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Séminaire « Anthropologie de la nuit » 2014-2015

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Iceberg devant Mittimatalik, Nunavut, 2003
(© G. Bordin)

Le séminaire de recherche « Anthropologie de la nuit » réunit des chercheurs de plusieurs disciplines ayant pour objectif de contribuer à la construction de l’objet « nuit » en anthropologie. Phénomène physique dont la durée varie selon la position géographique et le moment de l’année, la nuit est l’objet de perceptions et de représentations culturelles diverses ; celles-ci impliquent des constructions du temps, de l’espace, des êtres et de leur agentivité, qui sont jusqu’à présent moins étudiées en elles-mêmes que comme complément du savoir et des activités diurnes. Abordée depuis plusieurs disciplines, la nuit se révèle bien davantage que le cadre du sommeil ou des activités non diurnes. Ce champ de recherche concerne l’ensemble des objets et des processus étudiés par l’anthropologie (le corps et ses techniques, la notion de personne, la culture matérielle, les échanges économiques, les croyances et les représentations du monde surnaturel, les conceptions de l’espace et du temps).
Deux questions sont au cœur de ce programme : les organisations spécifiques de la nuit sont-elles soumises à des contraintes physiologiques qui régulent leur fonctionnement ? Limitent-elles l’espace d’autonomie des acteurs, ou à l’inverse l’institution de ces ordres collectifs parvient-elle à reconfigurer les rythmes biologiques des individus ? Comment la cognition, les techniques au sens large, la gestion de l’espace et du temps dans le groupe étudié, sont-elles affectées par les contraintes particulières liées à des activités instaurées dans le temps nocturne ?



Vendredi 5 juin 2015, 14h – « Entre colonisation et protection : tensions, conflits et innovations dans les nuits de la ville contemporaine” », Luc Gwiazdzinski

La société redéfinit en profondeur ses nycthémères et la ville contemporaine s’en ressent. Dimension longtemps oubliée de la ville, la nuit s’invite désormais dans notre actualité diurne. Colonisée par les activités du jour elle devient un champ de tension central pour nos sociétés urbaines. Les pressions s’accentuent sur la nuit qui cristallise des enjeux économiques, politiques, environnementaux, sociaux et culturels fondamentaux. Les tensions s’exacerbent entre les populations et quartiers de la ville qui dort, de la ville qui travaille et de la ville qui s’amuse. Des conflits apparaissent qui mettent en évidence les avancées et les replis du front pionnier. Entre insécurité et liberté, la nuit, espace-temps éphémère et cyclique, devient un territoire d’investigations et d’innovation pour les acteurs publics et privés. Entre exploitation et protection, mise en tourisme et patrimonialisation, stratégies et bricolages, de nouvelles formes d’organisations, de gouvernance et de politiques publiques s’esquissent, d’autres savoirs s’élaborent. La nuit a beaucoup de choses à dire au jour.


Vendredi 22 mai 2015, 14h – « An Amazonian Technology of Night or Why Tukanoans Call the Sun “Roofing Leaf” », Stephen Hugh Jones (King’s College, Cambridge)

Laurent Fontaine has already addressed this seminar on the subject of a Yukuna ethnography of night. Aside from relatively minor details, Fontaine’s ethnography applies equally to the Barasana and other Tukanoan-speaking groups living immediately to the north of the Yukuna. Instead of repeating the same material, I take a different tack by examining the technology of night.
A comparison of some 50 stories concerning the origin of night from different Tukanoan, Arawakan and Maku-speaking groups reveal what is effectively one and the same myth across large part of NW Amazonia, itself a version of the well-known story of an unintended release of night from a sealed container. But this story is but one of a wider set involving similar unintended releases - of earth, trees, roofing leaves, feather ornaments, and songs.
In the stories, night is contained in one of two prototypical containers, either a small ceramic pot used to store curare poison or a woven palm-leaf box used to store feather ornaments, a box that also figures as a container of roofing leaves with the leaves as the feathers of a bird. Each container corresponds to a different manifestation or materialisation of night, either as singing nocturnal insects or as black versions of the birds whose feathers are used to make ornaments.
Each of these manifestations of night corresponds, in turn, to two different means for the ritual control of time, either through the use of the rattle-lance, a musical instrument that imitates the sound of insects, or through the song, dance and ornamentation of ritual gatherings on the side of coloured singing birds.
Rattle-lance and feather box thus emerge as two ’instruments of darkness’, one aural and one visual, and both more convincing Amazonian examples than those discussed by Lévi-Strauss in his Du miel aux cendres.
Finally, roofing leaves provide another means for the control of time : an unthatched house is the equivalent of the long day and the thatch brings on the long night of a darkened interior.
Once all this is understood, it seems perfectly logical that Tukanoans should refer to the sun as ’thatch’ or ’roofing leaf’.


