Circulations

  • Aussi vieilles que l’humanité, les questions soulevées par les migrations humaines traversent temps et disciplines. De la théorie de l’Out of Africa expliquant l’expansion du genre Homo aux migrations contemporaines, elles constituent un champ de recherche partagé par de nombreuses disciplines, dont l’archéologie et l’anthropologie sociale. Pourtant, force est de constater que, derrière cet objet commun, les questions posées et les perspectives développées sont souvent éloignées du fait des pratiques propres à chacune des disciplines et de la nature des données dont elles disposent.
  • C’est par le biais de l’étude des vestiges matériels du passé que l’archéologie tente d’aborder les migrations dont l’appréhension passe d’abord par la délicate question de leur simple mise en évidence. En raison de la perspective diffusionniste qui a prévalu pendant la première moitié du XXe siècle, la problématique des mouvements de population a longtemps été abandonnée avant de connaître un regain d’intérêt à la faveur du développement de nouvelles méthodes d’analyse et d’approches théoriques plus solides et nuancées. Les archéologues disposent, à présent, d’une large palette d’outils méthodologiques qui, de l’étude diachronique des réseaux d’habitats aux marqueurs isotopiques en passant par l’étude des savoir-faire divers ou des séquences de gestes rituels, permettent d’interroger la question des mobilités humaines et de leur incidence sur la longue durée des sociétés. Cependant, le problème du sens que l’on doit accorder à tel ou tel indicateur reste une inépuisable source de discussions et c’est en s’ouvrant aux référentiels fournis par d’autres disciplines comme l’anthropologie sociale ou l’histoire que l’archéologie peut espérer passer des faits à la compréhension des processus.
  • Dans sa recherche de la permanence des faits sociaux, notamment en situation de rupture et de changement, la discipline anthropologique voit dans les migrations à la fois un phénomène social et une problématique centrale pour saisir les sociétés humaines et leurs évolutions contemporaines. Peu à peu, l’anthropologie a participé, entre autres avec la sociologie, à appréhender cet objet comme un processus complexe, où entrent en compte à la fois des variables, des trajectoires, des types de déplacement multiples, et la subjectivité des acteurs. Si elle s’est intéressée aux ressources ou indicateurs permettant de maintenir des liens et des formes de continuité, même symboliques, avec le pays de départ, ce n’est que relativement récemment qu’elle a centré son approche des migrations sur ses expressions matérielles diverses (telles que les lieux, les espaces construits, les objets…). Pourtant, si l’on reprend les travaux de Maurice Halbwachs, celles-ci sembleraient parmi les mieux à même d’impulser des recompositions sociales et d’instaurer la dimension durable du collectif dans la succession des vies individuelles.
  • Cet appel porte donc sur la problématique des liens entre migrations et expressions matérielles, telle qu’elle est traitée dans diverses disciplines et en particulier en archéologie, en histoire et en anthropologie. Il s’agit ici, en intégrant la question des échelles et des temporalités, de comprendre ce que le recueil et l’interprétation des expressions matérielles permettent de dire des migrations ou laissent au contraire en suspens et oblitèrent ; il s’agit également d’étudier comment, selon les approches disciplinaires, sont articulées des données empiriques, des concepts et des théories et les effets de ces articulations sur la construction de nos connaissances. Les projets devront ainsi proposer, à partir d’une question et/ou d’un objet commun articulant la problématique des migrations et celle des expressions matérielles, d’un point de vue méthodologique et théorique, des éléments de mise en contexte, de compréhension et de définition permettant d’ouvrir un dialogue interdisciplinaire.

Karen Akoka (UMR 7220), Elisabeth Bellon (USR 3225, responsable du service des archives), Hervé Inglebert (UMR 7041), Carolina Kobelinsky (UMR 7186)

Anciennement axe « Migrations et mouvements de population » de la MAE coordonné par Ismaël Moya, anthropologue (LESC – UMR 7186) et Grégory Pereira, archéologue (ARCHAM-UMR 8096)

Projet  Migration, Material Culture, and Memory: Constructing Community in Mobile Worlds  (MAE et University of Chicago), 2010-2013

Programme d’échange de doctorants et de professeurs entre les deux institutions soutenu par le Partner University Fund. Deux colloques, Logiques mémorielles et temporalités migratoires, Nanterre 2012, et Material Words: Crossroads & Convergences, Chicago 2013, ont ponctué ce partenariat. Voir également l’ouvrage des PUPO Migrations humaines et mises en récit mémorielles 2015. 

Migrations humaines et mises en récit mémorielles. Collection « Sociétés humaines dans l’histoire », sous la direction de Michèle Baussant (LESC), Irène Dos Santos (IIAC), Evelyne Ribert (IIAC) et Isabelle Rivoal (LESC), 2015, Presses universitaires de Paris Ouest.

Portraits de migrants, Portraits de colons I, sous la direction de Pierre Rouillard, 2009, Collection «Colloques de la Maison Archéologie et Ethnologie, René-Ginouvès» VIII-168 p.

Portraits de migrants, Portraits de colons II, sous la direction de Pierre Rouillard, 2010, Collection «Colloques de la Maison Archéologie et Ethnologie, René-Ginouvès», VIII-240 p