© Jacques Mercier

 

 

 

Vénération annuelle de l'iône de Marie à Jemmedu.

 

Peu après l'édit de Milan (313) tolérant le christianisme dans l'empire romain, et alors qu'apparaissent des symboles chrétiens sur le monnayage de l'empereur Constantin, la Croix remplace le Soleil et la Lune sur les monnaies du roi d'Aksoum, Ezana. C'est vraisemblablement pendant son règne qu'est fondé l'évêché d'Aksoum (330-340) sous l'autorité d'Athanase, patriarche d'Alexandrie. Le royaume d'Aksoum tire sa richesse principale du commerce des aromates. Le calibrage des monnaies d'or aksoumites sur les monnaies romaines témoigne de l'intégration de l'économie aksoumite dans l'économie méditerranéenne. Au début du VIe siècle, à la demande de l'empereur Justin, le roi d'Aksoum, Kaleb, intervient victorieusement contre le souverain himyarite qui avait martyrisé des Chrétiens à Najran en Arabie. Il en tire une gloire durable dans toute la Chrétienté
« L'Ethiopie aksoumite », comme on dit aujourd'hui, reçoit d'Egypte et de Palestine un christianisme encore empreint de judaïsme, ainsi qu'un ésotérisme néo-pythagorisant (correspondances astrales, écritures et noms secrets).
Les circonstances historiques, parfois tragiques, leur ont assuré une pérennité qui fait aujourd'hui l'étonnement du monde. Pour les locuteurs grecs, Aksoum se trouve en Ethiopie (Aithiopia), terme désignant alors les terres situées au sud de l'Egypte et de la Libye, jusqu'aux confins méridionaux du continent. Dans les inscriptions royales aksoumites, les souverains désignent leur peuple comme Habashat en langue guèze, et comme Aithiopôn en langue grecque. L'adoption de l'appellation Ethiopie (Ityopya), en langue guèze, viendra beaucoup plus tard, après la destruction d'Aksoum au VII-VIIIe siècle et l'isolement du royaume chrétien consécutif à l'essor de l'Islam. Ces nouveaux Ethiopiens s'identifient alors aux Ethiopiens de la Septante (traduction grecque de l'Ancien Testament, dans laquelle Kush est rendu par Aithiopia) et des Actes des apôtres (Kandake reine des Ethiopiens).
Les Ethiopiens, après avoir perdu le savoir de leur antiquité ont fantasmé celle-ci, à partir des XIII-XIVe siècles, comme un passé juif en relation avec l'Ancien Testament et le mythe de la venue de l'Arche d'Alliance en Ethiopie.
Les Occidentaux, après la ruine de la culture antique, avaient perdu quant à eux toute connaissance du royaume chrétien. Les Croisés qui reçurent une prophétie évoquant le rôle eschatologique du roi des Habash - souvenir fantasmé de l'expédition de Kaleb - confondirent son pays avec la Nubie. Il faut attendre la venue d'une ambassade en Avignon, au XIVe siècle, pour qu'un début de reconnaissance germe en Occident. L'Ethiopie est alors identifiée comme royaume du Prêtre Jean, personnage imaginaire censé prendre à revers les puissances musulmanes. Vaincu en Orient, le Prêtre Jean se serait retiré
sur ses terres occidentales. La première description de l'Ethiopie est due à Alvarez, chapelain de l'ambassade portugaise qui séjourna en Ethiopie de 1520 à 526.
Il parle de « royaume du Prêtre Jean ». Les puissances occidentales n'ont accepté l'appellation Ethiopie qu'à l'issue de la Seconde guerre mondiale. Auparavant on parlait d'Abyssinie, terme fabriqué à partir de l'arabe. A la suite de l'ambassade portugaise, l'Ethiopie fut la proie d'un jihad dont les Portugais ne la sauvèrent que pour tenter de la convertir au catholicisme. Après avoir réchappé de l'intrusion des jésuites au coeur de l'Etat, l'Ethiopie réchappa encore des visées coloniales occidentales.

Ayant ainsi préservé son identité politique et religieuse, l'Ethiopie est le seul état subsaharien à avoir conservé une part significative de son patrimoine artistique, mais pour combien de temps ?

Jacques Mercier

L'exposition a été réalisée par la Maison René-Ginouvès (USR 3225), sur proposition de Jacques Mercier, chercheur à l'UMR 7186 – LESC – Maison René-Ginouvès, Nanterre
Conception, tirages : Fanny Bastien, Martine Esline, (USR 3225), Nanterre.
.Photos et textes : Jacques Mercier, UMR 7186 – LESC – Nanterre.

La reprodution des photographies est interdite.