Société d'ethnologie française

Revue
ETHNOLOGIE FRANÇAISE



Numéro 2005/4 - Présentation du numéro

Anne Monjaret
Quand les lieux de travail ferment

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  • Introduction

    Quand les lieux de travail ferment

    Anne Monjaret - responsable scientifique du numéro

    Hier, la fermeture des mines, des industries textiles du Nord et des sites des bassins houillers de Lorraine annonçait une crise, le déclin d'activités industrielles, et plus sûrement une mutation économique. Ces fermetures de mono-industrie à fort ancrage communal et régional ont eu des conséquences sociales sans précédent sur la population locale, modifiant les donnes du marché de l'emploi et restructurant parfois le paysage du territoire. Les cheminées d'usine ont progressivement disparu des campagnes et des villes, signifiant clairement la fin de ces activités. Il reste néanmoins des traces symboliques et matérielles, des témoignages qui cristallisent les mémoires professionnelles et territoriales et des représentations du fait de peintres, photographes, etc. Ces fermetures annonçaient aussi des ouvertures, le déploiement d'activités inédites dans les secteurs, secondaire et tertiaire, grâce, entre autres, à l'essor des technologies de pointe.
    Aujourd'hui encore, les ouvertures d'entreprise n'ont jamais cessé, compte tenu de l'expansion de certains marchés et des nouvelles configurations économiques, mais nous assistons toujours à des fermetures d'établissement, définitives ou suivies d'une délocalisation, qui touchent les secteurs tant privé que public. Les entreprises Rhodiacéta, Cellatex, Metaleurop, Moulinex, Alcatel et bien d'autres, mais aussi les magasins Mark & Spencer, les hôpitaux Broussais, Laennec et Boucicaut ou le Musée national des Arts d'Afrique et d'Océanie sont autant d'exemples contemporains qui soulignent l'importance et l'étendue du phénomène, la variété des milieux professionnels affectés, les profonds changements économiques, sociaux et culturels assortis des enjeux politiques qu'a connus et connaît la société française. Impossible de rester détaché face à de tels bouleversements, de passer à travers les mailles du filet économique, sans s'interroger sur les effets de ces fermetures, dont la visibilité toujours plus prégnante est maintenue grâce aux médias.
    Depuis quelques années apparaît d'ailleurs un intérêt grandissant pour ces questions sociales qui interpellent à la fois les salariés concernés par ces situations de rupture et un public avisé de syndicalistes, d'artistes, de chercheurs soucieux d'en débattre ; des initiatives 1 se développent, du reste, en ce sens ; elles ne font que confirmer la tendance à un « retour sur la condition ouvrière » [Beaux, Pialoux, 1999]. Écrivains et journalistes restituent la parole de ces travailleurs licenciés, un monde en voie de disparition, et surtout, nous offrent un témoignage, leur témoignage, souvent militant, au fil des pages de leur roman [Auby, 2002 ; Filipetti, 2003 ; Mordillat, 2005] ou de leur récit [Goux, 1986 ; Lempereur, 1996 ; Larose et alii., 2001 ; Les Mains bleues, 2001 ; Magloire, 2002 ; Fajardie, 2003 ; Bon, 2004]. Pour leur part, les cinéastes ou documentaristes, les photographes s'emparent du phénomène en proposant leur regard. C'est ainsi que les restructurations, les fermetures, les délocalisations occupent le devant de la scène publique.
    Mais, qu'en est-il des sciences sociales à ce sujet ? Face à de telles situations, le chercheur ne peut rester indifférent ; de ce fait, il est régulièrement conduit à répondre à des demandes institutionnelles ou syndicales [Monjaret, 2001a, 2005 ; Malsan, 2001 ; Linhart et alii, 2004 ; Eidelman et alii, 2002, 2003]. Sollicité pour un diagnostic social ou mémoriel voire patrimonial, pour un inventaire, il intervient selon les cas avant ou/et après la fermeture. Il arrive qu'il soit impliqué dans une démarche d'accompagnement voire de travail de deuil. « Alors l'ethnologue se sent en porte-à-faux dans cette situation pour le moins étrange de ''présence/absence'' : ces terrains d'enquête plus que tout autre sont des ''terrains minés''. Se trouver confrontés à des faits de disparition sans que cette confrontation constitue nommément l'objet d'étude, sans disposer d'outils théoriques pour y faire face, met ces chercheurs dans une position de clivage quasi-insoutenable. On la trouvera exprimée dans la distinction faite par les uns et les autres entre position ''officielle'' et position ''humaine'' » [Garçon et alii, 2002 : 2]. C'est à la suite de plusieurs études commanditées que le besoin d'une prise de distance pour traiter le sujet de la fermeture s'est, quant à nous, formalisé, avec le projet de comparer diverses situations. Il nous fallait le conduire en faisant de « la fermeture » un objet de recherche à part entière.

    La « fermeture » comme objet de recherche

    S'il existe des études de cas sur la mémoire des lieux, sur le patrimoine industriel, si le thème de la fermeture des sites ou des établissements professionnels est évoqué dans des rendus monographiques ou descriptifs des contextes sociaux et économiques d'une région, ce thème n'est pas, à proprement parler, traité pour lui-même dans les recherches en sciences sociales. Il apparaît parfois comme argument secondaire ou soutien à une démonstration sociologique plus vaste ; il ne semble pas avoir suscité, du moins chez les ethnologues et les sociologues, une réflexion globale qui aiderait à mieux cerner les mécanismes sociaux des fermetures.
    Ce constat nous a poussé à proposer un numéro à la revue d'Ethnologie française, réponse scientifique à cet intérêt social observé pour le sujet. Ce numéro qui réunit des chercheurs d'horizons différents (disciplines, méthodes, statuts...) se voudrait le lieu d'un bilan de la question s'appuyant sur des écrits scientifiques et littéraires dont les analyses s'attachent davantage aux points de vue des salariés qu'à ceux des dirigeants.
    Pour la plupart des auteurs de cette contribution, la fermeture n'est pas le thème central de leurs travaux, elle est même plutôt un « incident » ; leur « terrain » les a conduits à vivre, à être les témoins ou à rencontrer les acteurs ou les sujets d'un tel événement, étudiant la mémoire du travail, la vie des salariés au travail, plus que le fait social qui nous intéresse. Ainsi, ils sont revenus pour nous sur leurs matériaux d'enquête ou sur leur corpus de film, afin d'y décrypter le sens social de la « fin » d'un lieu professionnel.
    Chaque fermeture ici relatée a son destin propre, ses motifs et son histoire : l'inscription locale (rurale ou urbaine) des établissements ou leurs ramifications internationales, la spécificité de la politique de management et des mutations technologiques qui les touchent, en font une expérience singulière. Toutefois, on remarque que tous ces lieux étudiés, ancrés dans une profondeur historique, ont en commun d'avoir « fait leur temps ». Que se passe-t-il donc quand il est décidé de les fermer et de cesser toute activité ? C'est ce que nous cherchons à saisir.
    Ce numéro vise à mettre en lumière, à travers l'ethnographie de cas toujours bien contextualisés, les attitudes et les représentations des acteurs, ouvriers ou employés, parfois syndiqués, leur vécu et leur ressenti, face à la clôture inéluctable de leur lieu de travail et aux conséquences identitaires qui en résultent. Il s'agit aussi de décrire les « actions sociales et symboliques » qui en découlent, comme les enjeux sociaux, économiques, politiques et patrimoniaux qui guident ces actions. En d'autres termes, il s'agit de « déconstruire la construction » de l'événement (ou du « contre-événement » voire du « non-événement »), celui qui marque la rupture, refoulée ou cultivée, oubliée ou mémorisée. Les articles éclairent, chacun à leur manière, un aspect de ce processus. Reprenons à présent leurs points forts et ceux de travaux ou de récits antérieurs, pour mieux définir notre objet de recherche. Sans prétendre à l'exhaustivité, c'est donc un premier aperçu des caractéristiques de la fermeture que nous proposons ici.

