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Séminaire d’anthropologie américaniste 2013-2014

Le séminaire d’anthropologie américaniste (SAA) est organisé par :

  • le centre Enseignement et recherche en anthropologie américaniste (EREA) du Laboratoire d’ethnologie et de sociologie comparative (LESC, UMR 7186) ;
  • le Centre de recherche sur les mondes américains (CERMA, MONDAM, UMR 8168) ;
  • le Laboratoire d’anthropologie sociale (LAS, UMR 7130)

Le séminaire a lieu le vendredi de 11h à 13h à l’EHESS – 105 bd Raspail


Vendredi 6 juin 2014 – « Penser avec le diable – Quelques apories du système philosophique otomi », Jacques GALINIER (directeur de recherche émérite au LESC)


Vendredi 23 mai 2014, exceptionnellement à la MAE, Nanterre, en salle 308F du LESC, de 13h à 15h – « La défense des lieux sacrés huichol par le rêve » (conférence en espagnol), Arturo GUTIÉRREZ DEL ÁNGEL (professeur, programa de estudios antropológicos, Colegio de San Luís, Mexique)

Les Wixaritari (ou Huichol) n’établissent pas sur le plan linguistique de distinction entre personnes et divinités (deidades), et peuvent du reste se transformer à tout moment de leur vie en divinité. L’exposé examinera d’abord le processus de transformation des êtres humains en divinités à travers le rêve. On abordera ensuite la question plus politique de savoir comment ces êtres transformés entreprennent des actions de sauvetage de leurs « lieux sacrés » menacés notamment par les entreprises minières. La praxis et la mobilité des Wixaritari, qui ont mis en échec certains projets internationaux liés à la mine, proviennent ainsi d’une force politique puisée en grande partie dans les principes fondamentaux de leur monde onirique : pour eux, rêves et politique constituent un seul et même « régime onirique de l’action ».


Vendredi 16 mai 2014, salle 10 – « La guerre ritualisée, des Aché aux Tupinamba. Quelques réflexions sur le parcours à rebours », Salvatore D’ONOFRIO (Professeur à l’université de Palerme, chercheur associé du LAS)

Après quelques exemples européens qui souligneront l’utilité de la méthode comparative, l’exposé portera sur certaines formes de ritualisation de la guerre élaborées par les Aché paraguayens et les Tupinamba brésiliens. Les sources utilisées sont les travaux de Pierre Clastres pour les premiers et, pour les seconds, les récits des voyageurs des XVIe et XVIIe siècles : de Staden à Thevet, de Léry à Cardim. L’attention sera focalisée sur les Tupinamba, dont le cannibalisme a fait l’objet d’interprétations très subtiles de la part d’historiens et d’anthropologues. La notion de « parcours à rebours » nous aidera a explorer davantage certains aspects du rituel tupi de mise à mort du captif. Dans ce cadre, la notion lévi-straussienne d’atome de parenté s’est révélée essentielle.


Vendredi 2 mai 2014, salle 10 – « L’espace cachinawa en mouvements », Eliane CAMARGO (chercheur associé au Centre EREA du LESC)

Des questions comme : « Comment s’assoit-on ? Comment bouge-t-on dans un hamac ? Comment cueille-t-on un fruit quand on doit sauter en l’air pour l’attraper ? » impliquent autant de mouvements – en cercle, dans l’air, vers ou à partir d’un point de référence – qui peuvent être précisés par des marqueurs linguistiques. Tel est le cas en cashinawa, langue pano d’Amazonie péruvienne et brésilienne. On y trouve en effet un système d’expression du mouvement d’un type bien connu dans d’autres régions du monde (Pacifique, langues tchadiques), mais très peu étudié en Amazonie où il apparaît pourtant dans les familles linguistiques tacana et pano. Il y prend même une forme particulièrement élaborée, notamment chez les Cachinawa, puisqu’au lieu de la demi-douzaine de suffixes verbaux relevée jusqu’à présent ils n’en ont pas moins d’une quinzaine pour affiner l’expression du mouvement (sans compter leurs réduplications et leurs dérivés), suggérant par là un dispositif cognitif singulier dans l’attention qu’il prête aux dynamiques spatiales. Cet exposé proposera un aperçu de ce système à partir d’énoncés du quotidien présentés dans leur situation de communication, auxquels s’ajouteront quelques exemples tirés des mythes.


