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Séminaire d’anthropologie américaniste 2015-2016

Le séminaire d’anthropologie américaniste (SAA) est organisé par :

  • le centre Enseignement et recherche en anthropologie américaniste (EREA) du Laboratoire d’ethnologie et de sociologie comparative (LESC, UMR 7186) ;
  • le Centre de recherche sur les mondes américains (CERMA, MONDAM, UMR 8168) ;
  • le Laboratoire d’anthropologie sociale (LAS, UMR 7130)

Le séminaire a lieu le vendredi de 11h à 13h à l’EHESS – 105 bd Raspail aux dates suivantes : 11/03, 25/03, 8/04, 13/05, 27/05 et 10/06


Vendredi 10 juin 2016, salle 1 – « Théories de la vie. Comparaisons Mésoamérique/Amazonie », Périg Pitrou (chercheur CNRS au Laboratoire d’anthropologie sociale)

Bien que les travaux consacrés à l’animisme aient apporté des éclairages fondamentaux pour la compréhension des sociétés amérindiennes, ils n’ont pas toujours mis en évidence la complexité des théories de la vie élaborées par ces sociétés. Indépendamment de leur animation, les êtres vivants se caractérisent par la diversité des processus vitaux – tels que la reproduction, la régénération, la sénescence ou les interactions avec l’environnement – que les humains observent et cherchent à expliquer. Dans le cadre d’une anthropologie de la vie, qui étudie les variations, dans le temps et dans l’espace, de ces systèmes explicatifs, cette présentation vise à donner un aperçu des conceptions de la vie qui prévalent en Mésoamérique et en Amazonie. Ce faisant, l’enjeu est d’inventorier les différents ordres de faits à partir desquels mettre en évidence ces conceptions et de réfléchir à l’articulation des diverses approches théoriques que l’anthropologie peut mobiliser pour interpréter les matériaux ethnographiques recueillis dans le monde amérindien.


Vendredi 27 mai 2016, salle 4 – « Entre poétique et politique : les dialogues cérémoniels yanomami (Vénézuéla) », José Kelly (professeur d’anthropologie à l’Université fédérale de Santa Catarina, Brésil)

Les dialogues cérémoniels inter-communautaires des yanomami – les wayamou –, seront abordés, après une brève présentation contextuelle, en explorant d’abord, à partir d’exemples récemment traduits, le contenu hautement métaphorique de ces performances verbales nocturnes, ainsi que les aspects les plus saillants du discours des Yanomami à leur propos (par ex., le rôle des rêves dans les wayamou). Se centrant sur l’ethnographie de ces dialogues, l’exposé illustrera la façon dont les Yanomami mettent à profit des contextes politiquement tendus (les wayamou étant souvent utilisés pour prévenir ou résoudre des conflits) pour déployer toutes leurs facultés poétiques, portant le discours politique au sommet de leurs arts verbaux.
La conférence sera donnée en espagnol.


Vendredi 13 mai 2016, salle 4 – « Ce que les enfants xikrin nous apprennent sur les Xikrin (Amazonie brésilienne) », Clarice Cohn (professeur d’anthropologie à l’Université fédérale de São Carlos, Brésil)

Les recherches menées depuis quelques décennies en anthropologie sur et avec les enfants ont montré que, loin d’être des adultes en miniature ou simplement des hommes en germe, ils sont des sujets sociaux à part entière. Pourtant, malgré le développement de ces travaux, les recherches ethnographiques ont souvent peu prêté attention aux enfants dans les sociétés étudiées. Or on verra ici qu’une recherche spécifiquement orientée sur les enfants xikrin fournit des clés sur des aspects essentiels de cette société, tels que la construction de la personne, la corporalité, les ornements corporels, la parenté, ou encore sur une élaboration indigène de la notion de culture.


Vendredi 8 avril 2016, salle 4 – « Changer de terrain ? Des signes du néfaste aux logiques d’accusation publique dans un village nahua (Mexique) », Aline Hemond (professeur d’anthropologie à l’Université de Picardie)

Il s’agira ici de réfléchir à l’incertitude que provoque la reformulation d’une enquête anthropo-logique dans un contexte régional connu de longue date, alors que l’on s’estime en pleine maîtrise du cadrage du sujet, des modèles interprétatifs du terrain et des informateurs. Des questionnements autour de rituels agraires menés dans plusieurs villages de la région nahuaphone du Guerrero avaient conduit à une interrogation sur la profusion de signes climatologiques, religieux ou oniriques annonciateurs de catastrophes ou d’évènements néfastes. En même temps, apparaissaient des pratiques d’auto-accusation individuelle et familiale liées au manque de pluie, des anathèmes et séances d’accusation publique, des processions de pénitents et de pleureuses. Mais aussi des rondes de nuit autour de l’église, la chasse aux boucs émissaires suspectés de vols aux saints patrons, leur expulsion ou tentative de lynchage, l’incarcération des étrangers foulant les sites sacrés de la montagne… Et encore le kidnapping d’un fils de commerçant, le couvre-feu, la création d’une police communautaire, le blocage des issues du village, la course poursuite d’un suspect et son exécution sommaire, le démantèlement d’un repère de narcos-trafiquants dans la rue principale, des menaces de mort sur les fidèles par un cartel politico-mafieux, l’expulsion du prêtre et l’excommunication en retour des impétrants… Sur quoi portait donc maintenant l’enquête ?