    Le temps d'un lieu, au rythme de la fermeture

    S'intéresser à la fermeture des lieux du travail et aux mécanismes de changement qu'elle suppose et entraîne, concrètement, ne signifie pas noircir le paysage économique français, mais bien en saisir l'une des facettes. On le sait, il y a aussi des entreprises qui ouvrent. Les fermetures ne sont pas uniquement synonymes de destruction, de disparition, elles renvoient conjointement à l'idée de reconstruction, de rénovation, d'innovation. Elles prennent des formes diverses (fermeture définitive avec liquidation totale ou partielle, restructuration, rachat par un nouvel acquéreur, délocalisation, etc.), l'ancien engendrant le nouveau [Sévérac, 1999 ; Hottin, 2004], la fermeture, l'ouverture. Au-delà de l'exemple présenté dans le cas du transfert à Paris de trois hôpitaux pavillonnaires dans une structure dite de monobloc, Marie-Christine Pouchelle nous propose une phénoménologie du verrouillage, intrinsèque au monde hospitalier.
    La fermeture est faite également de progressions temporelles et factuelles, avant d'atteindre la « ligne de partage » qui l'impose comme événement, situable sur un calendrier, et induit le surgissement puis la nouveauté [Bensa, Fassin, 2002]. La question du temps est transversale à l'ensemble des contributions. Elle pose celle de son élasticité. En effet, le temps de la fermeture peut s'étirer des années durant, comme ce fut le cas pour Boucicaut, Broussais, et Laennec, hôpitaux parisiens [Monjaret, 2001a], pour l'usine Chausson de Creil [Linhart et alii, 2004 : 33]. Les rumeurs peuvent aller bon train. Elles appartiennent à l'histoire de l'établissement : projet de délocalisation ou vagues de licenciements sonnent l'alarme et pourtant rien n'y fait, les salariés en parlent mais n'y croient pas. L'annonce officielle n'y fait rien non plus. L'ambiance peut cependant devenir délétère, l'engagement au travail de moins en moins facile. Seule la cessation effective des activités porte le coup fatal et douloureux. Jusque-là, la fermeture apparaît comme « chronique », telle une maladie, habite les personnels qui nient cette destinée, malgré l'épée de Damoclès. « Nous aussi, nous mourions sans réellement l'admettre, sans que la communauté entière s'en aperçoive et qu'elle en prenne acte, à petit feu depuis des années[] Nous étions des morts en sursis, ces hommes et femmes suspendus à une fin programmée, [] », témoigne une ancienne ouvrière de chez Moulinex [Magloire, 2002 : 154].
    Savoir ou ne pas savoir, le flou est entretenu. D'ailleurs, le mensonge est parfois savamment orchestré pour maintenir cette opacité. Il appartient aux stratégies des directions qui cherchent à prévenir les conflits [Charrasse, Deshayes, 1988 : 171 ; Linhart et alii, 2004 : 17, 63-91] ou à apaiser les tensions, comme dans les Houillères du bassin de Lorraine : « Depuis de nombreuses années, l'objectif premier de l'entreprise n'est plus la production de charbon mais l'apaisement des tensions liées à la fermeture : on parle parfois de ''charbon social'' pour désigner cette nouvelle rationalité entrepreneuriale » [Roth, 1999 : 72]. À chaque établissement, son dispositif, ses manières de faire : accompagnement ou « désengagement programmé ». Mélanie Roustan, Jacqueline Eidelman et nous-même soulignons, dans notre contribution, que les agents du Musée national des Arts d'Afrique et d'Océanie se plaignent d'un manque de transparence de la part de leur tutelle, attitude institutionnelle qui accentue l'incertitude de l'avenir. Le personnel se retrouve ainsi en situation de fragilisation et donc, de précarité [Paugam, 2000] : il faut encore attendre, « attendre l'extrême pour voir la réalité en face » [Linhart et alii., 2004 : 77].
    Vient le moment d'y croire, le temps de la préparation (des inventaires, des objets conservés ou jetés, des cartons), le temps des réactions et des actions parfois violentes, le temps de laisser les clés sous la porte, et plus tard encore celui de contempler la destruction des installations, comme celle des usines Renault sur l'Île Seguin, que le photographe Yann Maury a saisie et suivie (voir ses photographies dans ce numéro) ou celui d'agir pour l'édification d'un musée ; enfin, le temps du souvenir ou de l'oubli. La fermeture, ressource inépuisable, semble ne jamais finir, s'éternise bien après l'évacuation des locaux de travail ; elle est à la jonction du passé, du présent et de l'avenir, oscillant entre rupture et continuité. « La recherche d'une continuité dans le temps soigne les blessures de la rupture dans l'espace » [Hottin, 2004 : 167], mais les blessures sont si vives qu'elles n'effacent pas la perte, perte d'un lieu, perte d'un emploi et « perte de soi ».

