Séminaires du CREM

Lundi 2 mai 2016, 14h-16h salle 308 à la MAE
The Power of Tao People’s Mianoanood: Songs, Taboos and the Life of the Tao
Séminaire avec Lin Wei-Ya (postdoc, université de Vienne)

Tao (chi. 達悟 or Yami 雅美) is one of the sixteen recognized indigenous ethnic groups in Taiwan. Their language belongs to the Austronesian language group and is orally transmitted. The traditional music of the Tao consists primarily of songs. There is no word in the Tao language that can be translated as ‘music’. They use the term mianoanood, which means ‘singing songs’. Through traditional singing practices, the Tao transmit their history, their views of life, and they learn to follow the taboos. Since the 1960s, there have been many policies undertaken by the government, which aim to support the “development” and “modernization” of ethnic minority qcommunities in Taiwan. In 1980, an “intermediate deposit” for “weak” radioactive waste was established on the island, with many scams and close cooperation of the Taiwan Power Company and the government. This presentation is based on my PhD research project – The Music in the Life of the Tao: Tradition and Innovation.

Wei-Ya LIN was born in Taipei, Taiwan. She is currently employed as a research fellow in the project Bi-Musicality at the Institute of Folk Music Research and Ethnomusicology at the University of Music and Performing Arts Vienna. Furthermore, she is working for the project Music without Borders at the Franz Schubert Institute, and as an adjunct lecturer at the Institute of Composition and Electro-Acoustics. In 2006 she completed her M.A. in viola performance with distinction, in 2007 the postgraduate curriculum in chamber music, and she studied composition from 2005 to 2007. In 2015 she received her PhD in Ethnomusicology from the same university for the thesis Music in the Life of the Tao (Taiwanese indigenous ethnic group): Tradition and Innovation, graduation with distiction.


Lundi 11 avril 2016, 14h-16h salle 308 à la MAE
40 ans, 4 continents: réflexions sur l’anthropologie du son et l’acoustémologie
Séminaire avec Steven Feld, coordonné par R. Martinez et C. Guillebaud (CREM) et M. Solomos (Musidanse).

Dans le cadre du séminaire international « Espace-son. Approche interdisciplinaire des milieux sonores » (Université Paris 8, Université Paris Ouest la Défense), avec le soutien de l’Université Paris-Lumières.

Résumé (nb: la communication se tiendra en français)

In the 1970s I proposed « the anthropology of sound » as a corrective the limitations of the Merriam and Blacking paradigms for musical anthropology. Over the next twenty years, with field research in Papua New Guinea, this anthropology of sound approach demonstrated new approaches to the anthropology of voice, to ecological and aesthetic co-evolution, to sonic relations across species, and to sonic mediatization and circulation. Since the 1990s I have expanded these concerns through the concept of acoustemology, from acoustics + epistemology, meaning sound as a way of knowing. I have also expanded the terrain of research beyond the tropical rainforest to both rural and urban settings in Europe, Japan, and Ghana, as well as to recording studios and global music circulations, including cyberspace. In this talk I will reflect on some key propositions from this work.


Lundi 21 mars 2016, 14h-16h salle 308 à la MAE
De la conception à l’exécution musicale : une approche expérimentale de l’étude de l’interprétation musicale
Séminaire de Fabrice Marandola (Université McGill de Montréal)

De quelle manière les musiciens conçoivent-ils la musique qu’ils interprètent, et comment parviennent-ils à les exécuter ? Tel est le thème central des recherches que je mène depuis une vingtaine d’années, tant dans les musiques de tradition orale du Cameroun que dans ma pratique de pédagogue et d’interprète de la musique occidentale pour percussion. La conception dont il s’agit ici fait référence, d’une part, à des éléments structurants (l’échelle musicale, l’organisation du temps), et d’autre part aux références mentales qui permettent l’exécution instrumentale (représentation mentale de l’espace, moyen mnémotechniques).

Je décrirai les méthodes utilisées, qui font appel à une approche expérimentale et impliquent souvent le recours à de nouvelles technologies, en prenant pour exemple des recherches sur les échelles musicales au Cameroun, ainsi que des travaux récents portant sur la percussion, au Cameroun mais aussi dans la percussion occidentale.