Vendredi 25 mars 2016, salle 9 – « “Tu crois vraiment que... ?” Une histoire de doutes en Amazonie équatorienne », Francesca Mezzenzana (docteur en anthropologie sociale (PhD LSE), posdoct Fyssen au Laboratoire d’anthropologie sociale)

On examinera la façon dont les Runa (Quichua) d’Amazonie équatorienne en viennent à douter de certains postulats fondamentaux sur ce que sont « lo indígena » ou encore « le savoir ». En partant de la proposition anthropologique de base selon laquelle les Indiens amazoniens vivent un constant processus d’auto-fabrication, on verra comment des pratiques traditionnelles d’apprentissage mimétique peuvent conduire les Runa à une réflexion critique sur l’efficacité des mécanismes qui constituent les processus de transformation. L’objectif est d’enrichir la notion d’« ontologies indigènes » en observant les espaces interstitiels de la réflexivité et du doute.


Vendredi 11 mars 2016, salle 9 – « Transformer les relations, transformer la nourriture – la production de la personne chez les Mebengokre-Xikrin du Pará (Brésil) », Stéphanie Tselouiko (doctorante EHESS/Universidade Federal de São Carlos, Brésil)

L’alimentation pour les Mebengokre-Xikrin manifeste une ambigüité certaine qui tient au caractère vivant – et donc instable – des diverses sources de nourriture, et surtout à leur caractère subjectif. Cela lui confère une capacité transformative et elle participe ainsi de la production des corps, des personnes et de la parenté. De plus, l’alimentation éclaire aussi les modes relationnels établis entre les humains et les non-humains qui peuplent le cosmos. Ces relations et l’attention portée au corps (y compris dans les interdits alimentaires et les soins prophylactiques et curatifs) dépendent du degré d’agentivité de l’aliment ingéré, de l’état de la personne, du contexte et des lieux où la nourriture est prélevée, préparée, distribuée et consommée. Il s’agira d’expliciter cette ambiguïté et cette capacité transformative de l’alimentation à partir de quelques exemples de commensalité provenant de contextes ordinaires et extraordinaires de la vie des Mebengokre-Xikrin.


Vendredi 12 février 2016, salle 9 – « Savoirs des anciens et positions d’autorité : parcours Zo’é (Pará) et Wajãpi (Amapá), Brésil », Dominique Tilkin Gallois (professeur au département d’Anthropologie, Centro de Estudos Ameríndios, Université de São Paulo)

Le rapport au passé, aux mythes et plus généralement aux savoirs des anciens connaît actuellement d’importantes transformations dans de nombreux groupes amazoniens. Celles-ci peuvent cependant suivre des voies radicalement différentes, comme en témoigne le cas contrasté des Zo’é du Pará et des Wajãpi de l’Amapá, tous deux de langue tupi-guarani. En effet, si les jeunes Zo’é s’efforcent de déstabiliser les récits de leurs aînés, du côté des Wajãpi on assiste au contraire à une entreprise de fixation d’une version linéaire des savoirs sur jane ypy, le début des temps. En observant les transformations des pratiques de connaissance et des régimes d’autorité qu’opèrent ces mêmes processus réflexifs, c’est aussi différentes modalités de connexion entre le passé et le présent que nous verrons apparaître. On examinera également le vocabulaire mobilisé, qui puise tant dans les politiques du patrimoine que dans des notions d’individu et de culture diffusées par l’école, les agences gouvernementales ou le mouvement évangélique.