Vendredi 4 avril 2014, séance annulée


Vendredi 21 mars 2014, salle 10 – « Sociologie et éthique des agressions chamaniques chez les Yaminawa (Amazonie péruvienne) », Laura PÉREZ GIL (Programa de Pós-Graduação em Antropologia Social-Universidade Federal do Paraná, Brésil, chercheur invité au Centre EREA du LESC)

« Il a été ensorcelé parce qu’il a été mesquin », telle est l’explication qui apparaît dans la plupart des récits d’agression chamanique chez les Yaminawa. Que signifie dès lors pour eux « être mesquin » ? Et pourquoi les gloses sur cette attitude sont-elles aussi récurrentes pour expliquer les conflits personnels et les agressions chamaniques ? On verra que, renvoyant à des principes sociologiques mais aussi éthiques, ces questions mènent au cœur de la dynamique de ces agressions où les accusés sont souvent des parents de la victime. Par ailleurs, une comparaison entre les interprétations yaminawa et celles de la population métisse de la région révèlera deux logiques éthiques différentes. Cette approche permettra de mieux cerner à la fois les spécificités des Yaminawa dans ce domaine, et les limites de la dynamique transformationnelle qui s’est enclenchée chez eux lors de leur insertion dans la société régionale il y a 50 ans.


Vendredi 7 mars 2014, salle 10 – « Perspectives rituelles dans les Plaines et sur la Côte Nord-Ouest », Klaus HAMBERGER (maître de conférences à l’EHESS, membre du LAS)

À travers une analyse transformationnelle des rites saisonniers historiques des Plaines et de la Côte Nord-Ouest, l’exposé visera à explorer la logique dynamique de l’espace rituel en Amérique du Nord. Nous tenterons de montrer que l’architecture de la « danse du soleil » et de la « cérémonie d’hiver » servait non seulement à créer un espace virtuel, axé sur l’antagonisme entre la position de prédateur en haut et de gibier en bas, mais aussi à inverser ces positions en transformant les perspectives. Or cette transformation de perspective, qui était au cœur de la dynamique interne de chacun de ces rituels, constitue en même temps une clé pour comprendre les liens logiques qu’ils entretenaient entre eux : ils construisaient en effet le même espace de deux points de vue opposés. Dans les Plaines, il s’agissait de transférer aux humains la puissance des prédateurs surnaturels ; sur la Côte Nord-Ouest, il s’agissait de retransformer des prédateurs surnaturels en êtres humains. Dans le premier cas, la transformation de perspective était orientée de bas en haut ; dans le second, de haut en bas. Ces différentes orientations apparaissent corrélées avec les saisons où se déroulaient respectivement ces rituels : en été, période de mobilité où l’on se rendait collectivement chez les autres (gibier, ennemis, esprits), ou en hiver, période d’immobilité où l’on recevait les autres (non humains) chez soi.


Vendredi 7 février 2014, salle 10 – « Savoirs indigènes, biodiversité et développement dans le Haut Rio Negro (Brésil-Colombie) », Renato ATHIAS Cordinateur du Núcleo de Estudos e Pesquisas sobre Etnicidade (NEPE) du Programa de Pós-Graduação de l’Antropologia da Universidade Federal de Pernambuco (Brésil)

L’Amazonie est, on le sait, un laboratoire privilégié pour les études, expériences et analyses systématiques de la relation entre biodiversité et populations indigènes. En attestent de nombreux travaux d’anthropologues, ainsi que leur importance pour les décisions politiques et pour les réflexions sur la protection des populations « marginalisées » et de l’environnement. En illustration, cette présentation fondée sur la mythologie et des recherches de terrain chez les Hupdah et les Tukano du Brésil s’attachera à identifier parmi leurs savoirs traditionnels ceux qui entrent le plus directement en résonance avec ces problématiques, les plus à même d’établir un interface entre les exigences actuelles de ces sociétés et les préoccupations formulées en termes de gestion des ressources environnementales.


Vendredi 10 janvier 2014, LAS, 52 rue du Cardinal Lemoine, salle 1, rez-de-chaussée – « Jeter ses filets et manipuler les cœurs. Érotisme et humour sexuel chez les Toba (Gran Chaco) », Florencia TOLA (chercheur au CONICET, enseignante à l’université de Buenos Aires, chercheur associé au centre EREA du LESC

L’humour sexuel, les relations amoureuses clandestines et le « chamanisme de l’érotisme » représentent autant d’accès aux formes que revêt l’érotisme chez les Toba du Gran Chaco. Tandis que les pratiques de subsistance masculines constituent l’univers qui permet aux hommes de parler de la sexualité et du corps quoique de manière indirecte et métaphorique, le chamanisme de l’érotisme, en manipulant les émotions, met en œuvre pour sa part des pratiques destinées à influencer l’affectivité et la sexualité des humains. L’exposé explorera les liens entre chamanisme et plaisanteries sexuelles, entendus comme deux manières toba de parler de la sexualité et de l’affectivité, et deux formes de connaissance des êtres et des relations.