Fabrice Marandola est professeur de percussion et musique contemporaine à l’université McGill de Montréal (Canada), et membre du Centre Interdisciplinaire de Recherche en Musique, Média et Technologie dont il a été le Directeur adjoint/Recherche artistique de 2009 à 2014. Il est également ethnomusicologue, spécialiste des musiques du Cameroun, et a reçu un doctorat de Sorbonne-Paris IV en 2003.  Il détient actuellement une Chaire de Recherche Senior pour le projet GeAcMus (Geste-Acoustique-Musique) de Sorbonne Universités, en tant que Professeur invité au Muséum National d’Histoire Naturelle.


Lundi 7 mars 2016, 14h-16h salle 308 à la MAE
L’Hellénisme comme outil analytique de domination occidentale (en musicologie)
Séminaire avec Amine Beyhom

À l’orée du xixe siècle, la musicologie occidentale impose une vision totalitaire de l’héritage de la Grèce ancienne, centrée sur les aspects de cette culture compatibles avec les caractéristiques de la musique tonale. L’hégémonie du pythagorisme et autres zarlinismes qui s’établit dès lors en analyse musicale a créé un dogme musicologique basé sur la supériorité axiomatique du diatonisme (dans le sens, justement, restrictif et occidental du terme) et sur une évolution chronologique des musiques du monde rendant l’Europe héritière exclusive de la Culture antique.

L’attitude légitimiste hellénistique, doublée de l’outil analytique pythagoricien, a permis deux approches a priori contradictoires dans l’orientalisme musicologique des deux derniers siècles : un courant assimilationniste particulièrement perceptible dans les relations avec le chant byzantin, et un courant exclusif (quasi-)omniprésent dans les relations avec les musiques du maqām. Les deux courants se rejoignent, souvent avec succès, dans la nécessité de nier la légitimité des caractéristiques « orientales » (non tonales) de ces musiques. Plus généralement, il est aujourd’hui possible de poser que l’Hellénisme a été un instrument de construction d’une identité européenne imaginaire, et est très rapidement devenu le fer de lance d’un orientalisme réducteur, toujours non remis en cause en musicologie.

L’exposé préliminaire sera accompagné (et pourra être suivi) d’exemples sonores et d’analyses animées Power Point.

Amine Beyhom est l’instigateur de la théorie de la Systématique modale et l’auteur de Théories de l’échelle et pratiques mélodiques chez les Arabes, ouvrage en deux volumes et quatre tomes dont le premier est paru chez Geuthner en 2010, ainsi que de Théories byzantines de l’échelle et pratiques du chant byzantin arabe, publié en 2015. Il est également le fondateur et rédacteur en chef de la revue multilingue NEMO-Online (http://nemo-online.org/) sur les musiques du Moyen-Orient, et directeur du Centre de Recherches sur les Musiques Arabes et Apparentées (CERMAA – http://foredofico.org/CERMAA/) au Liban ; la majeure partie de ses publications est disponible à http://foredofico.org/CERMAA/publications/publications-on-the-site/publications-amine-beyhom


Lundi 15 février 2016, 14h-16h salle 308 à la MAE
Geste et musique électronique : une approche organologique située
Séminaire avec Baptiste Bacot (EHESS)

Partant du constat selon lequel le devenir électrique puis informatique des instruments de musique constitue une limite de l’organologie traditionnelle – ou du moins donne matière à discussion –, ce travail doctoral vise à combler cette lacune par l’étude située de la lutherie numérique dans des contextes musicaux variés (musiques savantes, performances audiovisuelles, musiques populaires), mais néanmoins tous électroniques. L’approche ethnographique permet en effet de circonscrire l’usage particulier de ces outils à différents moments du processus de création : conceptualisation de l’œuvre, collaboration technique, réalisation artistique et représentation scénique. Puisqu’il serait vain d’appréhender ces interfaces selon le matériau employé ou le couple excitation – résonance comme c’est traditionnellement le cas dans l’organologie, c’est par l’analyse contextuelle du geste qu’on tirera une conception objective des instruments de musique électroniques. Ainsi le corps musical, dans sa dimension gestuelle, est-il à la fois un critère de classification instrumentale mais aussi un vecteur d’expressivité dans les musiques électroniques, trop souvent jugées, à tort, « désincarnées ».

