Monica HEINTZ – « Transition historique » et désordre du changement

« Transition historique » et désordre du changement

Monica HEINTZ
Maître de conférence à l’Université Paris Ouest Nanterre La Défense – LESC
Page personnelle

TRANSITIONS HISTORIQUES : rythmes, crises, héritages.
12e colloque annuel de la MAE

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Similaire au projet de la « société par décret » qu’était le socialisme, la transition vers  la  démocratie  et  l’économie  de  marché  entamée  après  1989  en  Europe  de  l’Est  (hors ex-­‐URSS) a été un projet imposé par les organisations financières internationales et les gouvernements des pays développés dans leur désir de globalisation des marchés. Cette  « transition »  n’est  pas  à  confondre  avec  un  changement  social  plus  ou  moins  spontané ; il s’agit d’un projet de transformation/changement de l’économie d’Etat (point  A)  à  l’économie  de  marché  (point  B),  avec  des  vitesses  et  des  étapes  qui  sont  différentes en fonction de pays : de son attractivité, son histoire, sa situation économique initiale, son appareil politique et administratif. Une « thérapie de choc » est le  plus  souvent  adoptée  comme  solution  dans  les  années  1990,  malgré  les  effets  secondaires constatés rapidement : chômage, pauvreté, conflits ethniques, conséquences psychologiques  etc.  Cette  situation  immédiatement  observable  sur  le  terrain  rend  les  théories du changement social caduques pour la compréhension des faits observés.
C’est  en  travaillant  dans  des  organisations  roumaines  (entreprises,  ONG,  institutions) que j’ai pu mesurer l’importance du désordre généré par les changements imposés, identifier les effets secondaires qu’il entraînait et qui finissaient par ralentir, faire changer de cap ou de sens aux changements programmés. De même que de bonnes intentions  mal  coordonnées  peuvent  générer  des  « effets  pervers »,  la  vitesse  et  l’urgence du changement engendrent un désordre qui a la capacité de fausser le résultat désiré. Dans le cas des entreprises roumaines, je montre que le désordre du changement entraîne  une  rupture  des  valeurs.  « L’urgence »,  la  rapidité  et  le  manque  de  vision  à  moyen ou long terme des transformations (nombreuses dictées par des changements macroéconomiques, peu maîtrisés, mais inéluctables) étaient contreproductives pour la mise en oeuvre des transformations.