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Séminaire d’anthropologie américaniste 2010-2011

Le séminaire d’anthropologie américaniste (SAA) est organisé par :

  • le centre Enseignement et recherche en anthropologie américaniste (EREA) du Laboratoire d’ethnologie et de sociologie comparative (LESC, UMR 7186) ;
  • le Laboratoire d’anthropologie sociale (LAS, UMR 7130) ;
  • le Centre de recherche sur les mondes américains (CERMA, Mondes américains : sociétés, circulations, pouvoirs, XV- XXIe siècles, UMR 8168)


Vendredi 10 juin 2011 – « Musique et chamanisme chez les Wauja (Brésil) », Acacio Tadeu de Camargo Piedade (professeur à l’université de l’État de Santa Catarina)

Toute musique étant pour les Wauja à la fois des esprits et pour les esprits, on s’interrogera sur la nature des rapports qu’ils établissent entre les deux. En nous fondant sur un travail consacré au rituel masculin des flûtes sacrées et au rituel – chanté – des femmes, nous partirons de la cosmologie et de la conception de la maladie. En effet, l’équilibre cosmique et la bonne santé se trouvent au cœur de tout rituel. On se penchera particulièrement sur le chamanisme et sur la créativité musicale telle qu’elle est insufflée par les esprits dans les songes. Seuls les maîtres de la musique, tant masculine que féminine, ont cependant la capacité de retenir les nouvelles mélodies afin de les restituer aux esprits dans les rituels. Par les échanges qu’ils établissent ainsi avec les esprits, ces deux spécialistes – le maître des flûtes et la maîtresse des chants féminins – assument ainsi, dans ces rituels qui sont par principe des cures, une fonction et une position comparables à celles du chamane.


Vendredi 27 mai 2011 – « Life, form, finitude and future in an Amazon forest : The living future and the imponderable weight of the dead », Eduardo Kohn (professeur au département d’anthropologie de l’université McGill de Montréal-Québec, professeur invité au Laboratoire d’anthropologie sociale)

The final lecture [1] develops the previous discussion on form and integrates it with the approach developed throughout this series to offer some observations on how "we" might "flourish" in worlds that extend beyond the human. Considering life, death, and the afterlife seriously, as they are caught up in the forest’s tangled ecology of selves, calls for a shift in Anthropology’s temporal focus. It asks us to recognize more generally how life - human and nonhuman - is not just the product of the weight of the past on the present but also the product of the strange and convoluted ways in which the future comes to bear upon a present. What a self might become is the product of its relationship to a specific geometry of absence. It is the product of the relationship that its invisible future has to the palpable and painful histories of all the dead that make life possible. These dead include spirits, souls, and the specters of so many colonial pasts, that all continue, in their own ways, to haunt the living forest.
La conférence sera donnée en anglais avec des résumés ponctuels en espagnol (ou en français). Des exemplaires du texte seront à disposition en séance.


Vendredi 13 mai 2011 – « Les aliments de la discorde : la parenté warao entre moralité et émotion », Olivier Allard (docteur en anthropologie, Cambridge)

De nombreux auteurs ont souligné que les relations de consanguinité étaient construites par les pratiques quotidiennes de commensalité et les soins nourriciers. Dans le cas des Warao du Delta de l’Orénoque (Venezuela, on montrera que ce phénomène ne dérive pas d’une mécanique de la substance ou d’une conception particulière du corps, mais de la dimension morale et affective de leurs interactions. Plus précisément, ce sont les disputes liées à la production et à la consommation de nourriture qui détachent les Warao les uns des autres : l’accent sera mis sur l’efficacité négative de l’échange et sur la moralité comme performance.
Cette tendance à « rétrécir » la parenté a des conséquences importantes pour leurs pratiques matrimoniales, dans un système complexe où la seule règle est de n’épouser ni trop proche ni trop loin. La négation de certaines relations de consanguinité permet d’épouser les individus concernés, sans toutefois les rendre radicalement différents : cette stratégie associée à la réplication des alliances permet d’éviter au maximum une affinité réelle particulièrement inconfortable. C’est alors l’adoption (ou la relation maître/familier) qui ouvre les réseaux de parenté et confère au rapport nourricier une efficacité morale positive.


Vendredi 29 avril 2011 – « Devenir un homme. Animalité, masculinité et changements culturels dans un rituel de la sierra de Lima », Juan Javier Rivera Andia (docteur en anthropologie de l’université Complutense - Madrid, boursier Hermès-FMSH au LESC)

L’exposé présentera une lecture à plusieurs niveaux d’un rituel lié à l’élevage dans la vallée de Chancay. En premier lieu, comme un commentaire critique des différences entre les animaux et les hommes ; en deuxième lieu, comme une parabole sur les contrastes entre les jeunes et les adultes ; et, en dernier lieu, comme une vision collective de la distance qui sépare le monde rural et urbain. Ces interprétations ne sont pas exclusives, se renforçant plutôt l’une l’autre. Il s’agit de montrer comment un rituel qui, en apparence, traite uniquement d’animaux et de cosmogonies anciennes sert à « transformer » les hommes et à évaluer une réalité quotidienne et actuelle.


