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Séminaire du CREM 2010-2011

sous la responsabilité de Jean Lambert et Nicolas Prévôt

Outre les terrains ethnomusicologiques des membres du CREM, le séminaire explore diverses zones de contact entre l’ethnomusicologie et d’autres disciplines des sciences humaines et naturelles dont elle peut s’enrichir, et qu’elle peut enrichir à son tour, sur le plan des objets comme sur le plan des méthodes.
Quatre axes principaux (non exclusifs) sont poursuivis :

  • Musique, émotion, cognition,
  • Le geste musical et la danse
  • Histoire et préhistoire,
  • Ethologie animale et rapport à l’environnement


Lundi 6 juin 2011 – Présentation de travaux de doctorants

« Chants et danses des montagnes pontiques : sur les pratiques musicales d’une “culture vorace” entre Grèce et Turquie », Nicolas Elias

« Rhétoriques affectives : de l’intonation parlée aux mélodies chantées dans deux genres poétiques amhariques (Gojjam, Ethiopie) », Katel Morand
Chez les Amharas du Gojjam, la poésie chantée est censée provoquer des effets émotionnels immédiats et irrésistibles, fortement constrastés selon le genre concerné. Ces effets, disent les chanteurs et les auditeurs, proviennent des zema, c’est-à-dire des contours mélodico-rythmiques.
Dans ce séminaire, nous analyserons ces mélodies dans le détail : nous verrons qu’elles sont construites à partir de signatures expressives caractéristiques de l’intonation parlée ; et que ces analyses appuient la représentation locale de la musique comme puissante rhétorique.


Lundi 23 mai 2011 – « À la recherche de la courtisane de Lucknow : une voix contestée », Regula Qureshi (Professor Emerita of Ethnomusicology, Director of the Canadian Centre for Ethnomusicology)


Lundi 16 mai 2011 – « Voix de l’au-delà ou la beauté en souffrance : de l’Andalousie à Cuba », Catarina Pasqualino

Nul n’exprime mieux le sentiment de souffrance que les incantations chantées ou parlées proches du cri ou du sanglot. Pour cela, certaines sociétés travaillent le timbre des voix, leur tessiture, la modulation du souffle et du rythme respiratoire, au point de produire des sons étranges, graves et rauques, qui semblent non humains et qui sont interprétés comme les voix des morts.
C’est le cas des voix des possédés des rituels afro-cubains du Palo Monte. Elles visent à expurger les souffrances individuelles et collectives. Tout se joue dans la relation entre le possédé et les participants. A travers des exemples concrets éclairés par une analyse des conditions matérielles, historiques et sociales, je montre comment les sons graves sont destinés à soigner les souffrances collectives et individuelles.


Lundi 2 mai 2011 – « Musique, danse et histoire chez les Tarabuco de Bolivie : la danse Palla », Rosalia Martinez

Chez les Tarabuco, les pratiques musico-chorégraphiques sont l’expression d’une mémoire collective qui cherche à s’inscrire dans les corps sans passer par des énoncés verbaux. Ainsi, sans faire appel au récit, certaines musiques et danses créent des relations avec le passé et sont une manière spécifique de faire l’histoire. L’exemple de la danse Palla permettra d’interroger ce type de construction mémorielle en montrant comment cette dernière s’appuie sur la reproduction de patterns gestuels et sonores, de modèles cognitifs qui, provenant de l’univers textile, sont traduits en mouvements dansés, gestes ou sons musicaux.


Lundi 28 mars 2011 – Comptes rendus d’articles de la dernière livraison des Cahiers d’ethnomusicologie, 23 : Émotions


Lundi 14 mars 2011 – Présentation de travaux de doctorants

« L’expression des affects dans la tradition “savante” du Ca trù (Viêt-Nam) », Aliénor Anisensel (doctorante, CREM)
Ma recherche doctorale porte sur la musique du « chant à tablettes », Ca trù, du Vietnam, ses apprentissages, ses pratiques, et les processus par lesquels elle s’est transformée depuis le début du XXe siècle et notamment suite à la Révolution d’Août 1945 par laquelle les communistes ont pris le pouvoir au Nord puis se sont imposés en 1976 dans le pays réunifié. L’enjeu est de comprendre comment la tradition du Ca trù jadis apanage de l’élite lettrée de l’ancien régime est demeurée un support de distinction sociale dans le régime communiste contemporain.
À cette fin, la recherche repose sur une ethnographie réalisée dans trois lieux représentatifs de la diversité de la pratique sociale et musicale du Ca trù : un village du Nord, Hanoï la capitale et Hô Chi Minh-ville la métropole du Sud. Mon hypothèse principale est que le caractère savant du Ca trù n’est pas exclusivement lié à une époque historique (l’ancien régime royal et mandarinal) ou à un espace socio-géographique (que serait la ville par opposition au village « populaire ») mais qu’il est une construction modelable par des acteurs qui entendent conserver ou réinventer la pratique distinctive du Ca trù.
Au cours du séminaire, je poserai la question de l’expression des affects. Elle constitue le deuxième seuil d’apprentissage du Ca trù (après celui des formes et des structures) pendant lequel le musicien novice apprend des techniques d’ornementation et de variation élaborées de façon distincte selon les trois types de pratiques sociales du Ca trù, celles-ci définissant autant de catégories nuancées de son « caractère savant ».