    Des identités brisées au nom de l'économique

    Ces multiples pertes affectent aussi bien les ouvriers de l'automobile, du textile, de la sidérurgie ou de la mine que les agents d'état et les contractuels exerçant à l'hôpital ou au musée, les professionnels de la Bourse ou du music-hall. En nous intéressant à tous ces professionnels, nous élargissons les débats sur les conditions au travail, cantonnés jusqu'à présent à celles des salariés licenciés de l'industrie. Toutes ces personnes rencontrées par les auteurs de ce numéro ont, souvent en commun, d'avoir fait leur carrière dans un même établissement. Et leur attachement au lieu et aux gens n'est pas le seul fait de la durée de présence en son sein, il est également celui de la densité, de l'intensité des relations, amicales et conflictuelles au point de s'y identifier, de faire corps avec les murs (Marie-Christine Pouchelle pour Boucicaut, Broussais et Laennec (BBL) ou Mélanie Roustan, Jacqueline Eidelman et nous-même, pour le MAAO). « Nous sommes les murs de cet hôpital, or les murs d'un hôpital transpirent la souffrance et la sueur », disent Isabelle Marin, Claude de La Genardière, Dominique Senasson [2002 : 150]. « Les murs ne sont jamais uniquement des murs ». Les locaux portent l'identité de ses occupants, ils matérialisent leur statut [Séverac, 1999 : 80-81] autant que les objets professionnels et intimes, mobiles ou immobiles qui seront parfois récupérés pour soi [Monjaret, 2001a]. L'adieu aux anciens locaux n'est pas chose facile, et ce, même si leur fermeture est associée à leur vétusté. Le marquage du territoire semble nécessaire. Marie-Christine Pouchelle, dans son texte, insiste sur ces traces écrites. Slogans tel le fameux « non à la fermeture », mots de contestation, graffiti et signatures plus personnels, imprègnent les murs et les corps [Magloire, 2002 : 161], annoncent la fin. Ces cris de nostalgie, ces mots d'adieu [Garçon et alii, 2002 : 3] ne suffisent pas à certains qui préfèrent se lancer « à corps perdu dans l'action pour tenter d'empêcher l'irréparable » [Linhart et alii, 2004 : 13].
    Le désarroi des personnels s'affirme et la crise semble prendre alors de l'ampleur. La logique technocratique qui valorise le capital s'impose au détriment des logiques industrielles et humaines. « Plus-values pour les uns, chômage pour les autres » disent en d'autres termes Michel Kokoreff et Jacques Rodriguez. « Ainsi, croissance des entreprises et plans sociaux ne sont pas antinomiques : ils participent au contraire de la dynamique même du capitalisme » [Kokoreff, Rodriguez, 2004 : 82]. Le secteur public n'échappe pas non plus à ces logiques. On ferme un musée (le MAAO) au moment où il connaît une augmentation de ses visiteurs, pointent les auteurs de l'enquête sur ce dernier.
    Dès lors, la fermeture est vécue par les salariés licenciés ou mutés comme violence institutionnelle, d'autant plus fortement que le travail reste une des valeurs fondamentales de notre société. Françoise Lafaye, qui a fait « replonger », par son enquête ethnographique, les professionnels du textile dans leur passé volontairement oublié, interprète cette pratique de clôture comme une « situation de domination ultime ». Michel Kokoreff et Jacques Rodriguez parlent des « sacrifiés au nouvel esprit du capitalisme », des « licenciements boursiers » [2004 : 76, 81]. Ce qui est sûr, c'est que, quelles que soient les circonstances, cette cessation des activités entraîne une rupture de contrat, poussant, en général, les salariés à réclamer une réparation, un juste dédommagement 2.
    Le temps du sacrifice au travail est remplacé par celui du sacrifice sans travail qui annonce une perte des savoir-faire et des savoir-être, parfois une rupture de salaire et une progressive désaffiliation familiale et sociale. « [] comme pour les salariés que les entreprises remercient sans ménagement, les acquis de socialisation et le socle d'expérience ou de convictions qui guident les comportements individuels entre en dissonance avec les évolutions de la société et se trouvent invalidés » [Kokoreff, Rodriguez, 2004 : 83]. La fracture identitaire est inévitable, parfois avant même la fermeture définitive, la période de chômage ou de changement d'affectation. Serge Paugam, connu pour ses analyses de la pauvreté et de l'exclusion a bien montré que, pour les personnels, la menace suffit à engager le discrédit, la « crainte permanente d'être désavoués, humiliés par une nouvelle sanction sans appel » [2000 : 200], de subir le regard d'autrui, des membres de la famille aussi. L'après fermeture signe l'ennui [Burgi-Golub, 2002], l'obligation de « faire table rase » [Linhart et alii, 2004 : 119] : les cabinets de reclassement demandent aux ouvriers et aux ouvrières de tirer un trait, sans doute trop brutalement, sur leur passé, seule condition stipulent-ils pour avancer. Mais, lorsque l'on est amputé du passé et privé d'avenir, la situation - nombre d'auteurs l'ont remarqué -, n'est pas soutenable : « Il n'y a plus que le vide, le manque total d'une occupation un peu chargée de sens » [Lazarsfeld, Jahoda, Zeidel, 1988 cité par Linhart et alii, 2004 : 24, note 14] ; le « désuvrement » dit Noëlle Burgi-Golub [2002] qui a interviewé d'anciennes ouvrières de chez Levi's ; un « anéantissement » conduisant à la perte de soi, confirment Danièle Linhart, Barbara Rist et Estelle Durand, par leurs travaux sur l'usine Chausson à Creil. « Le vécu est transposé, transfiguré en clauses juridiques, conventionnelles ; il est dépecé, saucissonné à travers les bilans de compétences, les prises en charge par les sociétés de reconversion, nié par les indemnités financières censées apurer les dettes et remettre les pendules à zéro » [Linhart et alii, 2004 : 14]. Ainsi, « L'action qui fait advenir l'événement fend le glacis des routines » [Bensa, Fassin, 2002 : 11], mais brouille les identités, oblige à une reconversion, à une reconstruction, à une réadaptation qui impliquent une prise en charge institutionnelle des salariés.

