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Séminaire d’anthropologie américaniste 2016-2017

Le séminaire d’anthropologie américaniste (SAA) est organisé par :

  • le centre Enseignement et recherche en anthropologie américaniste (EREA) du Laboratoire d’ethnologie et de sociologie comparative (LESC, UMR 7186) ;
  • le Centre de recherche sur les mondes américains (CERMA, MONDAM, UMR 8168) ;
  • le Laboratoire d’anthropologie sociale (LAS, UMR 7130)

Le séminaire a lieu le vendredi de 11h à 13h à l’EHESS – 105 bd Raspail aux dates suivantes : 18 nov. 2016, 2 et 9 déc., 13 et 27 janv. 2017, 24 fév., 10 et 24 mars, 21 avril, 5 et 19 mai, 2 et 16 juin.


Vendredi 10 mars 2017, 96 bd Raspail, salle des étudiants (1er étage, ISMM) – « Rituels et théorie indigène des relations. Tonte de lamas et chaku de vigognes à Laguna Blanca (Andes argentines) », Daniela SALVUCCI (docteure en anthropologie, Université de Sienne, Italie)


Vendredi 24 février 2017, 105 bd Raspail, salle 5 – « Églises chrétiennes amérindiennes : le cas des Baniwa d’Amazonie brésilienne », Élise CAPREDON (docteur en anthropologie, CRBC-MONDA)

Au milieu du XXe siècle, les Baniwa, peuple de langue arawak du Haut Rio Negro (Nord-Ouest amazonien), se sont majoritairement convertis àl’évangélisme sous l’influence d’une missionnaire américaine, Sophie Muller. Si cet épisode est désormais bien connu, les pratiques religieuses contemporaines des « croyants » indiens sont encore peu documentées. Contrairement à d’autres groupes indigènes d’Amazonie qui, après un engouement initial pour « la parole de Dieu », se sont rapidement désintéressés du christianisme, les Baniwa ont continué à se revendiquer évangéliques au cours des dernières décennies. Non seulement ils se sont approprié le message chrétien en le reformulant mais ils ont aussi créé leurs Églises, au sein desquelles ils célèbrent des cultes et des cérémonies selon des modalités qui leur sont propres. Il s’agira dans cette communication de retracer la trajectoire de ce mouvement évangélique amérindien et de ses ramifications dans la ville de São Gabriel da Cachoeira, la capitale du Haut Rio Negro. Des comparaisons avec d’autres cas d’Églises indigènes autonomes permettront également d’interroger la portée de ce mouvement : constitue-t-il une exception ou s’inscrit-il dans une tendance plus vaste d’essor des Églises chrétiennes amérindiennes à l’échelle de l’Amérique du Sud ?


Vendredi 27 janvier 2017, 96 bd Raspail, salle de réunion (IMAF, 2e étage) – « La montagne en héritage. Corps à corps, imaginaires identitaires et patrimonialisation dans les Andes Centrales d’Équateur », Ibtissem BEN DRIDI (docteur en anthropologie, CERMA-MONDA)

À partir d’enquêtes de terrain menées dans des communautés rurales hispanophones et quichuaphones du nord de la Province du Chimborazo (2004-2015), l’exposé interrogera la montagne comme un axe privilégié d’expression identitaire, autour duquel se raconte, se réactive et se réinvente l’identité, tant locale que nationale. Il s’agira tout d’abord d’expliciter le lien ordinaire que les paysans nourrissent à la montagne, lien qui passe par un corps à corps à la fois physique et social, marqué par l’ordre moral communautaire et l’histoire coloniale. Mais ce rapport des hommes aux montagnes est aussi façonné et remodelé dans un contexte de valorisation des « cosmovisions indigènes ». Nous verrons comment ces processus mènent à une valorisation particulière des imaginaires autour des hauts reliefs, suscitant de nouvelles formulations de la part des paysans. En outre, ces imaginaires se retrouvent aujourd’hui insérés dans des musées et des projets patrimoniaux, où se côtoient une valorisation des identités locales et une valorisation des fiertés identitaires nationales qui revisitent les usages du passé d’une société plurinationale en construction.