Baptiste Bacot

Après des études de philosophie puis un master en sciences sociales mention musique (2012), Baptiste Bacot est en contrat doctoral à l’EHESS (formation Musique, Histoire, Société) rattaché au CAMS et détaché dans l’équipe « Analyse des pratiques musicales » à l’IRCAM. Baptiste Bacot travaille sur le geste en musique électronique selon une approche organologique des nouveaux instruments de musique conjuguée à un travail d’ethnographie musicale. Il est également certifié de lettres modernes.


Lundi 1er février 2016, 14h-16h salle 308 à la MAE

Remembering the Jewish Past through Popular Song in Contemporary Tunisia
Séminaire avec Ruth Davis (University Reader, Université de Cambridge)

Through the medium of popular song, my lecture explores different ways in which Tunisians have come to terms with the rupture caused by the mass exodus of Jews following independence. It focuses on the new kind of popular song (ughniyya) that was associated with the rise of commercial recording in the early twentieth century; traditional Islamic social taboos against public music making meant that, until World War Two, its practitioners were primarily Jews. Characterised by simple strophic structures, earthy, colloquial language, and the use of melodic modes and instruments from the wider Mediterranean and Levant, the early ughniyya provided the foundation for the future development of Tunisian popular song. In Jewish circles, the tunes were set to sacred Hebrew texts and sung in a variety of religious and celebratory contexts. With the rise of the nationalist movement, however, the cosmopolitan ughniyya was denigrated as decadent and corrupt and, following the mass exodus of the Jews, it disappeared from mainstream musical life. Yet the songs continued to be sung by Tunisian diasporic communities, providing a continuing link with the vibrant musical culture of the protectorate era.

Since the late 1980s, various Tunisian artists and intellectuals have attempted to revive and rehabilitate the popular songs of the protectorate era, considering them a vital component of Tunisia’s cultural heritage. While some acknowledge and celebrate their former Jewish associations, others ignore or actively erase them, presenting the songs as timeless, anonymous rural folklore. The songs continue to be performed in both Arabic and Hebrew versions at the annual pilgrimage to the ‘Ghriba’ synagogue on the island of Djerba, where Tunisian diasporic Jews reunite with Tunisian Jews and Muslims in a nostalgic celebration of their shared Jewish-Arab past.

Ruth F. Davis is Reader in Ethnomusicology and Fellow and Director of Studies in Music at Corpus Christi College, University of Cambridge. She has published and broadcast extensively on music of the Mediterranean, especially North Africa and the Levant, focusing in recent years on music and nationalism, cultural memory, intellectual history of ethnomusicology, and sacred and popular music of the modern Middle East. Her book Ma’luf: Reflections on the Arab Andalusian Music of Tunisia (Scarecrow Press, 2004) is the first substantial study in English on a national tradition of Arab-Andalusian music. More recently, her edition Robert Lachmann, The ‘Oriental Music’ Broadcasts, 1936-1937: A Musical Ethnography of Mandatory Palestine, with a 2-CD set of digitally restored recordings (A-R Editions, 2013), was awarded an Association of Recorded Sound Collections 2014 Award for Excellence, and her edited book Musical Exodus: Al-Andalus and its Jewish Diasporas was published by Rowman & Littlefield in 2015. She currently chairs the International Council for Traditional Music Study Group ‘Mediterranean Music Studies’.


Lundi 14 décembre 2015, 14h-16h salle 308 à la MAE

Anthropologie du geste musical et de la danse (2)
Journée d’étude coordonnée par Rosalia Martinez

Comme la première, cette séance est consacrée à l’approche des pratiques chorégraphiques ou musicales des sociétés andines et des basses terres de l’Amérique à partir d’un  regard qui, de préférence, priorise l’expérience corporelle et interroge les techniques du corps. Il s’agira ainsi de mettre en lumière la manière dont le corps devient outil de connaissance et lieu où se construit l’entrecroisement entre vécu individuel et vécu collectif.

14h Jean-Michel Beaudet – CREM – UPO
Que font- ils ?  Que disent-ils ? À partir d`une danse d´Amazonie (Guyane)

Que font-ils ?  Que disent-ils ? « Ils », ce sont ici les poissons, les oiseaux et d’autres êtres de la forêt, mis en scène lors des danses wayãpi. Comment les paroles des chants, les sons des aérophones et les mouvements eux-mêmes agissent ensemble au sein du rituel dans la définition des relations interspécifiques ?