    Accompagner le passage

    L'accompagnement, contribution sociale et morale, qui sert aussi à éponger les dettes, prend plusieurs formes, allant du plan social aux portes ouvertes en passant par la démarche patrimoniale. Aide au redéploiement ou au reclassement, il est parfois vécu par les personnels comme un autre instrument de contrôle et, bien que « bon », il ne suffit pas toujours à se reconstruire [Linhart et alii, 2004). Les portes ouvertes, quant à elles, appartiennent au dispositif « événementiel » que Jean-Louis Tornatore place du côté de l'« événement ritualisé » [2004 : 96] et sur lequel il revient dans son article à partir de l'exemple d'une dernière « coulée » en Lorraine. Il insiste sur le souci d'affirmer la prise en main des destinées de tous par une prise en main très symbolique de l'usine et le refus de céder passivement à la symbolique de l'enterrement [2004 : 92]. Hommage et adieux officiels [Charrasse, Deshayes, 1988 : 182], « dernière visite à la mourante » [Lecherbonnier, 2002 : 111] ouverte à la famille et plus largement au public, ces actions sont en quelque sorte un ensemble de rites de passage institutionnels, lors desquels les personnels rejouent parfois l'histoire de leurs lieux de travail [Monjaret, 2001a]. Cette mise en exposition qui présente « un aspect spectaculaire inhabituel » - explique Jean-Louis Tornatore - peut être interprétée comme un « rituel de re-présentation » où, dans le cas de la sidérurgie, un lien s'opère entre le monde industriel et celui du spectacle [2004 : 90]. Plus modestement, expositions, photographies, ouvrages ou films sont autant de productions à visée mémorielle et patrimoniale qui complètent le dispositif institutionnel de clôture et répondent au devoir de mémoire [Roth, 1999 ; Monjaret, 2001a, 2005]. Pourtant, ces manifestations culturelles officielles n'emportent pas l'adhésion de tous les participants [Lecherbonnier, 2002 : 111], et ce, même si elles contribuent, explicitement ou implicitement, au travail du deuil. La culture et ses expressions permettent donc de tourner la page autant que de se tourner vers l'avenir. Aux propositions culturelles de l'institution répondent celles des salariés et/ou des syndicats fondées sur l'idée de résistance et de reconstruction.