Vendredi 13 janvier 2017 – SÉANCE ANNULÉE


Vendredi 9 déc. 2016, salle 10 – « En négociant le passé : la précarité du jeu politique local dans le Pérou néolibéral contemporain (ethnographie de la région de Cusco) », Deborah Poole (professeur d’anthropologie à la Johns Hopkins University)

Dans le cadre d’une recherche qui revendique une approche ethnographique du fonctionnement des états modernes, la présentation s’appuira sur un travail de terrain mené dans des municipalités rurales de la région de Cusco pour avancer quelques observations théoriques et méthodologiques sur le jeu politique tel qu’il se joue à l’échelle municipale et locale dans l’actuel Pérou néolibéral. Il s’agira en particulier de cerner la façon dont les acteurs – tant « paysans » que « mistis » – répondent aux incertitudes qui entourent la localisation de l’autorité et les limites de la loi dans un tel environnement « post-régulatoire ». Grâce à l’attention qu’elle prête au détail, au quotidien, à l’intime, à l’imprévu, on verra que l’ethnographie apparaît comme une voie d’accès privilégiée pour appréhender le caractère essentiellement expérimental, improvisé et « précaire » des actes politiques qui se déploient dans ce contexte.
La conférence sera donnée en espagnol.


Vendredi 2 déc. 2016, salle 10 – « Le protestantisme indigène comme force sociale en Équateur », Susana ANDRADE (professeur d’anthropologie à la Pontificia universidad católica del Ecuador, professeur invitée à l’IHEAL)

La situation d’oppression de la population indienne qui a perduré en Équateur depuis la Colonisation jusqu’au milieu du XXe siècle est un phénomène bien connu. Les soulèvements indigènes, les réformes de l’Église catholique et l’action des partis et mouvements politiques ont certes conduit à des changements importants sur les plans politique et économique. Mais ils ne sont pas parvenus à rompre la domination idéologique fondée sur une vision raciste du monde stigmatisant les Indiens du fait de leur langue, de la couleur de leur peau, de leur nourriture, leur musique, leurs fêtes, etc. C’est finalement avec la conversion au protestantisme évangéliste que cette domination-là a commencé à se fissurer. Le nouveau discours biblique minait en effet le discours naturaliste sur lequel reposait l’échelle sociale, tout en questionnant les systèmes d’exploitation qui sous-tendaient le compadrazgo, les fêtes, les activités commerciales et la vie quotidienne en général. Pour les Indiens quichua, la religion évangéliste s’est ainsi convertie en « ligne de force » leur permettant de se redéfinir comme personnes et de se penser comme égaux. On analysera ici l’élaboration discursive de ce discours qui a entraîné une prise de conscience de soi et initié une transformation culturelle où se redessine la place de l’Indien dans une société équatorienne encore discriminatoire.
La conférence sera donnée en espagnol.


Vendredi 18 nov. 2016, salle 10 – « Le langage de l’intimité chez les Guna du Panama », Diego MADI DIAS (postdoc Fyssen au Laboratoire d’anthropologie sociale)

« Mon petit bébé, maman est en train de te faire grandir... maman prend soin de toi ! », ainsi chantait Asinta pour calmer son enfant et le faire dormir. À partir d’une ethnographie de la vie domestique, l’exposé portera sur les relations de soin et d’intimité chez les Guna dans leur mise en discours. Dans le cadre d’une philosophie vernaculaire de l’éthique, il s’agira d’examiner le langage issu de la convivialité co-résidente en tant que modèle pour les interactions sociales. L’analyse se fondera sur un vaste répertoire de berceuses recueillies sur le terrain à Gunayala, transcrites en langue guna et traduites en espagnol. Enseignées aux femmes par Olonadili, personnage mythique, une des filles des étoiles, ces berceuses expriment une infinité de thèmes et de situations singulières, puisqu’elles sont improvisées en fonction de la relation entre la chanteuse et l’enfant destinataire du chant. Malgré leur diversité contextuelle, ces chansons sont toujours orientées vers l’avenir, produisant des esthétiques de genre selon la résidence uxorilocale pratiquée par les Guna. En effet, on verra comment l’énonciation féminine prend au quotidien la forme d’une technologie poétique de production de la « personne genrée » (gendered personhood).


Mis à jour le 20 février 2017




Renseignements : chaumeil[at]vjf.cnrs.fr

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