15 h Pause café

15h 15  Rosalía Martínez – CREM – Paris 8
Corps en mouvement. Musique et danse dans les Andes

Comment les sociétés andines organisent-elles et découpent-elles ces catégories cognitives  que nous traduisons par « danse » et « musique » ? Quelles sont leurs articulations, le type d’expérience corporelle qu’elles mobilisent ? Pensées souvent par les ethnomusicologues comme des expressions autonomes, susceptibles d’être appréhendées séparément, danse et musique constituent dans la performance andine une entité expressive unique dont font partie, également, les costumes.
Corps profusément habillés, corps en mouvement, corps sonnants. Des exemples provenant des communautés indigènes de la Bolivie permettront, à la fois, de mettre en lumière des formes singulières d’organisation de l’expérience corporelle et sensible et de questionner les limites des outils dont les ethnomusicologues disposent pour les  comprendre.

16 h 15 Débat final


Lundi 30 novembre 2015, 14h-16h salle 308 à la MAE

L’art des manoeuvres de l’ethnomusicologue sur le terrain
Avec Vincent Dehoux, chercheur au CREM.

Ce séminaire envisagera ce qu’à mon avis, l’ethnomusicologue devrait entreprendre sur le terrain. Et si, j’utilise ici le terme de « manoeuvres », c’est que pour moi, il s’agit bien plus que de simples procédures. Au contraire, dans le cas présent, ces manoeuvres sont lourdes, chargées de sens et requièrent une attention, une imagination visant à les renouveler sans cesse. Nous verrons aussi en quoi, pour moi, la façon d’envisager telle ou telle musique ne dépend pas de son propre environnement (ce qui tendrait à dire qu’à chaque musique correspondrait une approche spécifique), mais est liée très largement au vécu de chaque individu, à ses convictions personnelles et en fin de compte à ses réactions « de but en blanc » sur le terrain. En définitive, la première réaction face à un monde sonore nouveau n’est pas de l’ordre de la pensée mais de celui de l’émotion.

Je décrirai ici mes procédures de prise de son sur le terrain et comment j’ai envisagé des musiques radicalement différentes (depuis de « simples » musiques instrumentales jusqu’à de grands rituels de classes d’âge) à partir d’une confrontation régulière à leurs enregistrements, et par quel biais je pouvais en rendre compte : les moyens utilisés pour donner une image ‘lisible’ d’une musique instrumentale ne sont pas les mêmes – on s’en doute – de ceux que l’on sera bien obligé de choisir pour un véritable théâtre musical, car, dans ce dernier cas, on devra également ‘transcrire’ des mouvements, des gestes des attitudes très fortement musicalisés. On dira ici, que la vidéo. peut très bien les traduire et qu’elle représente bien l’outil approprié, à ceci près que la représentation vidéo. dans ce qu’elle a de passagé, d’instantané pour le public, ne peut remplacer le support écrit : envisager une musique à partir de ce dernier type de support a le privilège de laisser place à une infinité de lectures possibles et donc d’analyses et de compréhensions personnelles. Ainsi me semble-t-il préférable de prendre appui sur les multiples expériences auxquelles ont donné lieu les musiques européennes depuis les années 1950, dans le domaine de ce que l’on considéra alors comme relevant d’un « théâtre musical ». On verra bien là, comment noter aussi bien l’espace que le temps pour des manifestations où leurs auteurs se gardaient bien de toute improvisation inutile et en quelque sorte dévastatrice pour l’unité de l’oeuvre.

De sorte que la recherche de nouvelles technologies n’est pas pour moi d’une nature indispensable si tant est que l’on veuille donner place à la lecture, l’analyse et la compréhension à long terme d’un matériau sonore récolté sur le terrain : on n’est pas, en fait, à la merci de tel ou tel progrès technique dans ce domaine, car, en définitive, seule la connaissance préalable et approfondie du matériau à recueillir justifiera le choix d’une écriture capable d’en rendre compte et plus loin compréhensible et adaptée.

 Le séminaire sera accompagné d’exemples musicaux et d’analyses musicales.


Lundi 9 novembre 2015, 14h-17h salle 308 à la MAE.

Corps, musique et danse : sociétés andines et des basses terres de l’Amérique (1)
Journée d’étude coordonnée par Rosalia Martinez.