    Culture de lutte, cultures pour la lutte

    Il s'agit d'un traitement culturel de la crise qui prend forme à travers des « productions » - dirait Noëlle Gérôme [1984] -, des « actions » - préfère ici Jean-Pierre Hassoun - sociales et symboliques. Ces initiatives collectives autonomes ou syndicales renvoient à la colère, l'amertume, le dénuement de ceux qui se sont sentis ou se sentent floués. Gérard Sautre apporte une explication à de telles initiatives qui, attribuées à l'univers minier, pourrait s'appliquer à d'autres univers professionnels : « La mort de la mine, la disparition d'un métier, le déclin d'une collectivité sont des moments favorables à la transformation des activités « vulgaires » en actes culturels, et au transfert de la créativité en dehors des lieux de production dans des univers élargis. Ce type d'action veut faire vivre, sur le mode symbolique et artistique, des pratiques vouées à disparaître. [] Les racines servent alors à la création individuelle et collective et participent de ce mouvement de réappropriation de la culture par les acteurs eux-mêmes » [1994 : 67]. Les dernières séances sont mises en acte et surtout mises en scène.
    Dans ce contexte de crise, les mouvements de grève qui se traduisent, entre autres, par l'occupation des locaux, des piquets de grève et des manifestations contestataires à l'extérieur de ces derniers avec distributions de tracts appartiennent à une tradition ouvrière de lutte. Une ouvrière de chez Moulinex se rappelle avoir bloqué avec ses collègues, en 2001, l'entrée de l'usine avec « un mur de flammes » [Magloire, 2002 : 152-553]. Ceux de chez Daewoo ont fait de même, jouant au propre et au figuré avec le feu [Bon, 2004 : 141]. La fumée a recouvert les lieux d'un voile en demi-deuil jusqu'à sa dissipation complète ; sur le sol, seul un cercle noir demeure, trace visible de ce feu de lutte [Bon, 2004 : 137, 164]. Nicolas Renahy revient dans son article sur ces événements qui ont aussi touché une usine de campagne, sur les luttes intestines qu'ils ont provoquées (tous les ouvriers n'y adhérant pas), indiquant que ce mouvement signe la fin d'un syndicalisme. Mais ce ne sont pas uniquement les ouvriers qui s'expriment ainsi. Loin de là, l'exemple traité par Jean-Pierre Hassoun le prouve. L'auteur analyse les grèves qui ont suivi l'annonce de la fin de l'un des marchés à la criée de la Bourse de Paris et en spécifie leur contexte d'émergence, en particulier la volonté de négocier des indemnités.
    Il arrive que le contexte se fasse plus violent ; en 2002, le personnel de chez Daewoo a séquestré le patron [Bon, 2004]. Cette violence, réelle et symbolique, semble répondre à celle de l'institution et manifeste les tensions, l'émotion. Actes de désespérance, ils peuvent prendre des formes extrêmes ; d'autres appartiennent à la culture ouvrière et aux rites de passage : on fait disparaître les meubles, les outils, les vêtements de travail qui n'ont plus lieu d'être puisqu'ils ne serviront plus, ainsi que le remarque Yannich Lecherbonnier : « Des gestes plus symboliques ont également accompagné les dernières heures de la SMM. Lorsque ferment définitivement les ateliers, les ouvriers brûlent leurs équipements, dans une coulée d'acier pour les fondeurs du haut fourneau, dans un feu allumé à cette occasion par les ouvriers du train à fil et où les armoires de plans, consignes techniques et procédures informatiques rejoignent bientôt les tenues de travail » [2002 : 111]. Mais on peut respecter la machine. Toutefois, les murs changent et le rapport aux outils de travail également. Ce qui avait un sens pour soi et ses compagnons de travail, ce qui était fait pour marquer la fin entre soi par un geste de clôture prend une autre dimension ; les actes de la rupture s'affichent pour les autres. Il n'en est que peu question dans les articles de ce numéro, ce qui ne veut pas dire qu'ils n'existent pas, car ces actes contribuent précisément aux nouveaux langages de la lutte comme nombreux ouvrages le relatent : « Selon cette tradition, ''l'outil de travail'' ne peut survivre à la disparition de ses hommes qui, au besoin, le rendront inutilisable ou tenteront, par des pratiques de sabotage, de porter atteinte au groupe industriel propriétaire de l'usine » [Tornatore, 2004 : 93]. L'atteinte doit être plus forte. Les salariés « comprennent bien qu'ils représentent un monde attaqué ; la preuve est qu'ils développent des actions modernes et en rupture avec les pratiques ouvrières de l'époque fordiste » [Linhart et alii, 2004 : 23]. Bien que désapprouvés par la plupart des salariés, les vols et les pillages existent [Fajardie, 2003 : 56, 60]. Ces actes de malveillance, voire de vandalisme, ne sont toutefois pas à associer à ceux de la contestation, qui utilise d'autres moyens, détruisant les biens plutôt que de se les appropier. Ainsi, dans le cas de Chausson, « cela ne s'est pas fait sans une succession importante d'événements qui ont suivi notamment l'annonce de la fermeture. Violentes manifestations, saccages, destructions de matériel, occupation de lieux hautement symboliques comme la Bourse, la préfecture, invasion d'un plateau de télévision au moment des actualités de 20 heures, union syndicale, nomination d'un médiateur. » [Linhart et alii, 2004 : 34]. La menace de destruction peut aller plus loin, s'apparentant à un acte terroriste, sans pour autant être mise à exécution, l'idée étant d'être pris au sérieux, d'alerter les médias qui ont une place centrale dans la construction de la fermeture en événement publicisée [Bensa, Fassin, 2002] « À ce stade - précise une « Moulinex » - nous ne jouions plus les figurants d'un film de seconde zone, nous avions allumé la mèche, carbonisé un entrepôt de stockage en guise de première sommation. Nous n'étions plus relégués au rang de brèves, nous occupions les manchettes, Les Moulinex ont installé sur les toits de leur usine une bonbonne de gaz fixée à des bidons d'acétylène et d'acide sulfurique. À la Une, Du fric sinon Boum ! Achetez, vendez, nous jouions avec les mêmes armes, nous nous conformions à la réalité subtile de l'événementiel, nous vivions sur le mode terroriste de l'actualité, comme l'avait clamé un de ces chroniqueurs mondains » [Magloire, 2002 : 158-159]. Il s'agit aussi pour ces salariés et pour tant d'autres concernés par les fermetures, de montrer qu'ils ont refusé « de se faire écraser, même se sachant condamnés » [Bon, 2004 : 160]. L'usine est prise en otage et devient l'arme des négociations. Avec des bulldozers ou des tonneaux de sodium à l'eau, les ouvriers de Metaleurop créent le spectacle [Fajardie, 2003], quitte à déplaire aux écologistes. Ceux de Cellatex y sont pour quelque chose : « Quand, à Mont-Saint-Martin, des ouvriers cagoulés avaient convoqué des journalistes pour leur montrer comment ils pouvaient déverser dans la Meuse le contenu de leurs cuves d'acides, on avait parlé de Cellatex que tout le monde avait encore en tête» [Bon, 2004 : 134-135]. Ces actes sont pris pour exemple et reproduits.
    Malgré ces mouvements, la journée de clôture ne peut être contournée. Elle évoque la « dernière séance » pour ceux qui travaillaient au Palais Brongniart décrit par Jean-Pierre Hassoun ; la « dernière revue » pour celles et ceux des Folies-Bergère dont nous parle Francine Fourmaux ; la « dernière coulée » pour les sidérurgistes que Jean-Louis Tornatore a rencontrés. Ce jour-là, les pratiques ont des allures de rituel, « rites de la crise » [Charrasse, Deshayes, 1988], conflictuels ou iréniques. Elles sont en concurrence ou du moins tranchent avec celles organisées, pour certains salariés imposées, par l'institution. Francine Fourmaux montre qu'au music-hall, le spectacle est alors « dans le spectacle ». L'expression du mécontentement, bien que minime, est présente grâce à un jeu d'inversion, de dérision, de transgression des tableaux et des rôles, jeu que l'on retrouve à toutes les dernières de revue, mais qui, en ces circonstances particulières, signale, même discrètement, la fin d'un lieu de vie plus que d'un genre ou d'un monde.
    Les rites de fermeture, s'ils sont des rites de crise, sont surtout des rites de la fin : euphémisme de la mort, supposent David Charrasse et Jean-Louis Deshayes [1988], analogie ou plus sûrement métaphore funèbre. Les ouvrières de Moulinex n'ont-elles pas décidé en 1996 de se coucher par terre dans un silence de mort : « Ils ont fait les morts, tout l'après-midi. [] Il y a surtout des femmes. [] Il y a en a d'autres qui ne cherchent aucun confort et se tiennent toutes droites, raides mortes, la bouche crispée, serrée, presque invisible, le visage tourné vers le haut, avec les yeux clos, comme si elles étaient dans un cercueil » [Auby, 2002 : 5-6] ; ce cercueil au centre d'une scène joyeuse et arrosée qui s'est déroulée à la Bourse en 1988, et que nous décrit Jean-Pierre Hassoun à partir d'un document filmique ; ce cercueil ou ce « simulacre » de cercueil dans lequel est placé un mannequin à l'effigie du fondeur, lors de la fermeture du dernier haut fourneau à Longwy en 1987 ; ce cercueil encore, petit écrin, dans lequel les médailles du travail de fondeurs sont déposées et qui sera envoyé au Président de la République en 1977, en signe de rejet d'un rite institutionnel devenu obsolète. Les défilés ressemblent, d'une certaine manière, à des convois funéraires. Croix, semblants de cierge, graffiti aux allures d'épitaphes, le langage symbolique mobilisé est celui de la mort. Certains s'exclameront d'ailleurs : « On aura tout de même fait un bel enterrement » [Lecherbonnier, 2002 : 111]. Le récit des fermetures d'entreprise se rapproche parfois de celui du décès d'un parent. Suivant en cela une tendance anthropomorphique, pour les salariés, la mort de leur « entreprise », c'est leur propre mort. « Ainsi dans la ville de M., quand ils ont fermé Moulinex. Les gens ont dit : si vous fermez l'usine, la ville meurt et nous avec » [Auby, 2002 : 5-6].
    Mais les rites de fin ou de passage ont aussi un côté festif. Des « pots » officieux s'organisent entre pairs, avec la hiérarchie proche, dans les ateliers et les bureaux. Pots de départ qui s'égrènent jusqu'à saturation [Monjaret, 2001b], « fête de fermeture »3 du dernier jour, ces pratiques conviviales et rituelles sont surtout des contre-rituels, organisés par le groupe restreint de travail ou les syndicats s'opposant aux célébrations officielles qui émanent de la direction. Au regard de l'analyse de Jean-Pierre Hassoun, on comprend comment, à l'événement, acte officiel de fermeture, répondent des « contre-événements » qui, eux, s'inscrivent dans le local.
    Ces contre-événements agissent comme un remède. Il en est de même des productions de la « culture cultivée ». La reconversion culturelle existe et elle n'est pas le seul fait de la scène muséale. Elle passe par des « activités expressives de tous ordres [] : productions littéraires, musicales, plastiques, cinématographiques ou photographiques, organisation de fête, constitution de secteurs d'érudition ou d'habileté » [Gérôme, 1984 : 123]. En dehors d'auto-productions (poème, croquis, film), des associations d'anciens cadres, d'anciens ouvriers, souvent syndiqués, ont pris l'initiative d'organiser des lieux de rencontre et de parole. C'est l'article d'Andrée Bergeron et de Bernard Doray qui témoigne le plus précisément de ce type de démarche, et ce, à partir de l'expérience d'ouvriers du textile du Nord de la France ayant travaillé dans des établissements tels que Levi's, Cellatex et Mossley. En passant par les mots, les ateliers d'écriture et de théâtre, animés par des professionnels, incitent au retour sur soi [Larose et alii, 2001 ; Burgi-Golub, 2002 ; Bon, 2004]. Être sur scène apparaît comme une nouvelle façon de prendre la parole, au point que certaines ouvrières, certes rares, en feront leur métier. Le film est un autre mode d'expression qui conduit à une (re)présentation de soi, la création d'un musée vivant également. C'est ainsi que, selon Andrée Bergeron et Bernard Doray, la culture se fait miroir. Loin de la culture fossile, elle aide aux changements, à la « transmutation » [Sautre, 1994 : 72-73].

