte des institutions et des personnalités avec une certaine transcendance nationale qui se dédient à l’anthropologie. Ce manque a pour conséquence le fait que plusieurs archives et ethnographes pertinents dans ce domaine sont tombés dans l’oubli.


Denis Vidal (IRD, UR « Identité et mondialisation ») – La décontextualisation en partage ? « Exemples » ethnographiques, nouveaux paradigmes et mondialisation.

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Une des spécificités de l’anthropologie a toujours été fortement liée, sur le plan méthodologique, à la manière dont se trouvaient décontextualisées notions et études de cas, pour faire jouer à certaines d’entre elles un rôle paradigmatique au sein de la discipline. Partant de l’exemple de recherches menées en Asie du Sud et de l’usage qui peut en être fait de certaines d’entre elles dans d’autres contextes (anthropologie de l’art, nouvelles technologies), je voudrais présenter quelques éléments de réflexion sur la manière dont ce processus de « décontextualisation » peut être affecté par les évolutions qui prennent place aujourd’hui dans le monde et en anthropologie.

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Mis à jour le 19 juin 2012

[1] Cf., entre autres, l’ouvrage de Gustavo Lins Ribero et Arturo Escobar (dir.), World anthropologies. Disciplinary transformations within systems of power, Oxford-New York, Berg, 2006.