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TREBINJAC Sabine

Domaines régionaux

Chine, Asie centrale, Turkestan chinois/Xinjiang

Domaines thématiques

sociologie politique, ethnomusicologie, musique et pouvoir politique, ethnographie des populations türks d’Asie centrale, traditionalisme d’État

Mots-clefs

Ouïgour, sociologie de la musique, tradition, mémoire


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Présentation

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Luth à deux cordes, dutar,
instrument très répandu
au sein de la population ouïgoure
(cliché S. Trebinjac)

En Chine, la musique est à la fois ferment de la légitimité politique et symbole du pouvoir tant elle est étroitement liée au domaine politique. Les dirigeants en ont fait grand cas, mais un formidable réseau d’institutions musicales a été mis sur pied. Appelés à collecter les musiques de Chine, la dizaine de milliers de fonctionnaires qui y travaillent œuvrent de fait à la fabrication d’une musique nationale chinoise. La tradition laisse alors la place au traditionalisme d’État.

C’est également par le biais musical que Sabine Trebinjac a travaillé sur l’identité et l’englobement chez les Ouïgours.
La persévérance identitaire défendue par les Ouïgours ne peut se comprendre que dans l’appréhension du rapport avec l’autre. Or, il est indéniable de reconnaître à l’État chinois une propension à l’intégration de l’autre. La Chine englobe : c’est l’unité englobante du binôme dumontien englobant/englobé. En étant dans le rôle de l’englobé, les Ouïgours ont trouvé dans leur relation à l’autre et ses aléas leur principe de perpétuation. Sabine Trebinjac a développé l’analyse de ce savoir-faire centrasiatique qui permet à un peuple, les Ouïgours, de se perpétuer et de conserver mémoire et identité, et ce même face, ou plutôt aux côtés, d’une force englobante autoritaire représentée par les Hans.


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Maison traditionnelle ouïgoure, bassin du Tarim
(cliché S. Trebinjac)

Suite à plusieurs enquêtes portant sur l’identité de tel et tel groupe et sous-groupe ouïgour, Sabine Trebinjac a été amenée à poser une question plus large et d’ordre plus théorique liée au concept de l’autre au Xinjiang. En effet, la distinction qui est faite par les populations du Xinjiang entre l’alienus et l’alter est fort subtile et l’ambiguïté sémantique des deux termes latins semble bien à la mesure de la complexité des réalités sociales. C’est grâce à la proximité entretenue par Sabine Trebinjac depuis plus de vingt ans avec les Ouïgours qu’elle est en mesure d’affirmer que, premièrement, leur identité oasienne est déterminante. Ils sont d’abord de telle ou telle oasis, Kashgar-lik, Khotan-lik, etc., puis Ouïgour, puis Chinois. Deuxièmement, la cohabitation de près d’une vingtaine d’ethnies différentes, sans tenir compte de ces nombreux « sous-groupes » comme les Dolan ou les Loplik, favorisent la formation de réseaux mais aussi les rivalités qui se créent, s’annihilent, se recréent avec d’autres. Ce mouvement perpétuel est du plus grand intérêt. Et ce, d’autant qu’on doit y ajouter une donnée sociologique assez commune mais néanmoins non négligeable dans le contexte du Xinjiang : le phénomène de mimétisme. En effet, les Ouïgours, groupe majoritaire, ont tendance à infliger à plus petit qu’eux les mêmes traitements, bons et mauvais, qu’ils subissent de la part des Hans.

Plus récemment encore, Sabine Trebinjac s’est interrogée sur la politique de la mémoire des Ouïgours dans l’espace-temps. Elle a imaginé un concept nouveau celui d’ambivalence de la mémoire qui a résulté de ses recherches sur la mémoire des musiciens ouïgours. La remarque initiale était que les Ouïgours cultivaient un savoir musical extrêmement vaste et complexe, en dépit d’une quasi-absence de théorie musicale. En outre, ils laissaient à penser qu’ils étaient doués d’une mémoire partagée, sorte de double aspect d’une même identité, le savoir musical. Et si cette mémoire semblait, de prime abord, partagée c’était parce que les musiciens cultivaient et transmettaient le répertoire traditionnel musical hérité de leurs aînés et, qu’ils offraient spontanément le versant « traditionalisé » de ce répertoire. Or, non seulement les musiciens le pratiquaient, mais ils le fabriquaient. Elle a alors choisi de substituer ambivalence à partage car, dans le premier terme, deux éléments existent ensemble, en même temps, alors que, le partage suppose la séparation, la rupture.

Sabine Trebinjac a vécu cinq années en Chine pour y effectuer des études à l’université de Pékin (maîtrise d’Histoire ancienne chinoise) au conservatoire central de musique de Pékin puis au Xinjiang « sur le terrain » pendant une année entière où elle retourne régulièrement. En 1999, elle a reçu la médaille de bronze du CNRS.

Principales publications

  • 2008, Le pouvoir en chantant, tome II : Une affaire d’État… impériale (Nanterre, Société d’ethnologie).
  • 2002, When Uygurs entertain themselves, in The Garland encyplopedia of world music (New York, Londres, Garland Publishing Inc.) : 989-993.
  • 2003, China. Living traditions. Minority traditions. North & West China, in The new grove dictionary of music and musicians (Londres, Macmillan Publishers Ltd).
  • 2000, Le pouvoir en chantant, tome I : L’art de fabriquer une musique chinoise (Nanterre, Société d’ethnologie).
  • 1990 (en collab. avec J. During), Turkestan chinois, Musique savante des muqam (vol. I) ; Tradition populaire des Ouïgours (vol. II), coffret de deux disques accompagnés d’un livret, Radio France OCORA (Paris) et AIMP Musée d’ethnographie (Genève).

   


Publications disponibles à la bibliothèque Éric-de-Dampierre


Bibliographie complète

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Mis à jour le 7 octobre 2014





Directeur de recherche, CNRS

sabine.trebinjac[at]mae.u-paris10.fr


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