Vendredi 13 décembre 2013, salle 3 – « Amulette des uns, trophée des autres. Le ioló entre guerre et paix chez les Karajá (Brésil Central) », Helena SCHIEL (doctorante à l’EHESS, associée au LAS ; Research Associate au Voelkenkunde Museum de Leiden, Pays-Bas)

Ioló, le vautour-pape, est à la fois pour les Karajá le héros culturel des temps mythiques, associé au soleil, et le chef cérémoniel contemporain. Pour être reconnu comme ioló, un homme doit être de lignée noble, et avoir fait preuve d’une capacité reconnue à apaiser les conflits et à maîtriser le bon déroulement du rituel. Bien que perçu comme incarnant l’idéal pacifique des Karajá, il aurait autrefois accompagné les expéditions guerrières, sa seule présence exerçant une influence positive sur les siens pendant la bataille. S’il était vaincu, sa vie était épargnée et ses ennemis l’emmenaient dans leurs villages pour « se mélanger avec nous ». À partir de la guerre traditionnelle des Karajá, on s’interrogera sur leurs conceptions de la chefferie, de la noblesse, de l’immobilité et du pacifisme.


Vendredi 29 novembre 2013, salle 10 – « Comment règle-t-on les conflits ? Divergences et complémentarité des systèmes judiciaires étatique et coutumier à Aguacatenango (Chiapas, Mexique) », Marie CHOSSON (chargée de cours à l’INALCO, associée au centre EREA du LESC)

Au village tseltal d’Aguacatenango, les habitants ont le choix de recourir à deux systèmes judiciaires en cas de litige : celui de l’État ou celui relevant des instances coutumières. Dans les faits, l’autorité et la légitimité des juges traditionnels sont rarement contestées et la plupart des plaintes leur sont adressées. Ce sont eux qui choisissent alors de régler seuls l’affaire ou de la renvoyer, avec leurs recommandations, devant la justice étatique. Les motifs de renvoi révèlent une distribution particulière des compétences des deux systèmes : l’un privilégie le maintien des relations sociales par le biais de la négociation, alors que l’autre est conçu comme essentiellement répressif. Au-delà des divergences entre les systèmes juridiques, l’observation des « procès » coutumiers et du rôle attribué au juge met en lumière un modèle particulier de gestion des conflits. À partir des représentations de ce que doit être une « juste » résolution des disputes, pourront alors être discutées, à travers quelques exemples, les stratégies de conciliation des deux systèmes, tout comme leurs échecs.


Vendredi 15 novembre 2013, salle 2 – « Les filles des étoiles : genre, parenté et résidence chez les Kuna du Panama », Diego MADI DIAS (doctorant à l’université fédérale de Rio de Janeiro, boursier CNPq accueilli au centre EREA du LESC)

Chez les Kuna, l’histoire des filles des étoiles révèle un ensemble de problèmes fondamentaux liés à la règle de résidence uxorilocale. De fait, celle-ci engendre chez eux des drames familiaux qu’ils identifient eux-mêmes comme sources de tensions quotidiennes et de défis existentiels. L’hypothèse est que ces drames sont à la base d’une philosophie morale qui informe les relations de genre et de parenté. Une relecture critique des sources traitant du genre chez les Kuna montre par ailleurs que les activités féminines et masculines ont été interprétées en fonction d’un dualisme diatonique complémentaire, en lien étroit avec les formes intérieures et extérieures de sociabilité respectivement. Or la résidence organise les positions de genre de manière nécessairement complexe, en reproduisant et régulant les relations de parenté dans le contexte propre à l’ethos de chaque genre (Bateson 1936). Dans la mesure où elle produit des parents « genrés » (gendered), l’uxorilocalité constitue un champ normatif englobant, qui contient et normalise les positions de genre et de parenté.


Mis à jour le 10 septembre 2014




Renseignements : erea[at]vjf.cnrs.fr

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