« La “tradition” musicale de l’église copte en Égypte au XXIe siècle », Séverine Gabry (doctorante, CREM)
Les formes prises par la musique copte à la fin du XXe siècle et au début du XXIe siècle sont étroitement liées aux fonctions sociales et identitaires que remplit l’église pour cette communauté minoritaire d’Egypte. Pour l’Église copte, qui est extrêmement conservatrice, la quête d’un équilibre identitaire s’explique en particulier par ce caractère minoritaire à un moment où l’Islam égyptien est particulièrement marqué par un esprit militant. Les efforts de standardisation des structures et des pratiques musicales, tant sur le plan régional que national s’inscrivent dans un vaste effort de « Renouveau » entamé par la communauté depuis le XIXe siècle, et plus encore ces quarante dernières années. Cette standardisation n’est toutefois pas uniforme et s’opère à au moins deux niveaux principaux : celui d’un discours officiel de l’Eglise, largement reconnu comme légitime, et celui d’une standardisation du matériau musical telle qu’observable dans les pratiques, avec son lot de nuances et d’exceptions.
Ce séminaire sera l’occasion de faire état de l’évolution de ma réflexion de mes trois premières années de thèse, visant à une approche globale des pratiques musicales coptes actuelles. Outre les assertions officielles visant à présenter les membres de la communauté copte comme les descendants (fossiles) de l’époque pharaonique, il s’agira d’expliquer en quoi la matière musicale est devenue l’un des porte-drapeaux de l’identité copte et dans quelle mesure le discours officiel en a instrumentalisé les pratiques. Quelle en est la répercussion sur le matériau musical en tant que tel ? Cette question sera abordée via les nouveaux moyens de diffusion, de sorte à prendre en considération l’impact de l’enregistrement sur les structures mélodiques. Les jeunes musiques coptes avec leur lot de controverses et leur importance croissante au sein des pratiques religieuses des chrétiens d’Égypte seront également présentées.


Lundi 28 février 2011 – « Vers une théorie évolutionnaire de la musique. Autour du livre de Steven Mithen : The singing Neanderthals. The origins of music, language, mind and body (Harvard University Press, 2006) », Jean Lambert

Après avoir écrit un livre sur les origines du langage (Prehistory of the Mind, 1996), le préhistorien et paléontologue Steven Mithen s’est convaincu que l’évolution de la musique détient la clé de celle du langage. Partant du constat que la musique est une activité spécifiquement humaine (mais non sans relation avec les chants d’oiseaux), et une activité universelle (soulignée à la fois par Charles Darwin et par l’ethnomusicologie), il propose une approche de « l’histoire évolutionnaire de la musique » à la fois culturelle et biologique, au cours de la quelle les aptitudes musicales ont été encodées dans le génome humain.
Si cette piste avait déjà été explorée par plusieurs ouvrages anglo-saxons (Wallin et alq, The Origins of Music, 2000), Mithen a l’ambition d’en offrir une synthèse cohérente. Il souligne la nécessité d’étudier en même temps le langage et la musique, se revendiquant à la fois de Rousseau et de linguistes comme Sapir et Jespersen, mais aussi en mettant bien en valeur tout ce qui les différencie. Il construit une hypothèse aussi audacieuse que rigoureuse sur les formes de communication de nos ancêtres hominidés (déjà bipèdes), entre les 2 millions d’années et les 200 000 dernières années, Homo Ergaster et Neanderthal (d’où le titre). L’argumentation très riche fait dialoguer des disciplines aussi variées que la psychologie du développement, la neurobiologie, l’imagerie cérébrale, l’éthologie des primates, la paléontologie, l’ethnologie des chasseurs cueilleurs et l’archéologie.
Cette forme de communication qui était « proto-langagière », il la définit comme « holistique, multi-modale, mimétique, manipulative » et surtout, « musicale » (notamment à la suite de John Blacking). Ces groupes de chasseurs-cueilleurs-charognards répondaient ainsi à leurs besoins croissants en coopération sociale et technique pour s’adapter à des environnements de plus en plus divers, coordonnant pour la première fois ensemble la voix, le geste et le rythme pour former ce que nous appelons aujourd’hui la musique et la danse. C’était bien avant que le langage moderne ne s’en détache, chez Sapiens, par l’invention de l’arbitraire du signe. Selon les termes de Steven Mithen, « sans la musique, la préhistoire des préhistoriens est bien trop calme pour être crédible ».
En outre, réhabilitant la théorie de la sélection sexuelle de Darwin, qui avait été éclipsée par sa propre théorie de la sélection naturelle, Mithen permet d’approcher le rôle des phénomènes esthétiques et émotionnels dans la genèse de l’humanité, ce qui ne manquera pas d’intéresser les musicologues et ethnomusicologues, et plus largement, tous ceux qui tentent de comprendre la complexité de l’expression humaine en société.


