Patrice BAUBEAU – La révolution de 1848 : les trois temps de la crise et les trois temps de l’historiographie

La révolution de 1848 : les trois temps de la crise et les trois temps de l’historiographie

Patrice BAUBEAU
Maître de conférence à l’Université Paris Ouest Nanterre – IDHES (UMR 8533)
Page personnelle

TRANSITIONS HISTORIQUES : rythmes, crises, héritages.
12e colloque annuel de la MAE

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La révolution de 1848 a déjà fait l’objet de trois grandes vagues de publications, à l’occasion des 50e, 100e et 150e anniversaires de son irruption. Si le premier de ces anniversaires s’inscrit surtout dans une histoire chronique centrée sur les grands acteurs et la geste républicaine, les deux suivants illustrent l’apogée et le déclin de deux grandes traditions historiographies. L’histoire révolutionnaire, dont le maître était en 1948 Georges Lefebvre, et l’histoire économique et sociale, menée par Camille- Ernest Labrousse, forment ainsi les deux fronts de la célébration du centenaire et s’inscrivent dans des interprétations très différentes de la révolution et de ses causes. L’interprétation socio-économique de cette révolution, qui trouverait ses racines dans la crise économique précédente, a en particulier alimenté controverses et publications. Cinquante ans plus tard, ces mêmes schémas généraux, directement associés à l’interprétation de 1789, sont eux-mêmes entrés en crise sous les coups de la relecture de la Révolution française par François Furet et du tournant politique et culturel pris par l’histoire contemporaine. Au point d’ailleurs que l’histoire de la « crise » qui précède la révolution a été largement renvoyée à ces parutions des années 1940-1950 et n’a guère fait l’objet de recherches nouvelles et spécifiques. Deux tentatives, pourtant, les articles d’Anthony Rowley (1986) et de Nadine Vivier (2011) ont suggéré un retour sur cette crise initiale, afin de lui restituer son pluriel, ses temporalités, mais sans véritablement parvenir à trancher sur ses mécanismes de contagion et son éventuel rôle causal. C’est à cette relecture de la crise, qui éclaire celle de la révolution, que nous invitons ici, en restituant la chronologie entrelacée de cette crise complexe, à la fois agricole, industrielle et financière, mais aussi en rappelant la prudence labroussienne quant aux enchaînements causaux.

Mots clés : crise, agriculture (céréaliculture), industrie (chemins de fer), alimentation urbaine, chômage, banque, finances extérieures, banque, monnaie, historiographie