QU’EST-CE QU’UNE SÉPULTURE ? Humanités et systèmes funéraires de la préhistoire à nos jours

Rencontres internationales d’archéologie et d’histoire d’Antibes
13, 14 et 15 octobre 2015

QUESTCE QUUNE SÉPULTURE ?
HUMANITÉS ET SYSTÈMES FUNÉRAIRES DE LA PRÉHISTOIRE À NOS JOURS

Programme

Organisation scientifique

Michel LAUWERS et Aurélie ZEMOUR.

Gestion administrative

Myriam BENOU et Anne-Marie GOMEZ.

Comité scientifique

Bruno BIZOT (SRA, DRAC PACA), Luc BUCHET (CEPAM, UMR7264, CNRS), Isabelle CARTRON (Ausonius, UMR5607, Université de Bordeaux / CNRS), Philippe CHAMBON (ArScAn, UMR7041, MAE), Yann CODOU (CEPAM, UMR7264, Université Nice Sophia Antipolis / CNRS), Grégory DELAPLACE (LESC, UMR7186, MAE, Université Paris Ouest Nanterre La Défense / CNRS), Henri DUDAY (PACEA, UMR5199, CNRS), Michel LAUWERS (CEPAM, UMR7264, Université Nice Sophia Antipolis / CNRS), Bruno MAUREILLE (PACEA, UMR5199, CNRS), Gregory PEREIRA (ARCHAM, UMR8096, MAE, CNRS), Claude RAYNAUD (ASM, UMR5140, Université de Montpellier / CNRS), Isabelle RODET-BELARBI (INRAP), Valérie SOUFFRON (Université Paris 1), Frédérique VALENTIN (ArScAN, UMR7041, MAE), Aurélie ZEMOUR (ArScAN, UMR7041, MAE).

PRÉSENTATION

Dans sa Scienza Nuova, destinée à fonder les « principes d’une science nouvelle relative à la nature commune des nations », le philosophe napolitain Giambattista Vico (1668-1744) considérait l’inhumation comme l’une des trois « coutumes universelles » – avec la religion et la famille – caractérisant l’humanité. L’acte d’enterrer les morts définirait donc l’homme, et Vico faisait du reste dériver le mot homo de humare, « enterrer » ou « ensevelir ». Aujourd’hui, plutôt qu’à la quête d’un invariant universel, les ethnologues, historiens et archéologues qui s’efforcent de reconstituer et d’interpréter les pratiques funéraires en vigueur dans différentes sociétés s’intéressent à leur complexité, à leur variété et à leur transformation au fil du temps. Dans cette perspective, le recours à l’inhumation apparaît du reste comme un geste culturel et social daté, ainsi que l’atteste entre autres son reflux depuis la fin du XXe siècle, au profit de la crémation (re)devenue ordinaire dans les sociétés industrielles d’Occident.

Loin de vouloir refonder une science générale (et anhistorique) du funéraire, le Congrès d’Antibes 2015 s’attachera aux réalités matérielles et aux représentations de la « sépulture » dans une optique résolument comparatiste : entre les disciplines (histoire, archéologie, ethno/anthropologie), les époques (de la Préhistoire à l’actuel) et les aires culturelles. Qu’est-ce qu’une sépulture ? La question posée invite les chercheurs à mettre en perspective (et en discussion) leurs outils intellectuels et leurs usages disciplinaires (ainsi que les a priori qu’ils véhiculent) et à définir des approches susceptibles de reconnaître les formes, le sens et le changement des modes et/ou des systèmes funéraires dans les sociétés humaines.

Le Congrès sera articulé en trois sections – étroitement liées, mais que nous souhaitons distinguer d’un point de vue épistémologique – relatives aux mots, aux choses et aux moeurs.

I. Les mots

La première section du Congrès prendra la forme de rapports de synthèse consacrés au lexique (notions ou concepts-clés) utilisé dans les différentes disciplines archéologiques et historiques et dans les sciences sociales pour définir ce qu’est une « sépulture », distinguer différents types de sépulture et qualifier les processus rituels ou sociaux, ainsi que les lieux funéraires. Il serait ainsi utile de faire un inventaire des mots sur lesquels il est souhaitable de confronter les définitions : sépulture, tombe, nécropole, cimetière, inhumation, crémation, etc. Des analyses de type historiographique, mettant en évidence les traditions dans lesquelles s’inscrivent nos usages disciplinaires, seront bienvenues. Cette explicitation devrait permettre de développer une réflexion commune sur le vocabulaire, les définitions scientifiques et leurs modèles.
En ce qui concerne les périodes historiques (pour lesquelles on dispose de documents écrits), il serait intéressant de croiser cette réflexion relative au vocabulaire disciplinaire avec des analyses sémantiques menées sur les documents : qu’est-ce que l’objet sepultura ou cimiterium, par exemple, dans l’Antiquité ou au Moyen Âge ? On se demandera dans quelle mesure l’étude du vocabulaire dominant au sein d’une société permet de dégager une idéologie (funéraire) caractéristique, mais aussi si des éléments de ce vocabulaire ancien, qui a pu inspirer, en Occident, notre terminologie, est approprié à d’autres sociétés que celles dans lesquelles il a été forgé et s’est imposé.

II. Les choses

La deuxième section de Congrès portera sur les critères et les indices matériels permettant de reconnaître une sépulture, ainsi que le contexte et le temps funéraires dans lesquels elle s’inscrit. La sépulture est souvent envisagée comme le résultat d’un dépôt volontaire, mais tous les dépôts de restes humains ne doivent pas être assimilés à des « sépultures » (notons que la question des dépôts intentionnels a déjà été traitée à Antibes, à l’occasion des 29e Rencontres, publiées en 2009, mais sans y aborder les pratiques funéraires). Une attention particulière sera ainsi portée au processus ou à la séquence funéraire et à la place qu’y tient la sépulture. On s’interrogera également sur les frontières entre funéraire et mortuaire.
Outre une nécessaire réflexion sur les deux modes funéraires (concomitants, concurrents, successifs) de la crémation et de l’inhumation, on sera attentif i) au lieu ou à l’architecture de la tombe, ii) aux gestes et rites qui ont accompagné son aménagement, iii) au cadre social et spatial de la sépulture. Des mises au point seront ici précieuses sur les méthodes permettant de reconstituer ces différents éléments (présentation de quelques études de cas suggestives).

III. Les moeurs

ll conviendra enfin de s’interroger sur le sens des pratiques funéraires, sur leur caractère systémique ou normatif. Quelles sont les normes dominantes dans une société donnée ? Par quelle institution sont-elles portées ou imposées ?
On s’intéressera en outre aux écarts constatés par rapport à la règle (ou aux règles dominantes), en tentant d’en apprécier le sens. Comment interpréter, en effet, les situations marginales (mais parfois répétées), les regroupements particuliers, les sépultures temporaires, le remuement ou le déplacement des morts ? Survaleur, fabrique d’ancêtres ou déshumanisation ? Qu’en est-il des morts auxquels on refuse la sépulture commune ? L’absence de sépulture renvoie-t-elle nécessairement à une volonté d’exclure ? Dans la réponse apportée à ces questions, il faudra distinguer les pratiques intégrées au temps funéraire et celles qui peuvent être opérées hors de ce temps.