Lundi 14 février 2011 – « La poésie improvisée en sud Sardaigne. Analyse de la voix chantée », Paolo Bravi


Lundi 7 février 2011 – « La musique des Maale d’Éthiopie : un système de communication pas comme les autres », Hugo Ferran

Ce séminaire reviendra sur les principaux résultats ma thèse. Dans ce travail, je cherchais à montrer que la musique maale du Sud-ouest éthiopien participe d’un système de communication sonore, gestuelle et sociale qui permet de révéler des aspects majeurs de la société tout en contribuant à leur mise en œuvre. La question de la signification musicale s’est donc révélée centrale dans mes recherches doctorales. Après avoir montré que le culte des ancêtres organise la société maale en patrilignages, il est ressorti que ces lignages sont pensés comme des canaux le long desquels s’écoulent les offrandes des cadets lignagers à leurs aînés et les bénédictions des aînés à leurs cadets. Dans ces échanges réciproques, le sonore joue un rôle déterminant. Les aînés se font la voix des ancêtres au travers de bénédictions collectives (ots’o), plus déclamées que chantées, dont la partie soliste leur revient. Quant aux productions musicales, elles sont toujours considérées comme des offrandes que les cadets adressent à leurs aînés ancestraux (ts’oso) et vivants (toidio).
Pour réussir, chaque offrande musicale doit exprimer (ershane, litt. « faire connaître ») simultanément quatre types d’informations à son sujet. Ceci est validé par le fait que les auditeurs maale parviennent toujours à reconnaître le contexte (funéraire, non funéraire, deuil), la circonstance d’exécution (divertissement, mariage, premières funérailles…) et le statut social (héros, alliés, grand-mère…) des donateurs et des destinataires de l’offrande. Si certaines de ces informations sont exprimées verbalement par les paroles chantées, l’analyse ethnomusicologique permet de comprendre que la musique, la danse et le statut des exécutants véhiculent eux aussi, mais chacun à sa manière, des précisions sur le type d’offrande réalisée. En ce sens, la musique maale peut être considérée comme un vecteur de signification non verbale qui contribue, avec d’autres, à mettre en oeuvre le culte des ancêtres, l’organisation sociale et le temps rituel.


Lundi 10 janvier 2011 – « Une pratique de la musique avec des adultes atteints d’autisme et de la maladie d’Alzheimer. La mémoire, son lien avec les émotions et la communication non verbale », Anne Bousquet (docteur en Sciences cognitives, coordinatrice pédagogique de l’association Musique et Handicap 78)

Après avoir mis en perspective le recueil de données en psychologie expérimentale, en psychologie clinique et en ethnomusicologie, nous présenterons quelques interrogations soulevées par une pratique thérapeutique de la musique.
Dans la pratique musicale avec des patients atteints de la maladie d’Alzheimer et d’adultes atteints d’autisme, il semble que les ressorts thérapeutiques de la musique sont le fait de partager un mode de communication non-verbale, de retrouver un accès au plaisir du mouvement, à ses émotions, de retrouver un accès à une mémoire émotionnelle ainsi que de restructurer le temps et l’espace. Au delà de l’évidence d’une inscription neuronale du syndrome autistique et d’un très plausible effet de l’interaction musicale sur le fonctionnement neurobiochimique du cerveau, on pourra alors s’interroger sur la nature de l’autisme comme trace d’un état précédant la constitution d’une personnalité capable d’interactions sociales, positionné dans le temps et0 l’espace. La socialisation n’a-t-elle pas un coût psychique en termes de renoncement (à la transparence de la vérité, au plaisir sauvage et à la toute puissance de l’individu) ? La musique ne peut-elle pas alors être considérée comme un moyen de réconciliation possible de l’individu avec les contraintes de la société ?


Lundi 6 décembre 2010 – « Les instruments sonores de la préhistoire. Découvertes récentes en Europe et comparaisons avec d’autres continents », Tinaig Clodore-Tissot (docteur de l’université Paris 1, UMR 7041)

Les recherches en archéologie musicale reposent sur les vestiges des instruments de musique mis au jour sur les sites archéologiques, sur les représentations figurées de ces instruments sonores ainsi que sur les sources écrites, quand elles existent. Il est intéressant de tenter de comprendre la signification sociale des instruments de musique de la Préhistoire et de la Protohistoire (de 35 000 au premier siècle avant J.-C.) en étudiant, d’une part, le contexte archéologique de découverte des instruments (sites d’habitat, funéraires, sanctuaires, dépôts...) et, d’autre part, en établissant des comparaisons ethnographiques. Nous présenterons les découvertes d’instruments sonores, les plus récentes dans ce domaine de recherches pluridisciplinaires, en Europe, en Afrique, en Asie et en Amérique.


Lundi 22 novembre 2010 – « Leur appétit : toutes les musiques du monde. Compétitions et création musicale à Trinidad et Tobago », Aurélie Helmlinger


Lundi 8 novembre 2010 – « Frans Post, Wagner et le côco : représentation et espace musical au Pernambouc (1640-2009) », Jean-Pierre Estival


Lundi 11 octobre 2010 – « L’improvisation revisitée », Bernard Lortat-Jacob


Mis à jour le 13 septembre 2013




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