Vendredi 22 janvier 2016, salle 4 – Séance annulée


Vendredi 8 janvier 2016, salle 6 – « Les fleurs dans les rituels nahuas du nord Veracruz au Mexique », Anath ARIEL DE VIDAS (Directeur de recherche CNRS, membre du CERMA-Mondes Américains UMR 8168)

Les fleurs sont omniprésentes dans l’ensemble des rites individuels, familiaux et collectifs pratiqués au village nahua de La Esperanza, au nord-est du Mexique. Ces rites consistent en offrandes, essentiellement de mets qui se consomment ultérieurement. Or, sans fleurs, il ne peut y avoir de rituel. Que font les fleurs dans ces rituels et qu’exprime la place majeure qu’elles tiennent dans cette société ? Pour répondre à ce questionnement, une plongée dans ce que l’on connaît de la pensée autour des fleurs dans le monde mésoaméricain précolombien donnera quelques pistes de réflexion qui permettront de suivre les processus de sa translation-transition dans le monde mésoaméricain christianisé. Les similitudes rencontrées entre temps anciens et contemporains apportent ainsi un fond symbolique aux pratiques rituelles rencontrées aujourd’hui autour des fleurs, or elles ne nous renseignent pas sur leur signification actuelle ni sur leur persistance dans le temps. L’écoute des discours des acteurs et leur ancrage dans une analyse sociale plus ample permettent alors de proposer que la dimension fleurie des rituels analysés est fortement enracinée dans le principe nahua de force de vie.


Vendredi 18 décembre 2015, salle 1 – « Lorsque les âmes des détenus reviennent au village. De l’incorporation du vécu de violence chez les paysans andins (Pérou) », Dorothée DELACROIX (ATER à l’université Paris Ouest Nanterre, membre affilié au LESC)

L’expérience carcérale qu’ont connue les habitants des communautés paysannes andines durant le conflit armé (1980-2000) au Pérou diffère largement de celle des prisonniers qui se revendiquent sentiéristes et assument un engagement militant. Depuis la perspective des détenus paysans et de leur famille, cette présentation entend analyser l’impact de cette expérience extrême sur leur vie aujourd’hui. Comment se perçoivent-ils et quelle place leur est attribuée au sein de leur village ? Considérer la subjectivité individuelle des anciens détenus de Llinque (Apurímac), notamment à travers leur représentation du corps et de la mort, permet de mieux comprendre le profond bouleversement vécu. Par ailleurs, l’attention sera portée sur la manière dont les rumeurs et les conflits hérités de la guerre structurent très fortement les relations sociales d’après-guerre, et ce, en décalage avec l’image d’une communauté unie qui est présentée aux acteurs extérieurs. Ces deux dimensions permettent de mieux saisir le singulier travail de qualification de la violence et de qualification de soi en tant que victime de violences.


Vendredi 4 décembre 2015, salle 1 – « Métaphores, agentivité et classification dans les incantations des Yucuna d’Amazonie colombienne », Laurent FONTAINE (ethnologue, chercheur associé au LACITO)

Les incantations yucuna sont principalement composées d’invocations (qui décrivent les entités et nomment leurs ancêtres créateurs) et de vers magiques (qui énoncent de façon performative les effets recherchés sur les entités). En scrutant un corpus de dix-huit longues incantations yucuna, il apparaît que les propriétés des entités invoquées s’organisent en différentes nomenclatures qui reflètent aussi bien leurs caractéristiques morphologiques que leurs effets utiles ou pathogènes. Ces effets reconnus par les incantateurs prennent en compte un immense savoir sur la faune et la flore, mais aussi d’innombrables références mythologiques. Nous verrons qu’une analyse de l’agentivité des incantations, telle qu’elle est généralement exprimée au moyen de métaphores et de métonymies, permet de déceler de nombreuses analogies structurales.


Vendredi 20 novembre 2015, salle 1 – « Se donner à l’Evangelio. La construction sociale de l’enfance et les expériences religieuses formatrices dans un quartier toba/qom de Buenos Aires (Argentine) », Mariana GARCIA PALACIOS (chercheur à l’Institut des sciences anthropologiques, Univ. de Buenos Aires, associée au CONICET, boursière postdoc Fernand Braudel-FMSH affectée au LESC)

Grandir dans le quartier toba/qom de Buenos Aires mobilise des représentations historiquement construites qui se reflètent dans les pratiques des enfants et se révèlent particulièrement dans la sphère religieuse. On verra comment se forge l’éducation religieuse des enfants en les suivant tant à l’école catholique que dans les églises de l’Evangelio – un mouvement auquel adhère la majorité des Toba et qui articule éléments traditionnels et pentecôtisme. Si le champ religieux apparaît si propice à l’étude de l’enfance et des relations inter-générationnelles, c’est que les connaissances religieuses et le pouvoir qu’elles confèrent sont des attributs qui, traditionnellement, s’acquièrent à l’âge adulte. Or, même si elles y sont quelque peu transformées, on retrouve ces conceptions dans l’Evangelio, où elles sont mises en tension avec des conceptions différentes véhiculées par d’autres acteurs. L’analyse des interactions entre les habitants du quartier, leurs églises et l’école catholique permet ainsi de saisir à la fois ces tensions et la signification que le savoir religieux revêt pour les enfants.
La conférence sera donnée en espagnol.


Mis à jour le 24 octobre 2016




Renseignements : chaumeil[at]vjf.cnrs.fr

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