Vendredi 8 avril 2011 – « Gaz et pétrole en Amazonie : Conflits en territoires autochtones », Guillaume Fontaine (enseignant-chercheur à la faculté latino-américaine de sciences sociales (FLACSO) de Quito, professeur invité à l’IHEAL)

La forêt amazonienne est, on le sait, devenue un El Dorado pour l’exploitation du pétrole et du gaz naturel. Avec les impacts sociaux et environnementaux qui lui sont inhérents, cette nouvelle forme de colonisation est à l’origine de multiples conflits opposant des entreprises parfois plus puissantes que les États à des populations locales aux intérêts souvent sacrifiés par les politiques nationales de développement. La convergence des organisations écologistes et autochtones semble renforcer la capacité de résistance et de participation des communautés concernées aux processus de décision. Les négociations empruntent cependant des voies variables à travers une diversité de situations locales inscrites dans des contextes politiques, historiques et culturels différents. Ceci se reflète notamment dans les tensions qui surgissent entre la conservation de l’environnement, l’exploitation pétrolière et l’administration de territoires autochtones, ainsi que dans les processus de transformation identitaire. Deux exemples particuliers étayeront notre propos. En Équateur : les difficultés de coopération entre les acteurs locaux, les ONG et l’État pour garantir la conservation du parc national de Yasumí face à l’exploitation du pétrole. Au Pérou : les modalités de la participation des communautés matsiguenga et des ONG écologistes dans la surveillance des impacts occasionnés par l’exploitation de gaz dans la région du Bas Urubamba.


Vendredi 25 mars 2011 – « L’origine de l’organisation dualiste inca : histoire ou structure antagonique ? », Isabel Yaya (docteur en histoire, University of New South Wales, Australie)

Les récits dynastiques incas transcrits après la conquête espagnole décrivent de manière contradictoire la formation préhispanique des moitiés de Cuzco (hanan/urin). Ils ne s’accordent ni sur l’identité du souverain à l’initiative de cette division, ni sur les principes de classification qui la fondent. Cette disparité a longtemps été imputée aux chroniqueurs qui auraient remanié l’histoire inca par mécompréhension culturelle/linguistique ou dans le but de légitimer le système juridico-politique colonial. À l’inverse, on envisagera ici les discordances narratives moins comme le fait de contaminations coloniales que comme l’indice d’un discours préhispanique ambivalent sur la perpétuation de la dynastie inca.


Vendredi 11 mars 2011 – « Comprendre sans savoir : le chamanisme des Suruí du Rondônia (Amazonie brésilienne) », Cédric Yvinec (docteur en anthropologie de l’EHESS, ATER à l’université Paris 1)

Le chamanisme suruí se singularise en Amazonie par un mode d’accès fondé sur l’élection du chamane par les esprits, prohibant tout apprentissage et toute transmission de cette compétence entre individus. Être reconnu comme chamane suppose d’avoir su faire la preuve de sa capacité subite, pleine et entière, à énoncer des chants immuables dans une langue incomprise de la plupart des auditeurs, sans jamais s’être entraîné à cet exercice. On essaiera de montrer comment cette conception s’enracine dans des propriétés précises de ces chants, comment elle s’appuie sur un rituel permettant d’harmoniser les compétences des divers chamanes en matière de chants et enfin comment elle se reflète dans l’ontologie des esprits chamaniques.


Vendredi 11 février 2011 – « Entre les ennemis et les morts : essai de reconstitution ethnohistorique des Arabela (Amazonie péruvienne) », Filip Rogalski (doctorant associé au LAS)

Les Arabela d’Amazonie péruvienne sont issus de l’un des groupes de la famille linguistique zaparo, qui ont tous été laminés par les épreuves successives de la colonisation, de l’évangélisation et de l’époque du caoutchouc. Dans ce contexte, les sociétés zaparo soulèvent de nombreuses énigmes pour l’ethnographie régionale. L’analyse des matériaux recueillis auprès des Arabela croisée avec une lecture des documents historiques nous permettra d’ouvrir des pistes pour combler certaines lacunes. En premier lieu, il s’agira d’identifier les ancêtres des Arabela parmi les groupes zaparo historiquement mentionnés. Puis, nous allons nous interroger sur la nature des groupes locaux arabela et sur le type de rapports qu’ils entretenaient entre eux. Au cours de cette reconstitution historique nous verrons que les Arabela avaient développé une modalité spécifique de reproduction symbolique des groupes locaux, où la pratique guerrière et les rapports aux morts et aux divinités célestes jouaient un rôle central.