    Préférer le silence

    Le « bruit » des salariés contraste avec le silence des patrons. Nous l'avons vu, du point de vue des salariés ou des syndicats, le silence, l'absence comme les mensonges ou les évitements, appartiennent aux stratagèmes déployés par le patronat pour freiner les éventuels conflits. Si les syndicalistes dénoncent ce « mur du silence », « ils contribuent à l'entretenir, car dans le brouhaha des contradictions où chacun a tout intérêt à retenir, proclamer, préciser ou refuser l'information, le public et même les sidérurgistes ne parviennent pas à faire la part du fiable » [Charrasse, Deshayes, 1988 : 172]. Le manque d'interlocuteurs finit par rendre la situation insoutenable, mettant les cadres les plus proches des salariés en porte-à-faux. Dans tous les cas, PDG d'usine ou directeur d'établissement public sont désignés comme des « fossoyeurs », rôles que certains d'entre eux refusent explicitement.
    D'ailleurs, ce silence est aussi celui des « grands patrons », loin des préoccupations locales, s'adaptant aux règles que leur imposent le jeu économique, plus souvent international. On le sait, les intérêts internationaux ne sont pas les intérêts locaux. Tout se joue dans les sphères économiques et politiques éloignées de la réalité quotidienne, celles du pouvoir d'actionnaires « intouchables ». « À Noyelles-Godault, dans le Pas-de-Calais, l'entreprise Metaleurop Nord, spécialisée dans le retraitement des métaux, a fermé ses portes. [] Mais dans ce cas, comme dans certains autres, on évoque une disparition programmée, en secret, de longue date. On s'indigne du « dépeçage » méthodique de l'entreprise par un actionnaire peu scrupuleux, qui choisit de ventiler les activités de Metaleurop Nord entre ses diverses unités de production à travers le monde, et de laisser à d'autres le soin de gérer les dommages occasionnés par la fermeture du site » [Kokoreff, Rodriguez, 2004 : 76]. Les slogans des « Moulinex » reviennent, à leur manière, sur ces figures : « C'est nous les Moulinex, on s'fera pas foutre en l'air, et pour plaire aux actionnaires, on s'fera pas foutre en l'air. » [Magloire, 2002 : 157].
    Le silence est également dans l'absence des patrons qui se sont éclipsés « en douce », qui déménagent « à la cloche de bois » [Bon, 2004 : 149]. Ce thème, peut-être parce qu'il choque, est souvent retenu dans les documentaires sur lesquels Audrey Mariette s'est penchée, analysant la vision souvent militante du réalisateur, les choix d'une critique des effets du néolibéralisme. On parle de « patrons-voyous » [Fajardie, 2003 : 23-27, 100, 102] ; mais plus fondamentalement, il est question de la fonction actuelle des managers et de leurs compétences [Linhart et alii, 2004 : 180]. Ces attitudes de désertion vont d'ailleurs « [] susciter de vives réactions de la part du gouvernement, qui rappelle les obligations légales et sociales des entreprises, s'indigne des procédés de certains « patrons voyous » et entreprend de renforcer l'arsenal législatif pour éviter que les firmes ne puissent se dérober de leurs responsabilités » [Kokoreff, Rodriguez, 2004 : 76]. Ce contexte désemparant pour les salariés aura pour effet d'inciter au bout du compte aux revendications, ou au contraire, les laissera dans une sorte de léthargie, estompant les batailles d'arguments, coupant court à la parole collective pour préférer le repli individuel : attitudes adoptées par les ouvriers filmés et les agents du MAAO. Selon Danièle Linhart et ses collaboratrices, l'individualisation explique le « reflux de la capacité de contestation » [2004 : 180]. Dans le cas des établissements publics, s'ajoute un sentiment d'indécence, le sort des agents d'état étant différent de celui des « Moulinex ».
    La fermeture passée, les souvenirs se sont arrêtés sur le seuil de la porte. Il s'agit de faire de cet événement, un non-événement. Mais, chaque établissement a son histoire, chaque fermeture conduit à des expériences singulières. Les professionnels du textile que Françoise Lafaye a rencontrés font, encore et toujours, l'impasse sur le temps de crise qui les a touchés vingt ans plus tôt, passent outre les fermetures de leur usine comme si elles n'avaient jamais existé. On ne revient pas sur ce qui a brisé son identité au travail. Pour les ouvriers avec lesquels s'est entretenu Nicolas Renahy, le contexte est différent, le « trou de mémoire », nécessaire pour poursuivre sereinement sa vie appartient à l'histoire locale, car dans ces années quatre-vingt difficiles, eux ont eu la chance de rester, d'être réembauchés par le nouvel acquéreur de l'usine, alors que ce ne fut pas le cas pour tous, certains ayant été contraints de partir. Ce sont donc les conséquences heureuses qui sont retenues et non la période d'occupation de l'usine proprement dite, elle-même synonyme de la fin d'un syndicalisme villageois, « la fin d'un monde », aurait dit Pierre Bourdieu [1993 : 407], qui a vu s'effriter les solidarités ouvrières, la fin d'un monde vécue, par certains ouvriers, comme la trahison d'un gouvernement de gauche. Plus récemment, la fermeture précipitée d'une maternité dans une petite ville renvoie le personnel à une double perte : le décès d'un nourrisson et l'arrêt définitif des activités de la structure dans laquelle il exerçait. Douloureux événements donc qui font se croiser récits de mort et récits de fermeture, mais surtout révèlent la propre incapacité des personnels à réagir face à des pratiques critiquables et dangereuses, à souligner les carences d'un système hiérarchique, mais soulagement au final lorsque cela s'arrête. Cette situation explique certainement le silence et l'absence de mobilisation des professionnels de santé [Brustolin : 2004]. La douleur convoque ici l'oubli, le silence, un silence si parlant, mais qu'il faudra bien exhumer pour déclencher le renouveau.

