Webmail
Annuaire

Séminaire « Présence d’esprits » 2013-2014

Organisation : A. de Sales (LESC) et M. Lecomte-Tilouine (LAS)

Pour être inventées, les puissances invisibles n’en agissent pas moins en situation et leurs manifestations sont multiples : incarnées dans des êtres humains (possession ou chamanisme), dans des artefacts, dans le paysage ou des manifestations naturelles, elles surgissent aussi dans les discours, rituels ou pas, dans les interactions et président plus ou moins à la vie quotidienne dans toutes les sociétés selon des modalités diverses. La posture analytique des sciences sociales vis à vis de ces phénomènes a longtemps consisté à leur donner un statut d’illusion par lesquelles les êtres humains trompaient les autres ou se trompaient eux-mêmes ; et à en proposer une explication en amont par des causes sociologiques, religieuses ou politiques. Cette posture conserve un précieux pouvoir explicatif, mais aborder la présence des puissances invisibles comme des illusions c’est exclure ce qui en fait la spécificité, leur présence-absence. Ces problèmes rencontrés dans l’étude des phénomènes religieux en sciences sociales ont d’abord été formulés par des anthropologues travaillant sur leur propre société où la distance critique vis à vis du religieux, nécessaire dans un premier temps, s’est avérée paralysante (J. Favret-Saada 1977, E. Claverie 1990, A. Piette 1999). Les anthropologues travaillant dans des domaines culturels différents n’ont pas été confrontés à ces problèmes de façon aussi aigüe, occupés qu’ils étaient à donner sens et cohérence aux "croyances" qu’ils s’attachaient à décrypter et traduire, sans risquer d’être absorbés par leur objet trop éloigné d’eux culturellement. Pourtant, eux aussi ont analysé la présence des puissances invisibles selon "le paradigme de l’illusion", laissant dans l’ombre tout un pan de la réalité telle qu’elle est "négociée" et vécue.
Ce séminaire est issu d’un projet ANR focalisé sur la région himalayenne, mais se veut un lieu de réflexion générale sur les méthodes et de présentation de matériaux d’autres régions du monde. On s’intéressera en premier lieu aux expériences, pratiques et matérialisations des puissances invisibles, incluant aussi bien les discours ordinaires (récits de rêves, de révélations, de rencontres avec des êtres fantastiques) que les discours rituels, dont plusieurs études ont déjà montré qu’ils étaient « chosifiés » ; les procédés rituels que les artefacts ; les manifestations naturelles que les performances artistiques dont certaines atteignent au divin par leur perfection ; les interactions enfin, rituelles ou pas, entre les individus. Notre réflexion portera aussi sur la tension qui existe entre le caractère immatériel des puissances invisibles dans lequel elles puisent leur autorité et leur matérialisation qui leur confère leur pouvoir. Certains ont suggéré que plus les divinités étaient conçues comme hors de la portée des humains et plus grands étaient les efforts mis dans leur matérialisation. Comment placer les phénomènes de possession par rapport à cette hypothèse ? Une enquête comparative fine doit nous permettre d’envisager plusieurs modalités de présentification des entités invisibles afin d’approfondir notre compréhension des différentes façons dont les êtres humains appréhendent le monde dont ils participent. Enfin, ces phénomènes sont inscrits dans des systèmes sociohistoriques dynamiques, qui recèlent les conditions mêmes de leurs transformations et l’émergence de nouvelles configurations suscitant rejet ou violence retiendra aussi notre attention.


Ce séminaire a généralement lieu le 2e vendredi du mois.


Vendredi 20 juin 2014, 14h-16h, MAE, salle 304F du LESC – Franck Bernède, « Stratégies musicales en contexte rituel : le cas du jāgar kumaoni (Uttaranchal, Inde) »


Lundi 26 mai 2014, 18h-20h, Collège de France, salle Claude Lévi-StraussConférence exceptionnelle Gregory G. Maskarinec, « Invisible Acts, Visible Powers : Unsuccessful Interventions by Oracles (dhāmī) and Shamans (jhāṅgarī) in Western Nepal »

As in every culture, efforts are made throughout Nepal to establish order upon the world’s bottomless chaos, to put ground beneath one’s feet with a context in which to stand, to discover, create or invent meaning where otherwise there isn’t any. Our fundamental condition, as the Dharma of the Twelve Conditions reminds us, is unclarity, unseeing, ignorance (a-vidyā). While this is true everywhere, what is perhaps unusual about the situation in the Jajarkot area of the Bheri River Valley, Western Nepal, is the plurality of competing traditions connecting the unseen to the seen that, despite – or because of ? - the impoverished economy of the area, continue to flourish. Brāhman ritualists, Jaisī astrologers, wandering Bhairagī and Kānphaṭa mendicants, seers, fortune-tellers, "doctors" of both Western and Ayurvedic traditions, and most significantly for relations of intangible forces to visible consequences, and who uniquely overlap only in this area of Nepal, the very competitive oracles (dhāmīs) and shamans (jhāṅgarīs). By examining three cases of apparently intractable conflicts within their own families that these intercessors were unable to resolve, I seek to map the limits of visible power and of invisible acts, exploring ways that two dialectics, of silence and noise and of reproducibility and singularity, may be of use to advance our understanding of cultural phenomena.


Mardi 18 mars 2014, 11h-13h, MAE, rez-de-jardin, salle 2Conférence exceptionnelle John Leavitt (université de Montréal), « La grande traversée : vers une philologie mantique et une épiphanologie comparée »

John Leavitt , professeur à l’université de Montreal, est spécialiste de la possession, de l’édition et de l’analyse de textes oraculaires de l’Himalaya central. Les relations entre langue et culture sont au centre de sa recherche.

Commençant avec la possession telle que vécue dans l’Himalaya central, je présenterai différentes pratiques qui impliquent la présence immédiate d’esprits, de dieux ou de « personnalités secondes », ainsi que leur communication avec le monde humain. Il s’agira de travailler en deux dimensions : d’une part, « en profondeur », en faisant la philologie des corpus de discours mantiques et divins ; d’autre part, « en largeur », en tentant une typologie comparée, et en repensant les modèles structuraux de Luc de Heusch.


Vendredi 7 mars 2014, 13h-15h, MAE, salle 304F du LESC – Gérard Colas (EHESS/CEIAS), « Penser l’icône en Inde ancienne »


Vendredi 7 février 2014, 13h-15h, MAE, salle 304F du LESC – Carine Plancke (EHESS/LAS), « Danses, vagues et vents : le mouvement comme voie de présentification des génies (Punu, Congo-Brazzaville) »


Vendredi 10 janvier 2014, MAE, salle 304F du LESC – Grégoire Schlemmer (IRD-CEI), « Jeux d’esprits »


Vendredi 6 décembre 2013, 14h, MAE, salle 304F du LESC – Séance d’introduction par A. de Sales et M. Lecomte-Tilouine sur la notion de présentification, suivie d’une lecture et d’une discussion du livre d’Alfred Gell, Art and Agency (OUP, 1998) par David Andolfatto


Mis à jour le 19 octobre 2015