© Boris Charcossey
 

Le rapiéçage régulier des parties du chalut déchirées au fond de l'océan consacrent les matelots comme experts-couturiers


« Sur le pont ! », l’ordre intimé à l’équipe de pont sous forme d’une alarme déclenchée par le patron de pêche du haut de la passerelle de commandement du navire résonne dans les cabines où logent les matelots, deux étages en contrebas. L’heure de la pêche a sonné.
Les photographies présentées dans le cadre de cette exposition ont été réalisées par Boris Charcossey entre avril 2009 et juillet 2011 au cours de quatre séjours en Mer d’Écosse (Atlantique Nord-Est) durant lesquels il a suivi la vie à bord de la vingtaine de marins composant l’équipage du « Mariette Le Roch II » (armement Scapêche, Lorient).
Cette série photographique de trente-deux clichés en noir et blanc a pour objectif de décrire les actes de présence au travail des matelots engagés à bord d’un des derniers chalutiers français de pêche industrielle. Le regard « anthropographique » proposé par l’auteur constitue un mode d’observation singulier du métier de marin pêcheur au large tel qu’il est vécu aujourd’hui, tout en faisant écho aux nombreuses images véhiculées par la photographie au cours du passé glorieux de l’activité hauturière.
Vision subjectivisée de l’acte de pêcher, trois focales servent de fil conducteur au propos visé : un groupe d’acteurs, l’équipe des matelots, un espace, le pont inférieur du navire, une temporalité, la marée de dix jours. Plusieurs traits saillants se dégagent de la composition d’ensemble : le défi physique imposé par la machine à l’homme et la collectivisation de l’effort qu’apportent en réponse les matelots, la succession à chaque cycle de pêche et la répétition au cours de la marée de variations situationnelles et opérationnelles complexes, une différence d’échelles entre la taille des hommes et la dimension des éléments constitutifs du bateau de pêche industrielle.
La présence des matelots sur le pont donne à voir un engagement total de soi, du corps et de l’esprit, une attention infaillible à l’action en cours mêlant concentration, mobilité, agilité, coordination, réactivité, entraide ; en résumé un don de sa personne en faveur du collectif et voué à l’activité de pêche. En alternance de ces temps-forts de l’action se dégagent également des temps-morts. Une autre face des actes de présence des matelots sur le pont se dessine alors et de nouvelles images apparaissent : le repos, l’isolement, le divertissement ou encore le détachement. Tout l’enjeu de l’existence des matelots à bord réside finalement sur cet équilibre instable entre don de soi et sauvegarde de son intégrité personnelle.

L’exposition a été réalisée par la Maison René-Ginouvès (USR 3225), sur proposition de Monsieur Boris Charcossey, doctorant, LESC (UMR 7186) – Nanterre.
Conception, tirages : Martine Esline, (USR 3225), Nanterre.
Photos, textes et légendes : Monsieur Boris Charcossey, doctorant, LESC (UMR 7186) – Nanterre.
Toutes les photographies :
© Boris Charcossey

La reproduction des photographies est interdite.