    Sortir du silence

    C'est ce qu'ont pu vivre les professionnels du textile, grâce aux échanges stimulants avec l'ethnologue, en l'occurrence François Lafaye, venue enquêter sur leur passé industriel ; la parole ainsi donnée s'est dénouée, et les salariés, plongés jusqu'alors dans un vide social, se sont retrouvés, parvenant à rompre pour partie la glace du silence et redécouvrant avec fierté leur identité de métier, une identité en je(u). En revanche, ils ne mettent pas toujours de mots sur l'événement, cause de la fracture. Difficile donc de revenir sur l'indicible, de le désigner. Cette désignation semble pourtant nécessaire pour effacer le traumatisme, donner raison à la fin. La commémoration de la fermeture du site Renault Boulogne-Billancourt de l'Île Seguin, décrite par Jean-Charles Leyris appartient bien à ce processus de réactivation de la mémoire, de renégociation avec des faits révolus. Ce retour en arrière permet au présent de reconquérir le passé, reconstruire une histoire, celle ici des ouvriers immigrés syndiqués regroupés en association (Atris 4) qui se retrouvent pour l'occasion sur la scène publique. Mais pas n'importe quelle scène. Le rendez-vous est pris en mars 2002, dix ans après la fermeture, sur une place face aux bâtiments de l'usine, la place de toutes les « manif ». La commémoration est là pour se souvenir. Comme l'écrit Marguerite Duras, affectée sans doute par cette page de l'histoire industrielle qui tourne, l'établissement de la liste des noms de tous ceux qui ont travaillé dans ces lieux participe de la construction mémorielle : « Ce serait une liste exhaustive, sans commentaire aucun, écrit-elle, [] La vérité ce serait le chiffre encore incomparé, incomparable du nombre, le chiffre pur, sans commentaire aucun, le mot » [1993 : 135-136]. Et pourtant, la mémoire ne se ravive-t-elle pas au son de la voix qui égrène chaque nom de la liste. Ce procédé n'est-il pas le symbole de la commémoration ? Il est, d'ailleurs, repris, en voix off, dans le film réalisé lors de la fin de l'un des marchés à la criée, que Jean-Pierre Hassoun interprète comme une sorte d'« auto-patrimonialisation ».
    Le film permet en effet une « mise en boîte patrimoniale » [Tornatore, 2004 : 95], la trace visuelle d'un présent en train de basculer dans le passé. Plus encore, la réalisation d'un documentaire aide les acteurs à une prise de conscience de classe et de soi - les thèses d'Andrée Bergeron, Bernard Doray et Audrey Mariette se rejoignant ainsi. Parole et image contribuent de façon décisive au travail de la mémoire. Selon Jean-Louis Tornatore, quand aucune reconversion patrimoniale d'un site fermé n'est envisagée, la photographie - lieu de mémoire délocalisé, attaché non aux lieux mais aux personnes -, et le récit, restent les derniers objets possibles de sa patrimonialisation, l'écriture venant fixer les témoignages. Dans le contexte contemporain « néolibéral », ces productions culturelles de la fin, actes militants plus que sociaux, réponses altermondialistes, invitent aux débats, à la rencontre, remarque Audrey Mariette, du militant, de l'artiste et du chercheur. Toutes ces démarches contribuent non seulement à sortir du silence mais aussi à avoir le sentiment de ne pas mourir.