Vendredi 28 janvier 2011 – « Montagnes sacralisées, mines et territoires dans les Andes méridionales », Pablo Cruz (chercheur au CONICET - Argentine, boursier Hermès-FMSH au Centre d’écologie fonctionelle et évolutive et au Centre EREA du LESC)

En articulant les registres archéologique, historique et ethnographique, on explorera quelques aspects de la géographie sacrée dans les Andes méridionales (sud de la Bolivie, nord de l’Argentine) à l’époque préhispanique et au moment du Contact. L’accent sera mis sur la relation existant entre, d’un coté, les anciens cultes aux montagnes et les sanctuaires d’altitude incas et, de l’autre, l’exploitation de gisements miniers et la production des métaux. Il s’agira en particulier de mettre en évidence le rôle de ce complexe dans la construction de juridictions territoriales associées à des divinités. Aujourd’hui, de nouvelles données nous permettent de mieux cerner tant les stratégies de conquête rituelle mise en œuvre par les Incas dans cette région, que leurs réponses à la colonisation espagnole. Ce développement invite également à une réflexion méthodologique sur l’articulation entre archéologie, sources historiques et ethnographie.


Vendredi 14 janvier 2011 – « Charles Wiener et son expédition au Pérou et en Bolivie (1876-1877) : une mission au dessus de tous soupçons ? », Pascal Riviale (chargé d’études documentaires aux Archives nationales, ministère de la Culture, chercheur associé à l’EREA du LESC)

Charles Wiener, jeune professeur d’allemand dans un lycée parisien, est chargé en 1875 par le ministère de l’Instruction publique d’une mission archéologique et ethnographique au Pérou et en Bolivie. Son expédition, menée tambour battant entre 1876 et 1877, aboutira à des résultats pour le moins spectaculaires : une formidable collection de plusieurs milliers d’artefacts, qui contribuera largement à la création du musée d’ethnographie du Trocadéro, puis la publication du récit de son voyage, qui compte – à nos yeux – parmi les chefs d’œuvre de la littérature de voyage de la fin du XIXe siècle. Néanmoins, quelques voix discordantes ont progressivement apporté un bémol au chœur des louanges qui s’était déchaîné au retour de l’expédition…
L’analyse croisée de diverses sources d’archives permet désormais d’apporter un nouveau regard sur ce voyage en particulier et, plus largement, sur la manière dont furent entreprises nombre de ces missions scientifiques au bout du monde.


Vendredi 3 décembre 2010 – « Le Nord-Ouest de l’Amazonie observé. À propos des différents regards posés sur ses populations », Danilo Paiva Ramos (université de São Paulo, boursier, accueilli à l’EREA)

Bien des monographies ont décrit les populations du Nord-Ouest amazonien. Partant des travaux anthropologiques d’Irving Goldman (1963), de Jean Jackson (1972), de Peter Silverwood-Cope (1972), de Stephen Hugh-Jones (1974), de Christine Hugh-Jones (1977), et des modèles qui y sont développés pour rendre compte de ces sociétés à partir de différents points de vue, nous tenterons d’apporter un éclairage sur la façon dont un « regard leachien » s’est imposé comme approche privilégiée dans la sociologie régionale.


Vendredi 26 novembre 2010 – « Écritures inspirées. Les livres rituels de quelques prophètes algonquiens (XVIIe-XIXe) », Pierre Déléage (chargé de recherche CNRS, Laboratoire d’anthropologie sociale, UMR 7130)

Entre 1630 et 1840, au moins quatre prophètes algonquiens – Meiaskaouat (Innu), Neolin (Lenape), Kenekuk (Kickapoo) et Abishabis (Cree) – utilisèrent ce qu’ils nommaient des « livres » afin de propager et de canoniser les nouveaux discours rituels qu’ils souhaitaient voir se stabiliser parmi leurs disciples. Ce faisant, d’une part, ils s’appropriaient une des technologies clefs de leurs concurrents chrétiens et, d’autre part, ils inventèrent des sémiotiques et des usages qui leur étaient propres. Ces innovations rituelles eurent toutes un grand succès à court terme mais aucune ne se pérennisa. C’est pourquoi on comparera les conditions institutionnelles de l’usage de leurs « livres » avec celles, qui furent beaucoup plus stables à moyen terme, de l’usage rituel des pictographies dans la société chamanique Midewiwin des Ojibwa.

Mis à jour le 8 novembre 2013

[1] Cette communication s’inscrit dans un cycle de quatre conférences dispensées en différents endroits à Paris, mais pouvant être suivies indépendamment les unes des autres :

  • « Life, form, finitude and future in an Amazon forest : The open whole » - 11 mai, séminaire interne du Laboratoire d’anthropologie sociale.
  • « Life, form, finitude and future in an Amazon forest : An ecology of selves » - 17 mai, Société des Américanistes.
  • « Life, form, finitude and future in an Amazon forest : Form’s effortless efficacy » - 20 mai, réunion d’équipe de Ph. Descola.
  • « Life, form, finitude and future in an Amazon forest : The living future and the imponderable weight of the dead » - 27 mai, Séminaire d’anthropologie américaniste.




Renseignements au 01.49.58.35.27 ou erea[at]vjf.cnrs.fr

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