Cette séance et celle du 14 décembre seront consacrées à l’approche des pratiques chorégraphiques ou musicales des sociétés andines et des basses terres de l’Amérique à partir d’un regard qui, de préférence, priorise l’expérience corporelle et interroge les techniques du corps. Il s’agira ainsi de mettre en lumière la manière dont le corps devient outil de connaissance et lieu où se construit l’entrecroisement entre vécu individuel et vécu collectif.

14h Maria José Alfaro Freire : La danse du wititi : geste et corporification de la différence a la vallée du Colca, Peru 
(Chercheur du LACED – Laboratório de Pesquisa em Etnicidade, Cultura e Desenvolvimento – Universidade Federal do Rio de Janeiro UFRJ/ Postdoc CAPES – Ministère d’éducation – Brésil/ CREM – Université de Nanterre)

Ce travail présente une recherche en cours sur le wititi, une danse pratiquée à la vallée du Colca, dans les Andes péruviens, pendant les fêtes patronales de la zone. Dans le cadre d’importants mouvements migratoires depuis les années 1980, le wititi devient une “danse régional”, emblème d’une identité, diffusé parmi les peuples de la vallée et en dehors d’elle, dans les grandes villes d’Arequipa et Lima. Je me concentrerais sur les exécutions du wititi dans la vallée, spécifiquement sur ses gestes, mouvements et ses variations locales qui mettent en place des stratégies de différenciations sociales importantes – entre hommes et femmes, entre les villes, entre la partie haute et basse de la vallée. Cela nous permet de penser les corps, et les corps qui dansent, comme des dispositifs de productions de différences.

15 h Pause café

15h 15 Laura Fléty : La fabrique de l’opulence. L’expérience corporelle des danseurs de morenada (Bolivie)
(ATER Paris 8)

A partir de l’analyse des matériaux chorégraphiques et plastiques – gestes, costumes, ornements – d’une danse urbaine bolivienne appelée morenada, cette communication propose une réflexion sur l’élaboration collective et individuelle d’une esthétique de l’opulence. La danse met en scène des personnages appelés morenos (« ceux qui ont la peau foncée ») qui portent d’imposants costumes et des masques somptueux. Corps chargés, corps amplifiés, corps lourds : comment les danseurs de la ville de la Paz, pour la plupart artisans et commerçants issus des flux migratoires indigènes, mettent-ils au centre de leurs performances chorégraphiques une surcharge matérielle que le corps doit porter, et que seul un effort physique constant permet de surmonter ? Il s’agira de montrer la relation de cette expérience corporelle singulière, réitérée chaque année par les danseurs lors de la grande fête patronale de la ville, avec un ensemble de valeurs qui sous-tend leurs conceptions de la richesse et leurs pratiques dévotionnelles.

16 h 15 Débat final


Lundi 12 octobre 2015, 14h-16h salle 308 à la MAE

Un terrain d’ethnomusicologie au Burkina Faso entre musique et génies
Avec Camille Devineau, doctorante du CREM.

Ce séminaire me donne l’opportunité de présenter mon travail de terrain de thèse qui s’est déroulé en pays bwaba au Burkina Faso de novembre 2014 à juillet 2015. Mon intérêt porte sur un rituel de masques nocturnes, les masques blancs, et sur le rôle que peuvent avoir dans son fonctionnement la musique, la danse et certaines qualités d’expression émotionnelle de joie. Ces masques appartiennent exclusivement à des griots et peuvent sortir pour de nombreuses occasions, les plus importantes étant liées soit à des deuils soit à une cérémonie que les bwaba appellent « renouvellement » qui semble célébrer les liens qu’ils entretiennent avec les génies. Si l’initiative de la mise place de ce rituel revient donc aux humains, il ne peut se tenir que conjointement avec les génies qui, d’après la mythologie, ont donné la musique et les instruments de musique mais aussi la danse aux humains.

J’ai consacré mes années de master à essayer, à partir des données dont je disposais alors, de comprendre les liens entre la mise en œuvre du rituel, principalement musicale et dansée, et la relation qu’y entretiennent les humains avec le monde de l’invisible et particulièrement les génies. C’est en me fondant sur ce premier travail que j’ai entrepris mon terrain de thèse. Durant cette séance, je me propose d’aborder l’évolution de ma réflexion au cours du séjour sur le terrain et d’évoquer les difficultés auxquelles j’ai été confrontée. J’espère que la discussion, les suggestions et conseils m’éclaireront sur la manière la plus judicieuse de mener mon travail à terme.


 

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