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Séminaire « L’anthropologie par les doctorants » 2014

Organisation : Gregory Delaplace, Isabelle Jabiot et Gwendoline Torterat

Ce séminaire mensuel est conçu pour favoriser les échanges entre les doctorants, les post-doctorants et les chercheurs du LESC, soit un espace-temps de partage et de réflexion à la fois convivial et scientifique.
Tous les doctorants, en début comme en fin de thèse, ainsi que les post-doctorants, sont invités à venir présenter une partie de leur travail de recherche. Ce séminaire est ouvert à tous. Les chercheurs du laboratoire sont conviés à y assister. Des chercheurs extérieurs seront également sollicités en fonction des thématiques et des intervenants. Deux interventions sont prévues par séance (1h30 chacune) avec une part importante accordée au temps de discussion et d’échanges avec la salle.


Tout doctorant ou post-doctorant du LESC souhaitant intervenir doit se manifester auprès des organisateurs. Chacun a la possibilité de présenter les travaux de son choix : projet de thèse, projet d’article ou publication récente, communication orale, chapitre ou problématique de thèse, etc. Pour chaque intervenant, les interventions durent entre 20 et 30 min et une discussion d’une heure s’ensuit avec la salle.

Le séminaire a généralement lieu le 2e mardi de chaque mois de 13h à 16h, en salle 308F du LESC (3e étage de la MAE). Il reprendra à la rentrée 2014.


Mardi 10 juin 2014 – Elisabeth Rossé et Aniko Sebestény

Elisabeth Rossé – « De quelques pistes de recherche pour saisir la manifestation d’esprits de possession tandroy (sud Madagascar) »

Aniko Sebestény – « L’offrande quotidienne à Bali » : Cette séance sera une présentation de mon travail de thèse, centré sur la description et l’analyse de rituels domestiques quotidiens sur l’île de Bali, en Indonésie. Il s’agit de petites cérémonies comportant des offrandes intégrées aux activités quotidiennes de la quasi-totalité des familles de la société balinaise. Ce rituel omniprésent, digne d’être documenté pour lui-même, permet, par une analyse approfondie puis une mise en rapport avec d’autres niveaux, rituels et non-rituel, de la culture balinaise, d’éclairer certains principes structurants des rites balinais qui participent à leur perpétration en dépit de l’arrivée sur l’île d’un tourisme de masse. Ainsi, l’exploration des rituels domestiques quotidiens en milieu urbain est le but central de cette étude. Une attention particulière est portée sur les principes de cohérence et de cohésion que ces rituels engendrent et révèlent. Plusieurs perspectives sont adoptées les unes après les autres, pour qu’une image holistique se dessine par la mise en cohérence des différents points de vue.


Mardi 13 mai 2014 – Fabien Provost et Elena Bertuzzi

Fabien Provost – « Le rôle des catégories judiciaires dans les raisonnements des médecins légistes en Inde du Nord »

Elena Bertuzzi – « S’imposer en dansant : créativité et prestige féminins à Mayotte » : Avec cette recherche, je vise à étudier le processus de construction de l’identité féminine mahoraise par le prisme de la danse. Mon intention est d’observer comment à Mayotte, département français depuis 2011, les représentations et les normes liées aux comportements genrés se façonnent et s’expriment à travers les pratiques dansées. Je m’intéresserai à deux d’entre elles en particulier où l’art de paraître joue un rôle fondamental : le debaa un chant dansé très raffiné lié à la tradition soufie arabo-musulmane et le mbiwi, une danse minimaliste d’inspiration africaine. Elles seront étudiées comme deux expressions autant emblématiques qu’antithétiques de la féminité mahoraise. Elles seront analysées à travers deux approches différentes : l’analyse formelle, pour prendre en compte leurs dimensions corporelle, spatiale et temporelle et l’étude des formes d’interaction mises en œuvre dans la performance, pour éclairer leurs enjeux sociaux et conceptuels. Cette observation sera d’autant plus intéressante dans cette période de transition, puisque les changements induits par la départementalisation questionnent le rôle et le statut traditionnellement attribués aux femmes aussi bien sur le plan individuel que collectif. En abordant ces pratiques sous l’angle de vue du genre et de la production d’identités liées à l’opposition féminin/masculin, je pourrai ainsi mettre en évidence les rapports de pouvoir et de médiation qui les sous-tendent.


Mardi 8 avril 2014, La séance se terminera exceptionnellement à 15h40 – Simone Garra et Isabelle Jabiot

Simone Garra – « De l’ostracisme à une nouvelle union awajun : histoires et parcours des sorciers condamnés » : En 2007, un groupe de 180 awajún (jívaro) occupait une terre à coté de la petite ville métisse de Santa María de Nieva (Amazonas, Pérou). Ils proviennent de différents comunidades nativas de la région, et beaucoup d’entre eux ont abandonné leurs villages d’origine, individuellement ou avec leurs familles, parce que soupçonnés ou accusés d’être des sorciers (tunchi). À partir des histoires de vie de deux habitants de Nueva Unión, j’essaie d’envisager les échos mutuels entre le chamanisme et la sorcellerie awajún d’une part, et les nouvelles relations socio-politiques et les nouvelles dynamiques territoriales d’autre part.

Isabelle Jabiot – « Des humains, des animaux et des djinns à Chefchaouen : de l’ontologie comme cosmologie à l’ontographie (Rif occidental, Maroc) » : Dans cette intervention, je présenterai un article soumis pour un numéro de revue consacré à « l’individu en anthropologie ». J’y retrace l’itinéraire d’une réflexion méthodologique et théorique sur la question de l’« ontologie » à partir du point de vue des humains sur les êtres visibles et invisibles (les animaux et les djinns en particulier) dans la petite ville de Chefchaouen au Maroc. À partir du constat que les schèmes ontologiques tels que les a définis Ph. Descola (2005) sont soumis à des variations individuelles et qu’ils ne résistent pas à l’ethnographie, j’élabore une boîte à outils en écho aux manques de cette approche des ontologies pour saisir et caractériser les relations entre ces différents êtres. Une approche ontographique issue d’une définition plus classique du terme ontologie (Piette, 2012) permet un certain nombre d’apports pour restituer et analyser une réalité vécue et observée. Je propose à la fois de réintégrer l’échelle de l’individu, la question de la singularité et les modes de croire. Il s’agit de considérer la dimension singulière des individus en s’attachant d’une part à leurs vécus en ce qu’ils façonnent leurs appréhensions du monde et des êtres qui l’habitent, et d’autre part en considérant leurs manières de vivre dans le quotidien et l’ordinaire. Se faisant j’emprunte à l’anthropologie existentiale la méthode de la réalisation de suivis individuels journaliers. En considérant l’individu à la fois dans la quotidienneté des situations se succédant et par le prisme des parcours de vie façonnants, il est alors possible de mettre en relief une réalité vécue sans perdre l’attention sur l’engagement que les individus présentent de situation en situation face à d’autres êtres vivants, visibles et invisibles. L’engagement des individus n’étant pas constant, je parlerai d’adhésion différentielle, et j’intégrerai à ma réflexion des éléments de l’anthropologie du croire.

Mis à jour le 10 septembre 2014