Jeudi 7 mai 2015, 14h – « Le temps courbe de la nuit : les virées festives nocturnes dans l’espace péri-urbain parisien contemporain », Véronique Nahoum-Grappe (EHESS)

Jeudi 16 avril 2015, 15h – « Les couche-tard et les lève-tôt – notes sur les veilles et réveils yurakare (Amazonie bolivienne) », Vincent Hirtzel

Vendredi 10 avril 2015, 14h – « Le jour, la nuit, le crépuscule. L’hindouisme du haut et du bas », Olivier Herrenschmidt

Ce n’est pas un thème auquel j’ai particulièrement pensé. Je l’ai cependant rencontré plusieurs fois et je peux essayer de réunir quelques informations et observations de différents niveaux. Conduit ainsi par vous à réfléchir sur ce temps quotidien, il me paraît que, dans cette société hindoue, les activités humaines vont se distribuer selon leur but et leur qualité en fonction de l’éclairage solaire du jour, du crépuscule ou de la nuit – où Pleine ou Nouvelle Lune sont deux repères calendaires parfaitement distincts.
D’abord car, ethnologue, j’aime bien marcher sur les plates-bandes des indianistes, j’ai gardé depuis longtemps en mémoire un chapitre du Mahabharata, la section 104 du livre 13, l’Anushasanaparva. Il y est question de toutes les pratiques quotidiennes (soins du corps, déplacements, rencontres, activités rituelles) qui constituent l’âcâra, la « bonne conduite » ou, plus précisément encore, la conformité aux prescriptions brahmaniques, la normative practice (P. Olivelle), qui vous assurera une longue vie de centenaire. Les déterminations premières de tous ces comportements bénéfiques sont le temps et l’espace. Si les indianistes n’ont pas été retenus par ces longues pages, elles constituent pour l’ethnologue un grand catalogue des actes de la vie quotidienne, codifiés méticuleusement, jamais laissés au hasard ou à l’improvisation.
L’expérience ethnographique s’éclaire d’un jour intéressant si je réfléchis à cette question du temps d’agir. Dans un travail récent, j’avais commencé à regarder quand, à quels moments de la journée, se pratiquaient les sacrifices (ou simples offrandes végétales) aux différentes divinités. Sans surprise, j’avais vu qu’il n’était pas indifférent que cela se passe en plein jour, à la tombée de la nuit, ou en pleine nuit – selon la qualité de la divinité, sa catégorie. Je dois maintenant regarder cela de plus près. Pour la vie quotidienne, il ne sera pas difficile de réunir les différentes pratiques (partagées) et mes observations. Il sera peut-être possible aussi de proposer une certaine représentation « indigène » de la nuit. Pour le simple plaisir de la comparaison – et non dans l’intention de marquer une « déviance » ou « une ignorance » du modèle brahmanique normatif que les « bonnes » castes suivent consciemment ou non – la description portera sur les manières de se comporter de très basses castes, celles des Pêcheurs en mer de l’État d’Andhra Pradesh, sur la côte du Golfe du Bengale.


Jeudi 19 mars 2015, 14h – « Au cœur de la nuit, le Yang reprend ses droits sur le Yin. Les heures propices aux rituels à la culture de soi chez les moines taoïstes en Chine », Adeline Herrou

Mercredi 4 mars 2015, 14h – « Passer la nuit, transmettre le pouvoir. Sacrifice et Politique chez les Mixe de Oaxaca », Perig Pitrou (LAS)

Jeudi 5 février 2015, 14h – « Un orchestre sans chef ? Un exercice de réflexivité collective autour d’une enquête sur les Politiques de la nuit », Thomas Alam (Candela)

Vendredi 23 janvier 2015, 14h – « La nuit comme lieu quasi-topologique (avec frontières épaisses) », Jean-Pierre Desclés

Jeudi 8 janvier 2015, 14h à 17h – « Les deux nuits des indiens tlapanèques (Guerrero, Mexique) », Danièle Dehouve

Lundi 8 septembre 2014 – Réunion interne

  • matin : Nuit et territoire
  • après-midi : Nuit et médecine

Mis à jour le 19 octobre 2015