    « La confusion des monuments » 5 : entre mémoire et oubli

    Malgré ces engagements, il reste que les sites finissent par fermer. Dès lors, comment leur avenir s'envisage-t-il ? S'il y a bien la fin d'un lieu, il y a, dans tous les cas, le début d'une autre histoire : réindustrialisation grâce à un nouvel acquéreur, restitution du territoire à la collectivité locale, réhabilitation en logement ou en espace culturel, patrimonialisation, désertion, destruction autant de façons d'« accommoder les restes » [Debary, 2003], de penser leur recyclage, leur reconversion, au même titre que celui et celle des hommes. Ces restes, souvent des bâtiments vidés de leur contenu (objet et hommes à la fois), ont parfois plus que des allures de monument, ils sont déjà des monuments [Debray, 1999] sur lesquels le temps a uvré. Et si le Palais Brongniart (site de la Bourse parisienne), le Palais de la Porte Dorée (siège du MAAO aujourd'hui fermé, ancien Palais des colonies), les Folies-Bergère, etc. sont devenus des coquilles provisoirement vides, ils conservent tous, ancrés dans leurs murs, la force d'un héritage symbolique. Emblèmes, ils sont ; monuments, ils resteront ; patrimoine, ils seront revisités. En effet, pour que les lieux reprennent vie, ils devront passer par une re-patrimonialisation, devront remplir une nouvelle fonction. Le Palais de la Porte Dorée n'est-il pas voué à accueillir le musée de l'Immigration (cf. Anne Monjaret, Mélanie Roustan et Jacqueline Eidelman).
    D'autres lieux, comme les hauts fourneaux de Lorraine, auront, eux, à conquérir leur inscription à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques. En dépit de leur prestance magistrale, rien n'est acquis d'avance pour ce qui peut être considéré comme « monument-document » ; les enjeux locaux et nationaux sont de poids. Jean-Louis Tornatore insiste d'ailleurs sur le fait que le transfert de la sphère industrielle à la sphère culturelle n'est pas évident.
    La création d'un musée est aussi sujette aux tensions, à la controverse entre les acteurs concernés (entreprise, cadres, syndicats, collectivités locales, associations, etc.) 6. Difficile alors de démêler l'écheveau des enjeux politiques locaux. Ainsi, en Lorraine, « les syndicats se sont longtemps opposés au projet de musée. Ici comme dans de nombreux bassins industriels, les militants ont défendu sans relâche le maintien de l'activité, ne s'ouvrant que très progressivement aux enjeux de la reconversion. Le musée était perçu comme un moyen de ''faire passer'', voire d'accélérer la fermeture des puits : adhérer à l'idée du lieu patrimonial revenait à favoriser le déclin de l'activité, ou du moins de l'accepter » [Roth, 1999 : 73]. Certaines associations ont, au contraire, été à l'initiative d'enquêtes ethnographiques [Roth, 1997], de campagne d'acquisition, de sauvegarde avant et après la fermeture des lieux, veillant aux patrimoines de proximité. La fermeture d'usine devient donc le ferment nostalgique d'une passion patrimoniale [Bromberger, 1998], une manière de résister au temps et à l'effacement, allant parfois jusqu'à l'ouverture d'un musée ; ce dernier, conservatoire de savoir-faire, offre aux visiteurs une représentation d'un univers de travail habituellement clos. Ainsi, « les valeurs de la société ambiante confortées par un siècle d'une vie industrielle et sociale intense, déstabilisées par des crises successives et d'une ampleur considérable, se remettent au service d'une usine symbolique, en l'occurrence de la création d'un musée vers lequel chacun peut projeter une partie de soi, de son histoire personnelle, morceau de l'histoire collective » [Sautre, 1994 : 71]. En Lorraine, les actions sont restées trop dispersées pour véritablement donner lieu à une politique patrimoniale. Une politique de la table rase aurait également été privilégiée. Se souvenir ou oublier, tel est le dilemme de ces projets [Debary, 2003].
    C'est ainsi que les bâtiments ont été désertés, laissés à la surveillance des vigiles et des chiens de garde, attendant la nouvelle destinée du lieu. Les friches industrielles abandonnées marquent de leur sceau des territoires urbains ou ruraux, annoncent l'entrée dans une zone économiquement sinistrée [Goux, 1986], la mort d'une ville. Il arrive qu'elles soient rayées de la carte, condamnées à jamais à l'oubli, faisant l'objet d'une démolition brutale par dynamitage ou plus méthodique ; certains salariés évoquent l'« agonie » de l'usine Chausson : « Il a fallu longtemps pour qu'ils mettent tout par terre » [Linhart et alii, 2004 : 120]. Yann Maury a minutieusement photographié le chantier de démantèlement de Renault sur Île Seguin, chantier qui a progressivement offert ses entrailles au vent jusqu'à ne plus être. Soucis iconoclastes, soucis économiques, les résultats sont là. Et si l'ingénieur parle pudiquement de la « déconstruction » d'un site, les salariés, quant à eux, voient dans le sort réservé à leur lieu de travail une pure « destruction » [Garçon et alii, 2002 : 3]. De la sorte, les paysages urbains et ruraux sont remodelés, les territoires réaménagés. Il arrive même, que l'on colmate les brèches, bouche les trous laissés par les exploitants des gisements miniers, cependant si « la mine est fermée, les puits sont détruits », « la mine n'est pas morte » ; « elle a été enterrée vive » ; « le « travail » de la terre est restitué à la terre » [Roux, 1997 : 88]. La fermeture peut se transformer en ouverture. C'est le cas lors d'une délocalisation d'un établissement, de son transfert dans de nouveaux locaux. La pose de la première pierre, rite de re-fondation marquant une continuité symbolique, ne suffit cependant pas toujours à convaincre les personnels du départ. Le déplacement est vécu comme un déracinement [Monjaret, 2001a ; Hottin, 2004]. De nouvelles modalités d'existence se font jour pour eux. Il faut réapprendre à vivre dans les nouveaux locaux, se les approprier [Séverac, 1999].
    Quand l'avenir est bouché, quand les traces des lieux ont disparu, quand il faut tout simplement passer à autre chose, c'est la parole qui aide à refermer les blessures. Grâce à un retour en arrière, le récit, en quelque sorte « du berceau à la tombe », teinté de nostalgie, se reconstruit sur une base positive. L'usine redevient « le centre d'une vie désirable, alors même qu'au temps où ils (les ouvriers) y travaillaient elle n'était guère objet de désir » [Goux, 2002 : 102]. De cette narration positive naît un mythe de l'Âge d'or, plusieurs auteurs du numéro le confirment : « [] la destruction engendre un travail psychique par lequel le sujet remodèle son passé afin qu'il continue d'exister, pour lui ; et il lui faut le faire exister parce que c'est la condition pour qu'il se pense lui-même comme encore vivant » [Goux, 2002 : 102]. La mémoire de la fermeture se trouve fragmentée, instable, multiple et controversée, c'est sa force et ses limites, explique Jean-Charles Leyris. Elle est celle de l'ouvrier, du cadre, du patron Mémoires plurielles, elles sont encore vives dans certains cas, et déjà mortes dans d'autres.

    La fermeture des lieux de travail est un objet de recherche complexe. Nous avons tenté ici un premier défrichage de ce processus spécifique, au risque de participer à la « beauté du mort » [Certeau, 1993], celle tirée du contexte de fermeture ou d'une apologie du temps perdu, celle engendrée par les effets de la mise en musée ou en écriture, qui tendent à une réduction du sensible. Il nous fallait ainsi en passer par là pour saisir les temps d'un lieu, le sens de la « fin ». Sans doute peut-on dire que, par elle-même, la fermeture est ; mais l'important est pour nous ce qu'elle dit 7: des histoires qui se ressemblent et pourtant des histoires singulièresn

    Notes

    1. Débats autour de films, colloques tels que celui qui s'est tenu à Nantes du 10-14 mars 2005 sur le thème « Fermetures de boîtes et après ? ». Soulignons que la Maison des Hommes et des techniques mise en place par d'anciens salariés après la fermeture des Chantiers de Nantes, semblait toute désignée pour l'organiser et l'accueillir au sein de ses murs.
    2. Dans son ouvrage paru en 2001, Sylvie Malsan, étudiant le plan de reconversion de l'usine Alcatel à Cherbourg, montre comment les ouvrières considèrent que l'entreprise doit payer sa dette.
    3 . « Appellation étrange », souligne François Bon [2004 : 129], qui y lit une pointe cynisme ou un paradoxe compte tenu de la situation sociale critique.
    4 . « Association des anciens Travailleurs de Renault Île Seguin ».
    5 . Titre que nous empruntons aux Cahiers de Médiologie, n° 7 [Debray, 1999].
    6 . Sur la question de la reconversion industrielle, cf. entre autres : [Rautenberg, Faraut, 1994 ; Sautre, 1994 ; Roth, 1999 ; Peroni, Roux, 1999 ; Rautenberg, 2003 ; Tornatore, 2004].
    7 . Pour reprendre la formule d'Alban Bensa et Éric Fassin : « Sans doute peut-on dire que, par lui-même, l'événement est ; mais l'important est pour nous ce qu'il dit » [2002 : 20].

     

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    Anne Monjaret
    Centre de recherche sur les liens sociaux (CERLIS)
    UMR 8070, CNRS/PARIS 5
    anne.monjaret@paris5.sorbonne.fr

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