Maison de l'ancienne douane aménagée pour la Résidence, décembre 1898.
Photo: Henri Pobéguin

 

Pobéguin vit et travaille à la Résidence, et monte sur le belvédère pour prendre ses clichés : de là-haut, il observe les scènes qui se déroulent sur la place de Badjanani, principal bangwe de la ville de Moroni, et sur la plage. La Résidence a été transformée par la suite pour servir de Poste principale et abrite aujourd’hui des services annexes.

Les couleurs contrastées des maisons de pierre de l’élite - noir des roches basaltiques et blanc gris de la chaux de corail - ont inspiré un décor classique de points noirs appliqué aux façades des plus belles demeures. L’étage avec escalier et perron, les fenêtres en bois ouvragé, les poutres de plafond et les linteaux de portes sculptés ou peints constituent des signes de distinction. Les toits plats en terrasse marquent l’influence d’Oman, par Zanzibar, et du Yémen.

Le matrilignage royal du Bambao, dont Moroni est la capitale, réside dans le palais (djumbe) Msihirintsini (« Sous la mosquée ») adossé à la mosquée du vendredi. Comme toutes les maisons, les djumbe sont transmis par les femmes. Les rois, oncles et neveux exerçant par rotation, occupent une « maison du pouvoir ». Msihirintsini est à Anziza, de la branche aînée, Shashanyongo est à Sittina, soeur du roi Said Ali. Celui-ci a fait ériger en 1893, au centre de Moroni, l’élégant palais Dhwahira, comme lieu d’exercice du pouvoir. Puis il l’a constitué en manyahuli (bien transmis par les femmes) par un acte écrit. Le palais est affublé côté mer d’une sorte d’énorme magasin inachevé. En 1924, Sittina loue ce bâtiment à la Société Anonyme de la Grande Comore qui le reconstruit entièrement.

En 1898, Pobéguin compte cinq mosquées en pierre à Moroni mais il y en a au moins six, et en 1900, la princesse Sittina fait refaire en pierre la mosquée des pêcheurs qui se trouve au pied de son palais de Shashanyongo. En 1989, Moroni possède quarante mosquées.

La mosquée du vendredi est datée de 830 H / 1427 par une plaque de fondation, peut-être un réemploi d’un édifice antérieur. Des inscriptions protectrices, gravées dans le bois des poutres de l’ancien plafond, sont toujours visibles : le sceau de Salomon, et un poème religieux (qasida) au thème philosophique. Les deux niches que l’on distingue sur le mur extérieur nord en 1897 signifient qu’il y a eu agrandissement de la salle. Le minaret date de 1921, l’étage des années 1950. En 2002, une nouvelle mosquée du vendredi a été construite à l’extérieur des anciens remparts, avec l’aide des Emirats Arabes Unis.

A Fumbuni, capitale du Mbadjini, le palais Ntsaweni se dresse, inchangé, derrière la mosquée, la place publique et le kiosque paya la mdji des non-mariés.

Qasida « makhmasa » (Tabaraku) :
« Tout ce que l'homme économise de licite ou d'illicite
Sera partagé entre ses garçons et ses filles
[Et] entre des gens à qui il n'aurait jamais pensé donner un sou,
[Ni] la moindre chose de prix avant qu'il ne meure.
[On doit] se préparer [à la mort] par la réflexion.
Nous oublierons les amis, alors que nous vivions tous ensemble,
Déjà ils ne seront plus pour nous que des os qui pourrissent,
Comme si nous n'avions jamais été ensemble, avec les amis qui sont morts,
Comme s’ils n'avaient jamais été parmi nous avant leur mort ».